Journal d'un mercenaire

PISKOUNOV, VALERY

livre journal d'un mercenaire
EDITEUR : TEMPS ET PERIODES
DATE DE PARUTION : 24/10/08
LES NOTES :

à partir de
18,00 €

SYNOPSIS :

Russie, aujourd'hui, ville de province. Comment nourrir sa famille, quand on est un intello au chômage, et de surcroît jeune père ? En ville apparaît un type qui recrute des gars pour partir au Caucase, comme mercenaire. Ainsi débute pour le héros du roman une aventure autant rocambolesque que tragique, une plongée en apnée dans le chaos d'une guerre où l'ennemi est partout et nulle part, avec les sorties dans la montagne déserte, la caserne et le quotidien abracadabrant sans cesse improvisé du soldat de fortune, les civils qui vivent comme des zombies avec le système D. Inutile de chercher à comprendre l'absurde continuel, la vie, la mort. Car la mort finit par frapper là où l'on avait fini par ne plus l'attendre : on tire un jour au loin sur on ne sait quoi ni qui, et brusquement le compagnon avec qui on a vécu tout ça tombe sous
vos yeux, mortellement atteint. De retour à la caserne on commence à découvrir la vérité : un mercenaire, c'est un soldat acheté qui n'a droit à rien. Ni honneurs, ni cercueil, ni rapatriement, ni fleurs ni couronnes. Le voyage du retour ne se fera pas sans lui : notre héros remporte avec lui roulé dans un tapis la dépouille de son camarade. De retour chez lui, il le remet à sa famille qui l'enterre. La vie reprend comme avant. Rien n'a changé, au fond tout est pareil, l'argent manquera toujours, la routine reprendra, la vie comme la nature est pourtant la plus forte... On ne sort pas indemne de la lecture de ce livre, qui nous atteint au plus profond en portant un regard froid et lucide sur la Russie d'aujourd'hui, et poursuivant la tradition de la grande littérature russe classique soulève les questions essentielles de l'homme.
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Un journal qui n’en est pas vraiment un, tenu par un mercenaire qui n’en est un que peu de temps : ingrédients qui donnent un roman déroutant. Un de ces romans où notre compréhension semble sans cesse déjouée, où l’on attend constamment la prochaine page, pour savoir enfin où il mène. Un de ces romans que l’on referme légèrement interdit ; puis alors, lentement, tout se met en place, et la déception qu’on a failli éprouver se mue en enthousiasme aussi profond que la lecture en a été étrange.La trame en est simple, pourtant. Le narrateur, Youri, commence son journal avec le recrutement, avant de revenir sur ce qui a motivé cet engagement. Le récit poursuit son cours avec l’expérience de mercenaire proprement dite, du voyage jusqu'au théâtre des opérations. La vie, là-bas, se poursuit au rythme d'événements tour à tour minimes ou tragiques. Puis Youri rentre finalement chez lui, auprès de sa femme et de sa fille, prématurée. De près ou de loin, une sourde question hante le roman tout du long : qui sommes-nous ? Une langue ? Une histoire ? Une manière de pensée ? Et à quoi appartenir, comment s’appartenir ? Le narrateur formule des tentatives de réponse, dans un style précis et imagé qui crée la pensée en même temps qu’il l’exprime, mais elles restent en suspens.Cette quête d’identité passe par bon nombre de questionnements, d’affirmations, d’impasses. Un instant surnage, interrompu toutefois : l’insomnie, et son brusque retour d’émotion, la brusque affirmation qui n’est plus réflexion, ni conversation et ses mécomptes, mais parole du narrateur. Pourtant, la trame a beau être claire et structurée, elle est confuse ; le regard précis, mais comme détaché ; le réel retranscrit est rapporté ici avec finesse, là avec poésie, mais reste pour ainsi dire distant, chaotique comme la guerre, comme le monde ; les dialogues, bien vus, distillent des formules frappantes, mais qui semblent finalement inopérantes, bouts de réel parmi d’autres. Les événements, tissés de manière lâche (si l’enchaînement chronologique global est clair, nulle date ne vient par exemple fixer le récit dans une temporalité précise) semblent y perdre de leur cohérence : ils sont ravalés au rang d’anecdotes au sens incertain.Tout se passe donc comme si le narrateur recevait le réel, peinait à l’ordonner et semblait y renoncer finalement, sans le livrer moins scrupuleusement, mais de façon toujours plus désordonnée (au diapason de l’absurde du monde et de la guerre) pour finalement parvenir comme par hasard, comme par évidence, à formuler, à vouloir – peut-être pas à savoir. Or voilà la paradoxale réussite du roman : une écriture exigeante qui parvient à n’imposer aucun sens sur le réel, face auquel la conscience est pour ainsi dire impuissante. Impuissante, mais pourtant pas exactement détachée, ni séparée : elle s’en alimente, tout comme le récit. Les descriptions soignées et poétiques, les méditations presque philosophiques et les dialogues ciselés forment un curieux patchwork dont le lecteur peut, voire doit, ne pas voir la cohérence. Mais il demeure que Youri, de mercenaire, redevient simple civil, qui conclut sur cette phrase « On ne naît pas beau, on le devient ». Changement que l’on a suivi de bout en bout et qui n’est pas incohérent hasard, mais fruit d’une écriture sans concession. Cette langue aiguisée, précise, souvent poétique et ambitieuse, qui explore la pensée dans son périple, qui reçoit le monde et décrit son chaos, achoppe comme volontairement à clore, à livrer un sens définitif qui expliquerait le réel. Elle le laisse inapprivoisé. Mais elle crée la conscience qui s’y confronte : le narrateur, le lecteur. Et c’est finalement là la plus haute ambition de la littérature, selon moi, qui est atteinte.

Sele
05/03/10
 

Format

  • Hauteur : 21.80 cm
  • Largeur : 14.80 cm
  • Poids : 0.33 kg

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