Des hommes

MAUVIGNIER, LAURENT

EDITEUR : MINUIT
DATE DE PARUTION : 31/08/09
LES NOTES :

à partir de
8,49 €
nos libraires ont adoré des hommes
EXISTE EN
Ebook

SYNOPSIS :

Ils ont été appelés en Algérie au moment des « événements », en 1960. Deux ans plus tard, Bernard, Rabut, Février et d'autres sont rentrés en France. Ils se sont tus, ils ont vécu leurs vies. Mais parfois
il suffit de presque rien, d"une journée d'anniversaire en hiver, d'un cadeau qui tient dans la poche, pour que, quarante ans après, le passé fasse irruption dans la vie de ceux qui ont cru pouvoir le nier.
La "Guerre d'Algérie" ou plutôt, par une pirouette politique de la litote, les "événements d'Algérie".
Terrible figure de style, comme la matrice du dernier roman de Mauvignier. On y plonge au cœur du conflit, des Hommes.
Au cœur des hommes ordinaires, comme vous et moi, ni pires ni meilleurs, que la litote officielle n'a pas suffi à re-construire, à réparer tout à fait. Des hommes face à l'inhumain, des hommes qui peinent à se penser, qui peinent à se dire et à s'écrire ; des hommes face à l'indicible : "on pleure dans la nuit parce qu'un jour on est marqué à vie par des images tellement atroces qu'on ne sait pas se les dire à soi-même" (page 268).
Loin des manuels d'Histoire, les personnages de Mauvignier nous aident à mieux appréhender les silences fracassants de ces appelés d'Algérie (ou d'ailleurs) qui ne sont jamais vraiment revenus de leur passé et jamais vraiment entrés dans leur présent : "peut-être que ça n'a aucune importance, tout ça, cette histoire, qu'on ne sait pas ce que c'est qu'une histoire tant qu'on n'a pas soulevé celles qui sont dessous et qui sont les seules à compter, comme les fantômes, nos fantômes qui s'accumulent et forment les pierres d'une drôle de maison dans laquelle on s'enferme tout seul, chacun sa maison, et quelles fenêtres, combien de fenêtres ? Et moi, à ce moment-là, j'ai pensé qu'il faudrait bouger le moins possible tout le temps de sa vie pour ne pas se fabriquer du passé, comme on fait, tous les jours ; et ce passé qui fabrique des pierres, et les pierres, des murs (page 270).
Quel bouleversant prétexte littéraire, aussi, pour Mauvigner : une matière, une glaise encore très sensible que l'écrivain travaille et malaxe, jusqu'à nous livrer ce style et ce langage particuliers qui cherchent à traduire (au mieux ?)la confusion de ces hommes d'un côté, puis sa transcription dans l'écriture de l'autre.
Coup de cœur de la rentrée littéraire, sans aucun doute !

erik (lens)
La "Guerre d'Algérie" ou plutôt, par une pirouette politique de la litote, les "événements d'Algérie".
Terrible figure de style, comme la matrice du dernier roman de Mauvignier. On y plonge au cœur du conflit, des Hommes.
Au cœur des hommes ordinaires, comme vous et moi, ni pires ni meilleurs, que la litote officielle n'a pas suffi à re-construire, à réparer tout à fait. Des hommes face à l'inhumain, des hommes qui peinent à se penser, qui peinent à se dire et à s'écrire ; des hommes face à l'indicible : "on pleure dans la nuit parce qu'un jour on est marqué à vie par des images tellement atroces qu'on ne sait pas se les dire à soi-même" (page 268).
Loin des manuels d'Histoire, les personnages de Mauvignier nous aident à mieux appréhender les silences fracassants de ces appelés d'Algérie (ou d'ailleurs) qui ne sont jamais vraiment revenus de leur passé et jamais vraiment entrés dans leur présent : "peut-être que ça n'a aucune importance, tout ça, cette histoire, qu'on ne sait pas ce que c'est qu'une histoire tant qu'on n'a pas soulevé celles qui sont dessous et qui sont les seules à compter, comme les fantômes, nos fantômes qui s'accumulent et forment les pierres d'une drôle de maison dans laquelle on s'enferme tout seul, chacun sa maison, et quelles fenêtres, combien de fenêtres ? Et moi, à ce moment-là, j'ai pensé qu'il faudrait bouger le moins possible tout le temps de sa vie pour ne pas se fabriquer du passé, comme on fait, tous les jours ; et ce passé qui fabrique des pierres, et les pierres, des murs (page 270).
Quel bouleversant prétexte littéraire, aussi, pour Mauvigner : une matière, une glaise encore très sensible que l'écrivain travaille et malaxe, jusqu'à nous livrer ce style et ce langage particuliers qui cherchent à traduire (au mieux ?)la confusion de ces hommes d'un côté, puis sa transcription dans l'écriture de l'autre.
Coup de cœur de la rentrée littéraire, sans aucun doute !
Erik ,
Librairie
(C.cial V2)
25 personnes en parlent

On se laisse emporter par ce livre comme par une vague qui ne cesse de revenir à la charge tant le style est fluide. Le sujet est difficile mais traîté avec élégance. Et toute la question qui l'anime finit par être formulée par le narrateur et l'on comprend alors toute la difficulté d'être de ces hommes dont on croirait qu'ils sont des hommes comme les autres et quels hommes! Allez leur prêter vos jambes et vos bras: La Cimade: http://www.cimade.org/Les Embrassés: http://les-embrasses.blogspot.com/

Thetique
05/02/10
 

Un livre fort.Une intensité qui va crescendo, des interrogations qui touchent à l’intime dans l’universel et traquent le tragique et l’absurde. Dans une construction ramassée sur une journée, en quatre chapitres « après-midi », « soir », « nuit » et « matin », Laurent Mauvignier raconte par la voix de Rabut, le cousin compagnon d’armes en Algérie, à coup de phrases tronquées, de mots suggérés 40 ans de non-dits, tus parce-que « oui, bon c’est pas Verdun ». Bien sûr on y parle de la Guerre d’Algérie, des fellagas et des harkis, mais aussi de la souffrance des peuples, des hommes qui vont à la guerre et en reviennent muets, marqués au fer rouge de l’indicible, de la barbarie.Pas de réquisitoire, seulement les mots égrenés avec difficulté, murmurés, bégayés pour une confidence - confession qui dresse le constat de la blessure actuelle à l’aune des peurs passées, des lâchetés, des horreurs perpétrées dans les deux camps. On en ressort KO debout, surtout si on le met en perspective avec toutes les guerres qui broient les soldats quels qu'ils soient, qu'on s'empresse de gommer de nos mémoires alors qu'eux ne pourront qu'y survivre dans ce qu'on pense être le meilleur des cas, alors que la mort seule aurait pu et pourra les délivrer de cette horreur...

Iana
05/11/09
 

Dans ce roman ambitieux, Laurent Mauvignier montre comment la guerre d'Algérie, dont la France n'a toujours pas fait le deuil, a marqué une génération et défait des hommes. L'extrême violence des événements auxquels ils ont été mêlés, et le non-dit qui s'est ensuivi après leur retour en France, les a durablement traumatisés. L'un d'eux, Bernard, surnommé Feu-de-Bois, a plongé. Devenu un clochard, et la honte de sa famille, sa culpabilité et son désarroi l'amèneront à retourner sa haine contre une famille d'origine algérienne.Il s'agit pour moi d'une rencontre ratée... Loin de moi l'idée de désavouer le but poursuivi par Laurent Mauvignier ou de remettre en cause son talent, mais je n'ai tout simplement pas réussi à entrer dans son oeuvre. Le style, froid et haché, ne m'a pas séduite et cette lecture m'a laissée plutôt perplexe. Ce livre ne m'a donc pas convaincue, mais je ne suis pas réfractaire à l'idée d'en découvrir un autre de cet auteur.

Schlabaya
21/08/10

Ma première découverte de l'univers "Mauvignier" : son style, sa plume. une véritable claque littéraire. J'ai depuis dévoré tous ses romans, sans exception.L'auteur a le don de poser sur les lignes les méandres des pensées humaines, les silences et les non-dits, les petits gens et les petites vie.un chef d'oeuvre.

ilhamenna
22/07/10
 

Un roman magnifique sur un sujet grave. Comme d'habitude, on entend des voix avec Mauvignier : celle de Rabut, celle de Bernard, de Solange, etc. Le "on" utilisé par Rabut inclut toute une génération d'appelés du contingent qui se sont retrouvés contre leur volonté enrôlés dans une guerre qui ne voulait pas dire son nom.

Marianne33
21/09/10
 

Une journée pour dire l’indicible ou le taire. Le laisser en suspens quand aucun mot ne peut exprimer le vide, la douleur, la vie anéantie. Une journée qui commence l'après-midi de l’anniversaire de Solange, réunion de famille, une broche trop belle offerte par un frère trop pauvre. Tout se fige autour de la main qui offre le cadeau.Lentement, très lentement. Les regards jugent, accusent. Peu essaient de comprendre, peu…Et puis la violence fait irruption. Comme une digue qui se rompt après trop de silence. La violence comme ultime expression du désarroi.La guerre d’Algérie. Car c’est bien elle qui est au cœur de ceux qu’elle a rendus. Quarante ans après « les événements » elle hurle dans les silences et anéantit les rêves, nuit après nuit dans l’extrême solitude.Le mépris au retour, l’humiliation. Rien ne peut être raconté. Rien ne peut être "entendu". Trop de peur, trop d'horreur, trop de sang. Sur les photos, il y a le soleil, les dancings d’Oran, les filles souriantes, la mer… Et dans le dortoir de la caserne, la gorge tranchée des soldats surpris dans leur sommeil."...mais qu'est-ce qu'on fout là..."Le ton est juste. Laurent Mauvignier aborde cette Histoire sous un angle extraordinairement humain et montre combien une guerre ne se termine pas à la signature d'un traité, mais qu'elle livre ses combats des années durant, sans répit. Consultez le commentaire complet sur mes carnets.http://www.mondalire.comhttp://www.mondalire.com/bloghttp://www.mondalire.com/mots_d_ellehttp://www.mondalire.com/inspirations.htm

un flyer
16/11/09

On ouvre un livre sans forcément savoir ce qu’on va y trouver. Des hommes ? Peut-être. Mais de quels hommes parle ici Mauvignier ? On entre dans ce livre un « Après-midi » et on en ressort au « Matin ». On a traversé entre temps une terrible « Nuit ». De ces nuits où des hommes ne dorment pas car il y a ces fantômes qui s’accrochent à eux et les tiennent éveillés. Avec les remous de la vie et les cauchemars qui vont avec. Parce qu’il y a ces mots étouffés dans les silences et ces histoires qu’on ne pouvait pas raconter.« Il suffit de presque rien pour que le passé fasse irruption dans la vie de ceux qui ont cru pouvoir le nier »… Un demi-siècle après la parution de « La Question », le livre d’Alleg sur la torture pendant la Guerre d’Algérie, les Editions de Minuit publie un grand roman qui nous replonge loin de tout manichéisme sur ces évènements là. Voici sous la plume d’un écrivain qui n’a pas connu cette guerre un livre tout simplement bouleversant et extraordinaire. Consultez la critique sur le site Lectrices.fr

Lectrices
06/11/09

Rabut raconte comment Bernard son copain d'enfance est devenu Feu-de-bois, la vie vécue par les soldats (des deux côtés) en fin de guerre franco-algérienne (à l'époque, on parlait d'"événements"), comment chaque camp à coups de victimes a perdu son âme...tout cela à l'occasion d'une fête d' anniversaire interrompue par Feu-de-bois. Poignant, remarquablement écrit et décrit (et tout le monde sait à quel point le thème choisi est assez casse-gueule et tabou) , aucun misérabilisme, une grande justesse : voilà, Laurent Mauvignier y arrive ...et je lui tire mon chapeau .BRAVO !

Cave
01/05/11
 

Tous les ans, mon beau-frère libraire tente de me faire connaître un peu plus la Littérature, à moi le fan de science-fiction et de fantastique. Cette année, un des livres qu'il a sélectionné pour moi est "Des hommes". Au départ, le sujet me parle : des hommes qui ont vécu la guerre d'Algérie, comment ils vivent ce traumatisme maintenant, comment ça affecte leur vie maintenant, plus de 40 ans plus tard. Le style que j'ai identifié au fil de pensée, bien qu'il doit avoir un nom plus classe, est très bien rendu, ça renforce le côté du livre sur la vie ordinaire de gens ordinaires, qui ont un jour été témoins et acteurs de l'Histoire, et comment ça les a marqué sans que personne ne le sache. Et c'est vrai qu'on se fait souvent la réflexion que les anciens d'Algérie en parle peu, j'ai connu quelqu'un comme ça. On retrouve ce repli, cet effort d'oubli, qui surgit des dizaines d'années après parce qu'on n'oublie pas, on camoufle.Maintenant, malgré tout ça, je n'ai pas été si touché que ça par le récit, bien qu'il sonne vrai. Mais il décrit si bien l'ordinaire de ces personnes que du coup, ça m'a laissé à l'écart. Je pense néanmoins qu'un amoureux des livres et de la littérature trouvera ce livre excellent, car on sent bien la qualité quoi qu'il en soit, mais à mon niveau, ça ne m'a pas parlé des masses.

fzilbermann
25/11/10
 

Un repas de famille qui tourne mal : Bernard, alias Feu-de-Bois, offre une broche coûteuse à sa soeur. L'homme, paumé, alcoolique, n'a pas le sou, c'est notoire. Scandale : où a-t-il trouvé l'argent ? Fuyant la désapprobation de ses proches, Bernard quitte la fête, ivre, se rend chez des voisins maghrébins, s'en prend à la femme. Pourquoi ?… La voix de son cousin Rabut nous en dit plus sur l'origine des fêlures de cet homme, via sa jeunesse, mais aussi et surtout la guerre d'Algérie telle qu'ils l'ont vécue, tous les deux, en tant que soldats.Une lecture d'abord difficile en raison du style fastidieux de la première partie : de longues phrases qui, telle la pensée, s'égarent dans des va-et-vient tacites entre les époques. J'ai vraiment dû m'accrocher pour me situer, pour comprendre, pour avoir envie de poursuivre. Puis à la moitié de l'ouvrage, le récit change de style, de rythme : à peine une transition et on entre de plein fouet dans la guerre d'Algérie. Les descentes dans les villages pour trouver les fellaga, les sacrifices d'enfants pour obtenir des informations ou punir le mutisme, les nuits de solitude et de terreur à faire le guet, l'ennui aussi, la plupart du temps, l'attente. Et puis les représailles, les copains torturés, massacrés... Au milieu de cela, les prières et les bons moments auxquels on se raccroche pour ne pas désespérer : les pensées pour la femme aimée, les rêves d'un bel avenir en France, les lettres à une soeur, les permissions à Oran... La fin de la guerre, enfin, tant attendue, mais avec son lot de règlements de comptes sinistres, et le retour en France d'hommes brisés... Un témoignage important, parfois insoutenable, sur une guerre encore taboue, dont ceux qui étaient "là-bas" n'arrivent toujours pas à parler, cinquante ans plus tard... et pour cause : "On pleure dans la nuit parce qu'un jour on est marqué à vie par des images tellement atroces qu'on ne sait pas se les dire à soi-même." (p. 268) Canel

Canel
31/01/16
 

Le silence ou s’en fout la guerre… Il n’y a pas de doute : pour lire Mauvignier sur 250 pages, il faut avoir l’estomac endurant et l’imaginaire littéraire habitué aux coups ! Par son écriture, Mauvignier essaie de donner voix à ces hommes qui n’en ont pas, ou plus encore : à ces hommes qui n’ont pas droit de citer. C’est le cas de Bernard, dit Feu-de-Bois, traité comme un réprouvé, lui l’immonde éprouvé que personne ne veut comprendre. Bernard qui, au fil des ans, a tout perdu, jusqu’à cette identité, transformé en surnom. Cet effacement a une cause que pas un de ces hommes n’ose nommer : l’Algérie. Dans ce livre, ceux qui ont la parole, qui la prennent, n’ont pas besoin des guillemets ; la parole quand elle est vociférée s’adjoint à la narration. C’est qu’il faut dire - quelques soient la forme, les moyens, les efforts employés. Il faut parler. Ou mourir. Mauvignier cherche à exprimer cette parole libératrice, pour faire exploser cette chape de plomb sur la mémoire et permettre à ces hommes, enfin, de revivre. Oui : parler ou mourir.Peu importe alors qui s’exprime dès lors que le non-dit peut s’éructer. Peu importe qui le dit tant que le dit, un jour, est crié, rien qu’écrit, par delà les traumatismes de ces guerres qui ne disent pas leur nom et dont les simples « événements » resteront à jamais, c’est-à-dire à vie, jusqu’à la mort, gravés là, en creux, dans le profond du corps, comme une pique dans le cœur, laissant les tréfonds de l’esprit et de la mémoire à l’agonie. Le silence ou s’en fout la guerre, vraiment…

beraud@archimed.fr
29/11/15
 

Pour ses soixante ans, Solange a invité famille et amis à un repas dans une salle des fêtes louée pour l'occasion. Tout se passe bien jusqu'à l'arrivée de Bernard surnommé Feu-de-Bois, le frère aîné de Solange. Marginal, alcoolique et vivant aux crochets des uns et des autres, il offre à sa soeur un bijou de grande valeur. Solange essaie de masquer son embarras mais le mal est fait car tout le monde se demande comment il s'est procuré l'argent pour l'acheter. Tout s'enchaîne : la réflexion de trop qui met le feu aux poudres, l'esclandre et Feu-de-Bois humilié, en colère part. La fête est finie et gâchée. Mais la stupeur est à son comble quand on apprend que Feu-de-Bois a menacé la femme de Chefraoui un collègue de Solange d'origine algérienne.Rabut le cousin de Feu-de-Bois présent à la fête raconte les heures qui suivent et bien plus. Car cet incident réveille chez lui des souvenirs plus anciens dont il n'a jamais parlé. Des souvenirs enfouis qui hantent toujours ses nuits. Quarante ans plus tôt, lui et Feu-de-Bois à peine âgés de vingt ans se sont retrouvés sous les drapeaux à participer à la guerre d'Algérie. Une guerre "étrange" avec l'ennui, l'incrédulité, la non compréhension "Mais là, c'est autre chose. Il n'est pas le seul à être seul, ils sont seuls tous ensemble.", la peur permanente mais aussi ses atrocités.Laurent Mauvignier nous plonge dans cette guerre, dans ses souffrances, dans son silence et ses non-dits. Car une fois revenus, tous se taisent, ils ne peuvent pas mettre des mots sur cette guerre taboue. Mais Feu-de-Bois n'a pas pu tourner la page, ni à vivre avec ses blessures tapies au fond de lui.On ne lit pas ce livre, on le ressent par l'écriture unique si précise et si ample de Laurent Mauvignier, par le rythme des phrases, par l'intensité poignante et juste.Admirable sur tous les points et magistral ! http://claraetlesmots.blogspot.com/

clarac
26/11/14
 

Solange fête ses soixante ans et son départ a la retraite et pour cela elle a invité toute sa famille.Même son frère "Feu-de-Bois", l'alcoolique, le parasite, le sans le sou, celui que l'on tient généralement a l'écart. Et c'est au moment où il veut donner son cadeau que les dissensions se font sentir. Lui qui vit aux crochets des autres, a acheté pour sa soeur une superbe broche et cela ravive les toutes les rancunes. Cet incident réveille la mémoire de Rabut, le cousin de "Feu-de-Bois", et il se souvient que celui ci avant d'être "Feu-de-Bois" était Bernard. Avant qu'ils soient appelés en 1960 en Algérie pour aller faire la guerre, cette guerre qui ne dit pas nom, cette guerre où l'ennemi est invisible et où la peur est présente a tout moment. Une guerre dont on revient changé et qui traumatise.Ce roman commence comme une banale histoire de famille et puis l'auteur, par le biais de ses deux héros, Bernard "Feu-de-Bois" et son cousin Rabut nous parle de cette guerre d'Algérie, cette guerre sans nom dont la France a du mal se remettre. Il nous décrit cette peur qui hante les esprits de ces appelés qui doivent faire face a une nouvelle forme de guerre, où le combat n'est plus frontal mais insidieux, où l'assassinat et l'attentat tient lieu de plan de bataille. L'auteur nous parle aussi du retour sans gloire au pays quand la guerre est terminé et que l'on ne veut pas parler de ce que l'on a vécu et de ce que l'on a vu la bas. Il nous décrit le traumatisme enduré et les différentes manières de vivre avec. Celle de Bernard qui n'a pas supporté cette guerre et son sentiment de culpabilité. Après un mariage raté, il est venu s'installer près de sa famille sans pour autant renouer avec eux et il s'est enfoncé dans l'alcool, s'auto-détruisant devant leurs yeux comme un reproche muet. Rabut, lui, a préféré enterré ses souvenirs de là-bas, ne gardant que quelques photos, des photos ne reflétant que le côté fraternel de cette expérience. Il semble pour ses proches avoir repris sa vie où il l'avait laissé avant de partir a la guerre. Et il arrive a s'en convaincre lui même malgré quelques nuits d'insomnie. Mais le passé ressurgit et les souvenirs avec. Et le traumatisme .Superbe roman sur la guerre et ses traumatismes qui m'a beaucoup touché, peut -être car mon père l'a faite et que cela m'a permit de comprendre ce qu'il a pu ressentir. C'est superbement écrit et extrêmement fort.Ma note 9/10. http://desgoutsetdeslivres.over-blog.com/

Zembla
28/10/13
 

Il est des sujets, des périodes, des histoires, qui sont souvent tus. Des moments qu'ils ne faut pas raconter et qu'on se remémorre seul et en silence. La guerre d'Algérie fait indéniablement parti, une une génération de Français, de ces périodes troubles qui affectent les individus, et que le collectif ne souhaite pas surmonter. Laurent Mauvignier montre, dans ce roman, comment un passé dont on ne parle pas peut, 30 ou 40 ans après, avoir des conséquences inattendues et destructrices. Car Bernard, aussi appelé Feu-de-Bois, a fait cette sale guerre. A son retour d'Algérie, il n'est pas revenu dans le village familial et a construit sa vie, loin de ses frères et soeurs. Avant de revenir, sans donner d'explications. Considéré par tous comme un être pauvre et taciturne, personne ne comprend comment il réussit à offrir à sa soeur Solange une broche de grande valeur lors de son départ en retraite. Suspicions et remarques désobligeantes fusent, et Bernard, touché, se rendra plus tard dans la soirée chez l'arabe du village, menaçant sa famille. Chacun est alors plongé dans les restes de cette guerre dont personne ne parle jamais.En construisant son récit en deux temps, Laurent Mauvignier réussit un vrai tour de force. Car la première partie est centrée autour de cette réception banale, un départ en retraite auquel tout le monde est invité, où tout devrait se dérouler comme d'habitude, sans accroc. Mais il y a une miette qui vient mettre la sérénité et la bonne ambiance à terre, et qui est le début d'un traumatisme plus profond. Car Rabut, qui suit son frère Bernard et tente de savoir ce qu'il fait de sa soirée, est renvoyé lui aussi aux affres de la guerre et de cette histoire commune qu'ils n'ont jamais évoquée.Mais de cette chronique provinciale, on est ensuite plongé dans la vie de caserne en algérie, avec ses permissions et ses bals, ses amourettes. Mais également avec les exactions, la crainte des adversaires et les attaques aveugles et meurtrières. Ce saut dans la violence quotidienne, dans cette politique de la peur dans les villages que les deux camps pratiquent est saisissante. Mauvignier parvient, tout en restant dans une certaine distance et une non accentuation de description des violences, à rendre toute la barbarie de cette époque. Et à relier, de manière subtile et intelligente, le fait divers du début avec le traumatisme engendré par la guerre.Des hommes est un livre poignant, haletant, qui fait naviguer entre violence psychologique et actes de guerre, sans édulcorer ni la puissance de l'un, ni la barbarie de l'autre. Et qui, surtout, tente de décrire les effets dévastateurs du silence face à ce type d'expériences traumatisantes.

Yohan59
03/01/13
 

Lecture faite, il y a longtemps mais qui m'est revenue à l'esprit au moment de crée ma liste de lecture sur les romans parlant de l'Algérie. C'est un livre fort et il est plus facile de comprendre pourquoi ceux qui reviennent de guerre (pas seulement celle d'Algérie) sont taiseux berthe

afbf
21/10/12
 

Voici un livre qui évoque la difficulté de continuer à vivre pour les anciens d'Algérie. Ces hommes ont vécu des horreurs et ne s'en remettent pas. Ils se sentent seuls et incompris.Ce livre m'a bouleversé. A travers une écriture qui prend parfois le ton de l'oralité, Laurent Mauvignier nous décrit le désordre intérieur de ses personnages. Il parvient à dire l'indicible sur le ton de la conversation, comme si le lecteur recueillait les confidences de ces hommes.J'ai lu ce livre il y a déjà quelques mois et j'en garde un souvenir mélancolique, comme si j'avais, grâce à lui, entrevu les souvenirs de ceux qui, bien souvent, ne les partagent pas.

Amerrante
05/10/12
 

La première partie de ce roman (en gros les cent premières pages) m'a agacée au plus haut point : le style est volontairement haché, avec des effets de style pénibles au niveau des dialogues notamment (je cite un passage pour que tout le monde comprenne car c'est finalement assez difficile à décrire : "Attendez, si je confirme. Si je. Que je. Vous voulez que je. Moi, que je dise. Et que je confirme oui, ici, ce qui s'est passé ici." , le tout sans jamais de tirets ni de propositions incises. Bref. Tous ces auteurs contemporains qui croient réinventer le dialogue en en supprimant les caractéristiques formelles me hérissent au plus haut point, j'ai l'impression qu'ils croient encore que la forme prime à tout prix sur le fond, au secours.) Cette première partie, racontée à la première personne par Rabut, le cousin, m'a paru artificielle, creuse et répétitive, et j'ai failli abandonner là ma lecture. Comme je suis une lectrice consciencieuse je me suis entêtée et heureusement pour moi, la deuxième partie, qui raconte à la troisième personne la guerre telle que l'a vécue Feu de Bois s'est révélée bien meilleure : le style devient fluide et l'histoire décolle enfin, mettant en scène les horreurs de la guerre et l'impact qu'elle a eu sur ces jeunes gens de manière terrible. A la fois victimes d'une guerre qu'ils n'ont pas choisi de faire et bourreaux se livrant aux pires exactions sous prétexte que ce sont les ordres, ces jeunes soldats seront bien évidemment incapables, une fois revenus à la vie civile, d'oublier les atrocités commises de part et d'autre, ce qui pèsera de manière inexorable sur leur vie. C'est un roman qui s'interroge de manière personnelle sur la façon dont la guerre ne s'arrête jamais pour ceux qui l'ont faite mais qui a peiné à me convaincre en raison d'un style qui, quand il n'est pas complètement maîtrisé, entrave la lecture. Pas mal, sans plus.

fashiongeronimo
11/08/12
 

Parce qu'il ne cherche ni à en atténuer l'horreur ni à se complaire dans les détails macabres, le tableau que Mauvignier brosse du conflit bénéficie d'un traitement cru et néanmoins pudique, dont l'équilibre témoigne d'une maîtrise impressionnante. D'une intensité et d'une subtilité croissantes, le récit de la guerre échappe aux écueils du genre, l'emphase et le manichéisme. Dans le même souci de vraisemblance, l'auteur adopte un ton très sobre.

Roman extrêmement troublant, qui montre la face cachée de la guerre : l'ennui, la honte, la culpabilité, la trahison… et les blessures de ceux qui en reviennent, que personne ne peut comprendre à part leurs camarades. Il montre aussi la difficulté à comprendre les situations pour ces hommes envoyés à la guerre qui n'ont parfois aucun bagage intellectuel, aucun recul historique et politique. L'écriture est très épurée, très incisive. Elle fait mal, elle bouscule.

philit
14/03/12
 

Le silence ou s’en fout la guerre… Il n’y a pas de doute : pour lire Mauvignier sur 250 pages, il faut avoir l’estomac endurant et l’imaginaire littéraire habitué aux coups ! Par son écriture, Mauvignier essaie de donner voix à ces hommes qui n’en ont pas, ou plus encore : à ces hommes qui n’ont pas droit de citer. C’est le cas de Bernard, dit Feu-de-Bois, traité comme un réprouvé, lui l’immonde éprouvé que personne ne veut comprendre. Bernard qui, au fil des ans, a tout perdu, jusqu’à cette identité, transformé en surnom. Cet effacement a une cause que pas un de ces hommes n’ose nommer : l’Algérie. Dans ce livre, ceux qui ont la parole, qui la prennent, n’ont pas besoin des guillemets ; la parole quand elle est vociférée s’adjoint à la narration. C’est qu’il faut dire - quelques soient la forme, les moyens, les efforts employés. Il faut parler. Ou mourir. Mauvignier cherche à exprimer cette parole libératrice, pour faire exploser cette chape de plomb sur la mémoire et permettre à ces hommes, enfin, de revivre. Oui : parler ou mourir.Peu importe alors qui s’exprime dès lors que le non-dit peut s’éructer. Peu importe qui le dit tant que le dit, un jour, est crié, rien qu’écrit, par delà les traumatismes de ces guerres qui ne disent pas leur nom et dont les simples « événements » resteront à jamais, c’est-à-dire à vie, jusqu’à la mort, gravés là, en creux, dans le profond du corps, comme une pique dans le cœur, laissant les tréfonds de l’esprit et de la mémoire à l’agonie. Le silence ou s’en fout la guerre, vraiment…

Un roman poignant sur l’absurdité de la guerre, sa bestialité et les traumatismes qu’elle provoque. Pas de morale, juste un constat traduit avec une écriture simple, crue et précise.

Alors que "l'Art français de la guerre " est au goût du jour, il est intéressant de pouvoir lire "des Hommes" pour un point de vue complémentaire sur les effets à long terme de la guerre d'Algérie sur des hommes ordinaires que l'on peut cotoyer au quotidien. un livre témoignage essentiel et bouleversant.

bonroidagobert
28/09/11
 

SUJET TABOUQui n’a pas dans sa famille un oncle, un père, un grand-père qui soit revenu de la guerre d’Algérie ? Et pourtant, cette guerre, c’est le sujet tabou de la famille : on ne doit pas en parler. Mais sous le silence de nos pères, on sent que cette guerre les a profondément marqué, les a transformé. Et c’est cette transformation que Mauvignier nous montre avec Des Hommes, l’histoire de Feu-de-Bois et Rabut, le narrateur, mais aussi celle de tous les anciens combattants d’Algérie.

constance93
22/04/11
 

Ce roman sert à reformuler des questions, que s'est-il passé en Algérie ? pourquoi ce silence encore aujourd'hui. Les tortures ? l'abandon de la France ? Ces hommes qui sont rentrés et ont enfoui au plus profond d'eux-même ces souvenirs qui les hantent encore. Nous ne pouvons pas regarder cette guerre en face, l'assumer. Les Américains savent le faire, pourquoi pas nous... Nena

nena1
18/04/11
 

Que celui ou celle qui n’a jamais entendu parler Des Hommes, ce roman sur l’Algérie porté aux nues par une presse unanime et enthousiaste, laisse un commentaire sous ce billet ! Piquée par la curiosité, j’aurais pu attendre que le buzz s’apaise, mais mon intérêt s’était trouvé éveillé par le thème abordé, et enfin, cerise sur le gâteau, j’eus le plaisir d’assister à une rencontre avec l’auteur... Arriva ce qui devait arriver : j’ai lu Des hommes de Laurent Mauvignier et je l’ai aimé. Je l’ai savouré dès la première page, conquise par cette écriture à la fois simple et complice, oui, dans une sorte de connivence entre le lecteur et le narrateur qui se souvient, remet en ordre ses pensées.

CarnetsdeSeL
04/04/11
 

Format

  • Hauteur : 18.50 cm
  • Largeur : 13.50 cm
  • Poids : 0.27 kg

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