La douleur

DURAS, MARGUERITE

EDITEUR : GALLIMARD
DATE DE PARUTION : 14/04/93
LES NOTES :

à partir de
6,60 €
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Ebook

SYNOPSIS :

« J'ai retrouvé ce journal dans deux cahiers des armoires bleues de Neauphle-le-Château. Je n'ai aucun souvenir de l'avoir écrit. Je sais que je l'ai fait, que c'est moi qui l'ai écrit, je reconnais mon écriture et le détail de ce que je raconte, je revois l'endroit, la gare d'Orsay, les trajets, mais je ne me vois pas écrivant ce Journal. Quand l'aurais-je écrit, en quelle année, à quelles heures du jour, dans quelles maisons ? Je ne sais plus rien. [...] Comment ai-je pu écrire cette chose que je ne sais pas encore nommer et qui m'épouvante quand
je la relis. Comment ai-je pu de même abandonner ce texte pendant des années dans cette maison de campagne régulièrement inondée en hiver. La douleur est une des choses les plus importantes de ma vie. Le mot « écrit » ne conviendrait pas. Je me suis trouvée devant des pages régulièrement pleines d'une petite écriture extraordinairement régulière et calme. Je me suis trouvée devant un désordre phénoménal de la pensée et du sentiment auquel je n'ai pas osé toucher et au regard de quoi la littérature m'a fait honte. » Marguerite Duras.
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Ce livre a été pour moi un énorme coup de cœur et c’est l’un des livres de Duras que je préfère.Il s’agit d’un témoignage très puissant sur l’horreur des camps de concentration, parce qu’il apporte cette vision extérieure des camps : celle de l’attente de quelqu’un que l’on aime et que l’on sait enfermé là-bas. Duras raconte sans tabous (c’est d’ailleurs ce qu’Antelme lui reprochera ensuite) et à merveille cette attente puis, au moment du retour d’Antelme, la façon dont elle s’en est occupée, pour sauver ce presque mort, le réalimenter petit à petit.Mais au de-là de cette dimension “historique”, c’est aussi cette histoire fascinante qui entoure le livre. Marguerite Duras n’était pas particulièrement pour le mariage. Son mariage avec Antelme a été fait au début de la guerre, une façon pour eux de dire au monde “faites-vous la guerre, nous on se marie”. Tous deux entrent en résistance sous les ordres de François Mitterrand, surnommé Morland à cette époque. Antelme est arrêté puis déporté par la gestapo, Duras y échappe de peu, prévenue à temps par Mitterrand. Pendant la période de déportation d’Antelme, il se passe beaucoup de choses pour Duras, mais passons.La fin de la guerre arrive et Mitterrand, envoyé comme représentant français à Dachau repère Antelme dans un état désastreux, à quelques jours d’une mort certaine. En rusant, il le fait sortir du camp et c’est Dionys Mascolo, alors amant de Duras, qui va aller le chercher et le ramener en France.Bref, pour moi ce livre c’est tout ça : ce témoignage bouleversant, très dur mais aussi très réaliste ; cette histoire incroyable de la résistance de Duras-Antelme-Mascolo-Mitterrand et puis aussi, et surtout, l’application que prend Duras pour parler des camps sans juger “La seule réponse à faire à ce crime est d’en faire un crime de tous. De le partager. De même que l’idée d’égalité, de fraternité. Pour le supporter, pour en tolérer l’idée, partager le crime”.Un livre porteur de beaucoup de messages, en marge du reste de l’œuvre de Duras mais à ne pas laisser de côté pour autant, bien au contraire. La version complète de ce commentaire est disponible sur mon site, rubrique littérature : http://art.souilleurs.free.fr

Artsouilleurs
26/01/09
 

Ce livre est un recueil de textes écrits pendant les années de la Deuxième Guerre Mondiale. Dans la deuxième partie de l'ouvrage, cinq récits que l'auteur présente, situe dans leur contexte d'écriture par rapport à leur publication tardive; dans la première partie, le journal, ce journal de La douleur.Avril 1945, les nouvelles de fin de guerre affluent, l'avancée des armées américaines et russes, les villes allemandes prises, Berlin bombardé, les rumeurs d'armistice, les camps libérés, Paris qui s'installe dans la paix, dans l'avenir... Et Marguerite Duras attend le retour de son mari Robert Antelme, épousé en 1939, déporté. Ce texte est terrible, tellement prenant, il vous saute à la gorge. Tout de l'insupportable et l'absurde de l'attente - ce chaos de la pensée - est dit sous cette plume retrouvée, sèche, incisive, ses phrases abruptes au rythme qui frappe par à coup. La douleur de l'absence, de l'ignorance, la violence de l'espoir, du désespoir, froid et fièvre, effroi, c'est cette lente agonie ou survivre à l'attente à en mourir avec elle.Et ce livre ne raconte pas que la douleur intime, l'histoire de cette amour là, il raconte ces mois-là à Paris, le rapatriement des prisonniers de guerre, la quête, la collecte d'informations, de noms, les centres d'accueils installés dans les gares auxquels l'auteur participe illégalement, n'étant pas rattachée à un ministère, en tant que fondatrice du Service de Recherche du journal Libres créé en septembre 1944 qui publie des renseignements au sujet des convois, transferts, des nouvelles personnelles reçues de prisonniers pour des parents d'autres prisonniers, ainsi que des tirages spéciaux de liste de noms. Ce sont les tensions, les altercations avec les officiels gaullistes, le retour des volontaires du S.T.O. hués, condamnés. Sous les mots l'engagement communiste à cette époque de Marguerite Duras. Et les femmes, derrière les barrières, chaque jour, qui attendent encore. Et les déportés ? Que sait-on des déportés ? Quand reviennent-ils ? Où sont-ils ? Les Allemands fusillent avant de partir. Où a été dirigée la colonne ? Ceux qui reviennent, tellement épuisés. Ils ne peuvent être certains, ils ne peuvent pas dire. Et puis, cette nouvelle, terrifiante :" ... il y a deux jours, il était vivant. Elle n'essaie plus d'arracher le téléphone. Elle est par terre, tombée. Quelque chose a crevé avec les mots disant qu'il était vivant il y a deux jours. Elle laisse faire. ça crève, ça sort par la bouche, par le nez, par les yeux. Il faut que ça sorte. D. a posé l'appareil. Il dit son nom à elle : Ma petite, ma petite Marguerite. Il ne s'approche pas, il ne la relève pas, il sait qu'elle est intouchable. "Les camarades qui racontent l'évasion, l'évacuation, la disparition. Et c'est encore un combat, l'attente à son paroxysme : " s'il n' a pas été fusillé, s'il est resté dans la colonne, il est dans l'incendie de l'Allemagne. ". Robert Antelme a été retrouvé à Dachau, mourant. Il est revenu. Et ce fut l'épouvante, la peur, " la douleur implantée dans l'espoir ". L'ultime combat, chasser la mort de ce corps cadavérique alors que la tête " émergeait, se souvenait, racontait, reconnaissait, réclamait. Parlait. Parlait. " Dans l'urgence de témoigner.Robert Antelme écrira ce témoignage. Il s'intitule L'espèce humaine. " Une fois ce livre écrit, fait, édité, il n'a plus parlé des camps de concentration allemands. Il ne prononce jamais ces mots. Jamais plus. Jamais plus non plus le titre du livre."L'écriture, la voix, de Marguerite Duras, sont marquantes, ce texte là - La douleur - est au-delà.

Marilire
08/05/14
 

En 1985, Marguerite Duras publie chez P.O.L. un recueil de textes sous le nom de La Douleur. Le premier texte, dont le recueil porte le nom, est le plus long et aussi le plus intense. Il s'agit d'un journal écrit à la fin de la Seconde Guerre Mondiale et retrouvé par Marguerite Duras des années après. Elle y raconte l'attente du retour de son mari, Robert Antelme, résistant déporté le 1er juin 1944 dans un camp de concentration.Avril 1944. Certains prisonniers et déportés français reviennent à Paris. Duras et son amant D. (Dyonis Mascolo) s'occupent de réunir leurs noms, toutes informations susceptibles d'aider à trouver les personnes non encore revenues et de prévenir les familles qui attendent le retour d'un être cher. C'est aussi le cas de Marguerite Duras qui est sans nouvelle de son mari déporté depuis presque un an. En proie à cette terrible attente, à ce doute cruel (est-il seulement encore vivant ?), elle est totalement désemparée, ne se nourrit plus, ne dort plus, ne vit plus, malgré le soutien de D.. Elle ne cesse d'imaginer son mari mort, ou vivant ses derniers moments, quitte à s'en rendre malade.Finalement, Jacques Morland (un des noms de guerre de François Mitterrand) retrouve Robert Antelme à Dachau et en informe Duras. Robert Antelme revient grâce à l'aide de ses amis, mais il est presque mort suite à des mois de mauvais traitements. Duras ne le reconnaît plus. Tous s'acharnent à redonner vie à ce corps et cet esprit détruits par les camps de concentration. Ils y arriveront mais à jamais Robert Antelme sera changé, et peut-être aussi l'amour que Duras lui portait...Encore une fois j'ai apprécié la "voix" de Marguerite Duras, son style et son écriture. Le thème abordé est des plus durs, celui de l'attente d'un être aimé, du doute terrible et Duras parvient à merveille à nous le faire partager, ressentir. Bien qu'intime, son journal apporte des éléments historiques sur la fin de la guerre : retour des déportés, Jacques Morland, De Gaulle... et l'avis de Duras sur ces événements. Enfin, le portrait que Duras fait de Robert Antelme à son retour est très dur et elle ne nous épargne aucun détail de sa dégradation physique. A lire en étant préparé ! http://leschroniquesassidues.blogspot.com/

chroniquesassidues
03/10/11
 

Format

  • Hauteur : 17.80 cm
  • Largeur : 10.80 cm
  • Poids : 0.14 kg