Chaque homme est lie au monde

STEPHANE-R

EDITEUR : GRASSET ET FASQUELLE
DATE DE PARUTION : 20/10/04
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SYNOPSIS :

" Chaque homme est lié au monde. Peut-être ces mots de Malraux sont-ils mal liés au livre. Par contre ils collent à l'auteur du livre comme une tunique de Nessus. Roger Stéphane est tellement lié au monde - c'est-à-dire aux hommes - par toutes ses fibres, si bien garrotté qu'il porte sa curiosité à leur égard comme un mal incurable. Sa curiosité le lie si fort aux hommes et à la part qu'ils prennent - ou croient prendre - aux événements, que les hommes semblent tomber comme des mouches dans les fils des questions, des suggestions, d'entêtements qu'il tisse autour d'eux. Comme cette activité est doublée souvent d'une lucidité que pour d'autres hommes jeunes j'aurais qualifiée de précoce - mais qui chez lui est au contraire retardée parce qu'elle garde la façon impitoyable et désinvolte de l'adolescence - elle choisit ses sujets avec un flair constant. Ni l'amitié, ni la haine ne la détournent. La saveur seule compte. Stéphane circonvient ainsi avec aisance Gide, Malraux, Aragon, Flandin, le général, le curé, le communiste. Parfois il remonte la piste par personnes interposées : il ressuscite grâce aux tiers un Pétain, un Laval, un Weygand. Ni l'esthétique, ni la poétique ne viennent éclaircir ou obscurcir le travail. Le drame de l'homme et de sa substance (la pensée et quelquefois le corps) est là en entier. Quoi qu'il en pense, le plus souvent, Stéphane n'apporte pas plus de passion, pas plus d'amour aux hommes que le vivisecteur qui irrite un muscle pour en voir les réflexes. Je ne sais même si l'amitié ou la faveur qu'il porte aux uns ou aux autres trouble sa perspicacité. Et quand il nous apparaît, avec le recul, qu'il s'est trompé, ce n'est peut-être pas les éléments qui sont inexacts, mais la composition qu'il en fait et la déduction qu'il en tire. Roger Stéphane a choisi le terrain le plus propice à ses dons : le journal. Il y emploie de son mieux deux formes caractéristiques de son tempérament : une lucidité qui conduit le choix des hommes, des paroles, des événements ; un désordre intelligent qui restitue le désordre supérieur et chronologique de la vie dont on peut toujours retrouver la trame. Le journal le sert bien parce qu'il laisse les événements à leur échelle quotidienne - c'est-à-dire humaine - et que ces événements n'ont pas le temps ainsi d'être frappés du sceau de légende ou de poésie que leur donne la mémoire. L'écriture parfois est tellement automatique qu'elle devient un sixième sens et ressemble à la vie. Un portait rapide, un dialogue, une confidence, une situation : l'homme se dessine, les êtres poussent comme des champignons. Une seule chose reste étrangement absente : le décor, c'est-à-dire tout ce qui n'est pas l'homme et son comportement, la pierre, le soleil, les éléments. Et même toute cette part de sensations qui associe la nature à l'homme : lumière, odeur, son. Comme tout journal, on doit le prendre, le laisser, le reprendre, l'interroger. Particulièrement celui-ci où
l'obsession des êtres et du monde et des rapports est plus accablante qu'ailleurs. Soudain au détour d'un jour, d'une trop grande accumulation de pensées et de paroles, surgira un tableau épique où est reçue, composée soudain, toute la grandeur et la misère de l'homme. Ainsi la mort de Raymond Philippe. Ainsi le seuil de la prison (Fort-Barraux) : l'entrée dans ce domaine qui semble interdit à l'imagination de ceux qui n'y sont pas allés. Ainsi l'entrée de cet autre domaine hermétique et fascinant : le communisme. Pour moi, j'y ai trouvé, peut-être, plus de goût qu'un autre pour y avoir découvert un aspect - parfois l'envers - de personnages qui ont frôlé ma vie, le Docteur Martin, le Général de La Laurencie (que j'appelais Filoselle dans les Sept Jours), Lazareff et Gide (dont l'univers égoïste s'avère plus impénétrable encore malgré l'effusion sympathique du narrateur). A propos de Gide on ne peut manquer de reconnaître l'influence matérielle de son journal sur l'écriture de l'auteur dans la coupe, la méthode, dans la télégraphie. Mais cela en reste là. Gide n'est pas lié au monde, seul son esprit. Gide est protestant, scrupuleux : son impudeur est un système. Roger Stéphane est messianique, irréfléchi : son impudeur est une nature. Il faut que de tels livres soient écrits pour rompre avec la légende de notre temps et revenir aux hommes. Mais ceux qui voudraient enfermer le monde dans de tels livres feraient oeuvre néfaste. Ils ne sont que des témoignages indiscutables, si franchement subjectifs qu'ils ne peuvent pas tromper comme le font les témoignages soi-disant objectifs. Et ils sont, corrigés de l'indice de l'auteur, leur complément indispensable. Pour ma part, j'ai bien rencontré Roger Stéphane dans un restaurant à Nice. J'allais m'embarquer le lendemain pour Londres en sous-marin. Son imprudence et son indiscrétion me parurent singulières. J'étais en difficultés avec Combat auquel il appartenait. Il s'accordait avec moi pour blâmer les négociations avec Vichy. Il me tint sa promesse de m'envoyer Les Yeux d'Elsa que je voulais emporter avec moi. Quatre ans plus tard, revenant à Paris, ministre au bord de sa chute, on me parla d'un Capitaine Stéphane qui était entré le premier à l'Hôtel de Ville. Je le rencontrai place Beauvau dans l'entourage de mon successeur. Révolté et curieux, il entraînait les hommes à se découvrir ou à se confronter. Même s'il rebutait certains, son entêtement finissait par être récompensé. Il continuait ainsi de tisser sa toile d'araignée pour toutes les mouches, petites ou grandes. Dans cette première période de quatre années, il a été capable de rendre le mélange de bassesse et de grandeur, d'inconscience et de ruse qui est le lit des êtres. Mais plutôt que ses jugements, ce sont surtout les situations et les paroles des hommes qui, comme un boomerang reviennent les frapper. Et à bien des pages de ce livre, les hommes sont leurs propres juges. " EMMANUEL D'ASTIER.
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Format

  • Hauteur : 19.00 cm
  • Largeur : 12.00 cm
  • Poids : 0.39 kg

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