Le mort qu'il faut

SEMPRUN, JORGE

EDITEUR : GALLIMARD
DATE DE PARUTION : 14/03/01
LES NOTES :

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SYNOPSIS :

"... Dans le brouhaha de la boîte de jazz, dans la fumée des cigarettes, nous avions levé nos verres et trinqué à la santé de Walter Bartel. - Rotfront ! s'était écrié Jiri Zak. Et je lui avais répondu : - Rotfront ! Front rouge ! C'était le salut des communistes allemands, autrefois, à l'époque sectaire et exaltante, misérable et glorieuse, de la lutte finale et du mot d'ordre apocalyptique : classe contre classe ! Beaucoup plus tard, alors que nous
commencions à devenir pâteux - mais la musique était à chaque instant meilleure, plus maîtrisée et plus sauvage à la fois -, Jiri Zak s'était penché vers moi, compagnon de mémoire et de beuverie. - Toi qui écris, tu devrais donner une suite au Grand voyage... Il avait dit Grosse Reise, bien sûr : nous parlions en allemand. Il avait lu mon livre en allemand. - Tu devrais raconter la nuit au Revier, à côté de ton Musulman. Tout ce qui va avec... "
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En septembre 43, Jorge Semprun, résistant de la 1ère heure est arrêté par la gestapo et déporté vers Buchenwald. Très vite, il rejoint l'organisation clandestine du Parti Communiste Espagnol à l'intérieur du camp et est affecté à l'Arbeitsstatistik (l'administration du travail). En décembre 44, une note venue de Berlin s'enquiert du détenu Semprun, ce qui inquiète les dirigeants du PCE. Ainsi par une glaciale journée d'hiver, Semprun a rendez-vous à 18h au « Revier » (l'infirmerie) pour échanger, en cas de danger, son identité avec un homme sur le point de mourir (le mort qu'il faut). Unité de temps, de lieu et d'action donc puisque le texte s'articule autour de cet événement, mais bien sûr, il est aussi l'occasion de longues digressions. Ce récit, mémoire d'un survivant, est bien plus qu'un témoignage sur la vie à Buchenwald, probablement parce qu'il est écrit par un grand intellectuel du XXè siècle, qui ne s'en tient pas aux faits mais émaille son récit de réflexions à teneur philosophique, politique, poétique et linguistique. Le mort qu'il faut est un texte lumineux, bien sûr il témoigne de l'abjection des camps mais il témoigne surtout de l'espoir et de la volonté de vivre qui habitent son auteur, conditions essentielles pour échapper à la mort, omniprésente pourtant (« La plupart sont morts (...) abattus par l'abattement, la lente destruction de toutes leurs réserves d'énergie et d'espérance » (p. 131)). Semprun a toujours opposé un contrepoids aux brimades, souvent grâce à la littérature, à la poésie : « il me fallait (...) opposer au langage guttural et primaire des SS réduit à quelques mots d'insulte ou de menace (Los, los ! Schnell ! Schwein ! Scheisskerl !) y opposer dans mon for intérieur, dans ma mémoire, la musique de la langue allemande, sa précision complexe et chatoyante » (p. 48). Au « froid, [à la] faim, [à la] finitude », il oppose « la fraternité, l'espoir, la gratitude » (p. 84). Il n'empêche qu'il aura expérimenté la mort à Buchewald, la sienne à travers celle des autres. Semprun était polyglotte et l'allemand et l'espagnol se mêlent allègrement au français, souvent pour parler de littérature, mais plus largement, il constelle son texte d'observations sur les langues elles-mêmes, elles sont étroitement liées à l'identité mais elles soutiennent aussi le désir de vivre. J'ai résisté à l'envie de corner les pages tout au long de la lecture, c'est un texte brillant, de ceux qui ne s'oublient pas et vers lesquels on revient de temps en temps.

fabula
09/05/13
 

Format

  • Hauteur : 20.50 cm
  • Largeur : 13.90 cm
  • Poids : 0.25 kg

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