Le ministere des affaires speciales

ENGLANDER, NATHAN

livre le ministere des affaires speciales
EDITEUR : PLON
DATE DE PARUTION : 28/08/08
LES NOTES :

à partir de
33,00 €

SYNOPSIS :

Le vieux cimetière juif de buenos-aires est plongé dans la nuit. L'obscurité étouffe les pas de kaddish poznan et dissimule son ouvrage : il est payé par les honorables juifs bourgeois pour effacer des pierres tombales les noms infamants des prostituées, maquereaux, truands et autres aïeux gênants. mais, pendant que kaddish tente d'abolir le passé, la junte militaire démolit méthodiquement le présent. dans l'argentine de 1976, l'espoir n'est plus permis. pato, fils de kaddish et de sa femme lilian, étudiant fougueux et révolté, brouillé avec son père qui tente de le protéger, est arrêté. " disparu ", comme tant d'autres à cette époque. dès lors, kaddish
et lilian n'auront de cesse de rechercher leur enfant, de polices en avocats, de prêtre en rabbin. jusqu'au tentaculaire ministère des affaires spéciales, morceau de bravoure kafkaïen, oú l'espoir dérive et s'amenuise, de files d'attente en portes fermées. nathan englander signe ici un premier roman éblouissant, oú la tragédie et l'absurde se mêlent, sans jamais se déparer d'un humour dévastateur. Trempée dans l'encre de gogol ou d'orwell, la plume grinçante et agile, si singulière d'englander, écrit les dictatures qui broient les êtres et défient la raison, la famille oú l'on s'aime et se déchire, la quête désespérée d'un père qui veut sauver son fils.
1 personne en parle

"- Va te faire foutre. Je voudrais que tu sois mort.Et Kaddish, son père, recula à ses paroles. Combien, combien un homme peut-il endurer quand il a fait de son mieux et que ce qu'il a fait ne trouve aucune grâce aux yeux de son fils ? Il y avait des larmes dans les yeux de Kaddish. Il crut qu'il allait pleurer. Va te faire foutre. Je voudrais que tu sois mort. C'était quelque chose qu'il avait déjà entendu. Cette fois, cependant, la voix était parfaite, l'inflexion était parfaite et il le prit pour lui. Il le prit pour la vérité.Kaddish le prit et encaissa. Il en resta sidéré, et, blessé - c'est tout ce qu'il pouvait se dire, qu'il était blessé au coeur-, il le renvoya à son fils. Kaddish le resservit aussitôt.- Va te faire foutre, dit-il à Pato, son fils. (Et, de toutes ses forces, de tout son orgueil offensé:) Va te faire foutre, dit Kaddish. Je voudrais que tu ne sois jamais né.Il le dit. Et, sur le coup, tous deux furent frappés de mutisme.Avant que l'un ou l'autre n'ait eu le temps d'en absorber le sens, alors que la malediction restait suspendue dans l'air, on entendit, très distinctement, frapper à la porte.Et Kaddish alla ouvrir. Et Kaddish fut exaucé.Ce fut, d'un instant à l'autre, comme si son fils n'était jamais né."Ce passage, très chargé de signification, n'arrive qu'après une première partie au cours de laquelle nous faisons connaissance avec la famille Poznan. Buenos Aires, 1976, le cimetière juif est divisé en deux; derrière un mur se trouvent les pierres tombales des putes et des maquereaux. Kaddish, le père, met un point d'honneur à escalader ce mur pour se recueillir devant la tombe de sa mère. Malgré sa mise au ban de la "bonne société Juive", il est payé (plutôt mal) par elle pour effacer les noms de ces aïeux gênants. Il entraîne chaque nuit avec lui son fils, Pato, sans tenir compte de ses récriminations. Entre ces deux-là, c'est le conflit permanent, exacerbé par le grand amour qu'ils se portent, incapables de le montrer. Lilian, la mère, fait tampon, tentant de protéger de toutes les façons imaginables sa famille. "Elle ne voulait pas trop espérer mais, en dehors des pressions financières qui menaçaient de les mettre à la rue, et de l'incertitude politique qui les tenaient enfermés chez eux, c'était depuis longtemps la meilleure vie qu'ils avaient eue. Magré les dettes et les menaces, et leurs problèmes tous imbriqués les uns dans les autres, elle ne manquait pas une occasion de voir les aspects positifs. Il y avait de la nourriture sur la table et sa famille autour. Pire ou meilleur, le moment présent était bon." Car les temps sont troubles, des jeunes "disparaissent" par dizaine chaque jour, le régime politique tout récemment en place ne nécessitant aucunement de raison pour embarquer les gens.Et le pire cauchemar se produit : Pato est emmené. Commence alors un absurde et terrible parcours pour le retrouver...C'est un roman fascinant et terrible, parce qu'il commence dans le sardonique et se termine dans le drame absolu. On rit, on s'amuse et on admire le cran de cette famille désespérée, la vaillance, la folie, même. Et lentement on s'achemine vers l'effroi total, c'est une douleur physique qui prend le dessus, on aimerait presque arrêter là, c'est trop, mais c'est impossible de lâcher Lilian et Kaddish et c'est en totale empathie qu'on assiste, impuissants, à leur destin. Sylvie Sagnes

SagnesSy
05/07/12
 

Format

  • Hauteur : 22.60 cm
  • Largeur : 14.20 cm
  • Poids : 0.49 kg
  • Langage original : ANGLAIS (ETATS-UNIS)