Fin d'un jeu

CORTAZAR, JULIO

livre fin d'un jeu
EDITEUR : GALLIMARD
DATE DE PARUTION : 13/01/05
LES NOTES :

à partir de
8,50 €

SYNOPSIS :

Des dieux sanglants et féroces surgis d'un passé lointain, l'impossible métamorphose d'un homme en bestiole aquatique, le public survolté d'un concert qui finit par dévorer le chef d'orchestre et les musiciens... et tant d'autres nouvelles où
la vérité se craquelle et tend vers le fantastique, où Cortázar est, comme écrit Mario Vargas Llosa, «voyant qui détecte l'insolite dans l'habitude, l'absurde dans la logique, l'exception dans la règle et le prodigieux dans le banal».
1 personne en parle

Les nouvelles les plus marquantes du recueil, paru en 1964, tournent autour du thème de la possession. On peut notamment citer "L'Idole des Cyclades", "Axololt", "N'accusez personne", "Les Ménades", etc. Cette dernière se démarque des autres qui toutes sont consacrées à la perte de contrôle d'un individu. Dans "Les Ménades" c'est un public qui se laisse emporter par son enthousiasme. À l'opéra qui plus est ! Entre gens distingués ! Les applaudissements nourris se transforment en ovation, les "bravo" fusent spontanément et de toute part. Les entorses aux convenances les plus élémentaires ne sont pas observées mais ce n'est qu'un début. Progressivement mais inexorablement, comme poussée par quelque instinct primitif, la foule laisse libre cours à ses pulsions. Sous la plume angoissante de Julio Cortázar, l’audience mue en une nuée informe, amas individus possédés par les mêmes pulsions primaires, fondant sur sa proie, le chef d'orchestre et les musiciens, comme un essaim prédateur. L'horreur va à son terme : la foule dévore les artistes. Le narrateur lui-même, malgré son dégoût, cache difficilement sa fascination et son désir de communier.Toutefois, le thème de la (dé)possession est le plus souvent abordé à partir d'un individu. La palme peut-être pour "N'accusez personne" parce qu'elle traite d'un geste quotidien et évoque une angoisse qu'on a tous connu un jour, j'imagine. Enfiler un pull, nous le faisons quotidiennement sans même y penser. Néanmoins peut-être vous est-il déjà arrivé de vous perdre un peu en chemin ? de rester, sans trop savoir pourquoi, bloqué avec le mauvais bras dans la mauvaise manche ? Hé bien c'est exactement le point de départ de cette nouvelle cauchemardesque ! L'extrait est un peu long mais il n'y a là qu'une seule phrase (voir citation). Sa syntaxe et sa longueur traduisent parfaitement le sentiment d'étouffement, d'affolement et de désorientation.Ceci dit, l'angoisse n'est pas toujours au rendez-vous. Dans "Axololt" par exemple, le narrateur, captivé par les yeux du batracien, "deux orifices comme deux têtes d'épingle entièrement d'or transparent, sans aucune vie", se perd dans ce "mystère diaphane". Plus loin, après avoir collé son visage à la vitre, il a l'impression d'être regardé "du fond d'un abîme insondable" et il éprouve une sensation de "vertige". Dès lors, chacun comprend que la chute du narrateur est inévitable : il est comme aspiré, "enterré vivant", dans l'axololt qu'il contemplait. Angoissant ? Pas tant que ça car la nouvelle est racontée du point de vue du narrateur-métamorphosé, visiblement à l'aise avec son nouveau corps. La pirouette finale est même amusante : le narrateur-métamorphosé imagine l'homme qu'il était écrivant "quelque chose" sur les axololts. Manière de jouer avec le lecteur et de suggérer que cette expérience a été réellement vécue par l'auteur.Julio Cortázar joue également avec le lecteur dans d'autres nouvelles et notamment "Continuité des parcs". Le narrateur lit un roman, fiction et réalité s'entremêlent rapidement et tout laisse à penser qu'un des personnages assassine le narrateur-lecteur. Il est bien sûr astucieux d'ouvrir le recueil par cette nouvelle qui brouille les frontières et entretient la confusion. Ici comme ailleurs, Cortázar prend un malin plaisir à jouer avec les expressions imagées, métaphoriques.Ainsi ce qui semble n'être qu'une expression consacrée (un personnage "prend vie") est, on le comprendra par la suite, à prendre au premier degré. Julio Cortázar joue très habilement de ces registres dans "Après le déjeuner" où une adolescente promène semble-t-il un chien, à moins qu'il s'agisse... d'un enfant handicapé. Lorsqu’"il se roule par terre", se roule-t-il vraiment par terre à la manière des chiens ou fait-il une crise à la manière d'un enfant difficile ? Le doute n'est jamais levé et le malaise croît au fil des pages... Autre récurrence : le champ lexical de l'attention présent dans "Les Ménades", "Continuité des parcs" ou encore "Axololt". Les personnages sont "captivés" ou "absorbés". Comme si cette forme d'état second permettait l'étirement de la réalité et le passage au fantastique. Comme si l'esprit divaguant librement façonnait la réalité.Notons enfin que quelques rares nouvelles appartiennent à la littérature réaliste. Je pense en particulier aux très réussies "Fin d'un jeu", qui donne son titre au recueil, et "Poisons". Je ne suis pas un grand lecteur de nouvelles mais l'ensemble m'a donné envie d'en lire plus. Si Julio Cortázar les signait, je ne bouderais pas mon plaisir...

Athouni
15/08/13
 

Format

  • Hauteur : 18.90 cm
  • Largeur : 12.50 cm
  • Poids : 0.21 kg
  • Langage original : ESPAGNOL

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