Le quatrieme mur

CHALANDON, SORJ

EDITEUR : LGF
DATE DE PARUTION : 20/08/14
LES NOTES :

à partir de
7,10 €
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Ebook

SYNOPSIS :

L'idée de Samuel était belle et folle : monter l'Antigone de Jean Anouilh à Beyrouth. Voler deux heures à la guerre, en prélevant dans chaque camp un fils ou une fille pour en faire des acteurs. Puis rassembler ces ennemis sur une scène de fortune, entre cour détruite et jardin saccagé. Samuel était grec. Juif, aussi.
Mon frère en quelque sorte. Un jour, il m'a demandé de participer à cette trêve poétique. Il me l'a fait promettre, à moi, le petit théâtreux de patronage. Et je lui ai dit oui. Je suis allé à Beyrouth le 10 février 1982, main tendue à la paix. Avant que la guerre ne m'offre brutalement la sienne. S. C.
26 personnes en parlent

Nous sommes en 1982. Pour honorer une promesse faite à un ami mourant, Georges accepte de laisser sa femme et sa fille de quatre ans pour se rendre à Beyrouth, au Liban, afin de monter la célèbre pièce d’Anouilh : « Antigone ». Alors que le pays est déchiré par la guerre, tout l’enjeu de cette représentation consiste à réunir sur scènes des acteurs issus de différents horizons politiques et religieux, soit des ennemis par leurs convictions, et de réussir à créer une harmonie scénique dans un décor en ruine, associant ainsi différentes communautés dans un même rêve de paix. Druze, Palestinien, chrétien, chiite, Phalangiste arriveront-ils à dépasser les tensions qui divisent leur peuple ?Né en 1950, Georges n’a connu que la révolte, jamais la guerre. Ce soixante-huitard engagé va alors se retrouver propulsé dans une guerre qui n’est pas la sienne et qui le dépasse. Dès lors, il va connaître la peur, les menaces, les attentats et l’horreur des combats pour défendre le projet de son ami qui, progressivement, deviendra le sien. Un projet qui le changera à jamais…Impossible de rester insensible à la lecture de ce rêve utopique qui ne laissera personne indemne (ni les personnages, ni le lecteur !). Comme pour « Retour à Killibegs », j’ai été complètement bouleversée par l’écriture de Sorj Chalandon, sa force, sa justesse et l’émotion qu’elle suscite. Pourtant, j’étais réticente au départ. Je n’avais pas envie de me plonger dans un récit de guerre, avec des conflits religieux qui me dépassent… Mais une fois commencé, impossible de lâcher ce roman, aussi dur soit-il, tant le sujet est habilement traité, de manière à ne pas perdre le lecteur tout en lui fournissant les clés essentielles à la compréhension d’un tel conflit. Malgré ce contexte plein de tension, l’art est au centre du roman. Le théâtre, même s’il a tout d’un projet insensé, voire vain, symbolise ce terrain neutre, dans lequel les conflits sont mis entre parenthèses et où l’on parle un même langage, plein de passion et de ferveur. L’espoir et le rêve de ces comédiens côtoient l’horreur de leur quotidien, les massacres et le danger. Avec « Le quatrième mur », Sorj Chalandon nous offre un magnifique roman sur l’amitié et l’engagement (politique, amoureux), mais également un récit de guerre terrible, qui a son lot de scènes insoutenables et de désillusions… Bref, vous l’aurez compris, malgré la dureté du sujet, j’ai adoré !

Mokona
21/08/13
 

Samuel Akounis se définissant comme "Juif de Salonique, devenu grec par l'exode, français de préférence et metteur en scène parce que lorsque je n'ai plus d'idée, j'invente un personnage", souhaite monter "Antigone" d’Anouilh à Beyrouth. Les acteurs appartiendront à toutes les factions et pour la préparation et le spectacle oublieront leurs fusils. Pour lui, "monter Antigone sur une ligne de feu allait prendre les combats de court. Ce serait tellement beau que les fusils se baisseraient".Hospitalisé, car il lutte contre un cancer en phase terminale , il demande à son ami de fac, Georges avec lequel il a fait le coup de poing contre les étudiants d’Ordre nouveau, d’aller à Beyrouth pour monter à sa place cette pièce de théâtre.Pourquoi Antigone ? Ce serait un beau clin d’œil à l’histoire puisque cette pièce a été montée dans des conditions identiques pendant l’occupation. Georges découvre cette ville, sa situation complexe : il va connaitre les barrages dans les rues et les laissez-passer, les snippers, la boule dans le ventre, le danger permanent. Il doit marcher sur la pointe des pieds pour convaincre Chrétiens, Musulmans, Chiites, Palestiniens….d'accepter l'ambitieux projet de son ami Samuel.Allers retours vers Beyrouth, tractations avec les acteurs, si certains se reconnaissent dans les personnages d'autres rechignent compte tenu de leur religion à tenir tel ou tel rôle.Tous cependant acceptent ce challenge et arrivent à être côte à côte, à parler pendant ces quelques heures de préparation sans se battre en laissant leurs armes à la porte.Mais la guerre omniprésente reprendra ses droits. Georges sortira fortement traumatisé par cette expérience, par ses visions d'horreur.Une tragédie autour de la tragédie d'Anouilh. L'auteur aussi a, à l'occasion d'entretiens, confirmé que cette période de sa vie de journaliste reporter à Beyrouth l'a fortement marqué. Il réussi dans ce livre à transmettre ses tensions, ses peurs...Un livre que je n'ai pas pu lâcher, que j'ai dévoré, qui m'a marqué. Un livre dense, plus troublant, plus dérangeant que "Retour à Killybegs" ou "Mon traitre". Je le relirai certainement dans un an JPV

JPV11
27/09/13
 

Dans les années 80, Sam un metteur en scène grec a l'idée, a priori saugrenue, de monter la pièce de théâtre de Jean Anouilh "Antigone" dans un pays en guerre, le Liban, et avec des acteurs faisant chacun partie d'un des camps ennemis. Une sorte de trêve le temps d'une représentation. Un projet insensé dans lequel la mort a toujours son mot a dire.Quel livre ! Etouffant, immersif, oppressant. J'ai beaucoup aimé ses livres précédents mais celui ci est encore un niveau au dessus. Pourtant l'histoire d'un metteur en scène montant une pièce de théâtre dans un pays en guerre n'a rien a priori pour me donner envie de lire ce livre. Surtout quand cette pièce est "Antigone" qui a été un des cauchemars de ma vie de collégien. La guerre du Liban quand a elle a "bercée" toute mon adolescence aux journaux télévisés. Mais c'est un livre de Sorj Chalandon donc on y va la tête baissé et les yeux fermés. Un roman qui commence doucement en nous présentant Georges un étudiant gauchiste post 68 prêt a faire le coup de poing pour défendre ses idées, sa rencontre avec sa femme et avec Sam ce metteur en scène de théâtre grec enfui de son pays aux mains de la dictature des colonels. Puis c'est l'idée de Max de monter son "Antigone" dans un pays en guerre, un projet qu'il ne peut réaliser car il est atteint d'un cancer. Il fait promettre a Georges de la monter pour lui. Celui ci se retrouve propulser dans une aventure et une guerre qui ne l'intéresse pas, qui ne le concerne pas. Et c'est là que Sorj Chalandon nous immerge dans ce pays en guerre en nous montrant toute le complexité du projet, toute la complexité de cette guerre. Le lecteur est comme Georges, il se retrouve au milieu de ce conflit, de ces bombes, de ces massacres. e t comme lui il n'en ressort pas impact.Un très grand roman de Sorj Chalandon. Puissant, émouvant et immersif. Un livre qui me donne envie de redécouvrir l'"Antigone" d'Anouilh, c'est pour dire! Ma note 10/10. http://desgoutsetdeslivres.over-blog.com/

Zembla
30/10/13
 

Le quatrième mur est dans aucun doute le plus lourd des romans de la rentrée que j’ai lus.Il est question de tragédie, celle d’Antigone ( de Sophocle ou d’Anouilh), cette figure mythique qui symbolise dignité et honneur, qui est le symbole du non au pouvoir portant ses convictions jusqu’à le mort. Mais aussi la tragédie de la guerre au Liban.Georges a toujours été assez violent dans la défense de ses convictions. Défenseur du jeune Bachir en classe, puis militant pour la défense de la Palestine ou contre les bandes d’extrême droite, il applique la devise « oeil pour oeil, dent pour dent ».Lorsqu’il rencontre Samuel Akounis, un juif grec opprimé par le régime des colonels, il entend le message » La violence est une faiblesse » et adhère à son projet de mettre l’Art au service de la Paix. Sam veut monter Antigone à Beyrouth en réunissant des acteurs des différentes origines. Antigone est palestinienne, Créon, chrétien, Hémon, druze, Eurydice et les gardes chiites, Ismene arménienne et la nourrice chaldéenne. Il n’y aura qu’une seule représentation au coeur de la zone des combats. Ce sera une trêve au milieu de la haine.Sam, mourant confie ce projet à Georges qui quittera sa famille pour tenter de réaliser la dernière volonté de son ami. » Il a dit que la paix ne se faisait pas avec le visage poudré du clown. »Georges va réunir ces ennemis qui peinent à laisser leurs convictions à la porte du théâtre. Même si les hommes et les femmes, acteurs, actrices font des efforts, la sombre réalité continue et tous se retrouvent sous les bombardements israéliens et au coeur du massacre de Sabra et Chatila.Comment George peut-il supporter » les misères de la paix » lorsqu’il revient à Paris, vivre une vie de famille avec la mémoire de la guerre ?Quelle peut être l’issue décente et digne alors que le rêve de Sam se révèle une utopie ?A l’image d’Antigone, l’idéalisme de Sam se trouve vite confrontéà la réalité politique.Ce n’est pas toujours simple de comprendre les enjeux d’un conflit aussi compliqué, de situer les différents camps (sunnites, sionistes, phalangistes…) mais la force de ce livre se trouve dans l’énergie, l’amour d’hommes et de femmes au service d’une cause, d’une utopie, d’une volonté de passer un message de paix dans un enfer de guerre.J’ai apprécié aussi que l’auteur mette délicatement en opposition la « bêtise » de bandes de manifestants face aux grands problèmes mondiaux, des slogans parfois utilisés sans réfléchir, la futilité des soucis d’une population par rapport aux conditions de vie d’un peuple en guerre.Le quatrième mur, au théâtre est le mur virtuel, intellectuel qui sépare les acteurs du public. Ici le quatrième mur donne sur un paysage de guerre.C’est un livre fort, violent à l’image de la tragédie grecque.

jostein
23/10/13
 

Antigone au pays des cèdres A mon sens le plus grand roman de Sorj Chalandon. Porté par une écriture puissante, fluide, sans fioriture il ne nous épargne rien On passe d'une émotion à une autre : sourire, peur, soulagement, espoir, effroi face à l'horreur. Un roman qu'on ne lâche pas jusqu'à la fin et qui ne laisse pas indemne. Je conseille de voir ou revoir le film d'animation "Valse avec Bachir " qui apporte une autre point de vue sur la guerre au Liban, conflit fratricide dont ne parle hélas presque plus.

Le quatrième mur, c’est ce mur invisible qui sépare la scène, les comédiens, du public. Ce livre là, c’est la violence. A tous les coups, les plaies, les bosses. Et les creux. Après » les romans du fils « , le premier » livre du père « , peut-être. Parce que si on y retrouve des thèmes récurrents aux précédents romans celui-ci me paraît différent - après » la fiction qui empêche de se perdre « , celle qui permet de se perdre ? – Dans ce livre, il n’y a plus de murs.Un récit éloquent parfaitement romancé mis en scène sous une lumière crue et implacable, plus de rideau, pas d’ombres, une exposition à vif, à nu. Pas de parti pris, pas de morale, pas de lyrisme. C’est l’homme et la violence, insoumis et pourtant soumis à une fatalité. Ce serait donc bien ça la tragédie.Il me semble que ce serait une erreur d’interpréter ce récit, d’y lire des temps distincts alors qu’il s’agit d’un chemin sans retour, une piste vers un précipice dans lequel le sens s’abîme et sombre; une erreur de n’en tirer qu’un des fils ou de tenter de les démêler même si, oui, il y a l’engagement, les liens, la guerre, l’absurde et l’horreur, tout ce qui prend et dépasse; une erreur d’y lire une réponse plutôt qu’un pèlerinage et une épitaphe. Lire plus loin que la fureur, l’épouvante et la hantise ? » Je me fais peur. Je sais qu’il coule en moi autre chose que les larmes et le sang. « Étrangement s’imposent certaines des expressions que j’avais écrites pour Le Petit Bonzi, le premier roman : l’émotion brute, confiée, cette confidence sous la netteté des phrases et des images, plus éprouvant et empoignant que poignant, pas de main tendue mais un poing qui bat, terrifiant.Pourquoi ce livre me renvoie au premier alors que ce sont dans les suivants que la perte et le deuil sont omniprésents ?Évidemment, pour cette chronique, il faudrait m’aventurer plus précisément dans le récit, prêter des mots aux personnages si vivants de ce presque roman choral s’il n’y avait l’emploi de ce Je condamné, écrire encore, portraits en souffrance(s) qui resteraient fragmentaires alors que tout est lié. Les avis ne manqueront pas, ne manqueront pas de raconter, de confronter ou disperser chacun des aspects de cette lecture, les conflits et ruines en intérieur – extérieur. Je préfère nous épargner l’autopsie. Lire le roman, c’est mieux.

Marilire
21/08/13
 

Ames sensibles s'abstenir ! Georges, metteur en scène amateur de théâtre, idéaliste et pro palestinien doit monter, pour son ami juif-grec Samuel Akounis, en pleine guerre du Liban, l’Antigone d’Anouilh. Voici le nerf de ce roman rapidement résumé car il est bien plus que cela. Sorj Chalandon, reporter de guerre pour le quotidien Libération a couvert de nombreux conflits dans des pays tels que l’Afghanistan, la Somalie ou le Liban. Ce roman est celui du vécu, de l’expérience. La fiction lui permet d’exprimer voire même d’expulser ses émotions et ses sentiments face à la guerre. Le personnage de Georges est son intermédiaire, sa voix, celui qui conduit à un éveil des consciences, celui qui se retrouve face à sa propre conscience devant les paradoxes et les atrocités de la guerre jusqu’à un point de non-retour. Ce roman construit selon un chapitrage bien précis, place Sorj Chalandon comme un « Deus Ex Machina », il tisse peu à peu la toile de sa tragédie et propose au lecteur une relecture du mythe d’Antigone : celle qui a su dire non et ne pas céder à la pression et au pouvoir pour suivre ses propres convictions. Il propose également une mise en abîme du texte d’Anouilh : joué pour la première fois en 1944, lors de l’occupation allemande. Cette représentation a bouleversé à l’époque les deux camps : français et allemand, comme elle bouleverse les différentes communautés au Liban. Enfin, c’est une ode au théâtre et à son pouvoir de dénonciation et de rassemblement, le temps d’une trêve. Son écriture quand à elle, illustre parfaitement son propos. Elle a la force d’un tir. Elle bouleverse le lecteur, l’émeut, le questionne, le laisse seul sur le pavé, déchiqueté par un éclat d’obus. Ames sensibles s’abstenir ! Et pourtant c’est un grand moment de lecture !

beraud@archimed.fr
29/11/15
 

Ce livre est un petit bijou. Le mythe d'Antigone y est revisité et mis en abyme dans un Liban en proie aux violences les plus extrêmes. Ce roman pose la question de la neutralité avec brio. Un thème fort porté par un style beau mais juste qui sait se faire oublier quand nécessaire.

Bibliotheque78
05/05/15
 

La culture peut-elle faire cesser des combats? La guerre par sa violence peut-elle entraîner des hommes dans les combats contre leur gré? Un homme peut-il abandonner sa famille pour faire la guerre? Ce sont quelques unes des questions que posent ce fort roman de Sorj Chalandon qui se déroule dans les années 80 pendant une des guerres qui déchirent le Liban divisé par les communautés religieuses, les tribus, les factions. Georges est un militant de la gauche radicale des années 70, il a pour ami et mentor Samuel, un juif grec, qui a connu les prisons des colonels. En 1982, alors que Beyrouth est dévasté par les combats, Samuel, devenu metteur en scène, fait le rêve de monter sur place, la pièce de théâtre de J. Anouilh, Antigone, avec des acteurs des différentes communautés qui s'affrontent. Atteint d'un cancer, il confie à Georges la mission de poursuivre son rêve, celui-ci quitte sa femme et sa petite fille, se retrouve dans le Liban en guerre, il parvient à faire des répétitions, mais les massacres des camps de Chabra et Chatila viendront interrompre la promesse qu'il avait faite à son ami, et le plongeront dans la guerre. Le lecteur alterne entre l'espoir de voir aboutir cette utopie, et l'horreur des massacres. C'est bouleversant!

JoelC17
02/04/15
 

J'avais lu, en 2009, Une promesse de cet auteur et si le thème ne m'avait pas épargnée à l'époque vu que les décès se succédaient dans nos familles ou connaissances, je dois bien avouer, avec le recul, que j'en garde un bon souvenir, surtout pour la plume poétique de l'auteur. Du coup, lorsque l'on m'a proposé divers titres à lire chez Le Livre de Poche, je n'ai pas hésité dans mon choix. C'était Chalandon avec son Quatrième mur. J'avais quand même lu le résumé, histoire d'être sûre de ne pas faire fausse route. Mais, tout me laissait croire que ma lecture allait me plaire. J'ai commencé cet ouvrage dimanche pour le terminer ce lundi après-midi. Autant dire qu'il n'a pas fait long feu et pourtant je peux vous assurer que des émotions j'en ai ressenties et que je n'ai pas été épargnée, surtout sur les 100 dernières pages. La présentation de l'éditeur explique ce qu'il va en être sans que j'ai besoin de vous faire un nouveau petit topo. La seule chose que vous avez besoin de savoir c'est que ce qui tient lieu de résumé est indiqué par un autre personnage : Georges. Sam et Georges se sont rencontrés il y a plus de 10 ans. L'un et l'autre se battaient pour des causes. En 1974, les violences faisaient rage. Georges, jeune étudiant, était porté par la colère, le refus de l'injustice qu'il voyait quotidiennement. C'est Sam qui va lui apprendre que la colère n'amène rien et qu'en temps de guerre, rien ne vaut quelques heures de paix. Monter Antigone dans un pays en guerre est un pari risqué mais qui tient ô combien à cœur pour Sam. Georges ne pourra pas aller contre l'envie de son ami, de son "frère", pour monter cette entreprise alors que Sam ne peut plus le faire lui-même. N'allez pas penser que Le quatrième mur ne va parler que d'une pièce de théâtre au cœur du Liban. Car c'est beaucoup plus que ça. On débute le livre en 1983, à Tripoli, alors que Georges est pris en embuscade. Quelques pages plus tard, nous sommes dix ans dans le passé et nous remontons le temps pour comprendre comment il en est arrivé à cette situation. La fin se passe là où commence l'ouvrage. J'ai eu du mal, je l'avoue, à comprendre comment le livre était tourné. Je n'avais pas saisi que Sorj Chalandon allait faire une rétrospective de la vie de Georges et de Sam. Des rencontres qu'ils allaient faire, du lien qui allait les unir, de cette pièce que Sam s'entêtait à vouloir faire dans un pays en guerre. Et puis, petit à petit que les choses se sont mises en place et que l'on en est venu à l'essentiel, j'ai accroché à l'histoire, au style mais pas à cette guerre. J'ai beaucoup aimé ce que Sam essayait de faire avec Antigone et les acteurs qu'il avait choisis. C'est tellement beau et juste pour tenter de garder un moment de paix dans ces moments là. Mais l'auteur ne nous épargne pas et nous fait revenir cruellement à la réalité avec des mots qui blessent, qui marquent à vie notre personnage parti dans un pays qu'il ne connaît pas, ni dans les religions, ni dans les enjeux. Georges va évoluer d'une manière tellement tragique et pourtant si compréhensible. Lorsque je fais l'analyse de ma lecture, de ma façon dont j'ai entrepris ce livre, je me dis que Sorj Chalandon m'a encore bousculée. J'étais obligée de faire des pauses pour respirer, digérer ce que j'avais lu.Le quatrième mur n'est pas un roman que l'on prend pour se détendre. Je ne pensais pas qu'il allait être aussi fort dans les mots, dans les visions que l'auteur m'a montrées. On perd alors son innocence; on ne peut plus fermer les yeux sur ce qui se passe car même si cela se déroule en 1982 puis 1983, il ne faut pas oublier non plus que les relations entre Israéliens et Palestiniens ne sont toujours pas réglé aujourd'hui. Ce livre est un roman brûlant d'actualité qui m'a ébranlée et que je ne suis pas prête d'oublier.

Belledenuit
01/10/14
 

Sept mois de réflexion pour enfin publier un avis sur Le quatrième mur de Sorj Chalandon. J'ai bien aimé l'histoire et la forme de la narration mais très certainement, ce livre a souffert de la comparaison avec l'extraordinaire film d'animation Valse avec Bachir d'Ari Folman (que je vous recommande) et le plus embêtant demeure que le contexte historique choisi par Sorj Chalandon rend impossible sa première bonne idée (celle de mettre en scène l'Antigone d'Anouilh : une utopie à quelques jours des massacres innommables perpétrés dans les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et de Chatila).Samuel Akounis, juif grec à la santé défaillante, lance une mission à son jeune ami parisien, Georges : celle de monter la scène d'Antigone de Jean Anouilh en plein Beyrouth déchiré et surtout en rassemblant les différentes ethnies religieuses qui composent le Liban en guerre civile. Une promesse à laquelle Georges tient par dessus tout et qu'il mènera au péril de sa vie.Ce qu'a parfaitement réussi Sorj Chalandon et ce qui fait qu'il est nécessaire de lire Le quatrième mur 1) l'ambiance de détresse et de guerre est parfaitement décrite : on sent les dissensions entre les différents groupes qui composent le Liban de l'époque, les voyages en taxi canardés, les différents rituels de rencontre à respecter : on s'informe en lisant.2) l'évolution du personnage principal, Georges, vaguement politisé au départ et qui, par les circonstances va prendre parti au point de façonner son existence en fonction de son ressenti de la pièce3) la fin magistrale qui rassemble les prémices et la fin de la pièce d'Anouilh en une scène : le duel des deux frères et le sacrifice de la « sœur » avec un changement d'Antigone au cours de la lecture.NéanmoinsL'idée de départ excellente - celle de rassembler un peuple le temps d'un spectacle, un peu comme les trêves de Noël opérées lors des réveillons de 1914 et 1915 lors des tranchées de la Première Guerre mondiale, de se rassurer que tout n'est pas cassé, que la réconciliation peut avoir lieu - se confronte malheureusement à la réalité historique, véritable poudrière au bord de l'implosion, qui rend le thème peu crédible.Les rencontres narrées entre acteurs de la pièce m'ont semblé inenvisageables (même si la description des points de contact entre le héros et ces différents protagonistes fut menée à bien et réaliste : très certainement, l'ancien journaliste-reporter Sorj Chalandon fut confronté à des chefs de guerre, lors d'entretiens top secret). Je ne contredis pas le fait qu'il y avait des êtres de paix à l'époque : je précise juste que certains comédiens choisis, issus de camps diamétralement opposés et foncièrement hostiles, ne pouvaient décemment pas se retrouver à ce moment-là, fût-ce même au nom de la culture.Deuxième point de chauffe (et ce sera le dernier) : l'Antigone de Jean Anouilh reste, selon moi, la pièce de la personnification du non, où une nation se divise entre deux clans : celui de Créon (petit dictateur en chef qui refuse des obsèques honnêtes au frère d'Antigone, sous prétexte de traîtrise et d'exemplarité) et celui de la frêle jeune fille (qui ne cesse de contredire, par ses actions nocturnes, la décision de son oncle). La différence entre l’état géopolitique du Liban et celui de Thèbes reste que le massacre final n'est pas le seul fait d'une guerre civile. Les massacres de Sabra et Chatila ne se réduisent pas uniquement à des meurtres perpétrés par de Libanais sur d'autres Libanais (violentes représailles chrétiennes sur une population civile musulmane pro-palestinienne après le meurtre du phalangiste Bachir Gemayel). D'autres nations prennent une grande part de responsabilité dans cette monstruosité. Tout d'abord les troupes israéliennes dont le chef de guerre Ariel Sharon (surnommé depuis, à juste titre, le Boucher de Beyrouth) qui autorisa l'intrusion de phalangistes chrétiens libanais dans les camps pour soi-disant repérer les terroristes palestiniens et qui interdit à ses soldats toute intervention militaire pour empêcher le génocide dès les premiers massacres de civils connus et entendus. Enfin, les Syriens qui ont bien distillé la haine en fournissant les armes et la communauté internationale qui s'est une nouvelle fois fait remarquer par son inaction sous prétexte de neutralité. Je soupçonne même l'auteur d'avoir tenté un équilibre autour de deux personnages secondaires : Samuel comme vecteur de paix face à Sharon, agitateur de haine.En résuméCe n'était pas simple pour Sorj Chalandon d'écrire un roman sous fond historique : l'auteur a fait preuve d'un courage énorme par ses choix de lieu et d'époque, a su tisser une intrigue qui tient la route malgré les bémols historiques, qui a le mérite d'éclairer une page sombre de l'humanité mondiale et de la rendre accessible à tous et à toutes. Le quatrième mur, si bien nommé (« Une façade imaginaire, que les acteurs construisent en bord de scène pour renforcer l'illusion. Une muraille qui protège leur personnage. Pour certains, un remède contre le trac. Pour d'autres, la frontière du réel. Une clôture invisible, qu'ils brisent parfois d'une réplique s'adressant à la salle. ») vaut le coup d’œil.

Cave
16/05/14
 

Tout a commencé par une histoire d'amitié, sans laquelle rien ne serait arrivé. George, le narrateur, a rencontré Sam alors qu'il était étudiant. Tous deux étaient passionnés de théâtre. Sage et réfléchi, il forçait l'admiration de George. Gauchiste plus ou moins activiste, Georges avait des idées politiques bien arrêtées, Sam était plus modéré. Ce dernier, juif d'origine grecque, avait été marqué dans sa chair par la révolte contre la dictature des colonels, en 1973. Il était alors un militant engagé. Sam est devenu le meilleur ami de Georges, le témoin de son mariage puis le parrain de sa fille.Quelques années plus tard, dans les années 80, Sam, gravement malade et condamné, demande à George une chose insensée. Il s'agit de continuer à sa place le projet qu'il avait engagé : monter la pièce "Antigone" d'Anouilh, à Beyrouth, en pleine guerre civile. Cette pièce est un prétexte pour tenter d'organiser une trêve de quelques heures dans la barbarie de la guerre, en réunissant les ennemis autour d'un projet commun. George, ne pouvant rien refuser à son ami, laisse alors femme et enfant pour se rendre au Liban, les notes de son ami en poche et une bonne dose d'inconscience dans ses valises. Il ne sait pas encore qu'il ne rentrera pas de ce voyage indemne. Une tragédie se jouera bien à Beyrouth, mais pas celle que l'on croit. Georges, qui ne voulait pas prendre parti pour un camp ou pour un autre, se trouve embarqué malgré lui dans la violence et la haine de l'autre. Sorj Chalandon réussit l'exploit de raconter l'irracontable, l'inimaginable, avec une écriture ou chaque phrase est porteuse de sens, dont on voudrait se souvenir absolument pour la méditer plus tard. Mais impossible de les noter toutes alors on les enchaîne, sans répit, jusqu'au bout. Avant de commencer cette lecture, je m'étais replongée un peu dans le contexte de la guerre du Liban, une guerre civile absolument terrible, marquée notamment par les massacres de Sabra et Chatila. Au travers des mots de Sorj Chalandon, j'ai eu l'impression de vivre cette guerre en direct, embarquée aux côtés de Georges dans l'horreur de ce combat fratricide. Jai été écoeurée par ce que je voyais. J'ai pleuré de tristesse et tremblé d'effroi. J'ai rarement été aussi secouée par un texte.Dans l'entretien qui suit la lecture de l'ouvrage, Sorj Chalandon nous explique avec beaucoup d'émotion qu'il a couvert le Liban dans les années 80, comme journaliste de guerre, et que George, c'est un peu lui. Il nous explique qu'il a écrit ce livre pour se soulager un peu du poids cette expérience traumatisante dont il n'est pas sorti indemne, lui non plus. Sorj Chalandon nous offre un roman absolument bouleversant, à lire (ou mieux à écouter) absolument. A noter que le 4ème mur a obtenu le Prix Goncourt des Lycéens en 2013.La version audio est formidable (je pèse mes mots). Le lecteur (Fédéor Atkine) a exactement le ton qui convient à ce texte. [http://http://sylire.over-blog.com

sylire
31/03/14
 

C'est avant tout l'histoire d'une amitié, celle qui unit Georges, le narrateur, à Sam, metteur en scène et réfugié grec. Nous sommes en 1982, et Sam, gravement malade, fait promettre à Georges de mener à bien le grand projet de sa vie : monter une représentation d'Antigone au Liban, en plein champ de bataille, avec des acteurs de tous bords et de toutes religions. Georges, qui est aussi militant dans l'âme, accepte. Il ne se doute pas qu'il va vivre une aventure intense, déchirante et inoubliable.Prix Goncourt des lycéens : voilà une information qui sonne comme une promesse. En effet, je n'ai jamais été déçue par les livres lauréats de ce prix (Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants, Du domaine des murmures, Le club des incorrigibles optimistes,...). De plus, j'ai été envoûtée par deux des romans de l'auteur (Mon traître et Retour à Killybegs). C'est donc confiante et impatiente que j'ai entamé cette lecture. Et je dois dire que j'ai été plutôt déçue, car je n'ai pas du tout ressenti le même enthousiasme que pour les autres livres ci-dessus. C'est un récit poignant, certes, et très très bien écrit. Il y a des images choc que je ne suis pas prête d'oublier. Mais je suis passée complètement à côté du personnage du narrateur - Georges - qui ne m'a pas du tout parlé. C'est sûrement son côté militant chevronné qui m'a un peu refroidie - je suis plutôt du genre pacifiste et n'ai jamais compris ceux qui en viennent aux mains. Et par-dessus ça, les autres réactions de Georges m'ont parues carrément extrêmes, ce qui m'a dérangée (je pense à la fin, notamment, que je n'évoquerai pas). En fait, je suis partagée : je trouve à la fois que c'est un très beau roman, avec une belle plume, de la finesse (la métaphore du quatrième mur, cette façade entre les acteurs et le public, est très bien trouvée) et un discours percutant, mais ce livre n'a malgré tout pas réussi à me faire entrer dans l'histoire. J'ai apprécié le combat mené entre les belles idées utopiques (amener la paix pendant une parenthèse théâtrale, les rapprochements possibles entre ennemis) et la réalité (les bombardements et la haine entre les peuples qui subsiste), et j'ai trouvé intéressant qu'on garde un côté réaliste (on sent que l'auteur a vu des choses terribles lorsqu'il était reporter). Mais finalement, il y a eu comme un quatrième mur entre ce roman et moi, comme si je m'étais protégée malgré moi de toute cette horreur. Lili Miaou

lilimarylene
15/03/14
 

J'avais lu juste avant Retour à Killybegs du même auteur, mais j'ai été encore plus submergé par ce dernier roman, justement récompensé par le Prix Goncourt des Lycéens. Tout dans cet ouvrage m'a plu : le contexte historique, la guerre choisie, les personnages. Le protagoniste est Georges, un éternel étudiant qui a participé à mai-68 et à ses batailles contre les jeunes militants de l'extrême-droite ; il en garde des séquelles physiques. Avec ses camarades, il est persuadé d'avoir été en guerre contre les "fascistes", et est le premier à déclamer des slogans tels que "CRS = SS". Seulement, sa vision du monde va être bouleversée par sa rencontre avec Samuel, un Grec qui, lui, a vraiment été un rebelle contre un régime autoritaire. Il va le plonger dans une guerre qu'il ne connaissait pas : la guerre du Liban. Son idée est pourtant magnifique : monter "Antigone" d'Anouilh en recrutant dans les différents camps. Le lecteur découvre avec Georges la complexité infinie de ce conflit. Chalandon nous plonge dans cet univers de poussière et de bombes avec son style épuré et mélancolique qui lui est propre. Le "quatrième mur" évoqué dans le titre fait référence à la frontière entre la scène du théâtre et le public, qui vole en éclats lorsqu'Israël entre dans la danse. On assiste, horrifié, aux massacres de Sabra et Chatila. On rentre en France dans un état second, sans comprendre comment on peut continuer à vivre en paix et à ruminer des malheurs futiles lorsqu'il se passe de telles atrocités à quelques milliers de kilomètres. Georges est un personnage sublime et tragique, qui ne pouvait que finir mal. Chalandon nous offre un roman éblouissant de réalisme, de détresse aussi, bref un chef-d'oeuvre. Un vrai bijou à lire et à relire.

Shirayukihime
06/03/14
 

Après "Mon traître" et "Retour à Killybegs", qui ne m'avaient pas convaincu, et parce que ce roman-çi a été Prix Goncourt des lycéens, je me frotte de nouveau au style de Monsieur Chalandon.Et j'ai l'impression de lire de nouveau le même roman : un jeune français, en mal de rébellion, part faire la guerre dans un autre pays. Après "mon traitre", le personnage principal a "mon druze". Agaçant, et liberticide !Cette fois-ci, le personnage principal prend réellement part à la guerre du Liban, au détriment de sa famille.Je ne me suis donc pas reconnue dans ce personnage qui, au départ, joue le Choeur, et qui, au final, se retrouve à jouer Antigone. Quel changement de point de vue, et pourquoi ce revirement ?!Alors certes, j'ai appris pas mal de choses sur l'écriture de la pièce "Antigone" en elle-même, ainsi que sur la guerre du Liban (pauvre pays....) Mais cela n'a pas suffit à mon plaisir de lecture.Une émotion, tout de même, lors de la description du camp de Chatila, le lendemain matin après le massacre.L'image que je retiendrai (attention spoiler) :Celle d'Antigone, pardon, Imane, morte à Chatila.....La citation :"Et puis il a tiré. Deux coups. Un troisième, juste après. (...) Il a tiré sur la ville, sur le souffle du vent. Il a tiré sur les lueurs d'espoir, sur la tristesse des hommes. Il a tiré sur moi, sur nous tous. Il a tiré sur l'or du soir qui tombe, le bouquet de houx vert et les bruyères en fleur." p.160. Alex-Mot-à-Motshttp://motamots.canalblog.com

AlexMotaMots
17/02/14
 

Sorj Chalandon a quitté l’Irlande et cette fois-ci, dans « le quatrième mur », il va nous parler des années 80 et d’aujourd’hui à Paris et à Beyrouth.Le protagoniste, Georges, est un jeune français qui va tenter de monter la pièce de théâtre d’Anouilh, Antigone, à Beyrouth. Ce projet était au départ porté par l’un de ses amis Samuel. Il avait rencontré Samuel lors de ses études de lettres. Celui-ci s’était réfugié à Paris, sous la dictature grecque. Ils avaient alors milité ensemble et en particulier en faveur des Palestiniens. Mais Samuel était grec et juif. Il était metteur en scène de théâtre et, il décide en 1982 de monter la pièce de Jean Anouilh Antigone à Beyrouth. Il a réussi à fédérer toutes les communautés de ce pays en guerre et chacun essaie de trouver sa place dans cette pièce. Malade, Samuel ne peut plus se rendre sur place et il propose alors à Georges d’aller sur place, pour les répétitions et représentations. Georges va alors se retrouver dans un pays en guerre. Sorj Chalandon nous décrit parfaitement le climat dans ce pays et nous mets en présence de chaque partie sans démagogie. On est au cœur de ce conflit.Mais on se retrouve aussi dans le questionnement politique et individuel de ce jeune homme français, dont la vie parisienne est si éloignée de la vie terrible de Beyrouth. D’ailleurs, le retour à sa vie normale va lui être très difficile.J’ai beaucoup apprécié ce livre, pour cette description du Liban et de sa situation socio politique mais aussi la tentative d’amener de la culture dans des zones de guerre. Mais le théâtre peut il arrêter ou stopper des conflits armés, peut on croire à des trêves le temps de répétition ou de représentations. Que représentent la culture et le théâtre, lorsque les hommes n’arrivent qu’à se parler avec des armes ? Peut-on venir tout simplement avec des textes ou des œuvres dans ces zones de conflits armés ?Ce livre m’a donné aussi très envie de relire Antigone et les multiples versions de ce mythe. D’ailleurs, « Antigone » d’Anouilh est joué actuellement à la Comédie Française. Un de mes coups de cœur 2013-2014.

catherine
11/02/14
 

Je viens de terminer ce livre et je n'ai pas dormi! je n'arrive pas à passer à un autre...Je suis bouleversée et d'accord avec qui a écrit "âmes sensibles s'abstenir" certes on a lu et vu des reportages, notamment sur Chatila mais l'écriture de l'auteur est bien plus forte. L'héritage intellectuel et amical de George est terrible: faire jouer l'Antigone de Anouihl par tous les belligérants engagés dans cette sale guerre, pour une seule représentation:moment de paix symbolique mais cela est au dessus des forces humaines. Au niveau du genre, c'est une sorte de journal du narrateur jusqu'à la fin brutale vue de l'extérieur. Résumer un tel livre est mission impossible car tout y est: amour, amitié, haine. Je verrai d'un autre oeil les reportages, forcément simplificateurs, sur cette région.

afbf
26/01/14
 

Samuel Akounis voulait depuis toujours mettre en scène “Antigone” d’Anouilh dans une zone de guerre. Bouleversé par les événements se déroulant au Liban, le théâtre devant accueillir cette représentation devint pour lui une évidence. Nous sommes au début des années 80. Depuis son lit de mort, il demande à son ami George de réaliser son rêve utopique d’offrir un rôle à chacun des belligérants, pour que, le temps d’une représentation, le conflit s’interrompe, que les armes se taisent. “Antigone était palestinienne et sunnite. Hémon, son fiancé, un Druze du Chouf. Créon, roi de Thèbes et père d’Hémon, un maronite de Gemmayzé. Les trois chiites avaient d’abord refusé de jouer les “Gardes”, personnages qu’ils trouvaient insignifiants. Pour équilibrer, l’un d’eux est aussi devenu le page de Créon, l’autre avait accepté d’être le “Messager”. Au metteur en scène de se débrouiller. Une vieille chiite avait aussi été choisie pour la reine Eurydice, femme de Créon. “La Nourrice” était une Chaldéenne et Ismène, soeur d’Antigone, catholique arménienne.” (p. 95)Auteur passionné autant que passionnant, Sorj Chalandon nous livre ici un roman bouleversant dont on ne peut sortir indemne. Fort de son expérience de grand reporter, l’auteur nous emmène au coeur du conflit sur fonds de tragédie grecque...tragédie dont son narrateur ne saura se défaire. Un roman utopique mais aussi un roman sur l’amitié indéfectible. Confronté à la réalité du conflit, aux salves de tirs, aux crimes atroces, aux factions en guerre, Georges va tout faire pour tenir la promesse faite à son ami de monter cette tragédie sur le sol libanais… Promesse qui le conduira à abandonner femme et enfant. “C’est à la porte de notre appartement que ma famille m’est apparue. A l’hôpital, seul Samuel existait. Sa force, sa volonté. Lui et Antigone, son dernier combat.” (p. 98)Tout à la fois bouleversante, juste, poétique, son écriture nous emporte à travers les pages. “Le Quatrième mur” est de toute évidence un roman que l’on ne peut ignorer, que l’on ne peut oublier...J’ai eu l’occasion de découvrir cet auteur à travers ses deux romans “irlandais” (“Mon traître” et “Retour à Killybegs”) et j’avoue à chaque fois tomber sous le charme de son écriture. Sorj Chalandon est très certainement une valeur sûre de la littérature française!

Francoise74
25/01/14
 

Sorj Chalandon nous transporte avec finesse et émotion au cœur de la tragédie. Celle d'Antigone d'Anouilh. Celle du Liban ravagé par la guerre au début des années 80. Le narrateur, après avoir promis à son ami mourant de monter la pièce de théâtre à Beyrouth, est confronté à la réalité du conflit qui déchire les différentes communautés libanaises. Un récit bouleversant.

Etudiante
11/01/14
 

Ames sensibles s'abstenir ! Georges, metteur en scène amateur de théâtre, idéaliste et pro palestinien doit monter, pour son ami juif-grec Samuel Akounis, en pleine guerre du Liban, l’Antigone d’Anouilh. Voici le nerf de ce roman rapidement résumé car il est bien plus que cela. Sorj Chalandon, reporter de guerre pour le quotidien Libération a couvert de nombreux conflits dans des pays tels que l’Afghanistan, la Somalie ou le Liban. Ce roman est celui du vécu, de l’expérience. La fiction lui permet d’exprimer voire même d’expulser ses émotions et ses sentiments face à la guerre. Le personnage de Georges est son intermédiaire, sa voix, celui qui conduit à un éveil des consciences, celui qui se retrouve face à sa propre conscience devant les paradoxes et les atrocités de la guerre jusqu’à un point de non-retour.Ce roman construit selon un chapitrage bien précis, place Sorj Chalandon comme un « Deus Ex Machina », il tisse peu à peu la toile de sa tragédie et propose au lecteur une relecture du mythe d’Antigone : celle qui a su dire non et ne pas céder à la pression et au pouvoir pour suivre ses propres convictions. Il propose également une mise en abîme du texte d’Anouilh : joué pour la première fois en 1944, lors de l’occupation allemande. Cette représentation a bouleversé à l’époque les deux camps : français et allemand, comme elle bouleverse les différentes communautés au Liban. Enfin, c’est une ode au théâtre et à son pouvoir de dénonciation et de rassemblement, le temps d’une trêve. Son écriture quand à elle, illustre parfaitement son propos. Elle a la force d’un tir. Elle bouleverse le lecteur, l’émeut, le questionne, le laisse seul sur le pavé, déchiqueté par un éclat d’obus. Ames sensibles s’abstenir ! Et pourtant c’est un grand moment de lecture !

Il m'a fallu beaucoup de temps pour digérer cette lecture, pour tenter de comprendre le message que fait passer l'auteur. L'écriture de Sorj Chalandon y est aussi belle que dans Retour à Killybegs, qui fut pour moi un coup de coeur. La mise en scène d'Antigone, l'imbrication entre l'histoire et la pièce est très réussie. Mais il me manque des clés pour comprendre le Liban et comme ce fut le cas avec le roman précédent, j'ai l'impression que Sorj Chalandon s'adresse à des initiés. J'avoue ne rien connaître, ou presque, concernant les groupes qui s'affrontent dans le pays, je n'avais jamais entendu parler des Druzes par exemple, ou je n'avais pas retenu le mot. Mon manque de connaissance m'a donc mise à distance. J'ai eu aussi beaucoup de mal avec George car il m'a fallu du temps et de la réflexion pour tenter de comprendre sa réaction à son parcours initiatique (que je ne peux développer sans gâcher votre plaisir de lecture). Il est très intéressant de découvrir que deux romans aussi différents que Plonger et Le quatrième mur , tous deux écrits par des baroudeurs, mettent en scène des personnages qui ne veulent pas ou plus bouger. On retrouve dans ce roman des thèmes chers à l'auteur, notamment l'amitié masculine qu'il décrit à merveille http://vallit.canalblog.com/archives/2012/07/25/24675519.html#comments

cocalight
11/11/13
 

coup de coeur Il faut lire ce livre de Chalandon qui nous dit que "si la guerre [est] une folie, la paix [doit] l'être aussi !! C'est magnifique !

Le livre commence par une scène de guerre, de terreur, une embuscade à Tripoli en 1983. Mais, quelques pages plus loin, on se retrouve dans un tout autre monde, à la fac de Jussieu, dans les années 70. Militants extrémistes s'affrontent alors. Georges appartient à la mouvance d'extrême gauche et pro-palestinienne. Il rencontre Sam, un grec rescapé de la résistance à la dictature, qui a connu la torture et est profondément pacifiste. Le premier tiers du roman dresse le portrait de ces deux personnages. Sam a un rêve, réunir, en pleine guerre du Liban, des acteurs des différentes communautés et leur faire jouer ensemble Antigone d'Anouilh à Beyrouth, ainsi "voler deux heures à la guerre". "Je suis revenu deux jours plus tard. Sam était réveillé, la nuque calée par deux oreillers, dans un local. Il m'attendait. - Antigone va être jouée à Beyrouth. J'ai hoché la tête. Je le savais. Sam avait trouvé ses acteurs, et même quelques doublures. Ils n'avaient pas encore répété mais tous s'étaient rencontrés une première fois, dans un local appartenant à l'ambassade de Grèce. Antigone était palestinienne et sunnite. Hémon, son fiancé, un Druze du Chouf. Créon, roi de Thèbes et père d'Hémon, un maronite de Gemmayzé. Les trois chiites avaient d'abord refusé de jouer les "Gardes", personnages qu'ils trouvaient insignifiants. Une vieille chiite avait aussi été choisie pour la reine Eurydice, femme de Créon; "La Nourrice" était une Chaldéenne et Ismène, soeur d'Antigone, catholique arménienne. Le casting avait duré deux ans..." Sam étant malade, c'est à Georges qu'il demande de poursuivre ce projet un peu fou. J'avoue que cette partie, bien que nécessaire, m'a semblé vraiment longue. Je ne suis réellement "entrée" dans cette histoire que lorsque Georges part au Liban. Le récit prend alors toute son ampleur. A partir de là, je me suis sentie portée par l'espoir de Georges, j'ai partagé ses peurs et ,comme lui, j'en suis sortie hantée par les images de guerre. La figure d'Antigone, l'insoumise, irradie le roman. Le choix de cette pièce est très intéressant. On se rend compte que chacun en a une lecture différente et que les acteurs acceptent de la jouer pour des raisons opposées. Mais, ce qui importe, c'est que, malgré tout, le temps d'une représentation, les armes se taisent et que les ennemis partagent ce moment de paix et cette oeuvre commune. Est ce que Sam y parviendra? J'ai entendu une interview de Sorj Chalandon où il explique le sens de ce travail d'écriture. Il a couvert la guerre du Liban pour le journal Libération. Il a fait alors son métier de journaliste, rapporté les faits, de façon clinique, notamment lorsqu'au troisième jour des massacres, il est entré dans les camps de Sabra et Chatila. Il a enfoui, accumulé ses émotions que le journalisme ne permet pas d'exprimer. Il les laisse resurgir à travers ce roman. S'en sera-t-il libéré? En tout cas, il a écrit un livre très puissant et sans parti pris, si ce n'est celui de la paix. Cette lecture m'évoque l'engagement du pianiste et chef d'orchestre israélien Daniel Barenboïm, qui parvient à faire jouer ensemble des Israéliens, des Palestiniens et des musiciens d'origine arabe et faire naître entre eux autre chose que de la haine.

Chris44974
26/10/13
 

Habile et poignant récit d'une tentative de consolation, difficile à rassasier, par le théâtre.Publié en août 2013, le sixième roman de Sorj Chalandon était ma première lecture de l'auteur ("Mon traître", 2008, et "Retour à Killybegs", 2011, étant - assez inexplicablement - restés coincés à mi-pente dans ma montagne à lire...).Simplement et en essayant de ne pas trop dévoiler les péripéties de l'intrigue (qui sont toutefois bien loin d'être ici l'essentiel), le narrateur est d'abord un étudiant engagé à gauche, plutôt "violent", dans l'après-68, devenu rapidement ami d'un réfugié de la Grèce des colonels, plus âgé et expérimenté, metteur en scène de théâtre "dans le civil". Alors qu'il se "range" au tournant de 1981, entre perte progressive d'appétit politique et arrivée d'un enfant dans son couple, son théâtral ami, désormais gravement malade et hospitalisé à Paris, lui confie la mission "sacrée" de mener à bien un projet, déjà entamé, qui lui tient particulièrement à cœur : organiser une représentation de l'Antigone d'Anouilh (le choix de cette pièce étant tout sauf neutre bien entendu - et si le lecteur n'est pas familier de ce texte, il le deviendra rapidement à la lecture du "Quatrième mur"), avec des acteurs locaux plus ou moins improvisés et appartenant à toutes les communautés, en pleine Beyrouth alors déchirée par la guerre civile.Mais alors que le narrateur rétablit les contacts interrompus et organise son repérage sur place, dans des conditions aussi difficiles qu'on peut l'imaginer, tant le degré de tension entre communautés est presque impossible à abaisser, même autour d'un projet aussi fou et beau, 1982 arrive, et avec elle, les forces israéliennes décidées à traiter l' "abcès" palestinien du Liban, et les conséquences, directes ou indirectes, de cette invasion, justifiée ou non...J'ai été séduit. Pas par l'écriture elle-même, efficace mais plutôt banale : par le redoutable agencement des thématiques politique et artistique, par le rappel quelque peu désenchanté - mais sans les excès cracheurs, ironiques, et bien dommageables que l'on rencontre trop souvent - de ce que fut l'engagement politique dans les années 1970, par la mise en scène en nécessaire abîme pirandellien de l'Antigone de Jean Anouilh, par un traitement à la fois honnête, glaçant et sans abus de pathos de la guerre libanaise de 1982, et enfin par la construction d'une vertigineuse course contre soi-même après le traumatisme guerrier vécu aux premières loges.Riche, beau, relativement fin, émotionnellement puissant en évitant - parfois de justesse - les effets spéciaux à grand et facile spectacle, ce roman est donc très réussi.Si j'y ajoute le sens particulier qu'a pour moi cette Antigone (l'un des textes-clé de ma découverte, scolaire, de la littérature, étudié trois fois en cinq ans, sans aucun des effets secondaires de vomissement par gavage que le même traitement avait entraîné pour le "Candide" de Voltaire), et tout en regrettant (un peu) que le "quatrième mur" soit ici entièrement dédié à Anouilh, occultant totalement son maître - et véritable créateur de ce concept et de ceux qui lui sont liés -, Luigi Pirandello, je suis enthousiaste. Accablé par le sombre tableau historique ainsi dressé, par les échecs brillamment décrits et par la tristesse de certains destins romanesques, mais néanmoins enthousiaste.

Charybde2
30/09/13
 

Sorj Chalandon signe avec Le quatrième mur un roman poignant, une intrusion dans la guerre du Liban, mais surtout une tranche de vie percutante.Georges est jeune homme révolté comme nous le montre la première partie du roman. Cet étudiant puis cet homme dont nous voyons défiler la vie s'attache peu à peu à Sam, un metteur en scène grec et juif et à une femme. Le premier tiers du roman, consacré à la vie de cet homme, à son évolution et ses rencontres est assez troublant. Un brin politique et historique, intéressant sans être passionnant. Mais Sam, ce metteur en scène juif va tout faire basculer. Il a l'idée un peu folle de monter Antigone d'Anouilh à Beyrouth. Un espoir de paix dans un pays en guerre. Une trêve difficile à conquérir, d'autant plus que Sam veut des acteurs locaux. Des jeunes de tous les partis, tous les groupes qui s'affrontent.Quand Sam ne peut plus mener à bien ce projet il demande à Georges de le remplacer.Un voyage au cœur d'un pays en guerre. Une vision du théâtre mais surtout de la vie, celle de ces jeunes qui se battent au quotidien, qui ne font qu'espérer la paix. Alors le projet avance, doucement.Créon sera chrétien, Antigone palestinienne, Hémon sera Druze. Les Chiites, les Chaldéens et les Arméniens seront eux aussi du spectacle.Mais pour cela il s'agit de se rendre dans chaque camp, de demander, de convaincre, de faire des concessions ...Sorj Chalandon nous livre un témoignage de la bêtise humaine, de la guerre mais aussi le destin d'un homme brisé parce qu'il découvre. Les rares scènes d'actions permettent de lancer et clore ce roman, mais les moments de grâce alternent avec les scènes d'horreur et ce roman se dévore avec curiosité et tristesse.Le quatrième mur, celui sépare les acteurs du public saura-t-il protéger nos héros ?Un roman sans faux semblants qui touche durablement, malgré une première partie un peu trop longue.

herisson08
02/08/13
 

La pièce d’Anouilh est tout un symbole. Présentée pour la première fois en 1944 à Paris durant l’occupation allemande, elle était le signe que durant une tragédie une représentation de théâtre pouvait être un répit. Antigone où est question de terre et de fierté. Mais la santé de Sam décline et il est hospitalisé. Il demande à Georges de d’en occuper pour lui. Marié à Aurore, père d’une petite Louise, Georges ne peut pas dire non à son ami et part au Liban. Il découvre une situation complexe et des communautés qui occupent certains territoires. Il doit convaincre Druzes, Chrétiens, Musulmans d’accepter le projet de Sam. Mais le vrai visage de la guerre éclate et Georges blessé doit rentrer en France. Obnubilé par ce qu’il va vu au Liban, il n’arrive plus à goûter à son bonheur tranquille. Georges est devenu un homme hanté par cette guerre.Toujours avec une écriture aux mots qui sonne juste et qui collent au plus près des émotions, Sorj Chalandon nous plonge au cœur de la guerre au Liban et de la passion du théâtre. Et comme pour contrer la violence de la guerre, les passages de la pièce Antigone cités éclatent par leur beauté. Mais ce livre va plus loin. S’il démontre la force du théâtre qui peut rassembler au-delà des divisions religieuses ou culturelles, il nous rappelle que certains hommes une fois qu’ils ont vu le pire ne peuvent plus revenir à leur vie d’avant. Quitte à laisser une famille et à s’engager pour une cause.Une lecture forte, belle, dure par certains aspects et qui laisse une marque indélébile.

clarac
02/08/13
 

Format

  • Hauteur : 17.50 cm
  • Largeur : 11.00 cm
  • Poids : 0.18 kg