La vie devant soi

GARY, ROMAIN

livre la vie devant soi
EDITEUR : GALLIMARD
DATE DE PARUTION : 16/03/82
LES NOTES :

à partir de
7,70 €

SYNOPSIS :

Signé Ajar, ce roman reçut le prix Goncourt en 1975. Histoire d'amour d'un petit garçon arabe pour une très vieille femme juive : Momo se débat contre les six étages que Madame Rosa ne veut plus monter et contre la vie parce que « ça ne pardonne pas » et parce qu'il n'est « pas nécessaire d'avoir des raisons pour avoir
peur ». Le petit garçon l'aidera à se cacher dans son « trou juif », elle n'ira pas mourir à l'hôpital et pourra ainsi bénéficier du droit sacré « des peuples à disposer d'eux-mêmes » qui n'est pas respecté par l'Ordre des médecins. Il lui tiendra compagnie jusqu'à ce qu'elle meure et même au-delà de la mort.
18 personnes en parlent

Qu’il est difficile d’écrire un résumé pour ce livre. Évidemment, cette histoire entre Momo et Madame Rosa est la trame principale du livre mais “La vie devant soi” est bien plus que ça. A travers le regard du petit Momo, Romain Gary a fait passer de nombreux messages au sujet de la religion, de la politique, de l’argent, du bonheur ou encore des rapports humains. C’est un livre qui touche mais qui fait aussi beaucoup rire car il faut bien avouer que Momo a des expressions parfois étranges. Cette façon de parler est un peu inconfortable quand on commence la lecture mais elle devient très vite agréable et amusante. J’ai adoré ce livre que je recommande à tous.Critique complète disponible sur http://art.souilleurs.free.fr

Artsouilleurs
18/01/09
 

Court roman plein de tendresse et d’émotion, La vie devant soi est un bout de la vie d’un petit garçon, “enfant de pute et arabe” de son état. Son langage naïf et approximatif nous touche et nous fait rire. L’histoire est à la fois noire et lumineuse, remplie d’amour et de tristesse. Les traumatismes de Madame Rosa, vieille prostituée juive au grand coeur n’ont d’égal que son attachement aux enfants qui lui sont confiés par des mères “qui se défendent ave leur cul“. Dans un langage délicieux, enfantin mais rude, Momo a toujours le mot à côté du sens, l’expression de travers, mais il sait se faire comprendre et on le lit avec délice, joie, et émotion. Belle histoire d’amour et de tolérance. J’ai bien envie d’en voir l’adaptation avec Simone Signoret.

un flyer
13/02/09

Quatre-vingt-quinze kilos de souvenirs, d’amour et de chagrin, un corps déclinant ; Madame Rosa était tout cela et bien plus encore. Jeune, elle arpentait les trottoirs pour vendre son corps puis elle a choisi d’offrir son cœur et son accueil aux enfants d'autres gagneuses contraintes de se fourvoyer sur le béton pour survivre. Son appartement niché au sixième étage d'un immeuble sans ascenseur est devenu un refuge, une tour de Babel où ethnies, religions et couleurs se mélangent en un désordre fantasque. Parmi eux, il y a Momo, âgé d'une dizaine d'années. S'il ignore d'où il vient, il sait quelle place a pris cette nourrice juive dans son cœur. Momo la soutient dans la maladie. Il voit que son embonpoint ne lui permet plus de gravir les marches séparant le monde extérieur de leur foyer. Il sent que la fin est proche et, pour lui, cela mettra un terme brutal à sa prime enfance. Il est présent, prêt à la choyer, la laver ou la changer de la même façon qu’elle a pu le faire pour lui autrefois. Aujourd’hui Madame Rosa se fane. Son corps part en décrépitude et sa mémoire se fissure. En cette année de 1970, elle n’est plus une ancienne déportée ayant subi la rafle du Vel' d’Hiv. Elle n’est plus une ancienne prostituée. Elle est une vieille femme rattrapée par la sénilité. Les absences se font plus envahissantes. Pareilles à d’infranchissables falaises, elles rompent le flux rassurant du quotidien et voilent de zones d’ombre ses souvenirs. Romain Gary sous le pseudonyme d’Emile Ajar livre ici un écrit poignant et profondément ancré dans le réel. Si la fin de ce roman est sans appel, la force qui émane des liens unissant Madame Rosa et cet enfant dote cette œuvre d'un caractère profondément humain . Momo, narrateur à la fois facétieux et lucide , grandit au fil des pages et livre ses pensées avec toute la candeur de l'enfance. Privé de ses racines dès sa naissance, l’herbe folle qu’il était croît et se transforme en jeune arbre au contact de cette femme et des habitants du quartier; une foule loufoque et colorée devenue sa famille de fortune. Les réflexions d’adulte entrecoupées d'expressions maladroites se mêlent habilement dans son discours bigarré. Ces mots sont un joyeux foutoir à l’image de l’appartement de Madame Rosa converti en havre singulier. Au-delà de l'adversité, de la misère, de la maladie et des coups durs de la vie, la gaieté et la solidarité émanant de cet immeuble de Belleville et de ses occupants colorent ce roman de notes tendres et jubilatoires. La sincérité s’exprime sans fards à travers le portrait d’une femme qui n’attend plus que la mort et celui d' un enfant forcé de devenir adulte avant l’âge. Tous deux savent que le temps de la séparation est venu. Chacun accompagne l’autre sans fausse pudeur ni atermoiements. Chacun prend la mesure de ce qui est en train de se produire. Chacun regarde défiler La vie devant soi. Une vie qui s'échappe de ces pages, débordante, irrévérencieuse, cruelle ou tranquille dans le regard humide d'un enfant ou les yeux presque éteints d'une femme. Rebelde

Rebelde
29/01/16
 

Mohammed, dit Momo, revient sur son enfance chez Madame Rosa, ex-prostituée reconvertie en « nounou » pour enfants de prostituées.Plusieurs problèmes s’accumulent d’office : le business de Madame Rosa n’est pas franchement légal ; Madame Rosa étant obèse et vieille, elle est de moins en moins mobile ; à cela s’ajoute le fait qu’elle perd de plus en plus la tête. Enfin, Madame Rosa ayant été déportée dans sa jeunesse a gardé de l’expérience certaines angoisses, voire une véritable paranoïa dès que quelqu’un frappe à la porte.Momo n’est pas scolarisé, notamment parce qu’il n’a pas de véritable acte de naissance. Il apprend donc la vie sur le tas. Cette méthode a une double-conséquence paradoxale : Momo fait preuve d’une grande maturité et, en même temps, sa vision du monde est un mélange de tout et n’importe quoi, ce qui l’empêche parfois de comprendre correctement certaines situations. On devine dès lors que sa façon de raconter les événements est pittoresque. J’ai d’ailleurs été partagée sur ce style. D’une façon générale, je n’aime pas le style oral, qui plus est quand il massacre la langue française (ce que fait allègrement Momo dans tous les domaines : syntaxe, orthographe lexicale et grammaticale, conjugaison, rien n’est épargné !). Or Gary gère bien cet aspect parce qu’il y a de la vie dans ses lignes.Il n’en reste pas moins que sur la distance, il est parfois difficile de suivre Momo. Et pourtant, l’auteur arrive à faire se tenir l’histoire ; ça m’a pas mal impressionnée. J’ai été sensible également à l’humour qui nous fait oublier qu’en réalité cette histoire n’a rien de réjouissant.Quant à l’histoire, justement, je ne suis pas très amatrice de ce genre-là et ce livre n’a pas fait pas exception à la règle. Cependant, il est difficile de ne pas être séduit par les idées qui sous-tendent la narration : les valeurs d’amitié, de solidarité, l’amour inconditionnel que porte Momo à Madame Rosa au-delà de tous les préjugés (c’est justement parce qu’elle est vieille et moche qu’il faut s’occuper d’elle, dira-t-il à plusieurs reprises), une vision humaniste qui ne peut que me séduire, un traitement de la détresse sans pathos mais sans tabou non plus, etc. Gary réussit tout cela sans nous infliger des sentences cucul (le style de Momo, c’est plutôt : « Quand on a envie de crever, le chocolat a encore meilleur goût que d’habitude. », ce qui est tout à fait vrai, à mon sens). J’imagine que le regard que semblait porter l’auteur sur la vie n’est pas étranger à cette réussite : parler du quotidien avec ses joies et ses peines, tout en pensant que la vie n’est pas un cadeau …

mycupoftea
03/04/13
 

Je peux enfin le dire : j’ai lu un prix Goncourt… qui m’a plu ! Après Raboliot de Maurice Genevoix (1925), L’Amant de Marguerite Duras (1984) et La Joueuse de Go de Shan Sa (prix Goncourt des Lycéens en 2001) qui m’avaient tous les trois plus ou moins laissée de marbre (ou carrément ennuyée), l’ouvrage de Romain Gary alias Emile Ajar m’a séduite… et émue !Je n’irais peut-être pas jusqu’au coup de cœur mais La Vie devant soi est un livre marquant et qui n’a pas pris une ride, malgré 40 années passées (prix Goncourt 1975). C’est un texte qui touche et que, je pense, on peut relire plusieurs fois en y trouvant à chaque fois une belle émotion.C’est l’histoire de Momo (Mohamed), un petit garçon d’une dizaine d’années, qui vit auprès de Madame Rosa dans un vieil appartement au 6ème étage d’un immeuble sans ascenseur. La vieille dame juive, prostituée à la retraite, accueille des enfants de femmes « qui se défendent avec leur cul » en échange d’une petite pension. Dans ce petit pigeonnier défraichi, les nationalités et les religions s’entremêlent dans un joyeux bazar : musulmans, juifs, catholiques, vietnamien, algérien, français… tous les petits ont un toit et à manger grâce à Madame Rosa.Mais voilà, l’ancienne prostituée se fait vieille et sa santé décline… si certains des enfants retrouvent leurs parents ou sont adoptés, Momo le plus vieux d’entre eux, n’a que Madame Rosa. C’est dorénavant à lui de prendre soin de sa protectrice et sa disparition proche est plus que difficile à avaler…Ce qui peut surprendre au début, c’est clairement le style. Romain Gary s’est mis dans la peau d’un jeune garçon étranger n’ayant pas suivi une scolarité approfondie – l’école n’ayant pas voulu de lui -, ce qui donne de nombreuses expressions un peu étranges, quelques termes pas toujours bien employés et surtout revisités. Ainsi, Momo nous parle d’avortement au lieu d’euthanasie, de « proxinètes »… mais malgré ça, les messages sont là et ils sont forts.L’enfant nous parle avec ses mots de sujets graves, il les aborde avec une vision à la fois naïve mais aussi tellement désabusée pour son âge… c’est plus que touchant. Et si le texte avait été rédigé dans une prose parfaite, l’émotion n’aurait pas été la même, j’en suis persuadée !J’ai parfois senti quelques petites longueurs dans le récit puisqu’il s’agit finalement de la description du quotidien du garçon… C’est parfois un peu répétitif et clairement, il ne faut pas lire La Vie devant soi si vous cherchez de l’action.Mais en même temps, grâce aux longs paragraphes de Momo, c’est une véritable plongée dans ce quartier de Paris un peu désuet pour le lecteur. On apprend à connaître les différentes figures qui font partie du quotidien de l’enfant et fatalement, on s’attache à eux. Mais surtout, on ressent clairement l’attachement que ressent le petit orphelin musulman pour sa vieille protectrice juive… et même si on se doute du dénouement dès le début, la chute ne peut être que terriblement émouvante. Ces quelques dernières pages m’ont touchée en plein cœur et j’ai vraiment failli verser quelques larmes. Je revois encore la scène et j’en suis encore chamboulée… c’est fort. Aussi fort que l’amour qui lie ces deux êtres que tout semble pourtant opposer.La Vie devant soi a été rédigé en 1975 et je pense qu’aujourd’hui, 40 ans plus tard, on aurait tout à y gagner si on le (re)lisait. Romain Gary nous parle du quotidien d’un enfant, mais pas que. Il aborde de nombreux sujets toujours d’actualité aujourd’hui et mène quelques réflexions à travers le point de vue de son jeune narrateur ; beaucoup de passages sont d’ailleurs criant de vérité.L’histoire de Momo c’est une histoire d’amour, de tendresse, d’amitié et d’entraide malgré tous les obstacles qui peuvent se glisser sur son chemin : la religion, la nationalité, la pauvreté, la loi, la justice, la maladie, la médecine… La Vie devant soi c’est un livre qui nous fait sourire souvent et est capable, quelques pages plus tard, de nous émouvoir aux larmes. C’est un condensé d’émotions fortes dans un petit quartier, un petit immeuble, un petit appartement défraichi de Paris.

DameMeli
03/10/15
 

Un récit plein de tendresse, d'humour et d'amour entre des êtres qui se défendent comme ils peuvent face à la vie et à leur histoire.J'aime ce livre qui ne ménage pas notre sensibilité. Mais ce qui fait sa force, je trouve, c'est que les thèmes ont beau être rudes voire sordides, Momo les enveloppent de mots qui sonnent comme une caresse de l'existence... ou leur tire la langue avec une gauloiserie bien sentie. Romain Gary a réussi à me faire rire du pire, pour moi c'est donc adjugé !

Sous le pseudo d'Emile Ajar qu'il prit pour retrouver une certaine virginité littéraire , Romain Gary , ce petit cachottier , fut le seul à se voir décerner un second prix Goncourt ( Les Racines du Ciel : 1956 ) pour La Vie Devant Soi . Mohammed a 10 ans , bientot 14 . Mohammed préfère qu'on l'appelle Momo , les Inconnus n'ont rien inventé ; ) . Recueilli des son plus jeune age par madame Rosa qui s'est spécialisée dans " l'adoption " d'enfants de **** , il crèche à Belleville , au sixième , sans ascenseur . Madame Rosa , ancienne gagneuse qui se défendait avec son cul , juive , déportée , n'est plus que l'ombre d'elle-même . Laide , grosse , 36 cheveux au compteur , elle se rend bien compte qu'elle n'a plus la lumière à tous les étages . Elle "s'absente " de plus en plus fréquemment , sentant bien que ses jours de pleine lucidité sont désormais comptés . Finir la bave aux lèvres avec le regard du veau qui tête , très peu pour elle ! N'est pas Ribéry qui veut....Ses cauchemars récurrents , Hitler et le cancer : l'un étant éradiqué , l'autre , aux aguets , attendant son heure selon ses dires...Une femme ayant échappé au terrible système concentrationnaire d'Auschwitz ne peut s'imaginer entrer dans le livre des records en pulvérisant un coma végétatif de 17 ans , alors détenu par un Amerloque ( trop fort ces Ricains ! ) . Elle fera promettre à son petit Momo de " l'avorter " si l'on devait en arriver là . Du haut de ses 10 ans , bientôt 14 , Momo fera bien plus que cela...Le tour de force de ce roman , c'est d'évoquer un sujet résolument grave sur le ton de la légèreté . La grande faucheuse est omniprésente , on la sent se rapprocher inexorablement jusqu'à vous submerger de sa noirceur et pourtant , par le biais de ce jeune héros au phrasé si particulier , la lecture s'accompagne d'un petit sourire en coin qui ne vous quitte jamais . Les personnages découverts sont hétéroclites au possible . Cela va de Monsieur N'da Amédée , " proxynete " illettré le mieux sapé de Paname et de sa proche banlieue à Monsieur Hamil , ancien vendeur de tapis ambulant et néo philosophe sans oublier Madame Lola qui d'ancien champion de boxe au Sénégal s'est reconvertie en travestie au Bois de Boulogne . Autant d'acteurs truculents gravitant autour de ce petit monde fusionnel qu'est l'univers Rosa-Momo . L'auteur vous prend aux tripes en conférant à ce jeune narrateur une gravité anormalement conscientisée pour un gamin de son age . Un vocabulaire fait d'amalgames aussi amusants que profonds et c'est la mort qu'on appréhende à un age ou l'innocence devrait faire loi . Momo découvre que rien ne dure jamais . Qu'il devra devenir un acteur majeur dans l'inéluctable disparition de sa maman d'adoption . Une mère de substitution qui le fait se questionner sur son age et ses origines mais qu'il aime par dessus tout . Un gamin innocent projeté et ballotté dans un monde d'adultes bien avant l'heure . S'il maitrise de façon plus qu'aléatoire la définition de la majorité des mots de son vocabulaire , il saisit cependant parfaitement le sens de la vie qui s'écoule et s'achève parfois tragiquement . Ce roman écrit par un sexagénaire que la mort effrayait au plus haut point ( et qu'il devancera pourtant en 1980 ) est tour à tour lyrique , naif , sombre et violent mais baigne , paradoxalement , dans une perpétuelle bonne humeur contagieuse . Sa causticité décalée vous emportera de la première à la dernière page ! La Vie Devant Soi : atypique et jubilatoire...

TurnThePage
02/11/13
 

Nous suivons, dans ce roman, Momo et Madame Rosa ainsi que leur entourage (Madame Lola, le Dr Katz, etc.) dans l’histoire de leur vie. Momo est le fils d’une prostituée à la charge de cette Madame Rosa, ancienne prostituée qui, du haut de son 6ème étage garde les enfants de prostituées. On pourrait croire à un roman sur les prostituées mais non. C’est une « superbe » histoire de la vie, de tout ce qui va avec : les origines, les ennuis, la maladie, la vieillesse et plein d’autres choses. Ce Momo est si attachant. L’auteur a décidé d’écrire son roman avec un style oral et cela fait toute la différence. En effet, pour ma part, je me suis beaucoup attaché au personnage principal grâce à l’écriture. C’est un style difficile à assimiler au début (les conjugaisons ne sont parfois pas les bonnes), le lecteur peut avoir du mal à entrer dedans, mais une fois que tout est assimilé les pages se tournent toutes seules. J’ai du mal à rédiger une critique digne de ce nom pour un roman aussi fort en émotion. J’ai été à la limite du coup de cœur, je ne sais pas il aurait peut-être fallut un petit quelque chose de plus. Mais c’est une superbe découverte et je comprends qu’il ait gagné Le Prix Goncourt. Le lecteur ne peut qu’être touché par cette présence qu’a l’enfant auprès de cette personne qui ne parvient plus à monter les six étages de son immeuble. Bref, une belle leçon sur la vie, de ce petit garçon qui apprend avoir quatre ans de plus mais qui n’abandonne rien pour autant. Un mini coup de cœur pour ce chef d’œuvre de la littérature. Merci Mr Gary !

searchxme
28/05/13
 

J’ai adoré ce livre, c’est un coup de coeur. Rien qu’en écrivant la quatrième de couverture mes larmes me sont revenues, tant la beauté de ce livre est grande, tant l’émotion est grande, tant l’amour est profond, pure de toute l’innocence de l’enfance, vrai. Pourtant le ton donné tout au long du livre semble léger, amusant, parce que le narrateur n’est autre que Mohamed dit Momo, ce petit garçon arabe de 10 ans (apparemment) et qu’il nous parle – avec légèreté, simplicité, honnêteté et avec les mots d’un garçon de son âge et de son éducation – nous parle donc de sa vie et de cette femme, Madame Rosa. "Elle avait les yeux pleins de larmes et je suis aller chercher du papier cul pour les torcher". Mais bien qu’il soit un jeune enfant il est plein de lucidité, ce qui est frappant. On se prend des vérités en pleine face, des vérités qui font du bien.Momo n’a jamais vu sa mère, ni son père. Il est un "enfant de ****" et son père supposé était "proxynète". Il est élevé par Madame Rosa depuis ses 3 ans, une ancienne prostituée reconvertie, qui s’occupe désormais de recueillir les enfants des prostituées – "les femmes qui se défendent" comme dit Momo - en échange de mandats, qu’elle reçoit ou pas d’ailleurs. Tout de suite on se rend compte que Momo n’est pas un enfant comme les autres, par exemple comme lorsqu’il a volé un chien et que finalement il le revend, ne gardant pas l’argent, juste pour que ce chien puisse être dans une famille où il est certain qu’on s’occuperait bien de lui, se rendant compte que lui ne pourrait pas assumer cette tâche.Tout ce qui est raconté dans ce livre n’est jamais un apitoiement quant à une vie qui pourtant n’est pas rose. C’est l’entraide des gens de ce "milieu" qui est ici mis en valeur comme Madame Rosa qui écrit les lettres d’un proxénète pour sa famille en Afrique car il ne sait pas écrire, les gens qui viennent aider Madame Rosa à monter ses 6 étages lorsqu’elle n’a plus la force et la santé de le faire, l’aide maternelle et financière de Madame Lola la "travestite" etc En parlant de Madame Lola "J’ai jamais vu un sénégalais qui aurait fait une meilleure mère de famille que Mme Lola, c’est vraiment dommage que la nature s’y est opposée".Momo raconte avec une grande désinvolture son histoire, sans peine ni tristesse, bien qu’il vive dans un milieu de pauvreté et de délinquance. Sa vie pour lui est une vie normale, c’est la vie. On voit les choses avec les yeux de cet enfant, qui ne porte ni jugement sur les gens, ni mépris, il constate juste, il voit la vérité, sans salissure, sans dédain, car il est dans cette vie. On ne peut être que touchés car ce qu’il raconte est au fond dur, très dur mais il rend ça beau parfois ou sans gravité d’autres fois. Sans doute car il est élevé par une femme qui a un grand amour pour lui et qui le protège en lui donnant un regard autre sur cette vie.Madame Rosa est une femme pourtant marquée, marquée par son passé de juive déportée. Elle a donc des frayeurs nocturnes et s’est fait une sorte d’abri dans sa cave, au cas où on viendrait la chercher à nouveau. "C’est pas nécessaire d’avoir des raisons pour avoir peur, Momo", voilà ce qu’elle lui dit quand il lui demande pourquoi elle va parfois se cacher dans la cave, pourquoi elle a peur. Et au fur et à mesure qu’elle se voit vieillir et que sa santé se détériore, elle rappelle bien à Momo qu’elle ne veut pas aller dans un hôpital : "Elle ne voulait pas entendre parler d’hôpital où ils vous font mourir jusqu’au bout au lieu de vous faire une piqûre. Elle disait qu’en France on était contre la mort douce et qu’on vous forçait à vivre tant que vous étiez encore capable d’en baver".Momo va rencontrer un jour une femme, qui s’avérera être une personne clé dans son avenir. Il rencontrera son prétendu père qui lui fera une révélation de taille…Je n’en dirais pas plus pour vous laisser découvrir ce roman magnifique, empli d’humanité, d’amour et d’émotions incroyables. C’est d’une grande pureté, pureté dans les sentiments, pureté dans le don de soi à l’autre, la protection, la fidélité, la loyauté. On y côtoie plusieurs nationalités qui se mêlent, s’entraident sans différence qui pourraient leur nuire, mais des différences qui sont au contraire des richesses pour les uns et les autres.Et la fin m’a complètement bouleversée…

lauredanse
14/05/13
 

Voici un roman, couronné de nombreux prix, qui met en scène et en mots un enfant d'une douzaine d'années, au début du roman, et de presque 14 ans à la fin du livre.Tel "Zazie dans le métro" de Raymond Queneau, ce roman-ci fait parler un enfant avec tous les travers et les créations de langue qui vont avec. Intéressant au départ, ce procédé m'a très vite lassé et m'a même mis à distance du texte et des émotions qu'il véhicule.Même si cet texte est une très grande preuve d'amour, les mots inventés ou déformés du narrateur ne m'ont pas permis d'adhérer au propos, au contraire de ma lecture de "La promesse de l'aube".L'image que je retiendrai :Celle de Madame Rosa et de ses fesses immenses, montant les escaliers. Alex-Mot-à-Mots

AlexMotaMots
15/08/12
 

Effectivement, ce livre ne peut laisser indifférent. Lu à l'adolescence, il m'a donné envie de découvrir l'énigmatique Ajar- Gary. La vie devant soi était pour moi, jeune lectrice, le premier pas vers une littérature de héros cabossé. Je l'ai conseillé mille fois, offert plus rarement. C'est un indispensable de ma bibliothèque.

nanettevitamines
13/08/12
 

La vie devant soi est un roman qui nous touche dès les premières pages de par l'émotion, le rire, la tendresse que nous inspire ce personnage de Momo, un enfant qui jette un regard ingénu sur le monde qui l'entoure et qui, sans en comprendre toutes les difficultés et les cruautés, essaie simplement de répandre un peu de bien autour de lui et ce au delà de toute croyance ou bienséance.C'est tout simplement le regard rafraichissant d'un enfant sur un monde d'adultes qui va lui permettre de prendre sous son aile celle qui est comme sa mère,pour qui il ressent la plus grande affection afin de lui offrir une fin de vie digne et heureuse, loin des affres de l'existence qu'elle a menée entre la déportation et la prostitution.C'est un livre qui m'a beaucoup touché dès la première lecture et je pense qu'il fait partie des livres qui peuvent faire aimer la lecture à beaucoup de personnes.

moinsun
29/07/12
 

Mouais.Je ne suis pas certaine que La vie devant soi reste un souvenir considérable pour moi. J'ai bien aimé l'histoire et son rythme, l'écriture d'Emile Ajar aussi... Mais ce n'est pas un coup de cœur pour moi, dommage !Par contre je n'ai pas du tout apprécié la forme du texte : des faux chapitres (changement de pages, mais pas plus de précisions...), pas de paragraphes, pas d'airs et d'espaces dans les pages : c'est condensé, un vrai "gros tas" à lire. Ça ne donne pas envie du tout...Momo est vraiment un personnage très attachant : du haut de ses sept ans, il sait ce qui veut et à déjà un avis sur tout ! C'est parfois assez drôle et étonnant : un gamin de primaire qui parle de la prostitution d'une manière aussi détaché c'est assez "perturbant", surtout dans le fait de savoir que c'est probablement vrai pour certain. C'est un personnage crédible et très éveillé.J'ai mis plus de temps à cerner Mme Rosa : elle fait un drôle de métier, on ne sait pas si elle aime vraiment les enfants ou si elle fait semblant... C'est une femme très haute en couleur, avec beaucoup de caractère (et de voix aussi, visiblement...). Et pourtant elle aussi est crédible, mais ça existe aussi dans la vraie vie, les gens dont on se sait pas quoi penser au premier regard... C'est vraiment au moment ou j'ai appris son "secret" que j'ai arrêté de me poser des questions sur elle.C'est une histoire qui est très émouvante, avec des mots volontairement plus durs que tendres, mais je crois qu'ils restent tout aussi justes, si ce n'est plus.

MademoiselleLuna
12/06/12
 

Momo, jeune musulman d'une dizaine d’années, raconte sa vie chez Madame Rosa. Cette ancienne prostituée, juive rescapée d’Auschwitz, devenue grosse et laide recueille des enfants abandonnés par des mères prostituées.Momo est le narrateur qui donne son style au roman écrit comme peut parler un petit arabe de dix ans.Il nous raconte son expérience de la vie à travers la dégradation et l’agonie de Madame Rosa. Sa jeunesse est confrontée à l'angoisse de cette vieille femme face à la maladie et la mort, mais il reste résolument optimiste.L'émotion, c’est de madame Rosa qu’elle vient, de cette vie qu'elle a derrière elle et de la mort qui est devant elle. Bien entendu, Romain Gary se cache derrière Emile Ajar et Madame Rosa pour nous parler de sa hantise de vieillir, de ses angoisses, de sa solitude, de son refus de la déchéance physique. Beaucoup d’humour et de spontanéité dans la langue parlée de Momo, comme défense contre l’adversité et contre la condition humaine "qui nous fut imposée de l'extérieur".

Ludeca
23/05/12
 

La Belleville du petit Momo est tendre et enchantée, pleine de bizarres personnages que son regard enfantin transforme en créatures de conte. L'histoire de l'affection du petit bâtard arabe pour sa nounou juive, et de la fidélité qu'il lui porte jusqu'au bout est vraiment émouvante et bien écrite.

Valeria82
22/01/12
 

Génial ce môme qui voit si juste, et géniale l'idée qu'il soit le narrateur de l'histoire, avec son style spontané, à la fois brut et d'une finesse incroyable. L'histoire est magnifique.

Cla7
23/07/11
 

----Fin de vie de Madame Rosa, une veille femme juive , ancienne prostituée, convertie dans l'éducation de quelques enfants de ses anciennes collègues (moyennant finances...quoique ?). Histoire d'amour sublime entre cette mama et Mohammed (dit Momo, garçon de 14 (euh 10 ? ) ans qui va la suivre jusqu'au bout et même plus.Un phrasé délicieux (Momo s' exprime à l'aide d'un français bien imagé et tout personnel), une émotion charge chaque page. Emile Ajar (Romain Gary) dénonce sans enfoncer et c 'est là que réside la force de son œuvre aussi grande que le cœur des deux principaux protagonistes. Tout simplement magnifique.

Cave
01/05/11
 

Je sais qu’aujourd’hui c’est la remise tant attendue (?) du Goncourt 2010 mais il se trouve que, un peu par esprit de contradiction, j’ai envie de vous parler du Goncourt 1975 : cette année-là (je n’étais même pas née), c’est Gary qui reçut le Goncourt mais sous le nom d’Emile Ajar et avec la complicité de Paul Pavlowitch, son neveu.L’histoire se déroule à Belleville, celle de l’époque de Gary (ou du moins qui peuplait son imaginaire), quartier cosmopolite où les travestis côtoient les vieux marchands de tapis algériens à la retraite, les proxénètes yougoslaves et les balayeurs camerounais.Ce roman c’est avant tout l’histoire de Momo et Madame Rosa. la suite : http://lepandemoniumlitteraire.blogspot.com/2010/11/la-vie-devant-soi-de-romain-gary-emile.html

Marianne33
08/11/10
 

Format

  • Hauteur : 17.80 cm
  • Largeur : 10.70 cm
  • Poids : 0.18 kg

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