Antichambre

DOMECQ, JEAN-PHILIPPE

EDITEUR : FAYARD
DATE DE PARUTION : 07/01/04
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SYNOPSIS :

Paru en 1991, ce roman connut un succès d'estime et mérite sans doute plus encore. Il pourrait rester comme le roman d'une génération, celle qui, ayant atteint la maturité dans les années quatre-vingt, n'a pas tout à fait oublié ses révoltes des années soixante. Roman psychologique aussi, qui explore comme jamais l'espace de la dépression, avec une écriture en vrille lancinante au fond de soi. Roman d'amour en même temps, d'amours croisées mais fidèles au fond, et qui remontent de la mémoire sans qu'on puisse échapper à leur charme enfoui, jamais enfui. Roman total en fait, qui, partant du plus bas de la déréliction intime, emporte le lecteur jusqu'au plus haut de la pyramide sociale, jusqu'à ce crâne de chef d'Etat où miroitent flux et reflux de l'opinion. Etonnant roman qui commence par une fatigue. Une fatigue étrange. « Que s'est-il passé avant que l'insomnie commence ? Je ne vois pas, je ne vois pas ce
qui a pu se passer. Tout allait bien pour moi, tout allait bien en mars, mars avril et avant voyons, bien avant, des années et des années que tout va bien pour moi ! » Alors pourquoi cette insomnie qui traîne et va l'entraîner loin, Gabriel, si loin de sa vie de tous les jours, si près des jours d'avant, avant qu'André ne se donne la mort, avant que Suzanne entre eux ne se glisse, puis disparaisse... « L'année 1991 commencerait-elle par un livre-jalon, à l'instar des Choses de Perec en 1965 ? Et Domecq, ça rime avec. Ces quatre cents pages psalmodient le « à quoi bon ? » d'une génération qui n'est plus flouée, mais noyée. » André Rollin, Le Canard Enchaîné « Domecq est un de ces très rares écrivains de sa génération à faire vieillir tout le reste de ce qui se publie. Il est vraiment un contemporain capital. » Jacques-Pierre Amette, Le Point « Un nouveau mal du siècle ? » Pierre Mertens, Le Soir
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Antichambre est le roman d'une époque, d'une génération, à la fois roman psychologique et d'amour : empreinte et témoin d'une fin de siècle désabusée, chronique d'une déchéance et d'une « résurrection », ce livre commence par une fatigue, celle qui accable de façon inexpliquée Gabriel, professeur d'université. Le flot de pensées décousues qui assaille son cerveau épuisé se retrouve dans l'écriture qui se déploie, se déplie et se répète, et dont la confusion va progressivement, au fil des pages, s'atténuer. Par un processus de rectification continu de l'expression, nécessaire au personnage pour mieux cerner sa pensée et prendre conscience de son état, l'auteur donne une idée très juste de cette crise mentale, qui dévaste tout sur son passage.« Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'à force de m'écouter je ne m'entends plus, pas d'aujourd'hui. Ces derniers mois, la lecture, les mois d'avant – avant la fatigue bien sur – donc les mois d'avant, je mettais de plus en plus de temps à lire, je lisais de moins en moins de pages en de plus en plus d'heures. Moi qui ai toujours tant lu, voilà que l'attention se mit à me fuir. Je glissais sur les lignes, ou plutôt entre, quelque chose comme ça, à force d'écouter ce que j'avais en tête je ne voyais plus ce que je lisais. » (p.70) Le roman commence alors que Gabriel, seul dans une chambre d’hôtel – la même que celle dans laquelle son ami André s'est suicidé quelques années plus tôt -, s'apprête à en finir avec la vie.C'est trois mois plus tôt que tout à commencé, l'insomnie d'abord, puis la fatigue, la paranoïa et, enfin, la dépression qui s'abat sur cette homme persuadé d'être heureux et ayant renoncé à toute opinion politique. A l'aide d'un magnéto Gabriel fouille sa mémoire, il enquête sur lui-même, cherchant à comprendre les raisons de son mal-être. La vie lui file alors entre les doigts, il n'a plus la force d'en jouer le jeu et s'isole peu à peu, se retire du monde. Il quitte la chambre conjugale, enchaîne les arrêts maladie et devient, comme le souligne avec tact Agnès, sa compagne, sur le répondeur commun, l'absent. Il se cloître dans une pièce et passe ses journée à parler au magnéto, à s'écouter, avant d'effacer les bandes, au cas où l'appareil serve au complot familial qu'il imagine. La condescendance de son entourage ne fait qu'accentuer son agacement et, seul contre tous, il tente de percer le secret de cette dépression. Les histoires anciennes affleurent peu à peu en surface, Gabriel se retourne sur son existence et renoue avec un passé qu'il pensait révolu, celui de son engagement social. Retrouvant la femme d'André, avec laquelle il avait eu une liaison, il retrace le parcours de cet homme brillant et impliqué dont la désillusion, puis le dégout et l'écœurement se lisent dans les notes prisent peu avant son suicide. Réflexion sur la société de consommation et ses dérives, sur le pouvoir en général et celui hégémonique, de l'argent, une société de « liberté sans choix », composée de quelques leaders dirigeant une légion de « sans-opinion ». Ce climat d'auto-publicité permanente finit par avoir un effet hypnotique sur une partie de la population, dont la vie se restreint à ce qu'on lui vend. « N'oublions pas qu'ils jouent serré, même s'ils sont les maîtres du réel, même s'ils ont tiré le réel à eux, nous laissant exposé à découvert, et perméables, perméables ô combien perméables à leur constante et générale autopublicité pour ce meilleur des mondes dont ils veulent que nous soyons constants clients. » p. 96 Les personnages de Mélanie, la fille d'Agnès et de Lucien, son compagnon, archétypes d'une jeunesse marquée par son égoïsme et son indifférence, se caractérisent par leur contentement et leur auto-satisfaction. La morale de cette histoire se trouve certainement dans l'épitaphe que Gabriel attribue à André : « qu'il repose révolté ». Un livre de son temps donc, entre La métamorphose de Kafka et l'Homme sans qualité de Musil. « Nous avions en commun d'avoir des pères à débats, des pères qu'on respecte trop pour mépriser les désaccords qu'on a avec eux. D'où la gravité du combat, sourd combat. Le mien de père, pure incarnation de ce qu'on appelle le mérite, fils du peuple qui sortit de la misère à la force de la tête à défaut du poignet. Mais voilà : la conclusion qu'il en tira fut que ce régime était parfait, donc intouchable, au sens où toute solution serait pire que le problème. » p. 280

sovane
13/08/11
 

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  • Hauteur : 23.50 cm
  • Largeur : 15.30 cm
  • Poids : 0.61 kg