L'ecriture ou la vie

SEMPRUN, JORGE

EDITEUR : GALLIMARD
DATE DE PARUTION : 13/09/96
LES NOTES : Laissez une critique sur ce livre
à partir de
8,99 €
EXISTE EN
Ebook

SYNOPSIS :

Déporté à Buchenwald, Jorge Semprun est libéré par les troupes de Patton, le 11 avril 1945. L'étudiant du lycée Henri-IV, le lauréat du concours général de philosophie, le jeune poète qui connaît déjà tous les intellectuels parisiens découvre à Buchenwald ce qui n'est pas donné à ceux qui n'ont pas connu les camps : vivre sa mort. Un temps, il va croire qu'on peut exorciser la mort par l'écriture. Mais écrire renvoie à la mort. Pour s'arracher à ce cercle
vicieux, il sera aidé par une femme, bien sûr, et peut-être par un objet très prosaïque : le parapluie de Bakounine, conservé à Locarno. Dans ce tourbillon de la mémoire, mille scènes, mille histoires rendent ce livre sur la mort extrêmement vivant. Semprun aurait pu se contenter d'écrire des souvenirs, ou un document. Mais il a composé une oeuvre d'art, où l'on n'oublie jamais que Weimar, la petite ville de Goethe, n'est qu'à quelques pas de Buchenwald.
6 personnes en parlent
En lisant les premières pages, j'ai trouvé ce livre brillant. Tout est là, Weimar entre Goethe et Buchenwald, la Lorelei d'Heine, le kaddish, la réflexion sur le témoignage de l'indicible. C'est la première fois qu'en si peu de pages la réflexion m'emmène aussi loin. Le style est remarquable, l'argumentation posée et cohérente. Puis au fur et à mesure de ma lecture m'est venue une impression étrange, un peu dérangeante que je peux présenter par ordre croissant de mon malaise. Tout d'abord, les réfèrences à foison auraient mérité d'être plus rares mais mieux développé. La superposition nuit finalement à la force du message véhiculé par l'auteur. Ensuite en revenant sur mes pas et sur les pages déjà dévorées m'est venu l'impression de lire le témoignage d'un homme parfait, courageux et tellement cultivé se plaçant à chaque fois au dessus des personnages qu'il croise. Evoquons rapidement quelques exemples de ses relations avec autrui : le pauvre lieutenant rosenfeld pris en défaut sur le lien Blum-Goethe, sa prise de parole et son explication dès la sortie du camp (tellement limpide qu'elle en est peu crédible) du comment et pourquoi témoigner devant l'auditoire des autres rescapés visiblement dépassés par son intelligence, le bilbiothéquaire tellement limité pour soutenir ses arguments, le pauvre prisonnier fanatique de Victor Hugo qu'il se retient difficilement de railler, sans parler des femmes qu'il rencontre... l'accumulation est un peu lourde et on a bien compris qu'il était d'une intelligence supérieure à tous ces gens, et au modeste lecteurs que nous sommes. C'est encore lui qui découvre le traitre du réseau de résistance, qui accompagne Halbwachs vers la mort qui finalement place sur un piedestal Semprun et rend bien peu hommage au mourant, c'est également lui qui sauve le prisonnier agonisant et récitant son kadish, il est le seul à comprendre ce que veut vraiment dire le survivant du sonderkommando qui tente te témoigner. Cet homme est remarquable à n'en pas douter, mais son insistance pour le faire comprendre à son lecteur pèse finalement bien lourd. Enfin pour terminer on sent poindre une très légère hiérarchie de l'indicible qui est pour moi redoutable, oradour ou les arméniens arrivant derrière les camps nazis, ce qu'il justifie par le fait qu'on peut témoigner de l'horreur d'oradour ou des arméniens mais jamais entièrement de ce que furent les camps car personne n'est revenu des chambres à gaz. Cette hiérarchie revient encore lorsqu'il explique son désir de témoigner non pas comme un documentaire implacable et froid qu'il dénigre explicitement mais avec de la fiction et de la subjectivité. Pour ces deux thèmes il faut rester mesuré, me semble-t-il, et éviter toute hiérarchie du genre "le plus horrible c'est les camps" ou encore "il faut témoigner comme ça et non ainsi".
roroi

C’est malheureux mais quand on prend un livre qui parle des camps de concentration, on ne s’attend en général pas à grand chose. On a déjà beaucoup entendu parler du sujet et même si chaque témoignage est différent, la trame de fond reste souvent la même. J’ai eu cette inquiétude en me lançant dans cette lecture mais heureusement elle s’est vite dissipée. “L’écriture ou la vie” est certes un livre sur les camps de concentration mais il va bien au-delà. Jorge Semprun y parle bien sûr d’histoire mais aussi beaucoup de philosophie, de politique, d’amitié, de l’écriture, de l’espèce humaine… De nombreux thèmes sont ainsi abordés, le tout dans un style très agréable. C’est donc un livre que je conseillerais vraiment à tous, parce qu’il n’est pas du tout redondant par rapport à d’autres récits des camps et qu’il s’agit d’un très beau témoignage.La version complète de ce commentaire est disponible sur mon site.

Artsouilleurs
04/02/09
 

Dans L'écriture ou la vie, Jorge Semprun part d'évènements relatifs à son emprisonnement à Buchenwald et à la libération du camp, et déroule à partir de là l'histoire de sa vie. D'avant et d'après. Espagnol, il a fuit son pays en compagnie de ses parents pour trouver refuge en France. Étudiant en philosophie, il raconte ses rencontres avec les intellectuels de l'époque, les discussions dans le camps et la bibliothèque.Peu à peu, au fil de ma lecture, j'ai compris le titre. J'ai compris que ce récit, cette expérience, Jorge Semprun n'a pu l'écrire qu'après un long processus qui m'a fait pensé à la résilience. Tant qu'il revivait intensément ce qu'il avait vécu là-bas, seule la mort pouvait ressortir dans son écrit.Jorge Semprun s'éloigne progressivement donc de son expérience des camps pour nous plonger dans l'expérience de l'écriture. Car ce récit est multiple et aborde diverses thématiques : la notion de patrie et de "ra-patriement", l'expérience des camps évidemment, la philosophie et la poésie, l'amour...Le tout est servi par une plume que j'ose qualifier de magnifique. Semprun témoigne de son talent littéraire. S'il utilise la répétition, c'est pour bien faire entendre au lecteur combien tel événement ou telle réflexion l'a puissamment marqué. L'ensemble est sobre et lyrique en même temps. Majestueux et poétique. Émouvant et réservé.Peut-être ai-je fait l'erreur de débuter par cet ouvrage de Jorge Semprun dans lequel il évoque à plusieurs reprises d'autres écrits, notamment Le grand voyage évoqué à de nombreuses reprises, mais je n'ai au final conservé aucune frustration de ne pas saisir l'ensemble des références qu'il évoquait. Je sais désormais que je poursuivrai ma lecture de ce grand écrivain et conserve de cette première rencontre un sentiment de puissance littéraire rare. Miss Alfie

MissAlfie
21/11/14
 

A plusieurs reprises j’ai été émue par les témoignages audiovisuels de Jorge Semprun. Son décès il y a peu m’a incitée fortement à le lire…enfin si j’ose dire. C’est peu dire que j’en attendais beaucoup, trop peut-être ? Car je suis extrêmement déçue de cette lecture.Par le contenu, en premier lieu. J’attendais autre chose. J’attendais un témoignage sur sa déportation. Or il ne s’agit pas tout à fait de cela ; pas que de cela en tout cas.Par les longs passages consacrés à la philosophie, aux auteurs, en second lieu. Certes il fut étudiant en philosophie, mais cela m’a semblé ennuyeux, trop copieux, trop !! En somme cela m’a paru "j’en mets plein la vue avec tout ce que je sais… " Alors que je n’ai guère d’atome crochu avec cette matière si abstraite à mes yeux et à mon cerveau, je me suis senti engloutie et écrasée, au point de me demander sérieusement ce que tout cela faisait là, dans ce livre là…Par le fouillis permanent que constitue ce livre, ensuite. Je n’ai pas aimé du tout ce manque d’organisation, ces aller et retour incessant et répétitifs .Il saute sans cesse du coq à l’âne, pour revenir à l’âne, et repartir vers autre chose…..J’aime les choses quand elles sont clairement exposées. J’aime que les idées soient organisées, structurées…bref, j’aime bien m’y retrouver.Enfin, je suis triste du peu de sensations que m’a occasionnées cette lecture. J’attendais d’être remuée, interpellée, secouée. J’attendais de l’émotion, j’attendais d’entendre raisonner cette corde intérieure, cette petite musique qui est le signe d’une belle lecture. Je m’attendais à cheminer avec Semprun…Et bien non, rien ; ressenti zéro, émotion nulle, calme plat, bouleversement avorté, secousses réduites à néant…Pour finir sur une note plus positive, je reconnais que l’écriture est élégante, les références solides. Hélas cela ne fait pas tout. http://leblogdemimipinson.blogspot.com/

mimipinson
08/09/11
 

La question des camps de concentration est particulièrement marquante pour l'histoire de l'humanité. Cette question m'intéresse beaucoup, et tous les témoignages qui s'y rapportent me passionnent systématiquement.Cependant, je dois dire que ce livre de Jorge Semprun m'a encore plus marqué que les autres (Primo Levi, Germaine Tillon, Elie Wiezel, Soljenitsine, ...) car c'est pour moi le premier livre que j'ai lu sur le sujet qui soit aussi une oeuvre littéraire.Jorge Semprun, à la différence des autres auteurs que j'ai pu lire sur le sujet, à beaucoup travaillé la forme de la narration, qui est habilement déconstruite, et l'a truffé de références littéraires qui m'on fait penser à Proust.On a donc au final, en plus du récit édifiant de son passage dans les camps de concentration, un très beau morceau de littérature.A cela s'ajoute aussi la découverte d'un homme époustouflant, excessivement cultivé, grand résistant, qui au milieu de l'horreur nazi, dans l'un des pires camps de concentration, se retrouve avec quelques autres détenus amis pour réciter de la poésie. Si ça c'est pas une leçon de vie !

kayhman
22/05/11
 

Jorge Semprun se livre ici à un exercice littéraire passionnant : raconter son expérience du camp de concentration de Buchenwald tout en explorant la maturation de son roman, le pourquoi de l'écriture, les affres du souvenir, le retour à la vie.En mêlant ainsi ses souvenirs à une réflexion littéraire et philosophique, l'auteur permet à son lecteur d'approcher à la fois de l'expérience du camp, et de ce que cette expérience dit de l'Homme. Par petites touches, sans effets ni pathos, l'écriture exigeante de souvenirs choisis laisse en nous une émotion durable, un sentiment fort d'admiration et de compassion pour ceux et celles qui ont combattu et souffert sous les totalistarismes du 20è siècle. Une lecture nécessaire. JK

thetys258
03/10/10
 

Format

  • Hauteur : 17.80 cm
  • Largeur : 10.80 cm
  • Poids : 0.20 kg