Carnet du voyage en chine

BARTHES, ROLAND

livre carnet du voyage en chine
EDITEUR : CHRISTIAN BOURGOIS
DATE DE PARUTION : 05/02/09
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23,35 €

SYNOPSIS :

On ne sait rien, je ne saurai jamais rien : qui est le garçon à côté de moi ? Que fait-il dans la journée ? Comment
est sa chambre ? Que pense-t-il ? Quelle est sa vie sexuelle ? Petit col blanc et propre, mains fines, ongles longs.
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Résumé : L’édition inédite des notes de Barthes dans la Chine maoïste livre les prémisses de la notion de Neutre, aux confins du littéraire et du politique.L’Asie, Roland Barthes s’y est surtout frotté en s’intéressant au Japon . Le grand public sait dorénavant qu’il a aussi écrit sur la Chine, au printemps 1974, lors du voyage réalisé en compagnie du philosophe François Wahl, et de quelques figures phares du groupe Tel Quel : Julia Kristeva, Philippe Sollers et Marcelin Pleynet.De ce périple passé au crible du regard barthésien, il en est depuis les années 1970 restitué quelques bribes : un article polémique du Monde intitulé "Alors la Chine ?", repris par les éditions Christian Bourgois en 1975 dans un recueil non commercialisé, puis des extraits lors de l’exposition dédiée à Barthes en 2002 au Centre Georges Pompidou. Ce mois-ci est enfin publiée chez Christian Bourgois, avec la contribution de l’Institut mémoires de l’édition contemporaine, l’intégralité des trois carnets de notes prises par Barthes au cours de l’excursion chinoise.Cette publication est l’occasion, en tant que témoignage documentaire d’une époque et d’un individu, de revenir sur la façon dont le grand intellectuel français prend position en pleine vague maoïste. Mais c’est aussi l’opportunité, au plan intellectuel, de mieux comprendre l’élaboration conceptuelle de la notion barthésienne de "Neutre", dont ces notes sont un jalon essentiel, tant dans l’esthétique du carnet de voyage que dans l’appréhension du politique. Barthes s’ennuieDe visites officielles en visites de courtoisie, l’expédition organisée du 11 avril au 4 mai 1974 pour les quelques Français venus se délecter des progrès du maoïsme en Chine ne sort pas des sentiers battus du voyage organisé : centres urbains névralgiques, une usine de tracteurs à Loyang, l’hôpital de Shangaï, l’université de Pékin, le siège du PC, … Toujours en retrait du groupe, souvent agacé par l’euphorie de circonstance qu’expriment ses compagnons de voyage – l’enthousiasme de Sollers l’irrite en particulier –, migraineux et fatigué, Barthes s’ennuie, et son déplaisir se fait au fil des pages de plus en plus palpable. La fadeur de ses sentiments répond à la monotonie des faits et gestes restitués par l’écriture fragmentaire : les paysages lui semblent délavés, incolores, les Chinois et les Chinoises asexués , le thé vert, véritable leitmotiv du texte – et des journées –, tiède et insipide, toute discussion galvaudée et prosaïque, comme si la totalité du monde était engloutie dans une inconsistance négative.Or, un des "plaisirs du texte" réside dans la mise à distance de cette insatisfaction grâce à l’humour de Barthes. Le regard acerbe qu’il porte sur son environnement "exotique", la recension quasi scientifique de menus événements et l’apparente objectivité qui en découle, ménagent les conditions d’une dérision persistante au fil des notes. Les parenthèses notamment, si fréquemment utilisées dans l’œuvre de Barthes, sont un levier particulièrement efficace de ce sourire corrosif sur la Chine maoïste. C’est ainsi l’esprit, au sens du Witz allemand, qui constitue une part importante du sel de ce texte : les associations d’idées, les glissements sémantiques, l’absence parfois d’explication d’une référence requérant l’attention active du lecteur, mettent en valeur un ingenium proprement barthésien – lucide, créatif et drôle. Ce recul critique n’est pas anecdotique ; la juste distance du regard est précisément le gage d’une restitution de voyage réussie, de l’étude ethnographique au reportage photo. L’attention phénoménologique de Barthes oriente sa préoccupation davantage vers les Chinois de 1974 que vers l’idée d’une Chine abstraite. Ce point de vue suscite une écriture toute en nuance du "je" et des sensations, qui sait se maintenir au plus proche de l’empirique sans basculer dans une empathie aveugle.Maoïsme et thé vertSi le ton des Carnets est à la prise de distance, et procure une satisfaction de lecture, ce retrait recouvre une signification politique. L’article de Barthes intitulé "Alors la Chine ?", paru dans Le Monde du 4 mai 1974, synthétise la teneur des notes prises au cours du voyage, et apparaît comme l’indice de cet enjeu politique sous-jacent. L’article crée la polémique . Barthes livre dans ce texte, comme dans ses carnets, un exposé décevant pour l’horizon d’attente du lectorat de l’époque. Toute prise de parole publique par un intellectuel français concernant le communisme, et à plus forte raison au retour d’un voyage au cœur du maoïsme, se devait en effet de répondre au critère élémentaire de la prise de position : être critique – libérale et antitotalitaire –, ou apologétique – communiste et anticapitaliste. Or Barthes ne cesse de déjouer ces catégories binaires en restant comme "neutre". Dans la réédition de l’article du Monde par les éditions Christian Bourgois en 1975, le sémiologue revient sur sa posture de retrait, en avouant que son "hallucination négative" face à la Chine , loin d’être "gratuite", révélait une féroce critique du dogmatisme politique.À l’inverse des récits de retour de voyage en terre communiste, écrits par des compagnons de route du PC , on ne trouvera pas sous la plume de Barthes de discours doctrinaire sur les bienfaits de la révolution culturelle. Si dans les textes de Jean-Paul Sartre et de Romain Rolland revenant respectivement de Cuba et de Moscou , on peut déceler des schémas narratifs récurrents, qui en décrédibilisent la portée en en faisant de purs panégyriques – des œuvres de propagande –, Barthes au contraire déconstruit les poncifs du genre. Il maltraite la rhétorique idéologique par deux biais. Le premier, explicite, exprimé souvent à travers une somatisation violente, est une charge contre la posture révolutionnaire, et partant, un rejet de toute forme de topos : l’auteur fait ainsi part de la "pire migraine de sa vie", dont il souffre après sa première initiation à la glose communiste , de son "vomissement de la Doxa" , ou de la "montée de la nausée anti-stéréotype" lors du récit édifiant de la vie d’une ouvrière retraitée à Shanghai. Le second biais, implicite, renvoie à l’attitude de retrait dans l’observation : la description purement phénoménologique de la Chine de 1974. En se focalisant sur les impressions olfactives et visuelles, sur le goût du thé vert, sur ses sens, Barthes se joue de la posture politique et partisane, et déjoue les contraintes idéologiques tout en proposant une poétique du carnet de voyage. Cette posture critique dans la neutralité fonctionne comme une étape clé de l’élaboration conceptuelle d’un des plus riches concepts barthésiens : l’intensité du Neutre. L’odyssée du NeutreL’ami et éditeur de Barthes au Seuil, François Wahl, a récemment affirmé que Les Carnets du voyage en Chine n’auraient pas dû pas être publiés, car en tant que "texte non écrit", ils s’opposent à l’idée que Barthes se faisait de l’écriture . La parution de notes personnelles, non destinées à la publication, pose évidemment la question du viol de l’intimité , mais elle questionne surtout une stratégie éditoriale qui, en trahissant la conception barthésienne de la littérature, entraverait fondamentalement le travail de création littéraire. Or passé cet argument éthique indécidable , l’inachèvement des Carnets semble constituer la réconciliation parfaite du fond et de la forme, l’aboutissement esthétique du propos politique.En effet, Bernard Comment, dont le passionnant essai Vers le Neutre est réédité chez Christian Bourgois, fait du journal intime, de la prise de note fragmentaire et quotidienne, une forme paradigmatique de l’écriture du Neutre. Autant l’objet visé – des événements anodins restitués presque immédiatement –, que le point de vue – l’observation en retrait –, réalisent un principe essentiel du Neutre : le refus du "vouloir-saisir", vers lequel toute l’œuvre de Barthes semble tendre. Or la présence immédiate de l’écriture face au monde ne semble pouvoir supporter la correction, le travail de mise en texte. On peut dès lors émettre l’hypothèse qu’intrinsèquement, le Neutre s’expérimente dans des bribes non destinées à être publiées. Cette poétique du fragment est emblématique d’une stratégie d’évitement et de déprise visant à ce que le sens ne se fixe jamais. Elle correspond à la nature du pays exploré, là où selon Barthes "la signifiance est discrète jusqu'à la rareté".C’est ainsi dans le plaisir proprement littéraire du texte, à travers le surgissement de l’humour, et par le biais de descriptions répétitives au sens glissant, mimant la fadeur des paysages, que se joue la construction intellectuelle du Neutre, dans toute son intensité littéraire et politique. La teneur théorique et esthétique des Carnets du voyage en Chine fait ainsi clairement signe vers le séminaire sur le Neutre que Barthes propose au Collège de France en 1977-78. Ils en constituent une parfaite introduction, assez concrète dans l’évocation sensible pour que le curieux se laisse entraîner vers l’élaboration plus abstraite des cours. Dans l’introduction de son séminaire, Barthes déclare que la valeur de la littérature tient à ce qu’elle permet de "vivre selon la nuance". Or un syllogisme de bonne foi permet de dire que si ces carnets chinois permettent une immersion totale dans la nuance, cela signifie que Barthes y propose une écriture, une poétique singulière, autant qu’une réflexion en acte (parce que littéraire) sur le politique.À noter :La publication inédite des Carnets du voyage en Chine est accompagnée de celle de Journal du deuil au Seuil, et de la réédition de trois textes chez Christian Bourgois : le Colloque de Cerisy consacré à Roland Barthes en 1977 dirigé par Antoine Compagnon, L'Écriture même : à propos de Roland Barthes de Susan Sontag et Roland Barthes, Vers le Neutre, de Bernard Comment. Paraissent en outre Empreintes de Roland Barthes, dirigé par Daniel Bougnoux (éditions INA), et Pourquoi j’aime Barthes, d’Alain Robbe-Grillet (éditions Christian Bourgois). Camille Renard - Critique à nonfiction.fr

camillerenard
25/03/09

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  • Hauteur : 20.00 cm
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