Le collaborateur et autres nouvelles

ARAGON, LOUIS

EDITEUR : GALLIMARD
DATE DE PARUTION : 02/01/02
LES NOTES :

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1,99 €
EXISTE EN
Ebook

SYNOPSIS :

Ecrites pendant la guerre et publiées clandestinement dans le recueil servitude et grandeur des français, ces trois nouvelles donnent la parole à " l'adversaire ", qu'il soit un journaliste hostile à la résistance et aux communistes, réparateur de radios et collaborateur, ou une jeune allemande qui a suivi les soldats
à paris. Mais les situations changent, les idées évoluent et peu à peu les adversaires basculent dans le camp des alliés... mêlant rage et allégresse, gravité et anecdotes légères, aragon riposte à l'occupation et participe au combat avec sa plume. trahison et courage, deux thèmes toujours d'actualité...
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Ce qui a motivé la sélection de cet opus, c'est le souhait de lire Aragon en prose après l'avoir tant lu en poésie ainsi que le fait que ces nouvelles aient été écrites durant l'Occupation, c'est à dire sans le recul du temps sur les évènements. Et ces récits sont prenants et dérangeants, aussi engagés que fins, lucides, et extrêmement vivants. Les nouvelles regroupées sous le titre Servitude et grandeur des Français sont parues clandestinement. Ce court recueil propose trois d'entre elles. On y lit l'engagement de l'auteur sans discours politique malgré les convictions communistes d'Aragon à l'époque. C'est bien d'engagement dont qu'il est question, de choix, de lutte contre le nazisme, sa barbarie. Ces nouvelles racontent l'indifférence aux événements de personnages qui ne s'intéressent qu'à leur petit univers, refusant de s'interroger sur la réalité, se fiant aux lois, au système édicté. Comme l'indique le titre, ce que l'auteur dénonce, ce sont les complicités, quelles soient actives ou passives, à l'Occupation. La première nouvelle m'a particulièrement touchée, relatant, sur une dizaine d'années, la prise de conscience d'un homme ordinaire sur une narration à la première personne d'une réelle humanité, véritablement une présence, désemparée, sans appuyer sur le patriotisme, mais en mettant en scène les rencontres de cet homme, son affection grandissante pour un ouvrier et sa famille qui lui ouvrent les yeux, eux tournés vers le monde et leur société, et c'est la guerre d'Espagne, la retraite militaire, la Résistance.La seconde, éponyme, est cruelle, la chute attendue implacable, sans étalage direct de violences, quelques heures dans la vie d'un couple âgé élevant l'enfant du fils tué durant la débâcle, leurs conversations, le quotidien du quartier, le gouvernement de Vichy; conversations durant lesquelles monsieur réplique d'un ton docte - ... " faut être logique " - aux effrois de madame apprenant les arrestations de voisins, les attentats, le couvre-feu... Quant à la troisième, sa forme narrative est magistrale, une narration chorale, une secrétaire allemande, l'officier allemand juge militaire et le Chant des Partisans dans le Sud de la France. Nouvelle vibrante. Et la colère, et l'horreur de cette guerre d'occupation qui massacre les civils. L'alternance de points de vue est saisissante. La secrétaire est sans conscience politique si ce n'est ses préjugés inculqués, coquette frivole dont le regard n'est dirigé que vers les hommes, peu importe l'uniforme. L'officier appartient à la vieille noblesse allemande, un juriste voué à la gloire germanique pour qui les situations relèvent du droit à appliquer, du droit à recréer pour ce nouvel empire allemand; pour qui les situations relèvent de l'intellect et de l'obéissance à une idéologie. Entre leurs récits s'élève une voix qui dit l'histoire séculaire de violences dans cette région qui combat encore. Une nuit entière l'officier devra écouter la voix des martyrs. Dans une note en postface datant de 1964, Aragon explique qu'il lui est difficile " de relire cette dernière nouvelle, écrite dans la colère d'un temps où les faits parlaient plus haut que le sens humain. " Il tient à rappeler qu'il ne souhaite pas entretenir la haine contre le peuple allemand mais la mémoire : " la justice rendue à un peuple n'implique pas l'oubli des souffrance de l'autre. "

Marilire
26/06/14
 

Publié une première fois clandestinement durant la seconde guerre mondiale, ce recueil de trois nouvelles est une dénonciation impitoyable de l'Occupation allemande sur le territoire français. Et pour que les textes aient valeur de combat, Aragon a choisi des personnages plutôt attirés par la collaboration et le soutien au camp du plus fort. Ainsi, nous avons un journaliste un rien nonchalant, désirant plus que tout vivre avec des œillères. Il ne comprend pas que les gens qu'il côtoie entrent en résistance, car puisque les Allemands sont là, autant leur obéir et attendre la suite des événements. Or, il suffit qu'il se réfugie dans un village, poste d'avant garde de résistants dans le maquis, pour se mettre du côté des alliés si longtemps méprisés. Dans la seconde nouvelle, le réparateur de radio ne cesse de dire à qui veut l'entendre "il faut être logique", tentant par cette expression de justifier l'occupation ennemie et le couvre feu. Élevant avec son épouse son petit garçon orphelin, il préfère collaborer avec l'ennemi et se refuse à voir dans les actions allemandes des actes gratuits, jusqu'au jour où il y sera directement confronté. Enfin, la dernière nouvelle est celle où Aragon est le plus virulent: "difficile au moins d'imaginer que tous ces hommes qui portaient les armes n'étaient pas les complices de ceux dont ils exécutaient les ordres." A mon sens, cette nouvelle est la plus grave car le lecteur suit les résistants sur les lieux où des vies ont été sauvagement assassinées sous des prétextes futiles. le rire du prêtre et la tentative de justification dérisoire de l'officier allemand "c'est la guerre" dénoncent la cruauté de ceux qui se donnent l'impunité de tout. Par la force de sa plume Aragon résista lui aussi à l'absurdité du monde et à la cruauté de cette guerre. Ces trois nouvelles devraient être étudiées au lycée en lien avec le programme d'histoire. vivi

vivicroqueusedelivres
14/02/12
 

Format

  • Hauteur : 17.50 cm
  • Largeur : 11.00 cm
  • Poids : 0.08 kg