L'autre rive

CHATEAUREYNAUD-G-O

EDITEUR : GRASSET ET FASQUELLE
DATE DE PARUTION : 29/08/07
LES NOTES :

à partir de
8,49 €
EXISTE EN
Ebook

SYNOPSIS :

Georges-Olivier Châteaureynaud a écrit ici un roman-monde. Entre fresque populaire dans la tradition du feuilleton et fable empruntant à la mythologie, entre l'ici et l'ailleurs, le familier et le surprenant, l'auteur dresse la carte d'un univers qui nous est parallèle. Nous sommes à Ecorcheville, face à L'autre rive, celle du Styx, mieux connu pour être le fleuve des morts. Ecorcheville, la cité des secrets et des mensonges, hérissée de tourelles gothiques telle une réplique de Gotham City sur une Riviera désolée ou un Monaco loufoque, dresse ses palais, ses gratte-ciels aux deux tiers vides, son orphelinat sinistre, sa cathédrale désaffectée qui abrite les monstres, sirène, centaure, satyre, que les eaux du fleuve déposent sur la berge. A Ecorcheville,
il pleut des salamandres, l'esclavage n'a pas été aboli, une machine à s'auto-suicider permet d'en finir avec les états d'âme, les fils de famille rivalisent de vitesse sur la corniche comme s'ils jouaient La fureur de vivre, les enfants du Styx tutoient Charon, le passeur des morts, bref tout y est presque normal. C'est donc aussi un destin singulier que nous suivrons : fils adoptif d'une chirurgienne devenue embaumeuse, Benoît Brisé, quand il ne fréquente pas sa bande de copains, Onagre, Cambouis et l'orpheline Fille-de-Personne tente de percer le mystère de ses origines. On n'en dira pas plus, sinon qu'au cours de quelque 700 pages, on découvre avec jubilation, suspense, drôlerie, tendresse, tragédie, tous les ressorts de l'âme humaine.
3 personnes en parlent

«Écorcheville ou l’ultime bout du monde. Au-delà, il n’y avait plus que l’Au-delà ; rien d’étonnant à ce que les visiteurs ne s’y bousculent pas. Les rives du Styx, celles-ci et l’autre, on les verrait bien assez tôt.»"L’Autre Rive" est un monde clos, comme peut l’être une ville endormie et isolée de province. Morose et recluse, Écorcheville vit sur les restes de sa splendeur passée, tout aussi inexplicable que son déclin. Une brume enveloppe le passé de la ville comme les rives du fleuve infranchissable qui la traverse, et qui n’est autre que le Styx.«Les origines des grandes fortunes écorchevilloises baignaient dans une pénombre que nul historien ne se souciait de dissiper.»L’ambiance est très étrange à Ecorcheville mais elle est pour la plupart de ses habitants le seul monde connu.Parfois des créatures jaillies du Styx, sirène, satyre, centaure ou autre monstre, viennent s’échouer sur ses grèves malodorantes, exhibées ensuite par la montreuse de monstres locale. Tout ce qu’on a essayé de tirer de ce fleuve, matériaux de construction, et toutes les tentatives pour le traverser ont tourné au désastre. Et la météo a aussi des caprices bizarres puisqu‘on voit parfois pleuvoir des vers de terre vivants, des averses de salamandre, des rafales de crapauds-buffles qui maculent les murs et rendent les chaussées sanglantes et visqueuses.Dans cette ville baignée dans la pénombre et les non-dits, le héros du roman, le jeune Benoît Brisé cherche à éclaircir le mystère de ses origines. Abandonné par sa mère, il a échappé à une enfance triste entre les quatre murs de l’orphelinat local, grâce à son adoption par Louise et Antoine Brisé, à qui il ne doit que ce nom ridicule et marqué du sceau de l’infortune. Timide et incertain, se sentant ignoré et étranger à tout, il rêve d’une liberté insouciante ou rebelle qui toujours lui échappe, et cherche surtout à découvrir enfin qui est son père, tout en s’inventant un destin de musicien adulé avec sa lyre électrique.Crépusculaire, l’environnement d’Écorcheville et de Benoit Brisé est aussi très fantaisiste et drôle ; sa mère adoptive Louise, ancienne chirurgienne aux ongles trop sales devenue embaumeuse et taxidermiste l’élève avec les vieilles Toupies, une ancienne actrice, Lenya Orbison, et Cindy Christie, prostituée retraitée et increvable lubrique.«De son vrai nom Ginette Morcif, Cindy Christie n’avait plus l’air que d’une gentille mémé-bonbons replète et souriante, mais elle avait longtemps fait claquer le fouet du plaisir sur l’échine de ses concitoyens, et aussi, chuchotait-on, de quelques unes de ses concitoyennes.»Au fur et à mesure de la quête de Benoît, on découvre des dizaines de personnages, les familles de notables sous la figure tutélaire de Superbe Propinquor, Maire et maître de la ville, Lordurin le poète tout enflé de son importance, Onagre Propinquor et Cambouis Bussetin, rejetons désœuvrés des familles dominantes, et puis Fille-de-Personne l’orpheline indomptable à l’air pas sage du tout, dans l’ombre de laquelle on risque toujours de croiser son frère Krux le prédateur, la bête noire du commissaire Dupassé, qui voit en lui "l’ongle incarné de l’humanité", ou encore Faunet, le satyre malicieux, qui sème le désordre et dévie le destin.Miracle de l’écriture, « L’Autre Rive » est un monde jubilatoire, foisonnant de bizarrerie, d’étrangeté et d’humour. Un grand bonheur.«"J’explore. Je cherche." Mais quoi ? Il ne le savait pas. Il cherchait. Il était pourtant trop jeune pour avoir déjà devine qu’un principe cryptique régissait Ecorcheville c'est-à-dire l’univers. Il n’avait pu que le pressentir : s’il existait une chose digne d’être sue, cette chose était forcement cachée.»

MarianneL
27/02/14
 

L'Autre Rive de Georges-Olivier Châteaureynaud peut être évoqué sans rougir lors d'un repas dominical chez belle-maman ou lu ostensiblement dans le métro : l'auteur est auréolé d'un Renaudot (pour La Faculté des songes en 1982) et d'un Goncourt (pour la nouvelle Un singe savant tabassé par deux clowns en 2005). Et on pourrait ajouter, mais à voix basse, que L'Autre Rive est lauréat du Grand Prix de l'Imaginaire 2009...Le thème central de L'Autre Rive n'effrayera personne : c'est un roman sur la quête d'identité de son principal protagoniste. Élevé par sa mère adoptive Louise, ancienne chirurgienne négligée devenu taxidermiste reconnue, Benoit, dix-sept ans, cherche à découvrir ses origines, à connaître l'identité de ses parents. Son nom de famille, Brisé, dit assez comment l'ignorance dont il est victime le mutile, le coupe de ses racines et quelle importance cette quête, qui occupe l'essentiel du récit, revêt à ses yeux. Quand il n'est pas occupé à dissiper le mystère de sa naissance et de son existence, Benoit fait l'école buissonnière et les quatre cents coups avec ses trois amis : Onagre, Cambouis, rejetons des plus prestigieuses familles du coin, et Fille-de-Personne, orpheline comme lui, qui l'ignore autant qu'il l'aime. Le roman est également une satire souvent mordante des inégalités sociales dont on pourrait résumer la teneur par le célèbre : "selon que vous serez puissant ou misérable / les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.". Transfiction !Toutefois où est le fantastique, me direz-vous ? À la vérité, il faudrait plutôt parler de transfiction mais quel lecteur m'aurait suivi jusqu'ici si j'avais annoncé la chose dès les premières lignes ? "Transfiction" : voilà un terme qui n'inspire pas confiance ! Dans Bibliothèque de l'Entre-Mondes, Francis Berthelot, écrivain et chercheur, tente de définir les contours de ces textes, n'appartenant ni à la "littérature blanche" ni aux "littératures de l'imaginaire". Ils se caractérisent, selon lui, par des transgressions de l'ordre du monde (les lois de la physique, par exemple) ou bien des lois du récit (les codes associés à un genre, par exemple). Ainsi Benoit habite Ecorcheville, bordé par le Styx, le fleuve des morts, et sera amené à rencontrer Charon, le célèbre nocher. Les eaux rejettent parfois des créatures mythiques comme une sirène, devenue une attraction tuant le temps dans son bassin, un centaure mort et bientôt empaillé par Louise ou un satyre bien vivant qui prendra de plus en plus d'importance au fil des pages. Pour ma part, en lisant ces lignes, j'ai pensé aux pluies de sangsues dans Kafka sur le rivage de Haruki Murakami. Transfiction, là aussi. Mais les deux textes n'en sont pas moins différents. Chez Murakami, cet événement surprend les deux voyous et les force à prendre la fuite. La chose ne semble même pas liée à la météo : il n'y a pas de nuage, les sangsues tombent de nulle part. A Ecorcheville, les pluies de batraciens ou d'insectes sont monnaie courante et la municipalité s'est donc organisée :On ne s'étonnait pas de telles intempéries. On ne s'attardait pas à les commenter. Après l'orage, les services de la voirie nettoyaient promptement chaussées et trottoirs, les éboueurs effectuaient des tournées spéciales pour collecter les bestioles. Des bennes à ordure les emportaient jusqu'au crématoire municipal dont la cheminée vomissait, quarante-huit heures durant, une fumée nauséabonde. Les artisans, vitriers et couvreurs, se mettaient au travail. Les assureurs, dont les polices étaient de toute façon majorées en fonction des risques propres à la région, payaient sans rechigner.Cette façon de ramener les événements les plus insolites dans le giron de la normalité est une constante du roman et compte pour beaucoup dans le plaisir de lecture. La place manque mais il faudrait citer in extenso la tirade de l'architecte Guardicci exposant son projet de construction d'un pont entre les deux rives du Styx... À cette occasion, Georges-Olivier Châteaureynaud nous offre, par l'absurde, une critique de la cupidité absolument hilarante.Mêlant avec brio le roman réaliste et le fantastique onirique, L'Autre Rive est un pavé superbement écrit, un régal de bout en bout, un livre à placer entre toutes les mains. Publié dans une collection de littérature générale, il pourrait surprendre agréablement certains lecteurs et leur permettre de faire un premier pas vers les littératures de l'imaginaire. Le mot de la fin à Georges-Olivier Châteaureynaud :On l'a assez répété, la dominante française est "cartésienne". Il faudrait toujours mettre des guillemets à cet adjectif-là pris dans cette acceptation si imprécise... Ce que ça veut dire, "cartésien", au bout du compte ? Cela veut dire qu'en ce qui concerne la dose d'imagination admise dans les romans et la latitude accordée aux fictionnaires, l'esprit français est déplorablement barguigneur, parcimonieux, serré. (dans Préface à Divinités du Styx de Marcel Schneider - 1997)

Athouni
15/08/13
 

« Du monde, vous ne connaissez que cette cité qu’il faut bien dire sinistre, au bord d’un fleuve couleur de bran, face à un horizon éternellement brumeux. » (p. 558).L’univers de Benoit Brisé, le protagoniste, se résume à peu de personnes dans son entourage et à un périmètre restreint. Ainsi, il traîne toujours avec sa bande de quatre, composée de deux fils de notables de la ville, Onagre et Cambouis, d’une orpheline, Fille-de-Personne, dont il est amoureux, et de lui-même. Avec eux, il fume du shit, boit de l’alcool, sèche les cours, monte à bord de voitures volées, qu’ils cassent dans des rodéos contre Krux, le frère de Fille-de-Personne. Dans la villa Jacaranda où il vit avec Louise, sa mère adoptive, aux côtés de son demi-frère mort tout bébé, embaumé et mis sous verre dans le salon, il ne reçoit jamais la visite que de ces trois-là, d’un brocanteur ou des « Vieilles Toupies », Tata Cindy et Tata Lenya. Fils naturel d’une actrice célèbre et de père inconnu, il espère devenir un joueur de lyre électro-acoustique célèbre, comme découvrir un jour ses origines…Or, si jamais au grand jamais il n’a quitté Ecorcheville, c’est bien parce que cette ville n’a rien d’ordinaire. Parfois il s’interroge même sur sa réalité. Car Ecorcheville est située au bord du fleuve du Styx, et il s’y passe des choses étranges, auxquelles les habitants sont habitués : on s’y suicide en glissant dix euros dans une machine, on possède des esclaves, on vole dans les airs, on se promène toujours avec un parapluie, au cas où une pluie de salamandres venimeuses viendrait s’abattre sur la ville, et on fréquente la cathédrale des pensionnaires et spécimens de Mme Occlo, dont Ligée, la sirène, a été détrônée par l’arrivée d’un centaure mort et de Faunet le satyre, dont l’évasion cause frayeur et accidents…L’Autre rive a tout d’un roman d’apprentissage. Seulement voilà, il a l’inconfort relatif de faire 646 pages et d’être publié chez Grasset. Comment dans ces conditions attirer vers lui les adolescents, auxquels pourtant il ne manquerait pas de plaire, tout autant qu’aux adultes ? Car enfin cette histoire s’ancre dans une réalité parallèle, peuplée d’êtres imaginaires, issus de la mythologie, que l’on retrouve parfois d’ailleurs dans l’heroïc fantasy que les adolescents affectionnent tant.Chapeau bas donc pour Georges-Olivier Chateaureynaud qui relève le défi de renouveler le genre du fantastique en imaginant une intrigue ordinaire sur la scène d’une ville imaginaire, et ce non pas dans une nouvelle, support fantastique idéal par tradition, mais dans un énorme roman, qui se dévore avec grand plaisir.

CarnetsdeSeL
04/09/11
 

Format

  • Hauteur : 23.10 cm
  • Largeur : 15.40 cm
  • Poids : 0.77 kg

Mes garanties furet.com

5% sur tous les livres, Paiement Sécurisé, Réservation gratuite, Satisfait ou remboursé, Débit carte bancaire à l'expédition