Le jardin des supplices

MIRBEAU, OCTAVE

EDITEUR : GALLIMARD
DATE DE PARUTION : 05/04/88
LES NOTES :

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Ebook

SYNOPSIS :

Le jardin des supplices n'est pas seulement le catalogue de toutes les perversions dans lesquelles s'est complu l'imaginaire de 1900. L'ouvrage exprime aussi l'ambiguïté de l'attitude d'un européen libéral, mais européen avant tout, devant le colonialisme et ce qu'on n'appelait pas encore le tiers monde. pour mirabeau, la chine est le lieu des plaisirs mortels et, par leur système pénal et l'invraisemblable raffinement de leur cruauté, les chinois ne peuvent être à ses yeux que des barbares : emmanuelle sur fond de
guerre du viêt-nam, comme l'écrit michel delon. Mais les chinois vivent dans une société plus solidaire et matériellement moins asservie que la nôtre. et surtout ils sont d'admirables artistes. tel est le paradoxe de la chine : un jardin de supplices mais aussi les plus belles porcelaines, les plus beaux bronzes que l'on ait jamais faits. " voici donc les barbares à peau jaune dont les civilisés d'europe à peau blanche violent le sol. nous sommes toujours les mêmes sauvages, les mêmes ennemis de la beauté. "
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L'ouvrage de Mirbeau est assez déconcertant dans la mesure où il semble n'y avoir aucun lien entre les différentes parties, au nombre de trois.Le frontispice qui ouvre le livre est une sorte d'essai qui traite du meurtre et de son rôle fondateur dans toutes sociétés.On passe ensuite au roman avec tout d'abord le récit d'un narrateur envoyé en mission à Ceylan et finalement une visite guidée du bagne de Canton aux côtés de Clara, anglaise qui prend littéralement son pied à assister à divers supplices dans lesquels les Chinois semblent passer pour maîtres.Ce livre est très fin de siècle dans l'esprit, et se lit non sans plaisir même si l'aspect hétérogène de l'ensemble peu laisser dubitatif.Le texte complet est disponible à cet endroit:http://www.leboucher.com/pdf/mirbeau/jardin.pdf Maltese

Maltese
07/09/09
 

Publié en 1899 chez Fasquelle pour sa première édition, Le jardin des supplices est un assemblage raisonné de divers articles rédigés entre 1892 et 1898 par Octave Mirbeau et publiés dans divers journaux (Le journal ou l'Echo de Paris). Pour les besoins du roman, l'auteur a retravaillé et restructuré ses textes de façon à proposer un ensemble cohérent. Il y dénonce la violence de la société et accuse l'Armée, l'Eglise, la Justice et l'Administration de n'être que des instiutions monstrueuses destinées à tromper les hommes. Le roman paraît d'ailleurs pendant une période politique trouble marquée par l'Affaire Dreyfus. Mirbeau en profite pour dénoncer la bêtise des hommes. Ironie (voir dédicace de l'auteur), subversion et lyrisme, tels sont les armes utilisées par le pamphlétaire pour critiquer cette France et plus largement, cette Europe occidentale qui s'essoufle et s'étiole. Notons cependant que le combat de Mirbeau ne se situe pas seulement au niveau idéologique : conciliant son sens de l'esthétique au dégoût de ses contemporains corrompus, l'auteur condamne la société européenne, en mettant en exergue l'hypocrisie de ses dirigeants et en établissant une comparaison avec les supplices pratiqués en Chine. De ces deux cultures dont l'une est censée être civilisée et l'autre réputée barbare, laquelle est-elle vraiment la plus cruelle et injuste ?Michel Delon, spécialiste de la littérature du siècle des lumières et plus particulièrement de l'histoire des idées, déclare dans son excellente préface, que l'oeuvre de Mirbeau est indissociable du contexte politique de l'époque et il conseille de "lire de tels propos pour comprendre l'attitude d'un Mirbeau qui, réciproquement, fait de la Chine en même temps l'antithèse et la métaphore de l'Europe." p.17. Je partage vivement cet avis et cet extrait de la quatrième de couverture du livre : "Le jardin des supplices n'est pas seulement le catalogue de toutes les perversions dans lesquelles s'est complu l'imaginaire de 1900. L'ouvrage exprime aussi l'ambiguïté de l'attitude d'un Européen libéral, mais Européen avant tout, devant le colonialisme et ce qu'on n'appelait pas encore le Tiers-Monde." confirme cette idée. L'auteur n'a pas à mon sens, décrit les supplices pour fustiger la cruauté sophistiquée des chinois mais bien pour mettre en lumière la pourriture de la société à laquelle il appartient.Ainsi, le roman se décompose en plusieurs parties : la première, intitulée Frontispice, relate une soirée mondaine lors de laquelle s'affrontent verbalement des académiciens, des écrivains, des savants et autres intellectuels au sujet des meurtres et de leurs motivations. Intervient pendant cette discussion un homme à la figure ravagée, qui décide de partager son expérience. En mission, la deuxième partie du roman, raconte comment cet homme envoyé en mission à Ceylan par son protecteur corrompu, rencontre Clara, une anglaise à la beauté vénimeuse, amoureuse de la Chine : "L'Europe et sa civilisation hypocrite, barbare, c'est le mensonge (...) Vous demeurez, lâchement attaché à des conventions morales ou sociales que vous méprisez, que vous condamnez, que vous savez manquer de tout fondement... C'est cette contradiction permanente entre vos idées, vos désirs et toutes les formes mortes, tous les vains simulacres de votre civilisation qui vous rend tristes, troublés, déséquilibrés..." p.133. La dernière partie du roman, Le jardin des supplices, décrit le voyage du narrateur en Chine où, initié par la terrrible Clara, il visite le macabre jardin des supplices...Malgré l'assemblage d'éléments disparates, Mirbeau réussit à donner une belle cohérence à son oeuvre. Bien que les trois parties soient rédigées dans un style différent, elles s'emboîtent bien et donnent un sens étrange à l'ensemble du roman. La troisième partie dans laquelle l'auteur donne libre cours à son lyrisme (emploi à outrance des champs lexicaux des cinq sens pour décrire le jardin des supplices), se distingue nettement des deux autres parties. On se perd parfois dans les noms des plantes et au détour d'un sentier fleuri et parfumé, on est brutalement ramené à l'inhumanité des sévices pratiqués sur les bagnards chinois. La luxuriance et la beauté des plantes tranchent volontairement avec la pourriture des cellules et la sècheresse des condamnés, pour mieux souligner la médiocrité des pratiques européennes : "- C'est que l'art ne consiste pas à tuer beaucoup... à égorger, à massacrer, exterminer en bloc, les hommes... C'est trop facile, vraiment... L'art, milady, consiste à savoir tuer, selon des rites de beauté dont nous autres Chinois connaissons seuls le secret divin... Savoir tuer !... Rien n'est plus rare, et tout est là... Savoir tuer !... C'est à dire travailler la chair humaine, comme un sculpteur sa glaise ou son morceau d'ivoire... en tirer toute la somme, tous les prodiges de souffrance qu'elle recèle au fond de ses ténèbres et de ses mystères... Voilà ! Il faut de la science, de la variété, de l'élégance, de l'invention... du génie, enfin... Mais, tout se perd aujourd'hui... Le snobisme occidental qui nous envahit, les cuirassés, les canons à tir rapide, les fusils à longue portée, l'électricité, les explosifs, que sais-je?... Tout ce qui rend la lort collective, administrative, bureacratique... toutes les saletés de votre progrès, enfin... détruisent peu à peu nos belles traditions du passé... p.207. Poussant le vice jusqu'à comparer les pratiques chinoises à de l'Art, Mirbeau dérange, Mirbeau provoque. Certains passages sont d'ailleurs d'une cruauté épouvantable mais le message de Mirbeau est clair : l'Europe de la fin de siècle est fatiguée. Il s'agit de la réveiller...Comme vous l'aurez compris, Le jardin des supplices m'a fascinée. Enfin, j'ai découvert que ces auteurs qui m'ont toujours attirée, appartiennent à ce mouvement littéraire du décandentisme ou littérature décadente. Huysmans, Barbey d'Aurevilly, Villiers de l'Isle-Adam, ces auteurs que j'ai lu sans faire le lien avec ce mouvement littéraire, m'apparaissent désormais sous un jour nouveau. Cette édition (Folio Classique) m'a apporté de riches informations sur la littérature de cette fin de siècle (avec un retour documenté sur l'Affaire Dreyfus). Le dossier en fin d'ouvrage présentant la bibliographie de Mirbeau, la notice ainsi que les notes en fin de livre, constituent autant d'éléments de compréhension du contexte historique de l'époque, qui m'encouragent à me pencher sur cette période de l'histoire de la France. Je terminerai enfin avec cet extrait qui selon moi, illustre bien la pensée de Mirbeau : "Alors, peu à peu, ma pensée se détache du jardin (...). Elle voudrait franchir le décor de ce charnier, pénétrer dans la lumière pure, frapper, enfin, aux Portes de la vie... Hélas ! Les portes de la vie ne s'ouvrent jamais que sur la mort... Et l'univers m'apparait comme une immense, comme un inexorable jardin des supplices (...). Ce que j'ai vu aujourd'hui, ce que j'ai entendu, existe et crie et hurle au delà de ce jardin, qui n'est plus pour moi qu'un symbole, sur toute la terre... J'ai beau chercher une halte dans le crime, un repos dans la mort, je ne les trouve nulle part..." p. 249. Et bien sûr, je recommande cette lecture à tous les curieux... Alcapone13

Alcapone
02/02/13
 

Format

  • Hauteur : 17.70 cm
  • Largeur : 10.80 cm
  • Poids : 0.18 kg

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