Le slip

SEVESTRE, ALAIN

livre le slip
EDITEUR : GALLIMARD
DATE DE PARUTION : 29/08/01
LES NOTES :

à partir de
15,20 €

SYNOPSIS :

" - Je vous connais, dit-elle maintenant, c'est vous qui animez le forum du non. Nous avons parlé sur nonnonetnon.com. Je dis oui, je vois. C'est vrai, je vois qui elle est. Son visage apparaissait en haut à gauche de la fenêtre sur l'écran avant qu'il ne s'éteigne. Je me souviens mais fais l'innocent. Mon attitude est insensée ; je ne peux feindre le hasard de me trouver là. Elle dit que jamais elle n'aurait osé aborder quelqu'un comme elle vient de le faire. Je suis ses explications sans renier le rendez-vous mais sa présence, sa matérialité retranchent à mesure la cohésion, même faible, que je lui ai prêtée au
cours du bref dialogue que nous avons eu sur Internet. En dépit des images sautillantes et saccadées, et parce que j'étais habitué à leur mauvaise qualité et à leur lenteur, elle était parvenue jusqu'à moi, scintillante de lacunes. Sorti de ce contexte, je dois faire face à des myriades de détails annexes qui la constituent. De plus, sur mon écran déjà malade, son visage de pixels détraqués m'était apparu désirable et j'avais conclu ce rendez-vous pensant pouvoir l'attirer chez moi pour coucher avec. C'est toujours désastreux mais il faut bien. A présent, je vois bien que nous ne nous entendrons pas. "
1 personne en parle

Tout commence dans un bus, par la jambe d'une jeune femme subitement dévoilée, qui fascine le narrateur. Cet homme depuis longtemps célibataire passe ses nuits sur son écran, il s'occupe de la partie psychologique d'un site internet baptisé nonnonetnon.com, association proposant d'aider les personnes qui ne savent pas dire non. « C'est plein de gens aussi qui ne savent pas résister à la pression de leur entourage, aux amis, aux faux amis, aux collègues. Il y a des gens, ça tombe toujours sur eux. Ils se promènent dans la rue et on leur demande toujours le chemin, c'est toujours à eux qu'on demande. » (p. 113)Lui-même est incapable de refuser quoi que ce soit dans la vie réelle, alors qu'il passe auprès des internautes pour un maître en la matière.« Le téléphone sonne encore. Un homme se plaint d'un chien, me semble-t-il, ou de son voisin, croit consulter un service d'avocats, ne cesse de dire que c'est tragique. Je réussis à dire : - Non, ce n'est pas tragique, c'est juste énervant.Silence.- Oui, mais oui, bon sang, vous avez raison, vous avez mille fois raison, c'est juste énervant. Je vais reconsidérer l'affaire. » (p. 98)Voici le type de conseil qu'il prodigue chaque nuit. Le narrateur est devenu ami avec l'un des internautes, Simon, lui-même victime d'un parasite notoire. Son ordinateur en panne il se retrouve désœuvré. C'est alors qu'il reçoit l'appel d'un ex beau-père en détresse, sollicitant son aide pour un déménagement improvisé ; une vieille tante décédée, il s'agit de déballer tous ses effets personnels, qu'elle a elle-même soigneusement empaqueté une à une, dans un joyeux désordre et sans aucune cohérence. La découverte d'un slip féminin dans les toilettes d'un café est l'élément déclencheur de ce roman, dans lequel défilent les appartement. Il se retrouve ainsi à visiter un appartement, sans savoir pourquoi il est là, et feint de s'intéresser à ce qu'on lui montre. Puis il est invité à la crémaillère d'un couple d'amis : « Je me fiche de leur placard. Peut-être aussi, je dois l'avouer, me débecte l'idée de ce couple, leur avenir charmant, leur investissement dans la pierre, leur réussite et qu'ils tentent de m'associer à leur placard excède mes capacités amicales. » (p. 119)Appartements habités ou vides, désertés ou investis, à repeindre ou non, les lieux sont omniprésents. Le monde matériel semble monopoliser toutes les facultés intellectuelles du narrateur. « Maintenant je me raisonne, je me dis que j'ai connu une phase de rencontre puis de surinvestissement du slip. » (p. 74)J'ai un peu peiné parfois à suivre les aventures de ce personnage auquel il semble impossible de s'attacher, il paraît lui-même complètement dénué d'affect, vide de toute émotion, centré sur lui-même et absent aux autres. Ce sentiment de gêne, je l'avais déjà ressenti avec des personnages comme ceux de Beckett ou de Blanchot (Thomas l'obscur), qui semblent manquer d'épaisseur tout en étant complètement « opaques ». Un type minable, coincé, chargé des réponses dites « psychologiques » alors qu'il n'en a aucune. En voyage en Corse il lit « L'Idiot » de Dostoïevski – faut-il y voir une allusion ? Célibataire il décide de ne se consacrer qu'à un morceau de femme, un fragment, dans un premier temps : une jambe suffira à son bonheur, le temps de réapprendre à vivre à deux.Il entretient de fait des relations très étranges aux autres, ses amis (qui ne sont finalement que des connaissances), sa mère ou les femmes : il semble toujours en surface. Il entame ainsi une relation vouée à l'échec avec une bibliothécaire :« A présent, je vois bien que nous ne nous entendrons pas. Alors que je n'avais rien émis, je percevais de sa part une grande attention, une clémence, une gentillesse enrobante qui était comme une envie d'aller au cinéma ou au théâtre, une envie de se divertir ou de se cultiver, de comprendre les choses et d'en discuter, de penser au pain avant de rentrer. Une dureté, passagèrement, à ses lèvres, déjà cochées de pré-rides d'expression, me happait à imaginer qu'elle m'obligerait, un jour ou l'autre, à acheter un imperméable trois-quatre pour la pluie, un manteau demi-saison, et quelque chose de bien chaud pour l'hiver, tous de forme classique, des indémodables de marque qui vous font des années. Elle m'accompagnerait pour ces achats, je devrais essayer sous ses yeux ; il conviendrait même que je me montre un peu ignorant de la mode, pataud, que je ne sache pas ce qui me va ; la vendeuse et elle échangeraient cette sorte de maudit regard de connivence qui cerne les hommes et leur éternelle incompatibilité. » (pp. 23-24)L'évocation du quotidien, les traits d'humour ou de cynisme font le lien entre les différents épisodes.Extraits :« A l'aéroport, mes sacs bourrés ne nécessitent pas l'accès en soute. Je peux les garder. Je me sens mal. Je croise mon image dans une vitrine. C'est ce que je craignais. Debout, les deux sacs enflés au bout des mains, je ressemble à un sexe. » (p. 189)« Elle lit le titre des livres dans la bibliothèque. Elle peut toujours les regarder, je ne lui en prêterai pas. Pourquoi me les rendrait-elle ? De toute façon elle a vu à qui elle avait affaire avec ma façon de classer les livres dont elle s'est tout de suite moquée. Par commodité, je les ai rangés par hauteur et par collection, et du moment que je m'y retrouve. » (p. 161)

sovane
03/03/12
 

Format

  • Hauteur : 20.50 cm
  • Largeur : 14.00 cm
  • Poids : 0.32 kg

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