En finir avec eddy bellegueule

LOUIS, EDOUARD

EDITEUR : SEUIL
DATE DE PARUTION : 21/01/14
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SYNOPSIS :

Élevé dans une famille ouvrière de Picardie, Eddy ne ressemble pas aux autres enfants. Sa manière de se tenir, son élocution, sa délicatesse lui valent de nombreuses humiliations et injures, tant par ses camarades de classe que par son père alcoolique et sa mère revêche. Lui-même finit par s'interroger sur cette homosexualité dont on le taxe avant même qu'il éprouve le moindre désir. Mais la véritable persécution ne vient-elle pas du conditionnement social ? Il parviendra à s'arracher à cette chape écrasante, qui donne
au récit une allure zolienne, et à imposer sa personnalité en poursuivant des études de théâtre à Amiens, loin de l'enfer familial et villageois qu'il a connu. Ce texte, psychologiquement frappant, dresse un tableau saisissant d'un monde populaire brutal et sensiblement archaïque. Mais la finesse de l'auteur, par ailleurs sociologue, resitue dans un contexte social le drame familial qui aurait pu devenir une vraie tragédie individuelle. Comment échapper à la détermination ? Comment chaque être peut-il inventer sa liberté ?
24 personnes en parlent
Le récit s’ouvre sur un geste exprimant ni plus ni moins que le mépris : un crachat. Ce mépris qu’il inspire aux autres et dont il aura à souffrir jour après jour, Eddy Bellegueule, adolescent efféminé, le transforme en dédain pour un milieu difficile dans lequel il est toléré mais jamais accepté. « En finir avec Eddy Bellegueule », c’est d’abord en finir avec ce que ses proches exigent d’un tel patronyme. Mais c’est aussi en finir, et plus largement, avec le poids d’un prénom et d’un nom qui marquent au fer rouge l’appartenance sociale du jeune homme. Avec une écriture percutante et exhibitionniste, parfois trop, Edouard Louis expose un thème au coeur des préoccupations de notre société ; celui de l’homophobie. Né dans un village picard, au sein d’une famille prolétaire, Eddy ne comprend pas bien d’où lui viennent certaines pulsions qui sont contraires à la norme dictée par son entourage. Il sent bien que les jeux auxquels il aimerait jouer ne conviennent pas à ses camarades. Immatures et violents, les jeunes de son âge rejettent tout ce qui les éloigne de l’image masculine et virile. Eddy constate aussi combien son goût pour l’école qui l’amène à parler « comme un monsieur » est dérangeant pour sa famille. Ces parents sont de braves gens, pour qui l’honneur est un ultime rempart contre la sauvagerie. Ils aiment leur fils mais ne peuvent le comprendre, et encore moins le protéger. Eddy regrette enfin, et ce n’est pas faute d’avoir essayé, de ne pouvoir satisfaire les attentes de l’autre sexe. Notre protagoniste se cherche mais ce sont les autres, par le biais de coups, d’insultes et de jeux pervers, qui lui révèleront sa vraie nature. Bien que le combat semble perdu d’avance, Eddy n’abandonnera pas car il lui est impossible de renoncer à ce qu’il est. Edouard Louis, pour son premier roman, livre une oeuvre forte, dense et amère ; les ingrédients de ce qui pourrait être une autobiographie.
arnaud M

Ce livre ne laisse pas indifférent si j'en juge par les critiques diamétralement opposées! je regrette de ne pas réussir à visionner la vidéo...Bon, moi j'ai aimé! D'accord, il charge peut-être un peu la mule dans la description de son milieu d'origine...mais ce garçon "différent" qui découvre peu à peu son homosexualité et cherche longtemps à la combattre ou au moins sauver les apparences pour paraître un "dur" dans sa famille et son village me touche. Ce livre réveille des souvenirs: Pays perdu de Pierre Jourde qui décrit aussi à la manière de Zola les moeurs de villageois (il y avait eu polémique aussi) et Lisières d'Olivier Adam . L'auteur comme "Edouard Louis" analyse sociologiquement le milieu populaire, à la manière de Bourdieu; tous deux semblent ne pas vivre sans problème d'être devenus des "bourgeois"...je les comprends en fonction de mon propre vécu; les "héritiers", ceux qui sont nés dans la culture et les valeurs bourgeoises ne peuvent pas vraiment comprendre; avoir honte de son milieu d'origine et avoir l'impression de le trahir n'est pas évident. Normalement Bourdieu (j'ai déjà écrit qu'il a été mon prof en...1964!) ne veut pas culpabiliser, bien au contraire: il explique les déterminismes de "classe" mais il n'a pas pu éviter qu'on vive les déterminismes sociaux comme un destin auquel il est difficile d'échapper (sans trahir!)Le livre se lit très facilement et je trouve qu'il y a là un auteur prometteur; j'attends avec impatience son prochain bouquin mais je sais que la promo de celui-ci lui vaut des reproches de la part de son directeur qui trouve qu'il néglige ses études; pourvu que ce jeune auteur ne soit pas victime de son succès médiatique... berthe

afbf
11/04/14
 

Dans toutes ses interviews, Edouard Louis mentionne les auteurs qui lui permis d’accéder à la connaissance et la littérature. En premier lieu, Pierre Bourdieu, le théoricien, entre autre, de la reproduction des inégalités sociales par l’héritage culturel. Puis Didier Eribon, rencontré à Amiens, et qui partage avec lui le besoin d’une fuite pour s’assumer, notamment sexuellement (ils sont tous deux homosexuels). Enfin, Annie Ernaux, autre proche de Bourdieu et qui a aussi raconté son histoire dans toute son œuvre littéraire. Ses références sont très fortes dans l’ouvrage. Certes, il raconte des épisodes vexants, voire humiliant qu’il a eu à subir, y compris dans sa famille. Pourtant, il ne semble pas leur en tenir rigueur : il dénonce le cadre social replié, la peur de l’autre (les arabes et les noirs à Amiens, la grande crainte du père), et ce qui pèse sur la famille sans qu’elle s’en rende compte. Par exemple, il raconte que les ****s sont souvent pointés du doigt dans le village. Eddy est ainsi la cible des critiques, y compris de la part de son père. Mais lorsqu’un homosexuel connu et affiché se fait malmener dans une fête, c’est son père intervient pour le défendre. Comme si la pression sociale imposait de pointer du doigt les homos, et que son père s’y plus jusqu’à un certain point.Il y est question de domination sociale, que réfute la mère d’Eddy car elle ne veut/peut pas accepter le fait d’être dominée. Et peu importe que cette domination soit collective et non individuelle. Alors, par moment, j’ai eu un peu l’impression de lire un ouvrage de Bourdieu appliqué à un cas pratique. Malgré cette toute petite réserve, le roman d’Edouard Louis est un ouvrage important : il montre une réalité spécifique (la Picardie n’est pas représentative de la France : plus pauvre, moins diplômée notamment) mais pose le doigt sur des comportements humains dont on parle peu. Peut-être simplement parce que peu de personnes issues de ces milieux peuvent, ou plus certainement osent, écrire leur histoire. Ce n’est pas le moindre mérite d’Edouard Louis d’avoir porté cela par écrit.

Yohan59
07/09/14
 

En finir avec Eddy Bellegueule est une plongée sans concessions dans la misère sociale avec son cortège d’alcoolisme, de chômage, de violence conjugale, de délinquance,… Cette misère, elle est aussi intellectuelle et morale.S’appeler Eddy Bellegueule, ce n’est déjà pas évident, mais quand, en plus, on est différent, cela devient l’enfer. C'est l'interdiction d'être différent et l’impossibilité de se construire sous les brimades permanentes que le jeune garçon va subir au quotidien.Eddy va d’abord refuser sa différence, puis devra finir par l’admettre. Le seul remède sera la fuite.Si ce livre est la vérité vraie, alors pourquoi l’avoir intitulé roman, pour des raisons éditoriales, pour éviter les procès ? D’ailleurs, il a suscité des réactions de la part de la famille et des habitants du village. On ne peut s’empêcher de penser à Village perdu et à La première pierre de Pierre Jourde. Sauf qu’ici, ce n’est pas un cri d’amour mal compris, mais plutôt un cri de haine pour se libérer.En tout cas, ce livre cru est dérangeant, on le sent écrit avec les tripes, mais avec un manque de recul certain par un garçon de 20 ans.

Ludeca
08/04/14
 

Famille, je te hais On peut aisément reprocher à Eddy, devenu Edouard Louis, les maladresses d'un premier roman et son analyse sociale de la société. Il n'en demeure pas moins le témoignage d'un jeune homme courageux et déterminé à affirmer sa différence.

beraud@archimed.fr
03/11/15
 

Ce roman autobiographique est à mon avis un exutoire pour l'auteur. Écrit comme on sculpterai au couteau. J'ai eut le sentiment sur lire un arbre, le fil conducteur (le tronc) avec pleins de ramifications (les branches) qui pourraient nous perdre mais finalement tout est sur le fil du rasoir, tout se tient et nous ramène au tronc. L'auteur a un trop pleins de haine, de douleur, de violence reçue ou perçue qui se déverse dans son roman. On ne peut pas dire que c'est un mauvais livre, mais sur certaines scènes j'ai trouvé un côté malsain qui me déplaît. Si on retire le langage cru, c'est un triste constat d'un milieu ouvrier sans le sou, avec des valeurs humaines précaires et l'intégration impossible d'un enfant homosexuel. On ne peut dire qu'il laisse indifférent (peut être ce qui explique son succès !) mais je n'ai pas aimé ......Et quand le lis "coup de poing littéraire" ou "jeune talent à découvrir"de la presse, je me demande si cela n'est pas politiquement correct d'aimer ce livre. http://lesciblesdunelectriceavisee.blogspot.com/2014/10/en-finir-avec-eddy-bellegueule-edouard.html

stoufnie
11/04/15
 

Ce livre est présenté comme l'histoire romance d'un jeune picard. Mais on s'aperçoit très vite que c'est de l'auteur qu'il est question tout au long de ce livre. Il livre son ressenti d'être perçu comme un étranger au sein de son village parce qu'il a la voix plus aiguë que les autres garçons, qu'il a des manières, qu'il se sent en décalage avec les autres gens de son âge. Il est peu adapté à son environnement et à son entourage. Il raconte comment il s'aperçoit de sa différence et comment il essaie en vain de se corriger en sortant par exemple avec des filles alors qu'il est gay. Il raconte aussi comment il parvient à échapper à cet environnement en partant faire ses études loin de son village d'origine. C'est donc le récit le récit de quelqu'un qui cherche à s'affranchir du milieu au sein duquel il a grandi. Mais en même temps il analyse ce milieu. Il décrypte ainsi des mécanismes qui sont en place depuis des générations : les garçons travaillent de père en fils au sein de la même usine, les filles ne font pas d'études parce qu'elle tombe enceinte jeune et élève des enfants, et les gens s'installent avec leur famille pas loin de l'endroit où ils ont grandi. Ces mécanismes sont tellement en place que personne ne veut les remettre en cause et qui finalement décide de votre vie. Côté écriture, l'auteur alterne les récits rapportés avec les mots familiers et les grossièretés et un récit d'analyse avec un discours plus évolué qui permet de lire ce livre très rapidement et qui à mon avis donne de l'intérêt à ce livre. Je comprends que l'auteur est voulu écrire pour sans doute coucher sur le papier toutes les douleurs liés à son enfance, après tout, on dit bien que l'écriture est un thérapie. Mais il dit dans la quatrième de couverture, il est aussi dit que ce livre est une tentative pour comprendre Mais comprendre quoi au juste ? Là et la question que je me pose toujours. C'est un récit bouleversant qui nous est livré et qui coupe le souffle tellement ce qu'il a vécu est dur. Je me demande comment il a fait pour rester debout et ne pas craquer avec tous ce su'il a subit. Mais c'est une aussi une note d'espoir parce qu'il a réussi à s'échapper de son village natal et de son environnement.

Larepubliquedeslivres
04/12/14
 

Famille, je te hais On peut aisément reprocher à Eddy, devenu Edouard Louis, les maladresses d'un premier roman et son analyse sociale de la société. Il n'en demeure pas moins le témoignage d'un jeune homme courageux et déterminé à affirmer sa différence.

90000004
19/09/14
 

En finir avec Eddy Bellegueule L'homosexualité vécue dans un monde ouvrier et racontée par un jeune homme de 20 ans.Parfois maladroit dans l'écriture mais intéressant tout de même.

90010532
19/09/14
 

L'habitus n'est pas une fatalité Sur la 4e de couv, je lis qu’Edouard Louis a publié précédemment (mais quel âge avait-il donc vu qu’il en a 21 pour ce premier roman…) un essai sur Bourdieu, le grand sociologue auteur de « La distinction » et « Des héritiers », disséqueur des phénomènes de reproduction sociale, père de la notion « d’habitus », cette disposition durable à intégrer et reproduire les structures et les dominations sociales. Handicap socio culturel, violence symbolique, enfermement social, transmission familiale, identité, voire théorie des genres, langage « légitime », classe dominante… Certes il y a tout ca en fond de ce roman : du social, du Bourdieu, on pourrait aussi parler d’Annie Ernaux (se souvenir de « La place ») mais, non. Ne croyez surtout pas que vous allez lire une enquête sociologique sur la classe populaire. Vous allez suivre un enfant, une famille, un jeune homme. Ils sont là, palpables, attachants, sincères, si terriblement stéréotypés que certains lecteurs parlent de clichés en fermant ce livre, mais oui, c’est bien une image saisie, une lumière jetée sur un négatif très sensible, la vision d’un univers dépourvu de tout « capital » : économique, social et culturel, si pauvre qu’on se croirait dans Zola alors qu’on est à l’aube du XXIe siècle. Il y a aussi l’écriture, pure, sobre, celle qui s’attache à dire la honte et les questionnements. Cette sincérité qui effraie presque, sans complaisance, Aucun pathos. Au contraire, beaucoup de tendresse pour cette famille, ce milieu que l’enfant sent conditionné sans avoir les moyens de comprendre qu’il n’est que reproduction de schémas. La page la plus belle -j’avoue en avoir eu les larmes aux yeux- est celle ou l’on sort du déterminisme prégnant le jour où le père accompagne son fils à l’épreuve d’admission au lycée de la Ville : père et fils inventent alors une façon de faire inédite, prouvant que l'habitus, quand il est confronté à des situations inhabituelles, est aussi principe d’invention.

"Je mourrai pas gibier?" Ce premier roman d’Edouard Louis dépeint de manière crue la misère sociale d’un village du Nord dans les années 90. Comment se construire dans un milieu où règne constamment la pauvreté morale et intellectuelle ; où l’alcoolisme, la vulgarité, le racisme sont des fatalités auxquelles fait face chaque jour Eddy, ce jeune homme homosexuel qui n’a surtout pas le droit d’être différent. En peu de pages, on est plongé dans un univers suffocant et nauséabond, à la limite de la caricature. Comment échapper à cet enfer qui semble clos ? À cet avenir pré tracé ? Dans un style à la fois sensible et violent, le jeune auteur nous livre un roman coup de poing difficile à oublier. Le scénario parfait pour un prochain film de Bruno Dumont ?

Grosse déception! Même si je n'abordais pas ce livre avec beaucoup d'espoir, j'espérais tout de même qu'on me fasse changer d'avis.Mal écrit, ce roman se veut le témoignage d'une vie d'un jeune gay en Picardie mais j'ai vraiment eu l'impression d'une caricature d'un monde à la Zola. Non, mais sans rire!! Il vivait où, cet Eddy Bellegueule??? De contradictions en descriptions horrifiées de la vie (ah la la! le coup des poissons morts dans le congélateur!!!), je n'ai jamais pu m'accrocher à ce roman (et je dis bien "roman"), ni à son personnage... Peut-être aussi à cause de la polémique qu'il a créé autour de lui

viwa
25/08/14
 

Voilà voilà, ça faisait longtemps que je voulait le lire et je n'ai pas été déçue !!!!Amis de la poésie, de la tendresse et de l'amour, passez votre chemin...Ce "roman", largement autobiographique, raconte l'enfance et la jeunesse Ô combien terrible de l'auteur, dans la misère sociale, intellectuelle et affective de sa famille, de son village.... Jusqu'à la découverte que peut-être ça n'est pas partout pareil....J'ai été choquée, bouleversée, émue, dégoûtée par ce récit qui prend aux tripes.

saomalgar
21/07/14
 

Edouard Louis va faire parler de lui. Au delà de l’histoire (vraie) qu’il relate et de la violence de certains épisodes, son style est net et efficace. Une belle découverte !

Bibhavel
05/07/14
 

Il aura fallu quelques jours de vacances loin de tout et quelques heures de vélo pour digérer ce texte. Un roman qui vous prend aux tripes malgré les critiques, les avis et les multiples opinions des centaines voire des milliers de lecteurs qui vous font dire que Oui, et bien on lit on verra après mon propre avis. Toujours pareil, quand les billets se multiplient et le succès enfle, moi, ça m’effraie. J’ai peur. Peur de ne pas aimer, peur d’être déçue. Mais quand un texte est fort, on ne peut pas grand chose contre les échos et la violence. Une fois la première page commencée, ce livre est difficile à lâcher et même s’il vous fait passer dans des états très contradictoires, gênants, très gênants, il vous ne laissera pas indifférents. Impossible. Eddy, c’est un petit gars qui a grandi dans le nord de la France. En Picardie plus précisément. Là d’où on donne peu de nouvelles dans les journaux ou à la télévision si ce n’est pour conter des faits divers un peu sordides. Bellegueule, c’est la famille qui vit de petits boulots à l’usine, de bouts de chandelle en fin de mois et de morale basée sur le plus simple, le pragmatique, le raccourci quoi. Quand Eddy grandit parmi les hommes et la fierté masculine mais que sa voix devient différente de ses frères et ses manières à l’opposé de ses cousins ou de son propre père, c’est la lente descente aux enfers. Raillé par sa famille, violenté par les camarades de classe qui deviennent vite ses bourreaux, il va mimer ce qui l’entoure. Etre un petit dur pour aller contre sa nature et être accepté comme les autres. Mais la vie n’est pas si simple et quand l’inné et l’acquis se confrontent, il faut être fort pour sur-vivre. Edouard Louis a pris la plume et c’était risqué. Raconter l’homosexualité et la maltraitance psychologique dans un milieu quasi au-delà de la pauvreté, dans une misère humaine intellectuelle et matérielle telle qu’elle vous prend aux tripes était un pari presque impossible à relever sans se mettre les différentes classes sociales- de la plus basse à la plus haute, chacune pour leurs raisons- à dos. Sans mettre les critiques bien pensantes face à un texte subjectif mais pas seulement. Sans mettre le lectorat au sein d’un texte caricatural. A l’aide d’une structure qui peut sembler, à certains moments de la lecture, un peu décousue et déliée, il nous plonge dans l’univers de son enfance sans grande finesse et c’est voulu. La double narration, l’une par lui-même, Eddy puis Edouard et l’autre par ce qui l’entoure, sa mère, son père, le village, les autres quoi nous fait passer de l’autre côté du miroir bien des fois en nous laissant un pied dans le réel de l’auteur. Le but est atteint, on se sent dans cette famille de la première à la dernière page, on imagine l’ambiance et l’odeur et pour peu que notre milieu d’origine ait été assez proche de celui décrit dans ce livre, on ressent les sensations et la peur. L’insécurité et l’envie de fuir l’irresponsabilité ou l’alcoolisme. A Abbeville, Paris ou ailleurs, le déterminisme si bien décrit dans ces quelques pages, peut être remis en contexte et nous fait réfléchir sur son éducation, notre milieu et notre façon de s’en défaire ou, au contraire, de rester au plus près de ce que nos parents et famille ont pu nous inculquer. Ce n’est pas un lieu, une région qui importe ici mais cette classe dominée qui existe partout en France et dans le monde. Contre notre gré, sans le vouloir, on assimile. Eddy Bellegeule devenu Edouard Louis en est une des plus belles preuves. A 21 ans, le jeune homme nous donne une belle leçon. Aimer ou pas ce livre, là n’est pas la question, l’essentiel est de prendre du recul et de s’interroger sur ce que l’on choisit et ce que l’on subit et de renoncer ou d’accepter. Un peu de sociologie à travers la voix d’un gamin ? Oui, c’est un peu ça sans être exactement vrai.

deedoux
15/05/14
 

Eddy est un garçon gracile aux manières trop féminines. Pire, il n’aime pas jouer au football à la grande honte de son père. Il représente tout ce que ses parents, sa famille et les gens du coin rejettent. Avant même de fuir le monde de son enfance en partant faire des études, c’est bien ce dernier qui l’a exclu.Avec distance et un regard lucide, Edouard Louis dresse un tableau terrible des milieux défavorisés dont l’avenir ne consiste qu’à reproduire ce que la génération d’avant a fait sans espoir de sortir de ce schéma implacable. Ce livre, à la fois coup de poing et poignant, est une de mes belles surprises de ce début d'année 2014.

Eddy grandit dans une famille ouvrière qui vit de peu, dans un petit village picard. Son père a la main portée sur la boisson, sa mère trime à s’occuper de la fratrie. Très vite, Eddy devient le souffre-douleur de deux élèves du collège (et d’autres !) car il n’est pas comme tout le monde : un peu trop efféminé aux yeux de certains. Il sera victime ainsi toute son enfance et toute son adolescence de moqueries et de violences, y compris de sa propre famille, à l’encontre de son homosexualité présupposée, dans un milieu où il faut être « comme tout le monde ».C’est une description posée d’un monde rural où pauvreté sociale et intellectuelle se côtoient, où néanmoins le courage et la fierté des ouvriers s’affirment et cette réalité peut faire frémir, elle est pourtant bien juste. Elle n’a rien de propre au Nord de la France non plus : des familles telles que les décrit l’auteur, j’en vois beaucoup autour de moi, de par mes engagements professionnels, associatifs et personnels. Je ne suis donc pas d’accord avec les avis lus ici ou là de ceux qui disent « c’est bourré de clichés, c’est exagéré, c’est répétitif, il en rajoute. » J’ai envie de dire : si seulement ce n’était pas vrai ! Mais c’est la vie, telle qu’elle est aussi, parfois pas bien loin de chez soi, et qu’il faut accepter de voir. Bien sûr il ne faut pas raccourcir non plus en pensant que tous les gens de la campagne sont comme cela (et à aucun moment il ne le laisse entendre), mais sa réalité (de classe sociale) existe, dans ses actes violents, rustres, et parfois insoutenables. (La scène de la fausse-couche est pour moi la plus insupportable du roman).L’intérêt que pose ce roman est bien sûr la question du déterminisme social. Peut-on sortir d’un tel milieu, jusqu’où l’éducation reçue vous conditionne-t-elle ? Comment peut-on définir la sexualité de quelqu’un à un âge où cette personne ne connaît même pas encore le désir ?Édouard Louis ne cache pas l’aspect autobiographique de son récit, il ne juge pas et n’est pas dénué d’amour non plus pour ses « parents » fictionnels, simplement il aspire à sortir de ce milieu social et à ne plus rien avoir à faire avec eux. Le regret que l’on peut avoir, c’est qu’à avoir tant vu son auteur intervenir sur les chaînes de télévision et de radio, à avoir lu et entendu tant de critiques déjà – et polémiques - , on peut avoir le sentiment de ne plus rien avoir à découvrir en le lisant. Composé de deux parties, inégales en longueur, l’avant et l’après sexualité, l’écriture est simple mais travaillée, posée, alternant en italique les propos au ton authentique des autres. Il ne se sent pas de ce monde-là, et vient un moment où seule la fuite peut l’en libérer : le lycée et le théâtre l’en sauveront. (Le livre s’achève là mais l’on sait ensuite son parcours d’étudiant en sociologie à l’ENS, son ouvrage sur Bourdieu et son engagement en littérature en lien avec la politique et la sociologie.) Laure

Jdhelene
18/04/14
 

Je ne savais pas comment parler de ce livre car il m'a littéralement soufflée mais j'ai aussi eu l'impression qu'il m'avait fait un croche-patte, histoire de me laisser à terre et de ressasser comme avait pu le faire pendant de longues années le personnage.Ce personnage n'est autre qu'Édouard Louis qui, à l'époque, s'appelait Eddy. Élevé dans un petit village de la Somme, en Picardie, il grandit dans une famille de beaufs parmi lesquels il ne se sent pas à sa place. Le père travaille d'abord à l'usine tandis que la mère garde la maison. Puis les deux restent chez eux, accrochés aux allocs, cloués devant la télévision, toujours prêts à picoler chez les voisins.En plus de ne pas se sentir à sa place, Eddy a aussi la désagréable impression de ne pas être un mec, un dur, comme attendu des premiers de fratrie. Il est efféminé et a une certaine attirance pour les garçons mais ces choses-là ne doivent pas se dire. L'homosexualité, dans les campagnes, c'est proche de la folie. Alors Eddy est persécuté à l'école, puis au collège et n'est pas non plus bien chez lui.Le portrait qu'il dépeint de ses parents, de ses bourreaux et de son quotidien de l'époque nous rend l'homme misérable, bien que lucide sur sa situation. Il est si faible et si mal né... Mais quelle belle revanche que ce témoignage ! Et ce livre presse (le lecteur de finir) et oppresse car l'environnement familial décrit est comme une toile d'araignée, un tombereau qui enferme et descend plus bas que terre.Livre coup de poing ! Je devrais même dire, livre uppercut ! Je l'ai fini il y a déjà quelques jours et il me reste en tête comme si je l'avais fermé à l'instant. Une lecture on ne peut plus entêtante !

Melopee
07/04/14
 

Coup de coeur Radical comme le titre ! Comment un jeune homme va se construire contre sa famille et son milieu. On lit ce roman d'une seule traite.

Mon intuition en lisant ce livre a été confirmée en lisant ce triste article : http://www.courrier-picard.fr/region/les-deux-visages-d-eddy-bellegueule-ia0b0n306422.

RFourmon
20/03/14
 

C'est un livre polémique qu'offre là Edouard Louis. Je n'accuserai pourtant pas une simple volonté de choquer. Il s'agit de dénoncer quelque chose, qui va plus loin que sa propre expérience. C'est l'histoire d'un jeune garçon rejeté, dans une société digne d'un roman zolien, qui cherche à changer pour être conforme aux attentes de ceux qui l'entourent mais qui n'y arrive pas. C'est un combat de soi contre soi, on ne peut plus dur à mener, surtout à l'âge du jeune personnage.Il y a des passages très durs, d'autres plus beaux, et s'il est très critique à l'égard du monde dans lequel il ne trouve pas sa place, je n'y vois aucune condescendance ou attaque en traître des autres personnages.Cependant, l'écriture n'est, à mon avis, pas du tout à la hauteur de ce qui est raconté. Les épisodes sont tragiques, mais l'écriture ne l'est pas. Il ne s'agit pas de tomber dans un pathétique débridé, qui aurait pu encore plus nuire au texte, mais un travail plus poussé sur l'écriture aurait fait de ce livre, au final moyen, un bon livre. On le lit vraiment comme un témoignage, dont l'écriture ne rebute pas, cela coule, et on lit le texte en deux heures seulement. Mais rien, ou très peu d'éléments, accrochent stylistiquement le lecteur. Peut-être tomberai-je dans un procès d'intention, mais le gros défaut de ce livre est le fait qu'Edouard Louis n'ait pas voulu écrire son histoire, mais seulement la raconter.On en vient alors à se demander le pourquoi de se livre. L'empathie est le principal, voir le seul ressors sur lequel le lecteur appui sa lecture. Malheureusement, le texte n'a ici aucun pouvoir littéraire ou politique. Tout tourne autour d'un personnage, dans une monotonie assez "médiocre", et même le coté sociologique de l'oeuvre n'est pas vraiment une réussite, car il ne donne qu'une description par le petit bout de la lorgnette de ce que le narrateur a vécu. On aurait pu s'attendre à un mouvement d'ironie, de mise à distance ou de révolte du jeune Edyy/du plus âgé Edouard, mais il n'en est rien. Le texte reste dans son jus, sans aucune réelle critique.A la fin du roman, on se questionne, Eddy Bellegueule est-il vraiment devenu Edouard Louis après la dernière page? J'en doute très fortement!

gaut
16/03/14
 

« De mon enfance je n'ai aucun souvenir heureux. »Entrée en matière fracassante. Le ton est donné. Le roman, bien plus proche du récit que de la fiction, est un uppercut qui vous laisse ko sur le côté.C'est l'histoire d'un changement de nom, d'une métamorphose. Eddy Bellegueule devient Edouard Louis. Parce qu'il le faut. Parce qu'il n'existe aucune autre solution pour survivre. C'est une histoire de ruptures. Quitter sa famille, rompre avec les attentes des autres, tout perdre pour se gagner soi-même. C'est l'histoire des différentes couches de la misère. Le manque d'argent, la misère des relations, la pauvreté d'affection, le bas seuil des mots et de ce qui peut nourrir l'âme. C'est une histoire de violences. Celle qui définit les rôles, les femmes, les hommes, chacun à sa place et les moutons seront bien gardés. La blessure des coups et de l'indifférence. Le poids des injures et des non-dits.C'est une histoire que l'on ne souhaite à personne. Pas même au lecteur qui se la prend en pleine gueule. Les fêlures exposées, le sel sur les blessures mal cicatrisées, le choc de la distance avec laquelle elle est racontée.Touchée, heurtée, jusque dans les tripes. Sans revanche, ni désir de vengeance, Edouard Louis analyse et décortique avec pudeur et justesse. Les pages ne sont pas dénuées d’ambiguïtés et de contradictions, l'auteur est un homme. Elles sont d'une grande force et d'une grande exigence.Déjà, une polémique s'insère, s'enroule, envenime. À l'ère du politiquement correct, Edouard Louis ose décrire la misère sans sucre, sans miel, sans fiel. En finir avec Eddy Bellegueule est un roman nécessaire et inoubliable. Un premier qui plus est.

Theoma
15/03/14
 

Au-delà des polémiques fallacieuses, un très beau roman de la violence et de la différence.Désormais sur mon blog : http://charybde2.wordpress.com/2014/03/14/note-de-lecture-pour-en-finir-avec-eddy-bellegueule-edouard-louis/

Charybde2
14/03/14
 

Eddy Bellegueule a changé de nom et est devenu Edouard Louis, un jeune écrivain au parcours atypique. Il s'est inspiré de son histoire personnelle pour écrire ce roman « coup de poing » narrant son enfance assez rude en Picardie car fréquemment moqué par son entourage pour ses attitudes féminisées. Son manuscrit a même été refusé chez plusieurs éditeurs qui ne croyaient pas à la véracité de son témoignage. Mais la vérité est là et se présente nue ; à savoir que ce texte est une totale immersion « chez les petites gens », dans une vraie misère sociale, et pourtant codifiée, car la différence fait toujours peur et dérange. Ecrit sans pathos et avec la force d'un texte comme Le quai de Ouistreham de Florence Aubenas, ce récit percute de plein fouet le lecteur, mais surtout, il fait émerger un auteur talentueux, qu'il faudra suivre dans les prochaines années.

SophieC
11/03/14
 

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  • Hauteur : 20.40 cm
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  • Poids : 0.29 kg