Bardo or not bardo

VOLODINE, ANTOINE

EDITEUR : POINTS
DATE DE PARUTION : 14/11/05
LES NOTES :

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SYNOPSIS :

Dans son texte théorique, Le post-exotisme en dix leçons, leçon onze (Gallimard, 1998), Antoine Volodine définissait « l'entrevoûte » : « Le terme d'entrevoûte est un terme heureux. Il suggère des pratiques magiques, un envoûtement et, en même temps, une intimité musicale, faite d'onirisme entrecroisé, de réciprocité et de partage ». Il reprend ici ce genre littéraire pour tisser les sept parties de ce roman, inspiré du Livre des morts tibétain, ou Bardo Thödol, poème religieux où une divinité accueille le mourant dans le voyage qu'il doit accomplir pour traverser « les mondes intermédiaires », jusqu'à la révélation de la « Claire lumière » ou Prabhasvara. Les sept chapitres de ce roman mettent donc en scène des mourants qui ne savent pas toujours qu'ils sont en train de mourir et se retrouvent dans des lieux oniriques ou tout à fait réalistes, et font face à une série d'épreuves initiatiques en entendant, par divers moyens, la voix du Livre des morts tibétain. Dans le premier chapitre, un communiste révolutionnaire (Kominform) est abattu par un tueur zélé (Batyrzian) qui a mal interprété l'ordre de ses supérieurs (qui voulaient le capturer vivant). Kominform meurt en s'accrochant à la grille d'un poulailler, attenant à un monastère tibétain. Un vieil homme qui, par générosité, l'avait recueilli, l'aide à mourir. C'est un vieux moine, lui-même en fin de vie. Kominform ignorait que la « Grand-mère », qui commandite la Révolution, était morte... Dans le deuxième
chapitre, le soldat Glouchenko erre dans un tunnel et dialogue avec Babloiev (qui est déjà mort), en ignorant que lui-même est à l'agonie. Il se transforme en singe. Dans le troisième volet, deux hommes se battent dans un train entre Hongkong et une plage et échangent leurs identités. Dans le quatrième moment, qui se déroule dans un théâtre, un acteur évoque trois pièces qui décrivent, chacune à sa manière, l'univers « intermédiaire », de paranoïa et de destruction. Le cinquième temps a lieu dans une cave où retentit un juke-box. Le sixième épisode, admirable, a pour décor un temple chinois où deux hommes mourants, dont un banquier fou, et un militant de l'Association des bonnets rouges anonymes, dialoguent une dernière fois en entrant dans la mort, l'un d'eux se transformant en araignée : « Il n'y a pas de paysage à proprement parler, pas d'image, mais, quand on essaie de se représenter le décor, on sait qu'on avance dans une vaste plaine noire. » Enfin, le dernier texte, de très loin le plus extraordinaire, se passe dans un bar où le barman dialogue avec un « Untermensch », un homme-bête qui travaille dans un zoo et qui est bouleversé par la mort d'un clown. Surgit un autre client qui était le partenaire du clown mort. Tous trois, sur un ton à la fois naturel, poétique et comique, décrivent la mort, pendant que se déroule une cérémonie religieuse dont les échos parviennent à travers des tuyauteries et que résonne un chant coréen diffusé par une radio.
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Ce roman de Volodine paru en 2004 aux éditions du Seuil est sans doute un de ceux où l’humour du désastre est le plus omniprésent, depuis le premier chapitre complètement burlesque où le malheureux Kominform, égalitariste radical en bout de course, est abattu par des tueurs au milieu des volatiles d’un poulailler attenant à un monastère lamaïque. Une femme au corps d’ange assiste à la scène et commente les événements comme si elle était en direct à l’antenne d’une radio, Drumbog, un des moines est partagé entre ses problèmes intestinaux du moment et sa volonté de lire le Bardo Thödol à l’oreille de Kominform pour l’accompagner dans son avancée dans le Bardo, et enfin Strohbuch le tueur, qui est chargé par le moine d’aller chercher le livre des morts tibétains, revient, par ignorance de la langue, avec deux livres inattendus : un manuel de cuisine «L’art d’accommoder les animaux morts» et une anthologie surréaliste «Cadavres exquis».Le Bardo est cet espace noir où selon les bouddhistes le mort erre pendant 49 jours après son décès en allant soit vers sa réincarnation, ce qui pour les bouddhistes est la voie de l’échec, soit vers la claire lumière rompant ainsi le cycle des réincarnations et entraînant la destruction de l’individualité. Pendant cette période, un lama dit au défunt le Bardo Thödol, le livre des morts tibétains, pour le guider, si possible, vers la lumière ou du moins vers une meilleure réincarnation. Mais les morts de Volodine sont mécontents d’être prisonniers de cet espace noir, ils sont stupides, rarement clairvoyants, têtus et dans tous les cas désobéissants, absolument pas prêts à renoncer à leur individualité, à leur capacité de résister, de penser et de dire, même s’ils ne sont que des Untermensch ou des écrivains sans public. « -Cet homme est comme sourd à ce qu’on lui serine avec patience et compassion, commente Mario Schmunck. Cet homme mort, au lieu de se préparer à rencontrer la Claire Lumière, il est en quête d’un compteur d’électricité !... Il promène ses mains sur le mur, il ne rêve que de descendre à la cave. Il s’appelle Glouchenko, il a trente-cinq ans, il a mené une vie normale… »Il est difficile de ne pas s’égarer dans les chemins de ce «Bardo or not Bardo», car, à chaque chapitre, la narration prend un nouveau départ et que les voix des personnages, narrateurs, qui ont aussi souvent le statut d’écrivains, semblent se démultiplier et se superposer au cours du récit. Mais pour peu qu’on accepte de cheminer dans cet espace fictionnel noir, dans ces histoires tragiques où le burlesque et le détournement de la parole sont constamment présents (il suffit de lire les titres du roman et les titres des chapitres 1, 4 et 7 pour s’en convaincre : Baroud d’honneur avant le Bardo, Le Bardo de la méduse, Au bar du Bardo), on ressort (toujours plus) amoureux de la littérature post-exotique et ébahi de voir ainsi cohabiter dans un unique livre la puissance et les limites de ce que peuvent la parole et l’écriture.«Ce mardi, ce mercredi et ce jeudi-là, ni les fanatiques du théâtre post-exotique, ni les promeneurs égarés, ni même les autres mammifères de la forêt n’assistèrent aux représentations pour lesquelles Schlumm avait fait une si tonitruante réclame.À la décharge du public, il faut signaler que le lieu théâtral n’était accessible qu’après une longue randonnée à travers bois et que, sur les derniers kilomètres, les passages boueux se multipliaient. Le choix de cette scène marginale avait été dicté par des considérations idéologiques tout autant que par la rude timidité schizophrène de Schlumm. Personne ne l’avait questionné sur le sujet mais, si c’avait été le cas, il eût encore une fois proclamé son refus des littératures officielles et des facilités dont celles-ci bénéficiaient en échange de leur docilité. Schlumm haïssait le star system et ne souhaitait pas se faire happer par son engrenage, par exemple en se produisant dans une salle plus traditionnelle, comme le préau dans la cour du pavillon Zenfl, ou la cantine, ou les cabinets réservés au personnel soignant. De surcroît, Schlumm pensait que les profondeurs de la forêt l’autoriseraient à explorer son art sans concession, loin des snobismes et des préjugés des centres urbains, des zooparks ou des camps.»

MarianneL
01/09/14
 

Format

  • Hauteur : 18.10 cm
  • Largeur : 10.80 cm
  • Poids : 0.15 kg

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