Le danseur des solitudes

DIDI-HUBERMAN G

EDITEUR : MINUIT
DATE DE PARUTION : 06/04/06
LES NOTES :

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SYNOPSIS :

" J'ai vu, un jour, dans les Alpujarras, un oiseau immobile dans le ciel. C'était un petit rapace. Son corps, à mieux y regarder, esquissait bien quelques gestes infimes : juste ce qu'il fallait pour demeurer dans le ciel en un point aussi précis qu'intangible. Sans doute était-ce le sitio convenable pour bien guetter sa proie. Mais il lui avait fallu, pour cela même, renoncer à voler vers un but, ne surtout pas " fendre l'air ", tout annuler pour un temps indéfini. C'est parce qu'il s'était placé contre le vent - parce que le milieu, l'air, était lui-même en mouvement - que le corps de l'oiseau pouvait ainsi jouer à suspendre l'ordre normal des choses et à déployer cette immobilité de
funambule, cette immobilité virtuose. Voilâ exactement, me suis-je dit alors, ce que c'est que danser : faire de son corps une forme déduite, fût-elle immobile, de forces multiples. " Il ne s'agit, dans ce livre, que de regarder et de décrire philosophiquement, autant que faire se peut, un grand danseur de baile jondo, Israel Galván. Il s'agit de reconnaître dans son art contemporain un art de " naissance de la tragédie ". Il s'agit d'écouter son rythme et de reconnaître dans ses mots - au moins trois d'entre eux : la jondura ou " profondeur ", le rematar ou l'art de " mettre fin " et le templar, intraduisible - de grands concepts esthétiques que notre esthétique ignore encore.
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De l'ombre à la lumière il n'y a que nos pas.De la terre au ciel encore un pas.C'est ça la danse flamenca. Le « temple ».Le fil tenu de la vie, là où se plante la tragédie, dans la profondeur de ses fibres, comme banderilles dans nos chairs.Faire face la tragédie. L'homme seul, face au monde jusqu'au bout de lui même.Je ne savais pas avant d'entendre ces phrases là ce qui battait dans le ventre du flamenco.Résonance, consonance, transe, langage du chant profond.Rythme, rythme, à la mesure d'un geste qui articule toute la démesure de l' être. La « Poésie de la peur ». Le risque est là. Le passage au risque de la fêlure.C'est aux pas de ce Nijinski du flamenco, Israel Galvan, que Georges Didi Huberman nous convie. Évidement le combat est là. J'ai vu des lames, des éclats, du sable, de la cendre, Le sang des hommes dans l'arène du monde.On « temple » à la limite du déséquilibre.Le fil c'est le rythme, le contrepoids : un corps suspendu à l'immobilité du temps.On marque, on frappe, on percute, on arrête le temps, le mouvement, la commotion se transmet, se transporte.Racines, rhizome, émergence, renaissance, survivance. On déchire, on entaille, on entre en flamenco.La percussion d'un sentiment : le vivant. On devient images vivantes.Pour entendre ça, pour se relier à nos solitudes, pour les danser, pour aller procéder à leur lecture, il faut prendre le rythme, en prendre le risque.« Celui qui percevrait la totalité de la mélodie serait à la fois le plus solitaire et le plus communautaire ». RM Rilkes.« bailer jondo », le danser profond.« Je vis sur la terresans espérance ;il ne sera pas nécessaire de m'enterrercar je suis déjà enterrer vivant ».Le flamenco, comme la tauromachie, est un art de la terre, des entrailles. Une entrée dans la matière.Être seul pour se reconnaître en tous, jusqu'au bout de tout.On ne s'enfouit pas, on resurgit. C'est ça le saut du flamenco. L'élan ultime. En flamenco , on apparaît, on ne paraît jamais.C'est ça l'élégance du geste. Il « signifie » celui qui vient danser dans l'arène, sur la scène.Le pacte : on affirme la dignité de sa peur, on ne la nie jamais.« la musique tue, la solitude sonore » ( Jean de la Croix- Cantique spirituel)On trace un passage. On râcle la dalle. On sculpte l'instant infini. Il n'y a pas de moment, il n'y a qu'un événement surgissant de la nuit. La nuit du premier langage. De l'origine.Celui du geste, celui d'avant la lettre.« La nuit est le vaste creuset des images et des solitudes. Cela ne veut pas dire : l'écrin du rêve, par exemple. Cela désigne aussi la nuit comme boite de Pandore par excellence toril sans fond- d'où surgit un réel qui nous laisse esseulés plus que jamais. Dans le nuit, toute chose étrangère, toute chose impossible peut advenir et bouleverser d'un coup l'ordre de notre histoire. Dans la nuit nous sommes plus nus que jamais, car nous attendons ce moment, ce destin, toutes nos solitudes et nos peurs se réunissant pour se mettre à trembler, à bruire, à danser ensemble ».Voilà l'ultime expérience nocturne, les « ruissellements intérieurs ».( G. Bataille, l'Expérience intérieure).Mais ne ne trompons pas de mesure : « cette danse est joie » et d' « une beauté suppliciante ».Son analphabétisme la protège. Danse de pure intelligence dans laquelle on risque sa vie. Y renoncer nous condamnerait au pire. On prend le rythme et on se livre au combat.On y risque sa vie, comme se risque soi même à son origine.« Il danse avec son geste comme fait un chanteur avec son poème : il le coupe et l'entrecoupe, il l'attaque comme on brise un diamant, il en dégage tous les éclats et jette en l'air les bribes, les fusées ».Il entre en éclat.Folie et profondeur. Jusqu'à la syncope : le silence du geste.« Décevoir l’attente et susciter le désir' », cet événement où se dispersent tous les possibles. Ce pas, sur la pointe duquel repose en équilibre le temps, l'espace, « à la frontière de l'improbable ».Tout cesse sans cesse, et pourtant rien ne s'arrête. Paradoxe. « Tout est là dans ce rapport entre danse et stature,...entre l'air et la force, la force et la pierre, la sculpture et le mouvement : profil de vent, profil de feu, profil de roc ».« Je ne saurais croire qu’en un Dieu qui sache danser… »F.NietzscheDe la beauté au sublime, pour finir il n'y a qu'un pas. Astrid SHRIQUI GARAIN

atos
16/12/13
 

Format

  • Hauteur : 18.50 cm
  • Largeur : 13.50 cm
  • Poids : 0.21 kg

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