L'angoisse du roi salomon

GARY, ROMAIN

livre l'angoisse du roi salomon
EDITEUR : GALLIMARD
DATE DE PARUTION : 22/01/87
LES NOTES :

à partir de
8,20 €

SYNOPSIS :

« Je vous préviens que ça ne se passera pas comme ça. Il est exact que je viens d'avoir quatre-vingt-cinq ans. Mais de là à me croire nul et non avenu, il y a un pas que je ne vous permets pas de franchir. Il y a une chose que je tiens à vous dire. Je tiens à vous dire, mes jeunes amis, que je n'ai pas échappé aux nazis pendant quatre ans, à la Gestapo, à la déportation, aux rafles pour le Vél'd'Hiv',
aux chambres à gaz et à l'extermination pour me laisser faire par une quelconque mort dite naturelle de troisième ordre, sous de miteux prétextes physiologiques. Les meilleurs ne sont pas parvenus à m'avoir, alors vous pensez qu'on ne m'aura pas par la routine. Je n'ai pas échappé à l'holocauste pour rien, mes petits amis. J'ai l'intention de vivre vieux, qu'on se le tienne pour dit ! »
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"Il avait pris depuis quelques années sa retraite du pantalon et il occupait ses loisirs à des œuvres de bienfaisance, car plus on devient vieux, plus on a besoin des autres."Le il en question, c'est Salomon, jeune homme de 84 ans qui engage le narrateur, Jean alias Jeannot comme homme à tout faire pour rendre de menus services. Car Salomon, célibataire endurci, philatéliste à ses heures, rend hommage à l'origine de son prénom: il passe son temps à manifester de l'attention aux gens de peu, à ceux qui tombent dans l'oubli:"Il continuait à prodiguer ses largesses et à se manifester brusquement à ceux qui n'y croyaient plus, pour leur prouver qu'ils n'étaient pas oubliés, et qu'il y avait quelqu'un boulevard Haussmann, qui veillait sur lui."Salomon est un bon samaritain, d'ailleurs une partie de son appartement renferme le standard de SOS bénévoles, l'équivalent de SOS amitiés (en mieux) disponible de nuit comme de jour...Jean est d'abord fasciné par cette personnalité forte qui, hormis les signes de vieillesse physique indiscutables, refuse son statut d'octogénaire. Salomon refuse de vieillir tout court; la vieillesse est un concept sur lequel il ne vaut mieux pas s'attarder. Par contre, la solitude est bien plus grave, voilà pourquoi il se tourne vers les autres et s'attache, sans relâche, à exprimer de la bonté par de menus cadeaux ou de petites attentions. Chuck, l'ami de jean, et spécialiste des aphorismes, dit de Salomon:"le roi Salomon faisait du remplacement, de l'intérim, vu que le titulaire n'est pas là et il se venge de lui en LE remplaçant, pour Lui signifier aussi son absence."En fait, le vieil homme veut surtout ne pas faire subir aux autres ce que lui a vécu, lorsque, enfermé dans une cave parisienne pendant trois ans pour fuir les rafles juives pendant la guerre, il n'a eu aucune visite, même pas celle de sa bonne amie de l'époque, Cora Lamenaire.Cora Lamenaire, point faible de Salomon. Il refuse de la voir, mais l'a sauvée de sa condition de "dame-pipi" en lui achetant un appartement et en lui versant une rente confortable. Chanteuse réaliste des années 30, elle s'accroche à un reliquat de célébrité. Salomon dit d'elle qu'elle est l'incarnation d'une "ci-devant":"Elles ont perdu leur jeunesse, leur beauté, leurs amours, leurs rêves, et quelquefois même leurs dents. (...) Elle faisait tourner la tête et maintenant plus une tête ne se tourne quand elle passe. Elle est obligée de montrer des photos de jeunesse pour se prouver."Et, Jean, sensible à son charme passé, versé aussi dans ce qu'il appelle "l'amour humanitaire" ou "amour bénévole", cède et devient le gigolo de Cora. De toute façon, le jeune homme, adepte des définitions de dictionnaire, a trouvé que l'amour est "une disposition à vouloir le bien d'un autre que soi et à se dévouer à lui." Alors, qu'importe si Cora a 65 ans et lui 25! Qu'importe aussi, s'il se "sent dégueulasse" quant Cora se love contre son cou! Ses amis le chambrent, sa petite amie Nadine accepte, sans broncher, cette sorte d'amour en général.Salomon lui, se moque."Quand on aime comme on respire, ils prennent tous ça pour une maladie respiratoire" se dit Jeannot. Mais les sentences de Chuck et la volonté farouche de Cora à ne pas vouloir accepter son âge ont bientôt raison de sa relation. Et puis, au départ, son objectif était de rapprocher Salomon et Cora, non pas de coucher avec elle...L'angoisse du roi Salomon est celle de vieillir seul, ignoré de tous. C'est aussi l'angoisse de tout perdre. Alors, Salomon est un stoïque à sa manière:"Le Stoïcisme, c'est quand on a tellement peur de tout perdre qu'on perd tout exprès, pour ne plus avoir peur. C'est ce qu'on appelle l'angoisse."Salomon est donc un stoïque lucide et amusé. Jean est un jeune homme naïf au cœur tendre, et aux pensées sinueuses. Cora est une artiste oubliée, parfois pathétique. Les personnages secondaires qui gravitent autour d'eux sont succulents et ont le verbe précis. Les aphorismes de Chuck sont sans appel, les réflexions de Jean sont drôles, les colères de Salomon et sa volonté farouche de prouver qu'il n'est pas vieux témoignent de sa volonté de ne pas renoncer.Les mots désespoir, mort, vieillesse sont bannis volontairement de ce formidable roman. La bonté suinte à chaque page, sous toutes les formes possibles. Mais la bonté a aussi un revers:"l'expression de bonté est toujours un peu triste, car elle sait à quoi elle a affaire."Romain Gary nous a offert un texte où il célèbre la vie, l'amitié, et s'acharne sans temps mort contre le temps qui passe, inexorablement. vivi

vivicroqueusedelivres
28/06/14
 

Salomon, le roi du pantalon, aujourd'hui en retraite, n'aime pas vivre seul. Pour s'occuper, il a monté une assistance téléphonique pour les personnes en détresse. Pour l'aider, il s'entoure de trois taximen, dont Jean le narrateur, qui se partagent le même véhicule et qu'il emploie pour qu'ils rendent visite aux personnes en détresse. Il demande à l'un d'eux d'amener des fleurs à Cora Lamenaire, ancienne chanteuse réaliste en vogue qui a tout perdu après guerre pour avoir aimé un collabo. Cette femme est pour Salomon une déchirure qu'il tente de soigner, mais tous ses efforts ne lui permettront pas de dissiper toutes ses angoisses.Je ne connaissais Romain Gary que par La vie devant soi, autre roman qu'il a signé de son pseudo Emile Ajar. A la lecture, j'ai ressenti un vrai lien entre les deux textes, avec notamment cette envie de dépeindre l'intrigue du point de vue d'un personnage, Jean, ayant un regard naïf sur ce qui se passe. Ici, notre narrateur profite de l'amitié du roi du pantalon pour se rapprocher de Cora, avec qui il aura une liaison, liaison qui rentre en conflit avec l'histoire qu'il vit avec Aline, une libraire. Gary/Ajar nous promène donc dans cette histoire avec des individus meurtris, en particulier Salomon et Cora, séparés par un événement qu'ils n'arrivent pas à surmonter.Pourtant, je n'ai pas été vraiment captivé par cette histoire, que j'ai trouvée un peu facile, par moments doucereuse. Surtout, j'ai été gêné par l'écriture de Gary, que je trouve ici beaucoup plus forcée et moins naturelle que celle qu'il utilise dans La vie devant soi. Mais je remercie tout de même Yueyin pour ce maillon de la chaîne, car il m'a remis le pied à l'étrier de l'oeuvre d'Ajar. Et cela me donne envie de voir l'autre côté de l'auteur, soit Romain Gary.

Yohan59
31/10/12
 

"L'angoisse du roi Salomon" est le dernier roman d'Emile Ajar/Romain Gary. On y retrouve, traités avec humour et cynisme, ses thèmes habituels : angoisse de la vieillesse, espoir et amour.Jean, jeune chauffeur de taxi, rencontre Monsieur Salomon, ancien roi du prêt-à-porter, vieux juif marqué par le souvenir de la Shoah. Celui-ci l’embauche dans son association "S.O.S. Bénévoles" d’entraide téléphonique. C’est par ce biais, qu’il fait la connaissance de Mademoiselle Cora, ancienne chanteuse réaliste totalement tombée dans l’oubli, amour de jeunesse de Monsieur Salomon.L’angoisse de Salamon et de Cora c’est de vieillir, de mourir et de ne plus aimer. On retrouve ici des similitudes avec le couple formé par Momo et Madame Rosa de "La vie devant soi" : la jeunesse optimiste qui aide les vieillards à accepter leur sort et à adoucir leurs vieux jours.C’est un roman sur l’entraide et le bonheur qu’on éprouve à aider les autres : "On a toujours besoin de quelqu’un qui a besoin de vous".Roman pittoresque dont les personnages sont remplis d’amour et de générosité. Jean est le personnage le plus attachant qui cherche des réponses à ses questions dans le dictionnaire. Il va tout faire pour que Mademoiselle Cora et monsieur Salomon reprennent leur histoire d’amour et terminent leur vie ensemble.On retrouve le style d’écriture inventé par Emile Ajar : un narrateur (Jean) au langage désaxé qui déstructure la langue française."L'angoisse du roi Salomon", comme "La vie devant soi", est un roman magnifique, triste et drôle à la fois.

Ludeca
01/07/12
 

Jean, vingt-cinq ans, est taxi. Un jour monte dans son taxi monsieur Salomon, octogénaire ancien roi du prêt-à-porter qui lutte contre l'angoisse de la mort, qu'il refuse : « Je vous préviens que ça ne se passera pas comme ça. Il est exact que je viens d'avoir quatre-vingt-cinq ans. Mais de là à me croire nul et non avenu, il y a un pas que je ne vous permets pas de franchir. Il y a une chose que je tiens à vous dire. Je tiens à vous dire, mes jeunes amis, que je n'ai pas échappé aux nazis pendant quatre ans, à la Gestapo, à la déportation, aux rafles pour le Vél' d'Hiv', aux chambres à gaz et à l'extermination pour me laisser faire par une quelconque mort dite naturelle de troisième ordre, sous de miteux prétextes physiologiques. Les meilleurs ne sont pas parvenus à m'avoir, alors vous pensez qu'on ne m'aura pas par la routine. Je n'ai pas échappé à l'Holocauste pour rien, mes petits amis. J'ai l'intention de vivre vieux, qu'on se le tienne pour dit ! »Monsieur Salomon se prend d'amitié pour Jean et l'engage dans son association d'aide aux personnes désespérées. La mission de Jean sera de porter des cadeaux, fleurs, ou messages que monsieur Salomon envoie aux gens seuls et âgés. Un matin monsieur Salomon envoie Jean porter des fruits confits à mademoiselle Cora Lamenaire, une ancienne chanteuse réaliste, une femme que monsieur Salomon à jadis aimé...Je dois avouer que, suite à ma déconvenue face à Gros-Câlin du même Émile Ajar / Romain Gary, j'étais quelque peu circonspecte en ouvrant ce livre-ci. Mais je dois reconnaître que, malgré ma réticence initiale, je me suis très vite attachée à ce récit et à ses héros et j'ai pris énormément de plaisir à cette lecture ! Les raisons de mon engouement sont multiples et je ne sais par quoi commencer pour vous donner envie de vous aussi découvrir ce roman !On est tout d'abord saisi par le charme qui émane de chacun des protagonistes : Jean, monsieur Salomon et mademoiselle Cora bien sûr, mais aussi tous les personnages secondaires, tous étonnants et farfelus, et tous éminemment bien croqués. On ne peut que ressentir une infinie tendresse pour tout ce petit monde où la lutte pour la vie et la fraternité semblent être un acte de foi.L'histoire ensuite, totalement incongrue (et c'est un compliment !), déborde de tendresse (sans sombrer pour autant dans la mièvrerie) et aborde, avec finesse et humour, des thématiques essentielles : l'amour et ses paradoxes, l'angoisse de la vieillesse, les préjugés (formidable Monsieur Tapu, summum de bêtise crasse !) et, envers et contre tout, le refus farouche du renoncement et du désespoir.Quant au style, si je reprochais à Gros-Câlin une surabondance exaspérante de figures de style et jeux de mots qui égaraient quelque peu le lecteur, j'ai trouvé ce livre-ci tout à fait bien dosé et équilibré. Ce roman est truffé d'aphorismes et d'habiles inventions langagières, mais il reste efficace grâce à la précision de son style et de sa langue, sa verve, son ton faussement naïf et décontracté et son optimisme porté par un rythme lent et débonnaire.Ce roman, d'une irrésistible drôlerie et d'une grande humanité, charme, émeut et force à croire que « Au fond de chaque homme se cache un être humain et tôt ou tard, ça finira bien par sortir... »Une vraie et belle découverte, enchanteresse ! Un livre que l'on savoure, le sourire aux lèvres...Et, pour le plaisir, un petit extrait : « Chuck était très intéressé par ces largesses. Pour lui, le roi Salomon faisait du remplacement, de l'intérim. Intérim : espace du temps pendant lequel une fonction est remplie par un autre que le titulaire. C'est dans le petit Larousse. Pour Chuck, le roi Salomon fait du remplacement et de l'intérim, vu que le titulaire n'est pas là et il se venge de lui en Le remplaçant, pour Lui signifier ainsi son absence. J'avais essayé de ne pas continuer cette conversation avec Chuck, on ne sait jamais ce qu'il va en sortir, et des fois ça vous affole complètement, ses trucs. Pour lui, le roi Salomon faisait de l'intérim pour donner une leçon à Dieu et Lui faire honte. Pour monsieur Salomon, Dieu aurait dû s'occuper des choses qu'Il ne s'occupait pas et comme monsieur Salomon avait des moyens, il faisait de l'intérim. Peut-être que Dieu, en voyant qu'un autre vieux monsieur faisait pleuvoir ses bontés à Sa place serait piqué au vif, cesserait de se désintéresser et montrerait qu'Il peut faire beaucoup mieux que le roi du prêt-à-porter, Salomon Rubinstein, Esq. Voilà comment Chuck expliquait la générosité de monsieur Salomon et sa munificence. Munificence : disposition qui porte aux libéralités. Je m'étais bien marré à l'idée que monsieur Salomon faisait des signaux lumineux à Dieu et essayait de Lui faire honte. »

Kara
20/11/09
 

Format

  • Hauteur : 17.80 cm
  • Largeur : 10.80 cm
  • Poids : 0.19 kg