En finir avec eddy bellegueule

LOUIS, EDOUARD

EDITEUR : SEUIL
DATE DE PARUTION : 03/01/14
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SYNOPSIS :

Élevé dans une famille ouvrière de Picardie, Eddy ne ressemble pas aux autres enfants. Sa manière de se tenir, son élocution, sa délicatesse lui valent de nombreuses humiliations et injures, tant par ses camarades de classe que par son père alcoolique et sa mère revêche. Lui-même finit par s'interroger sur cette homosexualité dont on le taxe avant même qu'il éprouve le moindre désir. Mais la véritable persécution ne vient-elle pas du conditionnement social ? Il parviendra à s'arracher à cette chape écrasante, qui donne
au récit une allure zolienne, et à imposer sa personnalité en poursuivant des études de théâtre à Amiens, loin de l'enfer familial et villageois qu'il a connu. Ce texte, psychologiquement frappant, dresse un tableau saisissant d'un monde populaire brutal et sensiblement archaïque. Mais la finesse de l'auteur, par ailleurs sociologue, resitue dans un contexte social le drame familial qui aurait pu devenir une vraie tragédie individuelle. Comment échapper à la détermination ? Comment chaque être peut-il inventer sa liberté ?
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Le récit s’ouvre sur un geste exprimant ni plus ni moins que le mépris : un crachat. Ce mépris qu’il inspire aux autres et dont il aura à souffrir jour après jour, Eddy Bellegueule, adolescent efféminé, le transforme en dédain pour un milieu difficile dans lequel il est toléré mais jamais accepté. « En finir avec Eddy Bellegueule », c’est d’abord en finir avec ce que ses proches exigent d’un tel patronyme. Mais c’est aussi en finir, et plus largement, avec le poids d’un prénom et d’un nom qui marquent au fer rouge l’appartenance sociale du jeune homme. Avec une écriture percutante et exhibitionniste, parfois trop, Edouard Louis expose un thème au coeur des préoccupations de notre société ; celui de l’homophobie. Né dans un village picard, au sein d’une famille prolétaire, Eddy ne comprend pas bien d’où lui viennent certaines pulsions qui sont contraires à la norme dictée par son entourage. Il sent bien que les jeux auxquels il aimerait jouer ne conviennent pas à ses camarades. Immatures et violents, les jeunes de son âge rejettent tout ce qui les éloigne de l’image masculine et virile. Eddy constate aussi combien son goût pour l’école qui l’amène à parler « comme un monsieur » est dérangeant pour sa famille. Ces parents sont de braves gens, pour qui l’honneur est un ultime rempart contre la sauvagerie. Ils aiment leur fils mais ne peuvent le comprendre, et encore moins le protéger. Eddy regrette enfin, et ce n’est pas faute d’avoir essayé, de ne pouvoir satisfaire les attentes de l’autre sexe. Notre protagoniste se cherche mais ce sont les autres, par le biais de coups, d’insultes et de jeux pervers, qui lui révèleront sa vraie nature. Bien que le combat semble perdu d’avance, Eddy n’abandonnera pas car il lui est impossible de renoncer à ce qu’il est. Edouard Louis, pour son premier roman, livre une oeuvre forte, dense et amère ; les ingrédients de ce qui pourrait être une autobiographie.
arnaud M

Ce livre ne laisse pas indifférent si j'en juge par les critiques diamétralement opposées! je regrette de ne pas réussir à visionner la vidéo...Bon, moi j'ai aimé! D'accord, il charge peut-être un peu la mule dans la description de son milieu d'origine...mais ce garçon "différent" qui découvre peu à peu son homosexualité et cherche longtemps à la combattre ou au moins sauver les apparences pour paraître un "dur" dans sa famille et son village me touche. Ce livre réveille des souvenirs: Pays perdu de Pierre Jourde qui décrit aussi à la manière de Zola les moeurs de villageois (il y avait eu polémique aussi) et Lisières d'Olivier Adam . L'auteur comme "Edouard Louis" analyse sociologiquement le milieu populaire, à la manière de Bourdieu; tous deux semblent ne pas vivre sans problème d'être devenus des "bourgeois"...je les comprends en fonction de mon propre vécu; les "héritiers", ceux qui sont nés dans la culture et les valeurs bourgeoises ne peuvent pas vraiment comprendre; avoir honte de son milieu d'origine et avoir l'impression de le trahir n'est pas évident. Normalement Bourdieu (j'ai déjà écrit qu'il a été mon prof en...1964!) ne veut pas culpabiliser, bien au contraire: il explique les déterminismes de "classe" mais il n'a pas pu éviter qu'on vive les déterminismes sociaux comme un destin auquel il est difficile d'échapper (sans trahir!)Le livre se lit très facilement et je trouve qu'il y a là un auteur prometteur; j'attends avec impatience son prochain bouquin mais je sais que la promo de celui-ci lui vaut des reproches de la part de son directeur qui trouve qu'il néglige ses études; pourvu que ce jeune auteur ne soit pas victime de son succès médiatique... berthe

afbf
11/04/14
 

Je n'avais pas été mise aussi mal à l'aise par un livre depuis Rien ne s'oppose à la nuit. Il y a dans ces livres qui dénoncent d'autres personnes ou un mode de vie, quelque chose d'insupportable pour moi, lié à l'impossibilité pour les autres de répondre aux attaques (en l'occurence, les parents de l'auteur peuvent répondre mais dans des journaux qui recherchent forcément le croustillant alors que le support de l'auteur est tout autre). Je sais que ceux qui ont aimé ce livre que je ne peux qualifier de roman puisque tout y est vrai, vont rétorquer qu'il ne dénonce rien, qu'il se contente de décrire. Je crois que ce ton qui se veut objectif m'a encore plus agacée. Dans sa description du milieu populaire dont il vient, il n'épargne personne : son père ne se lave jamais le matin, chez sa grand-mère, ça sent le chien sale mais c'est encore pire avec les ados qui soit le battent tout en s'attachant à lui ou le sodomisent dans la scène la plus glauque qui m'ait été donné de lire depuis très longtemps ; et pourtant, je ne lis pas des bleuettes. Il n'y a aucun élément positif dans ce milieu. Dans le milieu d'où il vient, personne ne se comporte comme vous (enfin je le suppose) et moi et c'est finalement ce qui m'a le plus dérangée. J'ai eu l'impression qu'il nous englobait dans son monde, celui qui l'a sauvé de là d'où il vient et qu'il pointait du doigt l'autre, celui qui est si éloigné de notre quotidien, en nous disant : vous m'avez sauvé, vous qui connaissez le pouvoir des mots, vous qui aimez lire, d'un monde dont vous n'avez aucune idée et dont je vais vous ouvrir la porte. A la fin, ce jeune homme nous explique qu'il est fâché depuis longtemps avec son père et que sa mère n'est pas ravie qu'il parle de sa famille. Quelle surprise!Je n'ai pas toujours été d'accord avec ses analyses. Par exemple, il explique le fait que son père et d'autres hommes refusent d'aller chez le médecin par un désir de paraître viril. Pour avoir côtoyé de près ce refus, je pense plutôt qu'il est dû, entre autre, à un manque de confiance envers les médecins et à une lutte des classes : le médecin, très à l'aise financièrement sans faire grand chose (je traduis d'autres pensées que la mienne, j'ai beaucoup d'admiration pour mon médecin) représente l'ennemi. Et si bien sûr, je ne peux expliquer les coups, je comprends tout de même que de trouver son enfant dans la situation dans laquelle sa mère le trouve alors qu'il n'a que dix ans peut faire perdre les pédales à de nombreux parents. D'ailleurs, cette scène m'a été insupportable. Je lui accorde le sens de la formule: Dans la chambre flottait encore l'odeur du cri de mon père. Et j'ai aimé l'idée que ce qui le fait venir à la culture est sa différence et son besoin de se trouver une autre famille que la sienne, dans laquelle il ne se reconnaît pas, ça m'a semblé une idée originale. Je ne comprends pas que ce roman soit à ce point encensé dans les média, ou plutôt si, je me doutais que les intellectuels parisiens allaient adorer cette description pathétique de nos campagnes (ne prenez pas ces attaques pour vous si vous avez aimé mais il faut quand-même avouer que l'absence de nuances dans les média sur ce livre a de quoi nous obliger à en chercher la cause). Et dans cette autobiographie, certains passages ne m'ont pas paru crédibles, notamment le fait que sa soeur joue l'entremetteuse entre sa copine et son frère beaucoup plus jeune qu'elles. Je sais que beaucoup d'entre vous voient dans ce roman une dénonciation de l'homophobie. Pour moi, c'est une dénonciation teintée de mépris d'une classe sociale. http://vallit.canalblog.com/archives/2012/07/25/24675519.html#comments

cocalight
23/02/14
 

Dans toutes ses interviews, Edouard Louis mentionne les auteurs qui lui permis d’accéder à la connaissance et la littérature. En premier lieu, Pierre Bourdieu, le théoricien, entre autre, de la reproduction des inégalités sociales par l’héritage culturel. Puis Didier Eribon, rencontré à Amiens, et qui partage avec lui le besoin d’une fuite pour s’assumer, notamment sexuellement (ils sont tous deux homosexuels). Enfin, Annie Ernaux, autre proche de Bourdieu et qui a aussi raconté son histoire dans toute son œuvre littéraire. Ses références sont très fortes dans l’ouvrage. Certes, il raconte des épisodes vexants, voire humiliant qu’il a eu à subir, y compris dans sa famille. Pourtant, il ne semble pas leur en tenir rigueur : il dénonce le cadre social replié, la peur de l’autre (les arabes et les noirs à Amiens, la grande crainte du père), et ce qui pèse sur la famille sans qu’elle s’en rende compte. Par exemple, il raconte que les ****s sont souvent pointés du doigt dans le village. Eddy est ainsi la cible des critiques, y compris de la part de son père. Mais lorsqu’un homosexuel connu et affiché se fait malmener dans une fête, c’est son père intervient pour le défendre. Comme si la pression sociale imposait de pointer du doigt les homos, et que son père s’y plus jusqu’à un certain point.Il y est question de domination sociale, que réfute la mère d’Eddy car elle ne veut/peut pas accepter le fait d’être dominée. Et peu importe que cette domination soit collective et non individuelle. Alors, par moment, j’ai eu un peu l’impression de lire un ouvrage de Bourdieu appliqué à un cas pratique. Malgré cette toute petite réserve, le roman d’Edouard Louis est un ouvrage important : il montre une réalité spécifique (la Picardie n’est pas représentative de la France : plus pauvre, moins diplômée notamment) mais pose le doigt sur des comportements humains dont on parle peu. Peut-être simplement parce que peu de personnes issues de ces milieux peuvent, ou plus certainement osent, écrire leur histoire. Ce n’est pas le moindre mérite d’Edouard Louis d’avoir porté cela par écrit.

Yohan59
07/09/14
 

En finir avec Eddy Bellegueule est une plongée sans concessions dans la misère sociale avec son cortège d’alcoolisme, de chômage, de violence conjugale, de délinquance,… Cette misère, elle est aussi intellectuelle et morale.S’appeler Eddy Bellegueule, ce n’est déjà pas évident, mais quand, en plus, on est différent, cela devient l’enfer. C'est l'interdiction d'être différent et l’impossibilité de se construire sous les brimades permanentes que le jeune garçon va subir au quotidien.Eddy va d’abord refuser sa différence, puis devra finir par l’admettre. Le seul remède sera la fuite.Si ce livre est la vérité vraie, alors pourquoi l’avoir intitulé roman, pour des raisons éditoriales, pour éviter les procès ? D’ailleurs, il a suscité des réactions de la part de la famille et des habitants du village. On ne peut s’empêcher de penser à Village perdu et à La première pierre de Pierre Jourde. Sauf qu’ici, ce n’est pas un cri d’amour mal compris, mais plutôt un cri de haine pour se libérer.En tout cas, ce livre cru est dérangeant, on le sent écrit avec les tripes, mais avec un manque de recul certain par un garçon de 20 ans.

Ludeca
08/04/14
 

Chez les Bellegueule, comme dans les autres familles habitant un même petit village de Picardie, on est ouvrier à l’usine de père en fils. Les femmes, quant à elles, ont le choix entre devenir caissière, coiffeuse ou mère au foyer. Rares sont ceux qui sortent de ce schéma pré-tracé. Mais pour Eddy Bellegueule tout cela n’a rien d’évident… Très tôt, il est considéré comme le « bizarre » du village. Ses manières empruntées, sa voix aiguë et ses réactions « de fille » attirent la suspicion des villageois et son propices aux commérages et aux médisances… Issu d’un milieu pauvre où le froid et la faim sont monnaie courante, le jeune garçon doit en plus se heurter au regard des autres et à la honte qu’il inspire à sa propre famille. Son entrée au collège va néanmoins constituer un tournant dans la vie d’Eddy. Malgré les brimades, le harcèlement et l’isolement, il connaitra sa première expérience homosexuelle et se découvrira un goût pour les études et notamment le théâtre qui le poussera à fuir et à suivre sa propre voie…C’est avec une simplicité désarmante qu’Edouard Louis nous raconte son enfance difficile dans un milieu rural, hostile à tout ce qui est différent. Du haut de ses 21 ans, le jeune auteur fait montre d’une maturité surprenante pour nous décrire ce qu’il a vécu. Entre incompréhension, dégoût, rejet et dénégation de lui-même, il nous décrit avec une sincérité bouleversante les différentes étapes qu’il lui a fallu traverser avant d’accepter son homosexualité. A travers le portrait de sa famille, c’est également une peinture de la France rurale d’aujourd’hui qu’il nous décrit, où les gens arrêtent les études dès seize ans pour travailler dans des conditions souvent pénibles, fondent une famille tôt et n’ont pour seuls loisirs que le PMU du coin et la télévision… Par ailleurs, on peut sentir la colère de l’auteur envers ses parents qui n’ont pas su l’aider ni le comprendre et qui lui ont transmis cette honte de lui-même. Néanmoins, j’ai également ressenti beaucoup d’amour pour ce père et cette mère qui, malgré leur maladresse et leur peur se sont sacrifiés pour donner à leur fils une chance de vivre autrement… Edouard Louis nous livre ici un témoignage poignant et nous parle sans tabous des dangers de la haine ordinaire, de la honte et des violences quotidiennes. Un premier roman plein de maturité, d’émotions et de sincérité qui ne laissera personne insensible…

Mokona
27/01/14
 

Pas de bol pour Eddy Bellegueule ! Il naît dans une famille où l'on vit à sept avec sept cent euros par mois, où l'avenir est tout tracé (l'usine est juste à côté de l'école), dans un milieu qui privilégie les valeurs masculines alors qu'il est efféminé.Longtemps, son leitmotiv sera de correspondre au "nom de dur " qui lui a été attribué, Eddy Bellegueule donc. Mais les crachats, la violence physique et verbale qu'il subira deux ans durant au collège, l'attitude de sa famille qui ne sait comment faire face à sa différence, le sentiment de honte qui l'habite face à la pauvreté des siens, pauvreté aussi bien verbale qu'économique, font que cet adolescent "prisonnier de [son] propre corps", ne trouvera d'issue qu'en dehors de ce monde clos sur lui même. Même si le mode de vie, de pensée, décrits dans ce roman à caractère autobiographique ( non assumé sur l'objet livre) pourraient de prime abord paraître d'une autre époque, nous nous situons ici à la fin des années 1990, début 2000, en Picardie. Eddy Bellegueule, vrai nom de l'auteur, s'il choisit de se renommer, n'en profite pas pour autant pour régler ses comptes avec les membres de sa famille. Il analyse de manière lucide ce qui les entrave d'un point de vue sociologique et ne les juge pas .Il restitue de manière remarquable la langue fruste, les négligences de sa classe sociale, les arbitrages économiques, la méfiance vis à vis de la médecine, le manque d’intérêt pour l'école, tout ce qui creuse un fossé apparemment infranchissable entre "les petits" et "les bourges".L'auteur partait dans la vie avec un double handicap (son milieu social,son homosexualité) mais il a réussi à En finir avec Eddy Bellegueule, tout en nous offrant un texte magnifique sur ses origines et sa quête d'identité ! cathulu

cathulu
24/01/14
 

A la fin des années 1990, Eddy Bellegueule, le narrateur, vit dans une commune rurale de Picardie. Son père travaille à l'usine et sa mère s'occupe des nombreux enfants. L'argent manque parfois, en tout cas après achat du tabac et des boissons alcoolisées. Une famille banale dans ce village, même si contrairement à certains voisins, le père d'Eddy met un point d'honneur à ne jamais frapper son épouse et ses enfants. Eddy ne manque cependant pas de l'agacer avec ses manières de « tarlouze » ! Ce trait de caractère en énerve d'ailleurs d'autres, notamment au collège où il est devenu le souffre-douleur de deux « durs ».Le récit est poignant, parfois violent, et l'on ne peut que compatir avec le calvaire d'Eddy. Si ses souffrances sont compréhensibles, la fascination qu'il ressent pour ses bourreaux m'est restée en revanche obscure. Eddy cherche à se conformer aux comportements et aux manières d'être qui sont attendus d'un garçon dans son milieu, mais le naturel reprend le dessus. La souffrance n'est pas seulement celle des coups reçus, elle est surtout psychologique.A la lecture d'un tel ouvrage on comprend mieux pourquoi le taux de suicide est plus élevé chez les jeunes homosexuels (surtout chez ceux qui ont de la difficulté à s'affirmer comme tel) que chez les autres jeunes.Un livre que je recommande vivement, pour la réflexion à laquelle il invite à propos de l'homophobie ou des "simples" blagues qui peuvent être aussi meurtrières.. Apikrus

Apikrus
31/01/16
 

Famille, je te hais On peut aisément reprocher à Eddy, devenu Edouard Louis, les maladresses d'un premier roman et son analyse sociale de la société. Il n'en demeure pas moins le témoignage d'un jeune homme courageux et déterminé à affirmer sa différence.

beraud@archimed.fr
03/11/15
 

Le petit Eddy vit dans un village picard où les hommes bossent dur, à l'usine, se retrouvent au chômage quand les boîtes ferment ou en invalidité après avoir trop trimé, mal soignés. Les femmes s'occupent des gosses - une pléthore de gamins qu'elles commencent à avoir très jeunes, ce qui coupe court à leurs éventuelles ambitions, mais comme de toute façon, les parents n'ont pas les moyens de payer des études... On peine à joindre les deux bouts, les logements sont en piteux état, on picole pas mal, on a la TV dans toutes les pièces, elle est allumée en permanence, on se méfie de la médecine, des intellos, des bourgeois.Voilà pour le décor... Eddy a toujours été jugé maniéré, efféminé (voix, intonation, gestuelle, démarche). Dans son milieu où la "virilité" est une question d'honneur, ça la fout mal. Il se fait donc souvent traiter de "pédé", mais dans son village, ça reste supportable, d'autant que son père n'est pas du genre à se laisser marcher sur les pieds ; même si les manières de son fils l'agacent, il le défend. le cauchemar commence quand Eddy intègre le collège, deux gamins le prennent en grippe, le harcèlent, l'humilient, le frappent régulièrement. Les jours d'école, Eddy se réveille la peur au ventre.Depuis l'enfance, Eddy se sait "différent" : « J'entendais partout et depuis toujours que les filles aimaient les garçons. Si je les aimais, je ne pouvais qu'être une fille. Je rêvais de voir mon corps changer, de constater un jour, par surprise, la disparition de mon sexe. » Il en souffre, essaie de "se corriger", d'adopter une démarche et des gestes plus virils, de s'intéresser au foot, d'éprouver du désir pour des corps féminins... en vain.Ce témoignage est bouleversant, mais ni larmoyant ni exhibitionniste. J'ai trouvé au contraire beaucoup de sobriété et d'élégance dans l'expression de cette douleur. L'auteur a beau décrire un univers difficile et violent, j'ai eu l'impression en le lisant qu'il ne reniait pas ses proches, et que ce passé qui ne l'a pas tué - mais aurait pu - l'a rendu plus fort, selon la formule consacrée. le ton d'Edouard Louis rappelle celui d'Annie Ernaux (une auteur qu'il admire), la problématique évoque celle de l'excellent film québecois CRAZY, l'environnement social fait penser à celui de Dimitri Verhulst (La merditude des choses). Canel

Canel
17/08/15
 

Ce roman autobiographique est à mon avis un exutoire pour l'auteur. Écrit comme on sculpterai au couteau. J'ai eut le sentiment sur lire un arbre, le fil conducteur (le tronc) avec pleins de ramifications (les branches) qui pourraient nous perdre mais finalement tout est sur le fil du rasoir, tout se tient et nous ramène au tronc. L'auteur a un trop pleins de haine, de douleur, de violence reçue ou perçue qui se déverse dans son roman. On ne peut pas dire que c'est un mauvais livre, mais sur certaines scènes j'ai trouvé un côté malsain qui me déplaît. Si on retire le langage cru, c'est un triste constat d'un milieu ouvrier sans le sou, avec des valeurs humaines précaires et l'intégration impossible d'un enfant homosexuel. On ne peut dire qu'il laisse indifférent (peut être ce qui explique son succès !) mais je n'ai pas aimé ......Et quand le lis "coup de poing littéraire" ou "jeune talent à découvrir"de la presse, je me demande si cela n'est pas politiquement correct d'aimer ce livre. http://lesciblesdunelectriceavisee.blogspot.com/2014/10/en-finir-avec-eddy-bellegueule-edouard.html

stoufnie
11/04/15
 

Ce livre est présenté comme l'histoire romance d'un jeune picard. Mais on s'aperçoit très vite que c'est de l'auteur qu'il est question tout au long de ce livre. Il livre son ressenti d'être perçu comme un étranger au sein de son village parce qu'il a la voix plus aiguë que les autres garçons, qu'il a des manières, qu'il se sent en décalage avec les autres gens de son âge. Il est peu adapté à son environnement et à son entourage. Il raconte comment il s'aperçoit de sa différence et comment il essaie en vain de se corriger en sortant par exemple avec des filles alors qu'il est gay. Il raconte aussi comment il parvient à échapper à cet environnement en partant faire ses études loin de son village d'origine. C'est donc le récit le récit de quelqu'un qui cherche à s'affranchir du milieu au sein duquel il a grandi. Mais en même temps il analyse ce milieu. Il décrypte ainsi des mécanismes qui sont en place depuis des générations : les garçons travaillent de père en fils au sein de la même usine, les filles ne font pas d'études parce qu'elle tombe enceinte jeune et élève des enfants, et les gens s'installent avec leur famille pas loin de l'endroit où ils ont grandi. Ces mécanismes sont tellement en place que personne ne veut les remettre en cause et qui finalement décide de votre vie. Côté écriture, l'auteur alterne les récits rapportés avec les mots familiers et les grossièretés et un récit d'analyse avec un discours plus évolué qui permet de lire ce livre très rapidement et qui à mon avis donne de l'intérêt à ce livre. Je comprends que l'auteur est voulu écrire pour sans doute coucher sur le papier toutes les douleurs liés à son enfance, après tout, on dit bien que l'écriture est un thérapie. Mais il dit dans la quatrième de couverture, il est aussi dit que ce livre est une tentative pour comprendre Mais comprendre quoi au juste ? Là et la question que je me pose toujours. C'est un récit bouleversant qui nous est livré et qui coupe le souffle tellement ce qu'il a vécu est dur. Je me demande comment il a fait pour rester debout et ne pas craquer avec tous ce su'il a subit. Mais c'est une aussi une note d'espoir parce qu'il a réussi à s'échapper de son village natal et de son environnement.

Larepubliquedeslivres
04/12/14
 

Famille, je te hais On peut aisément reprocher à Eddy, devenu Edouard Louis, les maladresses d'un premier roman et son analyse sociale de la société. Il n'en demeure pas moins le témoignage d'un jeune homme courageux et déterminé à affirmer sa différence.

90000004
19/09/14
 

En finir avec Eddy Bellegueule L'homosexualité vécue dans un monde ouvrier et racontée par un jeune homme de 20 ans.Parfois maladroit dans l'écriture mais intéressant tout de même.

90010532
19/09/14
 

L'habitus n'est pas une fatalité Sur la 4e de couv, je lis qu’Edouard Louis a publié précédemment (mais quel âge avait-il donc vu qu’il en a 21 pour ce premier roman…) un essai sur Bourdieu, le grand sociologue auteur de « La distinction » et « Des héritiers », disséqueur des phénomènes de reproduction sociale, père de la notion « d’habitus », cette disposition durable à intégrer et reproduire les structures et les dominations sociales. Handicap socio culturel, violence symbolique, enfermement social, transmission familiale, identité, voire théorie des genres, langage « légitime », classe dominante… Certes il y a tout ca en fond de ce roman : du social, du Bourdieu, on pourrait aussi parler d’Annie Ernaux (se souvenir de « La place ») mais, non. Ne croyez surtout pas que vous allez lire une enquête sociologique sur la classe populaire. Vous allez suivre un enfant, une famille, un jeune homme. Ils sont là, palpables, attachants, sincères, si terriblement stéréotypés que certains lecteurs parlent de clichés en fermant ce livre, mais oui, c’est bien une image saisie, une lumière jetée sur un négatif très sensible, la vision d’un univers dépourvu de tout « capital » : économique, social et culturel, si pauvre qu’on se croirait dans Zola alors qu’on est à l’aube du XXIe siècle. Il y a aussi l’écriture, pure, sobre, celle qui s’attache à dire la honte et les questionnements. Cette sincérité qui effraie presque, sans complaisance, Aucun pathos. Au contraire, beaucoup de tendresse pour cette famille, ce milieu que l’enfant sent conditionné sans avoir les moyens de comprendre qu’il n’est que reproduction de schémas. La page la plus belle -j’avoue en avoir eu les larmes aux yeux- est celle ou l’on sort du déterminisme prégnant le jour où le père accompagne son fils à l’épreuve d’admission au lycée de la Ville : père et fils inventent alors une façon de faire inédite, prouvant que l'habitus, quand il est confronté à des situations inhabituelles, est aussi principe d’invention.

"Je mourrai pas gibier?" Ce premier roman d’Edouard Louis dépeint de manière crue la misère sociale d’un village du Nord dans les années 90. Comment se construire dans un milieu où règne constamment la pauvreté morale et intellectuelle ; où l’alcoolisme, la vulgarité, le racisme sont des fatalités auxquelles fait face chaque jour Eddy, ce jeune homme homosexuel qui n’a surtout pas le droit d’être différent. En peu de pages, on est plongé dans un univers suffocant et nauséabond, à la limite de la caricature. Comment échapper à cet enfer qui semble clos ? À cet avenir pré tracé ? Dans un style à la fois sensible et violent, le jeune auteur nous livre un roman coup de poing difficile à oublier. Le scénario parfait pour un prochain film de Bruno Dumont ?

Grosse déception! Même si je n'abordais pas ce livre avec beaucoup d'espoir, j'espérais tout de même qu'on me fasse changer d'avis.Mal écrit, ce roman se veut le témoignage d'une vie d'un jeune gay en Picardie mais j'ai vraiment eu l'impression d'une caricature d'un monde à la Zola. Non, mais sans rire!! Il vivait où, cet Eddy Bellegueule??? De contradictions en descriptions horrifiées de la vie (ah la la! le coup des poissons morts dans le congélateur!!!), je n'ai jamais pu m'accrocher à ce roman (et je dis bien "roman"), ni à son personnage... Peut-être aussi à cause de la polémique qu'il a créé autour de lui

viwa
25/08/14
 

Eddy Bellegueule, petit garçon efféminé ne supporte pas ce qu'il incarne malgré lui. Né dans un milieu très populaire gangréné par la misère, l'alcool et le chômage, il ne correspond pas aux attentes "masculines" de sa famille et des habitants de son petit village perdu au milieu de nulle part.J'ai découvert que ce roman était autobiographique, ça fait froid dans le dos. On sent une violence sourde à chaque page, j'ai ressenti beaucoup de malaise et de mal-être dans cette histoire.Comme le dit si bien le titre, tout ce que je souhaite à Edouard Louis c'est d'en avoir vraiment fini avec Eddy Bellegueule pour sortir de cette spirale et pour réinventer sa vie !

germaine
19/08/14
 

Voilà voilà, ça faisait longtemps que je voulait le lire et je n'ai pas été déçue !!!!Amis de la poésie, de la tendresse et de l'amour, passez votre chemin...Ce "roman", largement autobiographique, raconte l'enfance et la jeunesse Ô combien terrible de l'auteur, dans la misère sociale, intellectuelle et affective de sa famille, de son village.... Jusqu'à la découverte que peut-être ça n'est pas partout pareil....J'ai été choquée, bouleversée, émue, dégoûtée par ce récit qui prend aux tripes.

saomalgar
21/07/14
 

Edouard Louis va faire parler de lui. Au delà de l’histoire (vraie) qu’il relate et de la violence de certains épisodes, son style est net et efficace. Une belle découverte !

Bibhavel
05/07/14
 

Il aura fallu quelques jours de vacances loin de tout et quelques heures de vélo pour digérer ce texte. Un roman qui vous prend aux tripes malgré les critiques, les avis et les multiples opinions des centaines voire des milliers de lecteurs qui vous font dire que Oui, et bien on lit on verra après mon propre avis. Toujours pareil, quand les billets se multiplient et le succès enfle, moi, ça m’effraie. J’ai peur. Peur de ne pas aimer, peur d’être déçue. Mais quand un texte est fort, on ne peut pas grand chose contre les échos et la violence. Une fois la première page commencée, ce livre est difficile à lâcher et même s’il vous fait passer dans des états très contradictoires, gênants, très gênants, il vous ne laissera pas indifférents. Impossible. Eddy, c’est un petit gars qui a grandi dans le nord de la France. En Picardie plus précisément. Là d’où on donne peu de nouvelles dans les journaux ou à la télévision si ce n’est pour conter des faits divers un peu sordides. Bellegueule, c’est la famille qui vit de petits boulots à l’usine, de bouts de chandelle en fin de mois et de morale basée sur le plus simple, le pragmatique, le raccourci quoi. Quand Eddy grandit parmi les hommes et la fierté masculine mais que sa voix devient différente de ses frères et ses manières à l’opposé de ses cousins ou de son propre père, c’est la lente descente aux enfers. Raillé par sa famille, violenté par les camarades de classe qui deviennent vite ses bourreaux, il va mimer ce qui l’entoure. Etre un petit dur pour aller contre sa nature et être accepté comme les autres. Mais la vie n’est pas si simple et quand l’inné et l’acquis se confrontent, il faut être fort pour sur-vivre. Edouard Louis a pris la plume et c’était risqué. Raconter l’homosexualité et la maltraitance psychologique dans un milieu quasi au-delà de la pauvreté, dans une misère humaine intellectuelle et matérielle telle qu’elle vous prend aux tripes était un pari presque impossible à relever sans se mettre les différentes classes sociales- de la plus basse à la plus haute, chacune pour leurs raisons- à dos. Sans mettre les critiques bien pensantes face à un texte subjectif mais pas seulement. Sans mettre le lectorat au sein d’un texte caricatural. A l’aide d’une structure qui peut sembler, à certains moments de la lecture, un peu décousue et déliée, il nous plonge dans l’univers de son enfance sans grande finesse et c’est voulu. La double narration, l’une par lui-même, Eddy puis Edouard et l’autre par ce qui l’entoure, sa mère, son père, le village, les autres quoi nous fait passer de l’autre côté du miroir bien des fois en nous laissant un pied dans le réel de l’auteur. Le but est atteint, on se sent dans cette famille de la première à la dernière page, on imagine l’ambiance et l’odeur et pour peu que notre milieu d’origine ait été assez proche de celui décrit dans ce livre, on ressent les sensations et la peur. L’insécurité et l’envie de fuir l’irresponsabilité ou l’alcoolisme. A Abbeville, Paris ou ailleurs, le déterminisme si bien décrit dans ces quelques pages, peut être remis en contexte et nous fait réfléchir sur son éducation, notre milieu et notre façon de s’en défaire ou, au contraire, de rester au plus près de ce que nos parents et famille ont pu nous inculquer. Ce n’est pas un lieu, une région qui importe ici mais cette classe dominée qui existe partout en France et dans le monde. Contre notre gré, sans le vouloir, on assimile. Eddy Bellegeule devenu Edouard Louis en est une des plus belles preuves. A 21 ans, le jeune homme nous donne une belle leçon. Aimer ou pas ce livre, là n’est pas la question, l’essentiel est de prendre du recul et de s’interroger sur ce que l’on choisit et ce que l’on subit et de renoncer ou d’accepter. Un peu de sociologie à travers la voix d’un gamin ? Oui, c’est un peu ça sans être exactement vrai.

deedoux
15/05/14
 

Eddy est un garçon gracile aux manières trop féminines. Pire, il n’aime pas jouer au football à la grande honte de son père. Il représente tout ce que ses parents, sa famille et les gens du coin rejettent. Avant même de fuir le monde de son enfance en partant faire des études, c’est bien ce dernier qui l’a exclu.Avec distance et un regard lucide, Edouard Louis dresse un tableau terrible des milieux défavorisés dont l’avenir ne consiste qu’à reproduire ce que la génération d’avant a fait sans espoir de sortir de ce schéma implacable. Ce livre, à la fois coup de poing et poignant, est une de mes belles surprises de ce début d'année 2014.

Eddy grandit dans une famille ouvrière qui vit de peu, dans un petit village picard. Son père a la main portée sur la boisson, sa mère trime à s’occuper de la fratrie. Très vite, Eddy devient le souffre-douleur de deux élèves du collège (et d’autres !) car il n’est pas comme tout le monde : un peu trop efféminé aux yeux de certains. Il sera victime ainsi toute son enfance et toute son adolescence de moqueries et de violences, y compris de sa propre famille, à l’encontre de son homosexualité présupposée, dans un milieu où il faut être « comme tout le monde ».C’est une description posée d’un monde rural où pauvreté sociale et intellectuelle se côtoient, où néanmoins le courage et la fierté des ouvriers s’affirment et cette réalité peut faire frémir, elle est pourtant bien juste. Elle n’a rien de propre au Nord de la France non plus : des familles telles que les décrit l’auteur, j’en vois beaucoup autour de moi, de par mes engagements professionnels, associatifs et personnels. Je ne suis donc pas d’accord avec les avis lus ici ou là de ceux qui disent « c’est bourré de clichés, c’est exagéré, c’est répétitif, il en rajoute. » J’ai envie de dire : si seulement ce n’était pas vrai ! Mais c’est la vie, telle qu’elle est aussi, parfois pas bien loin de chez soi, et qu’il faut accepter de voir. Bien sûr il ne faut pas raccourcir non plus en pensant que tous les gens de la campagne sont comme cela (et à aucun moment il ne le laisse entendre), mais sa réalité (de classe sociale) existe, dans ses actes violents, rustres, et parfois insoutenables. (La scène de la fausse-couche est pour moi la plus insupportable du roman).L’intérêt que pose ce roman est bien sûr la question du déterminisme social. Peut-on sortir d’un tel milieu, jusqu’où l’éducation reçue vous conditionne-t-elle ? Comment peut-on définir la sexualité de quelqu’un à un âge où cette personne ne connaît même pas encore le désir ?Édouard Louis ne cache pas l’aspect autobiographique de son récit, il ne juge pas et n’est pas dénué d’amour non plus pour ses « parents » fictionnels, simplement il aspire à sortir de ce milieu social et à ne plus rien avoir à faire avec eux. Le regret que l’on peut avoir, c’est qu’à avoir tant vu son auteur intervenir sur les chaînes de télévision et de radio, à avoir lu et entendu tant de critiques déjà – et polémiques - , on peut avoir le sentiment de ne plus rien avoir à découvrir en le lisant. Composé de deux parties, inégales en longueur, l’avant et l’après sexualité, l’écriture est simple mais travaillée, posée, alternant en italique les propos au ton authentique des autres. Il ne se sent pas de ce monde-là, et vient un moment où seule la fuite peut l’en libérer : le lycée et le théâtre l’en sauveront. (Le livre s’achève là mais l’on sait ensuite son parcours d’étudiant en sociologie à l’ENS, son ouvrage sur Bourdieu et son engagement en littérature en lien avec la politique et la sociologie.) Laure

Jdhelene
18/04/14
 

Je ne savais pas comment parler de ce livre car il m'a littéralement soufflée mais j'ai aussi eu l'impression qu'il m'avait fait un croche-patte, histoire de me laisser à terre et de ressasser comme avait pu le faire pendant de longues années le personnage.Ce personnage n'est autre qu'Édouard Louis qui, à l'époque, s'appelait Eddy. Élevé dans un petit village de la Somme, en Picardie, il grandit dans une famille de beaufs parmi lesquels il ne se sent pas à sa place. Le père travaille d'abord à l'usine tandis que la mère garde la maison. Puis les deux restent chez eux, accrochés aux allocs, cloués devant la télévision, toujours prêts à picoler chez les voisins.En plus de ne pas se sentir à sa place, Eddy a aussi la désagréable impression de ne pas être un mec, un dur, comme attendu des premiers de fratrie. Il est efféminé et a une certaine attirance pour les garçons mais ces choses-là ne doivent pas se dire. L'homosexualité, dans les campagnes, c'est proche de la folie. Alors Eddy est persécuté à l'école, puis au collège et n'est pas non plus bien chez lui.Le portrait qu'il dépeint de ses parents, de ses bourreaux et de son quotidien de l'époque nous rend l'homme misérable, bien que lucide sur sa situation. Il est si faible et si mal né... Mais quelle belle revanche que ce témoignage ! Et ce livre presse (le lecteur de finir) et oppresse car l'environnement familial décrit est comme une toile d'araignée, un tombereau qui enferme et descend plus bas que terre.Livre coup de poing ! Je devrais même dire, livre uppercut ! Je l'ai fini il y a déjà quelques jours et il me reste en tête comme si je l'avais fermé à l'instant. Une lecture on ne peut plus entêtante !

Melopee
07/04/14
 

Coup de coeur Radical comme le titre ! Comment un jeune homme va se construire contre sa famille et son milieu. On lit ce roman d'une seule traite.

Mon intuition en lisant ce livre a été confirmée en lisant ce triste article : http://www.courrier-picard.fr/region/les-deux-visages-d-eddy-bellegueule-ia0b0n306422.

RFourmon
20/03/14
 

C'est un livre polémique qu'offre là Edouard Louis. Je n'accuserai pourtant pas une simple volonté de choquer. Il s'agit de dénoncer quelque chose, qui va plus loin que sa propre expérience. C'est l'histoire d'un jeune garçon rejeté, dans une société digne d'un roman zolien, qui cherche à changer pour être conforme aux attentes de ceux qui l'entourent mais qui n'y arrive pas. C'est un combat de soi contre soi, on ne peut plus dur à mener, surtout à l'âge du jeune personnage.Il y a des passages très durs, d'autres plus beaux, et s'il est très critique à l'égard du monde dans lequel il ne trouve pas sa place, je n'y vois aucune condescendance ou attaque en traître des autres personnages.Cependant, l'écriture n'est, à mon avis, pas du tout à la hauteur de ce qui est raconté. Les épisodes sont tragiques, mais l'écriture ne l'est pas. Il ne s'agit pas de tomber dans un pathétique débridé, qui aurait pu encore plus nuire au texte, mais un travail plus poussé sur l'écriture aurait fait de ce livre, au final moyen, un bon livre. On le lit vraiment comme un témoignage, dont l'écriture ne rebute pas, cela coule, et on lit le texte en deux heures seulement. Mais rien, ou très peu d'éléments, accrochent stylistiquement le lecteur. Peut-être tomberai-je dans un procès d'intention, mais le gros défaut de ce livre est le fait qu'Edouard Louis n'ait pas voulu écrire son histoire, mais seulement la raconter.On en vient alors à se demander le pourquoi de se livre. L'empathie est le principal, voir le seul ressors sur lequel le lecteur appui sa lecture. Malheureusement, le texte n'a ici aucun pouvoir littéraire ou politique. Tout tourne autour d'un personnage, dans une monotonie assez "médiocre", et même le coté sociologique de l'oeuvre n'est pas vraiment une réussite, car il ne donne qu'une description par le petit bout de la lorgnette de ce que le narrateur a vécu. On aurait pu s'attendre à un mouvement d'ironie, de mise à distance ou de révolte du jeune Edyy/du plus âgé Edouard, mais il n'en est rien. Le texte reste dans son jus, sans aucune réelle critique.A la fin du roman, on se questionne, Eddy Bellegueule est-il vraiment devenu Edouard Louis après la dernière page? J'en doute très fortement!

gaut
16/03/14
 

« De mon enfance je n'ai aucun souvenir heureux. »Entrée en matière fracassante. Le ton est donné. Le roman, bien plus proche du récit que de la fiction, est un uppercut qui vous laisse ko sur le côté.C'est l'histoire d'un changement de nom, d'une métamorphose. Eddy Bellegueule devient Edouard Louis. Parce qu'il le faut. Parce qu'il n'existe aucune autre solution pour survivre. C'est une histoire de ruptures. Quitter sa famille, rompre avec les attentes des autres, tout perdre pour se gagner soi-même. C'est l'histoire des différentes couches de la misère. Le manque d'argent, la misère des relations, la pauvreté d'affection, le bas seuil des mots et de ce qui peut nourrir l'âme. C'est une histoire de violences. Celle qui définit les rôles, les femmes, les hommes, chacun à sa place et les moutons seront bien gardés. La blessure des coups et de l'indifférence. Le poids des injures et des non-dits.C'est une histoire que l'on ne souhaite à personne. Pas même au lecteur qui se la prend en pleine gueule. Les fêlures exposées, le sel sur les blessures mal cicatrisées, le choc de la distance avec laquelle elle est racontée.Touchée, heurtée, jusque dans les tripes. Sans revanche, ni désir de vengeance, Edouard Louis analyse et décortique avec pudeur et justesse. Les pages ne sont pas dénuées d’ambiguïtés et de contradictions, l'auteur est un homme. Elles sont d'une grande force et d'une grande exigence.Déjà, une polémique s'insère, s'enroule, envenime. À l'ère du politiquement correct, Edouard Louis ose décrire la misère sans sucre, sans miel, sans fiel. En finir avec Eddy Bellegueule est un roman nécessaire et inoubliable. Un premier qui plus est.

Theoma
15/03/14
 

Au-delà des polémiques fallacieuses, un très beau roman de la violence et de la différence.Désormais sur mon blog : http://charybde2.wordpress.com/2014/03/14/note-de-lecture-pour-en-finir-avec-eddy-bellegueule-edouard-louis/

Charybde2
14/03/14
 

Eddy Bellegueule a changé de nom et est devenu Edouard Louis, un jeune écrivain au parcours atypique. Il s'est inspiré de son histoire personnelle pour écrire ce roman « coup de poing » narrant son enfance assez rude en Picardie car fréquemment moqué par son entourage pour ses attitudes féminisées. Son manuscrit a même été refusé chez plusieurs éditeurs qui ne croyaient pas à la véracité de son témoignage. Mais la vérité est là et se présente nue ; à savoir que ce texte est une totale immersion « chez les petites gens », dans une vraie misère sociale, et pourtant codifiée, car la différence fait toujours peur et dérange. Ecrit sans pathos et avec la force d'un texte comme Le quai de Ouistreham de Florence Aubenas, ce récit percute de plein fouet le lecteur, mais surtout, il fait émerger un auteur talentueux, qu'il faudra suivre dans les prochaines années.

SophieC
11/03/14
 

Les années 1990 et un petit de village de Picardie avec ses ouvriers, ses quelques notables, sa mairie, son église, sa place, son épicerie et ses cafés. Un village que l'on peut trouver autre part en France avec les mêmes codes et les mêmes familles comme celle d'Eddy Bellegueule. Un père ouvrier qui décide de tout, une mère qui "a élevé ses enfants", la misère, la crasse, la télé qui braille du matin au soir et l'alcool. Chez les Bellegueule, on ne se parle pas. On se balance des vacheries, de la vulgarité en pleine figure. Le père aime gueuler sur les arabes et les noirs (coupables de tout). C'est dans cet environnement qu'Eddy grandit. Les ados sortent, boivent le samedi soir et draguent. Ils sont nombreux à arrêter les études à seize ans pour se mettre en ménage, trouver un boulot et ils se retrouvent parents assez jeunes. Schéma reproduit d'une génération à l'autre, un carcan que nul ne contredit. On l'accepte et on le vit.Eddy est traité de pédé ou de tapette. Victime des violences physiques, verbales à l'école ou au village, Eddy encaisse sans broncher. Ses parents ou son frère plus âgé doutent alors Eddy tente d'être un dur comme doit être un homme selon son père. Mais ses manières efféminées, sa voix aiguë qui font jaser font partie de lui.Ce livre est autobiographique. A vingt et un ans, Edouard Louis a décidé de raconter sa vie et donc sa famille. Alors oui c'est une lecture qui fait affreusement mal mais Edouard Louis nous livre du brut. Des faits et des paroles sans un recul qui pour moi était nécessaire. Cette distance, le temps qu'il faut pour analyser le pourquoi, remonter aux origines et tenter de comprendre.Je ne cherche pas à disculper ses parents mais s'il avait attendu pour écrire son enfance et son adolescence (car ce sont des années qu'il faut digérer), il aurait eu cette maturité qui permet de donner une dimension bien plus profonde et surtout sociologique à son témoignage.Peut-être que ce livre permettra de donner de la force, du courage à des jeunes pour casser le cercle dans lequel ils se trouvent et/ou affirmer leurs différences mais je ne rejoins pas les critique élogieuses ou les comparaisons avec Annie Ernaux. http://fibromaman.blogspot.com/

clarac
25/02/14
 

Un livre d’utilité publique ! Le père de l’auteur est né en 1967, bon d’accord en Picardie , mais on se pince pour le croire tant il semble que le fossé de pensée, de culture, de tolérance, de santé, d’amour est immense avec aujourd’hui et ce que nous semblons vivre/connaître ! Pourtant, 1967… et ce jeune auteur de 21 ans, que le lycée loin des siens et de ses bourreaux aura au moins empêché de sombrer.Un livre qui glace devant tant de violences verbales, physiques, devant tant d’acharnement à vouloir détruire et rabaisser cet enfant qui a l’air d’être différent.Un jeune homme qui a encore un long parcours à faire sur lui-même pour ne plus se sentir prisonnier d’un corps qui n’a jamais fait que correspondre à son lui profond, même s’il ne le savait pas.Un livre qui en dit plus sur la pauvreté au sens large que de longues analyses, tout cela avec une écriture très rythmée, nerveuse et peu importe que cela soit romancé ou non puisque le but des livres c’est de nous donner à croire, et là, c’est réussi. Cocotcha

cocotcha
23/02/14
 

"De mon enfance je n'ai aucun souvenir heureux. Je ne veux pas dire que jamais, durant ces années, je n'ai éprouvé un sentiment de bonheur ou de joie. Simplement la souffrance est totalitaire : tout ce qui n'entre pas dans son système, elle le fait disparaître."Un jeune homme, étudiant normalien et issu d’un milieu très pauvre dans un village du Nord de la France, auquel sa délicatesse, ses manières efféminées et son attirance, alors refoulée, envers les hommes, n’ont valu que brimades, insultes et coups pendant toute son enfance et son adolescence, écrit et publie à seulement vingt-deux ans ce roman autobiographique.Et c’est un livre remarquable, au ton juste, échappant pour l’essentiel aux écueils qui le menaçaient, et qui permet de toucher du doigt les barrières quasiment infranchissables de la pauvreté, de l’éducation et du langage, par le témoignage de celui, être exceptionnel, qui a réussi à franchir ce mur.Le titre, «En finir avec Eddy Bellegueule», et la cohabitation dans le récit de la parole de l’auteur, devenu Edouard Louis, et des mots des parents et des habitants du village, font s’ériger ce mur du langage, entre ceux qui sont exclus et les autres."Bellegueule est un pédé puisqu’il reçoit des coups."La violence, verbale ou physique, est omniprésente au village, envers le narrateur, les femmes, les immigrés, et les habitants, impuissants face à leur vie sans perspective et face à ce qui est la cause réelle de leurs maux (le manque d’argent, le travail harassant à l’usine, le chômage, l’exclusion), trouvent toujours, avec l’aide de la télévision constamment allumée, et que les enfants regardent six à huit heures par jour, d’autres cibles à stigmatiser : ceux, plus pauvres qu’eux, montrés du doigt comme des fainéants qui abusent du système, les noirs ou les arabes."Mais alors tu fous quoi de tes journées si tu n’as pas la télé ?"En devenant pensionnaire à Amiens à son entrée en seconde, l’auteur réussit à s’extraire de son milieu, à briser l’enchaînement de vies identiques qui se succèdent d’une génération à l’autre, et nous livre ce récit vécu de l’intérieur et qui rappelle le mémorable «Quai de Ouistreham» de Florence Aubenas."Des années après, lisant la biographie de Marie-Antoinette par Stefan Zweig, je penserai aux habitants du village de mon enfance et en particulier à ma mère, lorsque Zweig parle de ces femmes enragées, anéanties par la faim et la misère, qui, en 1789, se rendent à Versailles pour protester et qui, à la vue du monarque, s'écrient spontanément "Vive le roi !" : leurs corps - ayant pris la parole à leur place - déchirés entre la soumission la plus totale au pouvoir et la révolte permanente."

MarianneL
26/01/14
 

Format

  • Hauteur : 20.40 cm
  • Largeur : 13.90 cm
  • Poids : 0.29 kg