Le voyage d'anna blume

AUSTER, PAUL

EDITEUR : LGF
DATE DE PARUTION : 04/01/95
LES NOTES :

à partir de
5,10 €
EXISTE EN
Ebook

SYNOPSIS :

Paul Auster Le Voyage d'Anna Blume Une ville au bout du monde, cernée de murs, livrée à la désagrégation, dont les habitants tâchent de subsister en fouillant dans les détritus. De ce « pays des choses dernières », comme l'appelle le titre original du roman, la jeune Anna Blume écrit à un ami d'enfance. Venue à la recherche de son frère disparu, elle raconte ses errances dans les rues éventrées, sa lutte contre le froid, les prédations, le désespoir. Le romancier de
L'Invention de la solitude et de la Trilogie new-yorkaise nous entraîne ici dans un de ces univers, à mi-chemin du réel et du symbolique, dont il a le secret. Sur les pas d'Anna Blume et de quelques autres, résolus comme elle à ne pas s'anéantir dans l'abjection et la violence, nous traversons une fin du monde qui ressemble par bien des traits à notre monde. Avec eux, aux dernières pages du livre, nous serons conviés à rêver d'un autre départ, vers d'autres contrées...
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Il est assez difficile de rentrer dans ce livre, cette longue lettre, ce monologue de 250 pages où le monde décrit semble à premier abord bien différent du notre et assez terrifiant. Mais le plus terrifiant c’est qu’après 50 pages, lorsque l’on commence à être vraiment dans l’histoire, on se rend compte que ce pays si rude est finalement très proche du notre. Toute cette histoire résonne comme une critique du monde actuel.Le titre d’origine est “In the country of Last Things” (Dans le pays des choses dernières). Même si le 4e de couverture le rappelle, il est dommage que le titre français en soit aussi éloigné car ces quelques mots résument parfaitement ce monde où tout semble être vu pour la dernière fois, où la mort rode mais où malgré tout il existe encore quelques personnes exceptionnelles.J’ai trouvé “Le voyage d’Anna Blume” très différent des autres livres d’Auster mais ce n’est pas le moins réussi pour autant. J’ai beaucoup aimé cette réflexion ainsi que cette histoire très riche.Un résumé ainsi qu'un extrait de ce livre sont disponibles sur mon site.

Artsouilleurs
17/03/09
 

Entamé hier soir, je l'ai terminé tout à l'heure, ébahie, émue, intriguée. Anna blume adresse à son ami d'enfance une très longue lettre qu'elle n'est même pas sûre de pouvoir lui envoyer. Fille de bonne famille, Anna Blume a connu une enfance et une adolescence dorées jusqu'à ce que son frère William, journaliste, disparaisse à l'étranger lors d'un reportage. Déterminée à le retrouver, elle ira le rejoindre dans ce nouveau monde, loin de se douter de ce qui l'attend. Arrivée par bateau dans une ville dévastée, elle devra vite renoncer à retrouver son frère, trop préoccupée par sa propre survie dans une cité aux allures de post-apocalypse. On ne sait rien des causes, Anna nous fait un constat déprimant de ce qu'est devenue la vie dans un cadre de fin du monde. Elle avoue elle-même ignorer bien des choses quant à l'économie du moment et à son fonctionnement. Mais ce qu'elle sait, ce qu'elle a vu et observé, elle nous le décrit avec assez de précisions pour nous donner froid dans le dos. Le travail est quasi-inexistant, chacun doit rivaliser d'imagination pour s'adapter et gagner de quoi se nourrir. Une nouvelle organisation sociale se créée, précaire. La lutte pour la survie dans le dénuement le plus total modifie les relations humaines. La narratrice va devoir s'adapter aux privations en tous genres, la nourriture, le confort, mais aussi l'amitié et l'amour, avant de renouer le contact avec autrui.La lutte permanente pour la survie, l'effort constant et surhumain pour mettre encore et malgré tout un pied devant l'autre, tout contribue à l'annihilation de l'individu, qui ne devient qu'un corps à peine vivant, un organisme que l'instinct de survie pousse encore à chercher sa pitance. Comme le dit Anna Blume, la vie met longtemps à mourir. Et Anna mettra longtemps à voir au-delà des limites de la cité isolée, et à espérer.L'univers dépeint est hautement anxiogène, je déconseille la lecture de ce livre aux dépressifs profonds, et pourtant, la narration captive, fascine, et le récit à la première personne ajoute une authenticité troublante. Un long voyage donc, au-delà de la misère et du désespoir, qui rappelle une certaine réalité, certes accentuée par Auster, mais bien d'actualité. Superbe !

un flyer
13/02/09

Le Voyage d’Anna Blume,Echo du chaos et de l’oubli. Le Voyage d’Anna Blume est paru en 1989 pour la traduction française. Le titre original, The country of the last things, décrit d’ores et déjà le lieu où Anna va se retrouver, partie à la recherche de son frère disparu, qu’elle ne retrouvera d’ailleurs jamais. C’est sous la forme d’une longue lettre que nous apparait ce récit. Reste en suspens l’identité de l’interlocuteur, seul indice : un homme proche d’Anna et de son frère, que la jeune fille aurait connue intimement dans sa jeunesse. Tout au long du récit, elle ne cesse de le prendre à partie, « Tu m’as aimée, n’est-ce pas, tu m’as aimée jusqu’à t’en rendre fou » lui rappelle-t-elle à un moment, écho d’un passé révolu. Car au pays des dernières choses, il ne reste plus rien. Dans ce monde chaotique, en pleine destruction, tout ce que l’on a pu connaitre a disparu, jusqu’aux objets quotidiens et aux mots. Anna tente de survivre tant bien que mal. Elle devient « chasseuses d’objets », parmi les rues éventrées et la mort, et rencontre Isabelle avec qui elle nouera une amitié quasi maternelle. Ferdinand, le conjoint d’Isabelle tentera de la violer et Anna ira jusqu’à la volonté de meurtre, mais sera retenue par sa conscience. Plus tard, après avoir la mort d’Isabelle, Anna rencontrera l’amour avec Sam Farr. L’espoir semble être possible, de plus qu’Anna est enceinte. Mais dans ce monde cruel, homo hominis lupus, Anna est trahie par un homme qu’elle connait qui tente de la vendre à des bouchers de viandes humaines. C’est là qu’elle saute par la fenêtre et frôle les bras de la mort. Trouvée et soignée par Victoria Woburn, qui s’occupe du centre de soins Woburn, elle réchappe à la mort mais a perdu son enfant, ainsi que Sam qui a disparu. C’est après un rétablissement douloureux, autant mental que physique, qu’Anna trouve sa place dans la villa Woburn et bien plus tard, finira par retrouver Sam. Vient le moment où elle, Sam et quelques habitants de la villa Woburn décident de fuir cette Cité de la destruction . Durant son parcours, Anna va connaitre amitié, viol, maladie, mort, amours, pertes, construisant avec douleur une identité nouvelle aux bords de l’apocalypse.Comment ne pas retrouver l’écrivain du hasard et de la contingence dans ce sublime et troublant roman ? Présenter Paul Auster ne peut se faire qu’en suivant les courbes de son style et de ses romans. Ainsi Le Voyage d’Anna Blume fait écho, entre autres, à Cité de Verre (1985) et plus tard à Moon Palace (1990). Auster y explore le thème de la perte, de la dépossession et de l’errance. On voit également apparaitre la marque de fabrique de l’écrivain américain : l’importance de l’onomastique. En effet, dans nombre de ses romans, le choix et la signification du nom de ses personnages ne sont jamais un hasard. Par exemple dans Le Noël d’Auggie Wren (1990), le prénom Auggie rappelle Occhi, les yeux en italien, et Auggie est un personnage qui observe, il sera également les yeux d’une vieille dame aveugle, tandis que Wren signifie roitelet, petit oiseau furtif, toujours à même de se sortir de n’importe quelle situation de la vie. Dans Moon Palace, le personnage principal se prénomme Marco Stanley Fogg, Marco faisant écho au grand voyageur Marco Polo et c’est bien un voyage initiatique que va parcourir le personnage de Moon Palace, tandis que Fogg rappelle le mot anglais fog signifiant brouillard, dans lequel le personnage est existentiellement plongé. Ainsi Anna Blume s’inscrit elle aussi dans cette recherche de signification du nom. Ses initiales ont les premières lettres de l’alphabet, elle représente le commencement ou plutôt l’espoir du recommencement dans un pays fini, détruit. Otto, un des personnages habitant la villa Woburn dans laquelle Anna reçoit des soins après une chute qui aurait pu lui être fatale, lui dit « Les mots sont ceux qui me disent comment connaitre. […] Je m’appelle Otto. Ca vient et ça revient pareil. Sans fin nulle part mais ça recommence. Comme ça, je peux vivre deux fois, deux fois plus longtemps que personne. Aussi vous, mademoiselle. Vous avez un nom comme moi. A-n-n-a. Ca va et ça revient pareil, comme Otto pour moi. C’est pourquoi vous êtes renée. » (Page 182). Ainsi Anna incarne bien l’espoir d’une renaissance, d’une vie possible après le chaos, d’un recommencement. Ana, en grec, signifie aussi ce qui remonte le courant, ce qui va contre… et Bloom fait référence au fait de fleurir ainsi qu’aux romans de James Joyce… Sam Farr, le conjoint d’Anna, porte lui aussi un nom emprunt de signification : far signifiant « loin » en anglais et rappelant l’éloignement physique des deux personnages durant une partie du roman. L’identité, donc, toujours interrogée par Auster se prolonge également sur l’identité du lecteur de la lettre. Destinée, comme nous l’avons dit, à son ami d’enfance, cette lettre nous parvient et semble nous être narrée puisque nous retrouvons souvent la présence d’un narrateur : « écrit-elle », « poursuivait-elle »,… Mais qui est ce lecteur de hasard, est-ce celui à qui était destinée la lettre ou un inconnu ? Là ne semble pas être le plus important puisque Auster choisit de laisser planer le doute sur l’identité du récepteur. Comme nous, ce lecteur reçoit les mots, la voix d’Anna, comme venus d’un autre monde. Cette lettre apparait comme le reliquat d’un monde qui n’est plus, ou qui ne sera bientôt plus. En effet, ce récit pourrait également être une voix intérieure, présente en nous-mêmes, l’expression d’une peur, d’un doute. La peur voire le pressentiment de la fin de notre monde. La disparition progressive de tout ce que l’on a pu connaitre, mis à bas par nous-mêmes, les humains. C’est bien, comme à son habitude, que l’auteur donne à voir, dans un style dépouillé mais avec une structure narrative recherchée, une vision chaotique de la modernité à l’état de décomposition. Réelle dystopie, il s’agit ici d’un univers régi par l’horreur, la mort, la froideur mathématique d’une ville découpée en zones de recensement. Sans prétention de réalisme, Auster arpente un « possible » catastrophique comme un écho du passé ou une inquiétude du futur. Claude Grimal souligne le fait que rien n’est expliqué de cette catastrophe qui amenait ce monde à mourir, ce que l’on suit c’est « le fonctionnement mental des individus » . L’important ne se trouve donc pas dans les causes mais dans les effets. En effet, tout peut causer la destruction d’un monde mais la question est : qu’est-ce qui s’en suit ? Et c’est bien ce que cela que nous donne à voir Paul Auster dans ce roman : la déchéance de l’humanité saisie dans son processus de décomposition. Mais dans ce monde d’ombres et d’obscurité, l’auteur ouvre une porte : le rêve, l’idéal, l’espoir, la fuite vers une vie meilleure, à travers le personnage d’Anna. En effet, Auster nous propose deux visions du comportement humain dans ce processus de destruction. Il y a des personnages comme Ferdinand, Dujardin (qui tente de vendre Anna aux bouchers), ces personnages qui cèdent à l’horreur. Puis il y a Anna, qui décide de lutter, d’espérer, de voir la lumière parmi l’obscurité. A la fin du roman, Anna et ses compagnons décident de fuir cette cité, s’entrouvre l’espoir d’une nouvelle vie. Dans les dernières lignes, Anna dit : « Tout est possible, ce qui est à peu près la même chose que rien, à peu près la même chose que de naître dans un monde qui n’a encore jamais existé » (Page 254). Anna ne veut pas céder à l’illusion mais croit en l’espoir d’une renaissance, ailleurs. Cette fuite apparait comme un dernier élan de survie : « Tout ce que je demande à présent, c’est la chance de vivre un jour de plus.» (Page 254). Anna ne veut pas céder au chaos non plus et lutte pour la vie, pour une vie future. Le roman se termine sur le départ imminent des personnages. Alors que le récit se clôt, une porte semble s’ouvrir pour les personnages. Par ailleurs, il ne faut pas négliger le parcours interne du personnage. En effet, ce roman apparait également comme un parcours initiatique pour Anna. Claude Grimal suggère de voir Anna « non pas brisée mais sauvée ». Il fait référence à l’œuvre de John Bunyan, Voyage du pèlerin (XVIIe siècle), où « le personnage quitte la Cité de la Destruction pour se mettre en route vers la Cité Céleste ; il rencontrera de nombreux obstacles ». La Cité de la Destruction, dans laquelle Anna arrive, représenterait « une étape sur le chemin de la Cité Céleste, […] un passage obligé, un exercice spirituel, la perte d’une illusion. » Ce pays des Dernières Choses représenterait alors pour Anna, « petite fille de riches » comme elle se décrit à un moment dans le roman, comme une étape vers l’âge adulte. La cité dans laquelle elle se trouve détruit ses illusions et la pousse à lutter, à devenir plus forte, plus autonome. Elle quitte l’enfance douillette dans laquelle elle a été bercée, pour construire sa vie de femme, non sans douleur. Dans le chemin initiatique traditionnel, le héros subit l’isolement, la douleur et même la mort – symbolique ‒ afin de renaitre. Anna a bien conscience de cette étape à franchir, elle-même écrit : « pour vivre, tu dois te faire mourir » (Page 34). Anna meurt symboliquement dans cette ville mais en réchappe, elle renait (de ses douleurs, de ses pertes, de sa chute presque mortelle). Chemin initiatique également car, malgré les souffrances et les horreurs qu’elle rencontre au long de son parcours, Anna connait amour et amitié, construit des relations solides, construit sa vie future. Et c’est finalement parce qu’Anna s’en sort toujours, renait parmi le chaos que l’espoir est permis au lecteur. L’espoir qu’Anna trouve une vie meilleure après son départ. L’espoir qu’elle atteigne La Cité Céleste. Et il s’agit bien de ce parcours interne qu’opère Anna qui est exposé dans la traduction française du titre : Le Voyage d’Anna Blume. Au-delà d’une dystopie et d’un parcours initiatique, Le Voyage d’Anna Blume présente également une interrogation sur le langage, sur les mots et leur représentation. Dans ce pays en décomposition, ce n’est pas seulement, les rues, les bâtiments, les comportements humains qui se dégradent progressivement, mais aussi le langage. La question étant finalement comment mettre des mots sur ce qui n’est plus ? Mais aussi, comment quelque chose peut exister sans nom, sans existence linguistique ? Lorsqu’Anna, aux pages 120-121, après la mort d’Isabelle décide de repartir, elle demande à un garde s’il n’est pas possible de repartir en avion, celui-ci lui demande ce qu’est un avion. Il a oublié et de ce fait, ni l’objet, ni le nom n’existent plus et semblent n’avoir jamais existé. Ainsi Anna explique : « Ce n’est pas seulement les choses qui disparaissent – mais lorsqu’elles sont parties, le souvenir qu’on en a s’évanouit aussi. Des zones obscures se forment dans ton cerveau, et à moins que tu ne fasses un effort constant pour te rappeler les choses qui ont disparu, elles se perdent aussi pour toi à jamais. » (Page 121). Et elle poursuit : « Comment parler à quelqu’un d’avion, par exemple, s’il ne sait pas ce qu’est un avion C’est un processus lent, mais inéluctable, d’effacement. Les mots ont tendance à durer un peu plus longtemps que les choses, mais ils finissent aussi par s’évanouir en même temps que les images qu’ils évoquaient jadis. Des catégories entières d’objets disparaissent […] et pendant quelques temps on peut reconnaitre ces mots même si on ne peut se rappeler ce qu’ils signifient. Mais ensuite, petit à petit, les mots deviennent uniquement des sons, une distribution aléatoire de palatales et de fricatives, une tempête de phonèmes qui tourbillonnent, jusqu’à ce qu’enfin le tout s’effondre en charabia. » (Pages 123-124) Ainsi le langage apparait comme une survivance d’un monde passé. Ce qui est dit, ce qui est nommé est ce qui continue à exister. Pour les objets disparus, les mots s’oublient et n’existent plus. Et comme le dira Anna : « Rien ne revient de l’oubli. » Alors Anna écrit, donne voix, met mot sur ce qui disparait : « Si je n’écris pas les choses telles qu’elles se présentent à moi, j’ai l’impression que je les perdrai définitivement. » (Page 57). Anna met mot, pour se souvenir, pour survivre et faire survivre ce qui l’entoure. Pour que finalement, rien ne tombe dans l’oubli. Ainsi le langage, les mots apparaissent comme seule force possible de contrer l’oubli et la disparition. Mettre mot sur les choses, c’est appréhender le monde et ainsi interroger le langage, c’est interroger le monde. Ainsi Paul Auster signe à nouveau une œuvre terriblement poignante et réussit à en faire un récit intemporel, interrogeant autant le passé, le présent que les temps à venir. Le Voyage d’Anna Blume procurera le même frisson troublant, gardera la même force de réflexion, toute sa valeur et son sens au-delà de l’instant présent. Car nous serons toujours aux portes du chaos.

un flyer
02/05/13

Ce qui est fascinant, c'est ce monde kafkaïen où rien n'a vraiment de sens, ni de début ni de fin. Les règles ne sont pas vraiment édictées, mais il faut les suivre. La ville ou le pays sont des labyrinthes où Anna perd son lecteur et se perd. Comment se fournit-on de la nourriture ? Qui produit ce qui se vend ? Pourquoi les conditions de vies se sont-elles tellement dégradées ? Comme tout semble avoir basculé rapidement... L'atmosphère est quasi apocalyptique. Et toutes les questions restent en suspens...

Praline
07/04/11
 

Le voyage d’Anna Blume est un roman épistolaire bouleversant, sombre même, qui nous montre la traversée émotionnelle d’une jeune femme se retrouvant dans le Pays des Choses Dernières dans l’espoir de retrouver son frère disparu. Par ses souvenirs et son récit, nous entrevoyons un autre monde funeste et calamiteux qui est au fond le miroir de certains pays, petits et délabrés, qui nous sont étrangers. Le début est un peu confus, car nous ne savons rien de cet endroit, ni sa position, ni pour quelle raison cette ville s’est vue esquinter sans que personne ne lève le petit doigt. Dès les premières pages, nous nous retrouvons à cheminer dans des rues hasardeuses aux timbres insalubres tandis qu’Anna nous raconte le fonctionnement de cette cité, les endroits et les choses à éviter ainsi que les moyens de survie alors que tout n’est qu’un grand capharnaüm abandonné aux yeux du gouvernement. Aucune sortie, aucune aide. Aussitôt, la vastitude de la détresse qui encombre chaque coin de la métropole nous saute à la gorge : pour ma part, j’étais émue, choquée à l’occasion, j’aurais voulu leur tendre les bras pour les enlever aux mains des affres de l’indigence. Chaque faits et gestes des habitants démontrent leur martyre, mais c’est les entreprises de suicide ( oui, oui, vous avez bien compris ) qui illustrent avec davantage d’ampleur leur détresse psychologique. Des cliniques d’euthanasie jusqu’aux Sauteurs ( sauter des immeubles ) et aux Coureurs ( courir sans fin ), en passant par les Clubs d’assassinat, ces associations de suicide sont troublants et montrent d’une manière métaphorique comment certaines personnes sont prêtes à mourir pour s’enfuir hors de la souffrance quotidienne, quelle soit physique ou mentale. Par ailleurs, la vie quotidienne de ces gens est tout aussi déplorable : dormir dehors ou à l’intérieur des immeubles encore debout que les « gangs » peuvent ravir n’importe quand ; des postes de péages sinistres où les dictateurs de ces endroits peuvent demander ce qu’ils veulent ; l’insalubrité journalière ; les travaux tels que les ramasseurs d’ordures et les chasseurs d’objets, etc. Horrifiée déjà à ces images, je n’imagine pas l’horreur que les gens vivent réellement, chaque jour, au sein de cet endroit inhumain alors que des personnes ailleurs dans le monde se font bronzer avec quiétude au soleil. De ce fait, toute l’histoire nous est contée par une lettre, celle d’Anna, alors qu’elle s’adresse à un vieil amour de jeunesse, mais qui somme toute, est arrivé entre nos mains puisque nous lisons cette missive. Cette facette spécifique du roman gratifie le récit d’un cachet intimiste, nous plongeant davantage dans les émotions d’Anna qui nous dévoilent ses faiblesses, ses coups durs et ses instants de bonheur éphémère. Cette jeune femme, âgée de dix-neuf ans au début du livre, se dérobe de sa vie aisée pour s’en aller au sein de ce pays afin de retracer son frère, envoyé là-bas par sa fonction de journaliste, mais qui n’a pas donné de nouvelles depuis plus de six mois. Or, elle est confrontée au désespoir, à la souffrance physique, à la torture mentale ainsi qu’à une vie où le confort n’existe pas, où tout le monde a oublié les sentiments et les objets qui nous rendaient heureux. Brave, téméraire, elle avancera dans cette vision apocalyptique sans faillir, dénotant ainsi une grande sagacité chez elle. Peut-être plutôt pessimiste quant à l’avenir, ne voulant pas se laisser bercer par des illusions d’utopie, c’est grâce à de nombreux personnages qu’elle retrouvera cette flamme singulière : l’espoir d’un futur meilleur. Elle rencontrera d’abord Isabelle, cette dame âgée au cœur charitable, probablement quelques fois naïve, néanmoins douée d’une belle vivacité. Sa détérioration physique due à sa maladie m’a particulièrement émue, car j’avais toujours la vision éphémère de ma grand-mère décédée qui avait souffert de cette même affection. Toutefois, la seule chose que je regrette de la vie d’Isabelle est son infâme mari, solitaire, acariâtre et rébarbatif qui en fera voir de toutes les couleurs à la pauvre Anna. Ensuite, elle fera connaissance avec Samuel Farr, journaliste dont le rêve est de publier le livre en cours de rédaction qui témoigne de la détresse de chaque habitant. En sa compagnie, elle vivra de doux moments de bonheur emplit d’amour et de tendresse si rares en ces temps sépulcraux. Malheureusement, un incident l’emportera une nouvelle fois dans le gouffre de la lypémanie, à l’intérieur d’un hôpital dirigé par Victoria dont l’objectif est d’aider les habitants démunis. Elle y restera longtemps, assez longtemps pour se reconstruire et vivre un autre genre d’amour avec Victoria, un côté que j’ai abhorré, car selon ma perspective, si elle était amoureuse d’un homme, elle ne peut l’être d’une femme. Mais nous ne pouvons juger les comportements de ces habitants puisque ils demeurent dans un environnement qui affecte grandement ce qu’ils sont. Enfin, après plusieurs tumultes ( dont celui d’un jeune garçon perdu psychologiquement, en proie à une détresse qui le fera chavirer sur un chemin ténébreux ), de nouveaux instants de réjouissance peuplent le cœur d’Anna, qui verra finalement le voile se lever, faisant apparaître une légère lumière dans la noirceur de sa vie. Par conséquent, cette tendre Anna, m’a chavirée, émue et bouleversée. La fin nous laisse sur une note heureuse, mais incertaine, nous octroyant le droit d’imaginer s’ils réussissent à s’enfuir du Pays des Choses Dernières. Ce récit est à la fois une vision de la réalité outrageante de certains pays et également une quête de soi, la renaissance de l’espoir dans la noirceur, le cri implorant de centaine d’âmes qui veulent partager leur détresse pour que nous soyons plus conscients de notre chance. Par ailleurs, j’ai fait connaissance avec une plume souple, onctueuse et subtile, celle de Paul Auster. Il m’a troublée par son histoire et grâce à lui, je fais monter un nouveau livre dans mes coups de cœur, malgré la noirceur du récit. Un livre qui ramène durement au présent et que je vous conseille vivement de lire afin que vous voyez la chance que nous avons d’avoir un quotidien merveilleux, qui n’est qu’une utopie pour les habitants du Pays des Choses Dernières. Il me tarde désormais de me plonger dans La trilogie New-Yorkaise qui dort sans bruit dans ma bibliothèque ! Mes mots, un jour, s'envoleront hors de ma plume etvoyageront au gré de mes oeuvres...

Shana6
08/11/10
 

Format

  • Hauteur : 17.80 cm
  • Largeur : 11.00 cm
  • Poids : 0.12 kg

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