Diadorim (nvelle ed.)

GUIMARAES ROSA-J

livre diadorim (nvelle ed.)
EDITEUR : ALBIN MICHEL
DATE DE PARUTION : 12/04/06
LES NOTES :

à partir de
24,30 €

SYNOPSIS :

À travers amours et guerres, envoûté par l'énigmatique Diadorim, évoquant toutes les aventures qui firent de lui un preux jagunço, un gardien de troupeaux, Riobaldo raconte les journées encore brûlantes passées de bataille en bataille, les longues chevauchées à méditer sur la vie et la mort, dans le décor aride du sertão, lieu de l'épreuve, de la révélation et de la confrontation à l'infini. Unique roman et chef-d'oeuvre du plus grand écrivain brésilien du XXe siècle, Diadorim apparaît
d'ores et déjà, au même titre que Don Quichotte, La Chanson de Roland ou Faust pour la tradition européenne, comme une oeuvre mythique de dimension universelle. « Un véritable tour de force sur le plan de la langue. Une des oeuvres formellement les plus abouties du siècle. » Mario Vargas Llosa « Une oeuvre d'une dimension rare en littérature... L'un des plus grands livres qu'on ait jamais écrits. Brutal, tendre, cordial, sauvage, vaste comme le Brésil lui-même. » Jorge Amado
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Diadorim, ceux qui l'ont lu ne peuvent l'oublier. Quelle claque ! Ami lecteur, quelle claque ! Je l'ai lu dans une version épuisée, la bonne nouvelle c'est qu'il a été réédité en grand format chez Albin Michel et qu'en conséquence, tu n'as aucune excuse. Aucune. Tu vas donc me faire le plaisir d'aller chez ton libraire préféré – qui s'il est bon aura évidemment ce livre en stock – et de l'acheter, fissa ! Grande Sertão : Veredas (son titre original) est souvent considéré, avec cette emphase stupide des quatrièmes de couverture, comme "le roman de la littérature brésilienne". Je laisse à d'autres le soin d'établir de tels classements mais je peux ici affirmer sans mentir que Diadorim est, tout à la fois, un grand roman d'aventures (tendance western), un non moins grand roman d'amour et un roman d'une qualité formelle absolument hallucinante ! Ce roman est d'abord la longue confession d'un homme à un interlocuteur absent, jamais nommé dont on sais rien si ce n'est qu'il est "averti et instruit", "plein de lectures et suprême docteur". Riobaldo, ancien jagunço (une sorte de mercenaire engagé par les propriétaires terriens du nordeste brésilien pour protéger leur terre et combattre ses ennemis), raconte l'épopée de sa vie. Il n'est pas pour autant le personnage principal du roman, du moins pas vraiment, car le Sertão, "là où l’homme doit avoir la nuque solide et la main rapide", pourrait bien lui ravir ce titre. L'auteur affirme à plusieurs reprises que vivre ici est très dangereux. Le Sertão, dans sa réalité tangible (faune, flore, climat, etc.) comme dans les mythes qu'il alimente, ne semble guère hospitalier, c'est le moins qu'on puisse dire. Guimarães Rosa ne rate jamais l'occasion de la rappeler comme ici à l'occasion d'une traversée en barque :Ce flot sauvage, traitre – le fleuve est plein de fracas, de molles façons, de froidure, et de murmures de désolation. Je m’agrippais des doigts au rebord de la barque. Je ne pensais pas au Caboclo-d’agua, l’esprit des eaux qui chavirent les embarcations, je ne pensais pas au danger que sont, on le dit, les Onças-d’água, ces loutres qui sortent de l’eau, en bandes, et agressent les gens : elles encerclent la barque et font exprès de la chavirer. Je ne pensais à rien. J’avais la peur aveugle. Les aventures de Riobaldo l’amènent à parcourir le Sertão du Nord au Sud, jusqu'au "Sertão immonde, le vrai, le Sertão profond". La région apparait d'autant plus terrifiante que le Mal est une des grandes thématiques du roman : Hermegones a-t-il scellé un pacte avec le Diable ? Est-ce Lui qui œuvre dans le feu de la bataille ou dans les tentations indicibles qui tiraillent Riobaldo ? Riobaldo lui même lui a-t-il donné son âme ? Existe-t-Il vraiment et sous quelle forme ? etc. Il n'y a aucun diable. Ni aucun esprit. J'en ai jamais vu. Si quelqu'un devait en avoir vu alors ce serait moi, votre serviteur ici présent. Si je vous racontais... Bon le diable organise ses noires façons dans les créatures, dans les femmes, les hommes. Et même : dans les enfants, je dis – Car il y a bien ce dicton, non : "marmaille – attirail du diable" ? Et dans les usances, dans les plantes, dans les eaux, la terre, le vent... Fumiers... Le diable dans la rue au milieu des tourbillons..."Ma narration, vous y croyez ?"Évidemment Guimarães Rosa ne tranche pas véritablement. Sur cette question comme sur d'autres sujets, les croyances ou les rumeurs brouillent les frontières entre réalité et fantasmes. Au point d'ailleurs que Riobaldo peut demander à son interlocuteur s'il croit en son invraisemblable récit. Riobaldo reconnait lui même les propensions locales à l'exagération : Tenez-vous pour averti : ce peuple ici prend trop de plaisir à raconter des bobards, d'un pet de baudet, ils font un typhon. Par goût de l'imbroglio. Ils inventent pour inventer, des merveilles qui leur rapportent gloire, qu'ils finissent ensuite eux-mêmes par craindre ou croire. Il semble que tout le monde est besoin de ça. Je crois, oui. Mais au détour d'une phrase, c'est la séparation même entre la vérité et le mensonge qui vole en éclat car "la guerre réserve de ces choses, c'est les raconter qui n'est pas plausible. Mais qui dit la vérité ment à peine". Le mensonge est partout et la confession de Riobaldo impossible. Il est en quelque sorte trahi par le langage incapable de raconter l'indicible sans mentir.On ne peut évidemment clore ce sujet sans évoquer l'hallucinante galerie de portraits qu'est ce roman. Les personnages au charisme incroyable, doté d'une aura quasi-mythique marquent durablement le lecteur. On pourrait en citer bien plus mais comment oublier le destin tragique d'un Joca Ramiro, la verve de Zé Bebelo ou bien sûr Diadorim qui donne son nom au roman (dans sa traduction française) ? Un mot peut-être sur ce dernier, Reinaldo de son vrai nom, l'ami aimé, d'une beauté sans pareil ("Les yeux verts, pareillement grands, les longs cils mémorables, la plus jolies des bouches, le nez fin doucement effilé".). Définitivement androgyne, il allie élégance et fermeté, beauté et dureté, etc. Une perfection qui lui vaut l'admiration de Riobaldo. Je revis le Reinaldo, qui guerroyait délicat et redoutable, au plus fort des batailles. Diadorim, l'air efféminé, mais toujours tel le diable en personne, ainsi que j'étais content de le voir en ce moment.L'amitié amoureuse plus ou moins revendiquée par Riobaldo vise à dissimuler "les tensions coupables", honteuses, qui agitent Riobaldo. Cette histoire d'amour, car c'est de cela dont il s'agit, est une histoire d'amour contrariée parce qu'homosexuelle... "Venger, je vous le dis : c'est lamper froid le plat que l'autre a cuisiné trop chaud"Les Jagunço ont beau piller, voler et tuer, ils n'en ont pas moins un code d'honneur, un système de valeurs où l’honnêteté, le parler-vrai fait office de vertu cardinale. Le procès de Zé Bebelo en apporte une preuve éclatante. Dans un tel agencement des valeurs, la trahison apparait comme la pire abomination, l’œuvre d'esprits malins et sournois, si ce n'est du Démon lui-même. Le récit de Riobaldo est, pour une bonne part, le récit d'une vengeance. La véhémence avec laquelle elle est réclamée dit assez combien la traitrise initiale est un insupportable affront, une ignominie sans nom. Mais la trahison n'est pas seulement cette flétrissure à l'implicite code Jagunço, elle revêt presque chez Guimarães Rosa un statut anthropologique. La fidélité aux autres comme à soi-même est un des thèmes récurrents du roman : Repensant aux paroles de Diadorim, j'apurais seulement ce reste : que tout était un vivre mensonger, déloyauté. Trahison ? Ma trahison, de toute façon. Presque tout ce que nous faisons ou négligeons de faire, n'est-il pas, au bout du compte, trahison ? On n'y coupe pas : envers quelqu'un, envers quelque chose.Cette chronique pourrait s'étendre encore et encore ou ne jamais voir le jour tant elle est insatisfaisante, incapable de susciter l'engouement qu'une telle œuvre mérite. C'est un livre dense, d'une richesse défiant toute tentative de synthèse. Un livre à lire, plus qu'à chroniquer. Mais ce survole brouillon et rapide ne doit pas vous détourner de ce joyaux magnifique. Probablement un des meilleurs livres que j'ai lu, tout genre confondu.

Athouni
15/08/13
 

Format

  • Hauteur : 22.50 cm
  • Largeur : 14.50 cm
  • Poids : 0.61 kg
  • Langage original : ESPAGNOL
  • Traducteur : MARYVONNE LAPOUGE-PETTORELLI