Complexe de caliban (le)

LE, LINDA

livre complexe de caliban (le)
EDITEUR : CHRISTIAN BOURGOIS
DATE DE PARUTION : 04/03/05
LES NOTES :

à partir de
15,00 €

SYNOPSIS :

Hugo, Amiel, Steiner, Sa-Carneiro, Andreïev, Hermann Broch... Ce sont les quelques compagnons qu'évoque ici Linda Lê. Ce livre est un essai sur la lecture. Lectures d'enfance, lectures de l'âge adulte. Comment un écrivain qui a adopté une autre langue conçoit-il son rapport à la littérature
oe Comment une lectrice qui a forgé son destin en lisant rend-elle hommage aux maîtres et à quelques esprits plus méconnus ? Cet essai est avant tout une invitation à la lecture, cette activité illicite où le moi le plus secret trouve dans le miroir de l'imprimé son double.
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C'est bien la critique la plus ardue qu'il m'ait été donnée de réaliser jusqu'à présent.Une petite explication du titre qui évoque le personnage de Caliban, être démoniaque issu de la pièce de théâtre de William Shakespeare, La tempête. Il fait référence à la part sombre de chacun qui nous élève tout autant qu'elle nous fait stagner en plein doute.Ce livre est un pêle-mêle de littérature tant du point du vue du lecteur que de l'écrivain. S'y côtoient de multiples figures littéraires, des emblèmes internationaux dont l'œuvre magistrale a bercé la jeunesse de Linda Lê. En effet, c'est un récit presque autobiographique qui vient se substituer à la trame narrative. On suit l'évolution de notre auteur/narratrice de sa prime enfance à ses interrogations d'écrivain en devenir. On assiste à l'introspection d'une immense érudite qui daigne nous faire partager tous ces mentors qui l'ont jusque là fascinée.Quand j'ai débuté ma lecture, je n'ai pu m'empêcher de faire à maintes reprises des parallèles avec Une histoire de la lecture d'Alberto Manguel. Parce que le parcours est identique : la migration, le refuge dans les livres, l'insoumission aux tierces personnes. Mais peu à peu le chemin dévie dans une sorte de forêt broussailleuse : car Linda Lê est une encyclopédie vivante maniant avec une justesse absolue culture classique et moderne (Manguel l'était aussi mais il était plus aisé à suivre). On se retrouve à flâner entre Antigone, Virgile, Shakespeare et Pessoa, et on apprécie l'éclairage bien que parfois la lumière soit tamisée. Il faut être dénué de toute distraction extérieure car le fil est assez dur à suivre : il requiert une intense attention bien qu'il soit palpitant d'opinions contrastées et de sources pertinentes.Voici deux passages qui m'ont saisi par leur originalité :A propos d'un professeur au Havre:"A moi, il parla aussi de son amour des femmes auxquelles il avait échoué à communiquer sa passion pour la littérature, au point qu'il rêvait, afin de concilier son culte des livres et sa rage d'aimer, de s'adonner, comme Marcel Béalu, à la "bibliogynie" et de posséder une collection de femmes reliées où, sous l'apparence d'honnêtes in-octavo, ses bien-aimées seraient alignées l'une contre l'autre, enfin sages, chacune habillée selon sa nature : "En veau mort-né les romanesques, percaline rose les fausses naïves, cuir noir genre missel les passionnées et les vierges en maroquin blanc." (p. 39)"Pourquoi lire les classiques? se demandait Italo Calvino. La réponse est dans la définition même que l'auteur de Palomar donne du classique - c'est un livre qui n'a jamais fini de dire ce qu'il a à dire. Les classiques ne sont pas des gardiens de sarcophages qui lèvent une armée de fantômes enveloppés dans le linceul d'une éternité d'autant plus rassurante qu'elle se confond avec un passé révolu. Pour lire les classiques, "on doit aussi établir "d'où" on les lit; sinon tant le lecteur que le livre se perdent dans un nuage atemporel". (p. 155)En conséquence, je conseille ce livre à ceux qui apprécient une verve aiguisée et pointilleuse. N'ayez pas peur du lexique quasi universitaire employé au détour de chaque phrase car le talent est au-delà. Il est juste enthousiasmant de voir avec quel aplomb Linda Lê peut disserter sur tel ou tel sujet littéraire. Et à tous les fans d'Alberto Manguel : ce livre vous est destiné. "Aux âme bien nées la valeur n'attend pas le nombre des années" (Rabelais)

Melopee
04/06/11
 

Format

  • Hauteur : 20.00 cm
  • Largeur : 12.00 cm
  • Poids : 0.17 kg