Les demeurees

BENAMEUR, JEANNE

livre les demeurees
EDITEUR : GALLIMARD
DATE DE PARUTION : 19/06/02
LES NOTES :

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4,20 €

SYNOPSIS :

La mère, La Varienne, c'est l'idiote du village. La petite, c'est Luce. Quelque chose en elle s'est arrêté. Pourtant, à deux, elles forment un bloc d'amour. Invicible. L'école menace cette fusion. L'institutrice, Mademoiselle Solange, veut arracher l'enfant à l'ignorance, car
le savoir est obligatoire. Mais peut-on franchir indemne le seuil de ce monde ? L'art de l'épure, quintessence d'émotion, tel est le secret des Demeurées. Jeanne Benameur, en dentellière, pose les mots avec une infinie pudeur et ceux-ci viennent se nouer dans la gorge.
20 personnes en parlent

On m’avait dit : « Lis ça, tu vas adorer ! » On m’avait dit : « Il faut le lire d’une traite, en apnée. »Par contre on ne m’avait pas dit à quel point ce tout petit texte est bouleversant. On ne m’avait pas dit qu’il allait me prendre aux tripes. C’est toute la littérature que j’aime. Une écriture minuscule, faite de phrases courtes, ciselées et imparables. Tout est gratté jusqu’à l’os, pas un mot de trop. Le genre d’ouvrage qui me conforte dans l’idée qu’il n’y a pas de plus belle activité que la lecture. Simplement sublime.

jerome60
06/12/12
 

Dès les premiers lignes de ce court roman (81 pages), Jeanne Benameur nous emporte avec elle dans cette histoire émouvante. Charriés par sa poésie, nous dévalons avec avidité le cours de ce fleuve de mots emplis d’humanité et de liberté. C’est un véritable coup de coeur pour la grandeur de ce petit récit, d’une intensité émotionnelle incroyable et d’une intelligence indéniable.La Varienne, c’est comme cela qu’on l’a appelé, vit sa vie avec sa fille, sans penser, sans parler, sans montrer ses émotions. Elle est « la demeurée », « l’abrutie ». Sa fille cherche à chaque instant un signe, une émotion, un regard … mais rien. Pourtant ça n’enlève rien à l’amour pur qui les unit. Mais le jour où Luce va à l’école car c’est obligatoire, La Varienne est désemparée et reste plantée dans la rue à l’attendre. Le sentiment de manque qu’elle ne connaissait pas s’insinue en elle et c’est alors une grande souffrance qui s’empare de tout son être. Luce est aussi triste et blessée à vif par cette séparation et reste totalement hermétique, de par sa volonté : « Elle fait mur. Aucun savoir n’entrera. L’école ne l’aura pas. » Pour elle, si elle apprend elle s’éloigne de sa mère, et elle ne veut pas. Leur amour est fusionnel, inconditionnel. Elles ne sont bien qu’ensembles.Mademoiselle Solange, l’institutrice, va tenter de prendre Luce sous son aile après l’école avec l’accord de sa mère qu’elle est allée convaincre, pour lui transmettre son savoir. Très vite Luce va tomber malade et se retrouver à rester chez elle. Elle ne retournera pas à l’école, elle ne le veut pas. Sa mère restera à son chevet, apprenant la douceur en prenant soin de sa petite. » Le savoir ne les intéresse pas. Elles vivent une connaissance que personne ne peut approcher. Qui était-elle, elle, pour pouvoir toucher une telle merveille . Comme elle a été naïve de croire qu’elle pouvait apporter à un être quelque chose de plus ! La petite est comblée. De tout temps comblée et si elle l’ignorait, en la faisant venir ici, dans cette école, elle le lui a appris. C’est la seule chose qu’elle lui ait enseignée sans le savoir : une douleur et un bonheur intense. Savoir qu’on manque à quelqu’un, que quelqu’un nous manque. »Tous ses évènements ne vont qu’amplifier leur besoin de rester unies et toutes les deux. Elles ont connu ce sentiment de manque insupportable lorsque Luce était à l’école. Désormais Luce est rétablie et elles vivent leur vie tranquillement chez elle, loin des autres, unies à jamais.Luce commencera à chantonner, chantonner les mots qu’elle a entendus. Elle se rendra compte rapidement que tous ces mots refoulés qui lui venaient de l’école, tous ces cours, sont bien ancrés en elle. Malgré elle, malgré qu’elle les ait rejetés le plus fort possible, elle a appris, elle possède un savoir, et elle aime cela. Elle le savait, mais pour elle il était un danger pour sa mère et elle, alors elle l’a chassé, enfouie en elle, hors de sa conscience. Maintenant qu’il refait surface, elle le prend à bras le corps et veut apprendre. Elle s’initiera à la broderie avec du fil que ramènera La Varienne. Ce sera alors son secret et elle continuera par la broderie son apprentissage des mots loin des yeux de sa mère, de l’alphabet pour commencer. Elle aura protégé sa mère, protégé leur amour, gardé intact la pureté de leur lien, tout en ayant le plaisir du savoir et de la connaissance. L’institutrice quant à elle vivra avec douleur son échec, pensant qu’elle a eu tort de vouloir forcer un apprentissage, elle en perdra la raison de culpabilité.Je ne vais pas en dire davantage mais la suite et la fin sont un condensé de beauté, de tristesse mêlée, des émotions à fleur de peau qui vous envahissent en un instant, vous laissant dans une sensation de plaisir littéraire intense. La plume de Jeanne Benameur est une merveille, sa poésie a un impact sur moi incroyable. Je savoure encore ses mots, ses messages, toute cette humanité qui explose, tout ce désir de liberté individuelle qui crie son existence et tout la beauté de la simplicité ! D’une grande pudeur, d’une sensibilité puissante, je vous conseille de tout mon coeur cet ouvrage magnifique !

lauredanse
03/04/13
 

«Les sons se hissent, trébuchent, tombent derrière la lèvre. Abrutie.» L'abrutie c'est La Varienne, l'idiote du village. Et La Varienne a une fille, la petite Luce. Sans doute abrutie elle aussi. Car pour les gens d'ici, c'est simple : l'enfant d'un demeuré est un demeuré. Pourtant la petite pourrait apprendre, peut-être. Mademoiselle Solange, l'institutrice, en est convaincue. Mais pour la petite, apprendre serait trahir sa mère. Alors «elle n'apprendra rien. Rien et rien. Elle restera toujours avec sa Varienne. Toujours.»«Mademoiselle Solange soupçonne qu'au fond de la tête de cette enfant se niche une dureté têtue, une obstination qu'il s'agirait de vaincre. Luce n'apprend rien. Luce ne retient rien. Elle fait montre d'une faculté d'oubli très rare : un don d'ignorance. Des enfants que l'étude n'intéresse pas, Mademoiselle Solange en a rencontré, en face d'elle, dans les rangées bien alignées. C'était bêtise, c'était paresse.Avec Luce, il s'agit d'autre chose.»L'écriture de Jeanne Benameur est d'une grande précision, toute en suggestion, sans démonstration. En 80 pages elle dresse le portrait plein de délicatesse d'un amour filial, un amour originel, instinctif, indéfectible, mystique presque, un amour qui se suffit à lui-même, un amour qui veut et peut se passer du monde. Il ne faut pas en dire plus. Sachez seulement que le final est superbe et m'a laissée pantoise et émue.

Kara
14/01/09
 

C'est l'histoire d'un trio féminin -deux adultes et une fillette- instable parce qu'il n'existe que sous la forme 2+1. La Varienne, femme socialement isolée et déficiente, couve La Petite (sa fille issue d'une histoire sans lendemain) comme une louve protège sa progéniture. Non scolarisée, peu au contact des enfants de sa génération, la fillette grandit loin de tous et du monde de l'instruction. Mais Mademoiselle Solange, institutrice du village en a décidé autrement, quitte à briser l'équilibre fragile établi entre la mère et la fille.Tout est beau dans ce roman où la forme accompagne le fond. Jeanne Benameur a l'art de distribuer avec parcimonie les mots pour donner corps à son texte, pour renforcer leur pouvoir et leur signification. L'étude des personnages est parfaitement équilibrée : l'une plonge pendant que l'autre prend vie. Ces vases communicants humains donnent un rythme dans la narration, accompagnent l'intrigue. Les images de la femme et de la mère ne sont pas dénaturées. Une totale réussite !

Cave
19/11/15
 

Une mère et sa fille : deux êtres reliés par le sang. La Varienne et son enfant prénommée Luce. Deux entités jumelées par ce qu’elles inspirent chez les villageois : indifférence, questionnement ou crainte.Chaque village, chaque bourg, chaque hameau a son idiot, son demeuré. Un individu qui tient le rôle de l’imbécile, de l’abruti de service. Celui qui rassure car on se croit forcément plus « intelligent » que lui. Ici, c’est la Varienne. Une femme transparente aux yeux des autres, tellement mise à l’écart qu’elle en est venue à s’isoler elle-même avec son enfant dans un mutisme protecteur. Le silence les habille toutes deux. Recluses dans un cocon qu’elles ont lentement élaboré, elles chérissent une solitude apaisante. Mais toutes les bonnes choses ont une fin…Luce est en âge d’aller à l’école et de franchir l’enceinte jadis interdite à la Varienne : celle du savoir. Mademoiselle Solange, l’institutrice, se fait pressante pour que l’enfant intègre sa classe. La mère, dépossédée de la chair de sa chair, voit l’autarcie délicieuse dans laquelle elles baignent s’assècher peu à peu. La frontière qui la protégeait de l’Extérieur n’est plus.Molestée par sa peur de l'inconnu et l'obligation de se conformer aux règles, La Varienne souffre. Nul ne peut imaginer comment va évoluer la rencontre entre ces deux univers. Celui d’une mère et sa fille vivant dans l’ombre et l’autre : public, exposé à la lumière et à la foule.A pas feutrés, Jeanne Bennameur qui fut elle-même enseignante, invite le lecteur à franchir le seuil de l’intime propre à ces trois personnages féminins. Portés par une musicalité infinie et une grande poésie, leurs portraits esquissés avec délicatesse sont saisissants d’émotions.Le thème de la différence est magnifiquement mis en exergue dans le récit : différence dans la façon de vivre ou dans la manière d’intégrer de nouveaux apprentissages. L’auteure effleure avec pudeur les souffrances de ses enfants imperméables à l'enseignement scolaire. Ces laissés pour compte qualifiés souvent d' inadaptés auxquels une pédagogie collective et massive ne convient guère. Les Demeurées c’est aussi la transcription des chaînes indéfectibles et secrètes qui réunissent une mère et sa fille. Jeanne Bennameur réussit avec brio à décrire l’impalpable et les mystères insondables des liens maternels. Autant d’attaches organiques et fusionnelles qui échappent au rationnel et difficiles à mettre en mots. Rebelde

Rebelde
04/10/13
 

Alors, ces demeurées ?Il y a la mère, c'est la Varienne, l'idiote du village. Elle a une fille Luce, idiote, elle aussi, forcément ! Comment peut-il en être différemment ? Une demeurée fait une demeurée. C'est comme ça !Les choses se passent ainsi dans ce petit village qui possède deux demeurées et ne se pose aucune question. C'est dans l'ordre des chose.La Varienne et Luce sont demeurées, certes ! Elles ne parlent pas, il n'y a pas de mots entre elles mais ceux-ci ne sont pas nécessaires. Elles sont riches d'autre chose. Riches d'un lien inébranlable, d'un amour sans failles.Tout va bien pour elles jusqu'au jour où Luce prend le chemin de l'école. Leur équilibre établi depuis longue date s'ébranle. Les mots rentrent dans la danse. L'institutrice s'intéresse énormément à Luce et cherche à tout prix à l'aider, à la mener au savoir. Mais à quel prix ? C'est un très court roman (85 pages) mais d'une grande force.A chaque fois que j'ai pu lire des billets sur Jeanne Benameur, il était immanquablement question de son écriture. Une écriture magnifique, qui touche et emporte.Maintenant, je comprends. Et je plussoie !Oui, il y a une grande force qui se dégage de cette écriture. Une écriture simple, faite de peu de mots mais qui exprime tant ! Un talent fou à manier intelligemment les mots.La lecture de ce roman fut pour moi un très grand moment de lecture.Et encore plus maintenant. Ce livre gagne en puissance avec le temps. Je l'ai refermé il y a plusieurs semaines déjà et je me sens toujours touchée lorsque j'y repense.Bilan très positif pour moi ! Il faut absolument que je continue ma découverte ...

faurelix
02/06/13
 

Cela fait deux samedis soirs en suivant que je lis un récit assez court, un petit livre, pour lire vite et bien. Deux samedis que je referme le livre au bout d'une heure à peine, les larmes aux yeux et la gorge nouée. La semaine dernière, c'était Les trois lumières de Claire Keegan, cette semaine ce sont Les demeurées de Jeanne Benameur qui sont venues me cueillir par surprise. C'est pour cela que je me suis "contentée" de reprendre la quatrième de couverture pour présenter le livre. Elle dit bien la sensibilité et les émotions qui naissent de la plume de Jeanne Benameur. Amour maternel, amour inexprimé, parce qu'inexprimable, amour presque animal. Instinct de protection, instinct de survie. Douceur et obstination d'une institutrice qui ne peut comprendre qu'un enfant refuse d'apprendre et qui se laisse rouler jusqu'aux bords de la folie pour percer le secret des demeurées. Il y a bien une ressemblance entre ces deux livres de samedi soir : c'est que les personnages sont des lumières les uns pour les autres, qu'ils s'éclairent et se laissent éclairer les uns les autres. (D'ailleurs la petite fille ici s'appelle Luce...) Des personnages qui se révèlent, qui sortent de leur gangue, qui entrent dans un autre monde. Et ce sont deux livres portés par une écriture poétique, toute en non-dits, en ombres et lumières. Jeanne Benameur avait su me séduire avec Les insurrections singulières. Elle m'a conquise avec ces Demeurées. Je ne sais pas en dire beaucoup plus, sauf : lisez-le ! Anne

Anne7500
21/08/11
 

Relation fusionnelle entre une mère et sa fille Luce vit avec sa mère qui est une simple d'esprit. Ce handicap de sa mère ne l'a pas empêchée d'être aimée et bien élevée. Mais lorsque l'institutrice insiste pour que Luce se rende à l'école, tout s'effondre...De la poésie et de l'émotion qui attrapent le lecteur au cœur tant l'amour entre la mère et la fille est fort.

beraud@archimed.fr
28/03/16
 

Quel lien que celui de cette mère avec sa fille ! Sans parole, juste des regards et quelques gestes.Heureusement, l’école laïque et républicaine est là pour aider Luce à sortir de sa condition. Un peu cliché, non ? Et pourtant, en phrases ciselées, Jeanne Benameur rend cette histoire plausible et belle.L’image que je retiendrai :Celle de la déclinaison du verbe demeurer. Alex-Mot-à-Motshttp://alexmotamots.wordpress.com

AlexMotaMots
25/06/15
 

La Varienne n’a pas appris les mots, elle ne sait ni lire ni écrire. Elle a plutôt cet instinct animal de protéger son petit. Alors, elle communique avec sa fille Luce par les étreintes et les émotions. Elles vivent toutes deux dans leur monde.Lorsque Luce doit aller à l’école, c’est le déchirement, la peur de l’inconnu. La Varienne attend, Luce refuse d’apprendre ces mots qui vont l’emporter dans un monde où sa mère n’a pas sa place.Mademoiselle Solange, l’institutrice ne peut renoncer. Mais on n’oblige pas à apprendre." On ne fait pas accéder au savoir les êtres malgré eux, mon petit. Cela ne serait pas du bonheur et apprendre est une joie, avant tout une joie."L’éducation transforme, modèle les hommes. Ce qui est accepté par la majorité des enfants ne peut l’être par Luce car la frontière entre son monde et celui des autres est trop marquée. Elle qui a été bercée par la chaleur humaine ne peut réagir qu’à une émotion forte. Et c’est guidée par l’émotion qu’elle trouvera le chemin de la connaissance.Ce sujet est admirablement servi par le style riche, vivant et plein d’émotions de Jeanne Benameur.

jostein
27/01/14
 

Un roman tout en subtilité, l'histoire de deux demeurées que l'amour maternel et filial est plus fort que tout le reste du monde.Tout y compris s'ouvrir au monde extérieur, car demeurées elles le sont, car mises à l'écart dans leur village, mais ne le sont pas au sein de leur maison.C'est poétique et triste à la fois, car Mademoiselle Solange, comprenant cela, fait tout pour les ouvrir au monde extérieur. S'ensuivra le destin de chacune des trois, qui nous est raconté en quintescence de ce petit livre.Une belle écriture et un thème difficile abordé avec douceur.

94sophie947708
28/07/13
 

A force d'entendre parler de ce livre, je m'en suis peut être construit une image trop idéalisée.... bref, je dois dire que si j'ai eu un gros coup de coeur pour l'histoire (comment ne pas être touchée par le personnage de Luce, enfermée dans son monde sans vie et sans parole et par celui de l'institutrice qui, persuadée que Luce peut apprendre et qui fait tout pour venir la chercher) par contre, j'ai été plutôt désappointée par la forme; je comprends que l'auteur ait eu à coeur de ne pas tomber dans la mièvrerie; ce style sec , claquant , à la limite de l'impersonnel m'a gâché mon plaisir de lectrice. Cela n'empêche pas que l'auteur soit intéressante, ainsi j'ai beaucoup aimé les Insurrections singulières et actuellement je lis Profanes qui est écrit dans un tout autre style!

dvan
03/03/13
 

Je ne suis guère amatrice du style de Benameur, style dans le sens écriture mais aussi dans le sens "j'ai un message à faire passer". J'ai d'ailleurs longtemps attendu avant de prendre mes marques.En définitive, c'est justement quand l'auteur n'insiste pas lourdement que l'on finit par être touché par ce qui est en train de se jouer, car l'histoire est un tel stéréotype qu'il y aurait de quoi désespérer. C'est entre les lignes, au-delà de la volonté de l'auteur que j'ai trouvé un début de bonheur.Si j'ai aimé ce livre, c'est surtout pour son finale et vraisemblablement pas pour les raisons qu'avaient imaginées l'auteur...

mycupoftea
17/01/13
 

Abrutie, la Varienne, qui vit dans un silence opaque. Abrutie, Luce, sa fille, qui ferme ses oreilles aux mots de l’institutrice, Melle Solange. En pédagogue convaincue, celle-ci s’efforce à tout prix de lui apprendre à lire et écrire, c’est son devoir. C’est sans compter sur le pouvoir de résistance de Luce : apprendre lui fait peur, tant les mots l’éloignent de sa mère, irrémédiablement. Aussi, elle se mure au fond d’elle-même pour échapper au savoir. Jusqu’au jour où Mlle Solange écrit le nom de Luce au tableau et force la petite à l’écrire. C’en est trop. Le nom ainsi affiché marque en lettres de craie un non-dit, vient révéler le secret de l’enfant. Au fur et à mesure que Luce s’affaiblit jusqu’à ne plus pouvoir venir à l’école, Mlle Solange perd sa foi de pédagogue et s’étiole progressivement : elle exigeait le meilleur de Luce, voilà qu’elle lui oppose une résistance passive. Mais Luce va découvrir, à la faveur d’un événement inattendu, que les mots de l’institutrice ne sont pas morts : ils sont toujours là, en elle, et ne demandent qu’à éclore…« Les demeurées » est un magnifique roman très court écrit par Jeanne Benameur. Guidée par une plume âpre, exigeante, emplie d’une poésie et d’une tendresse éblouissantes, l’auteure a su décrire l’éveil au savoir d’une petite fille, dans toutes ses difficultés, mais aussi dans son potentiel de promesses. Elle pose avec brio et sans jargon aucun les grandes difficultés que peut rencontrer l’apprenant au seuil de l’apprendre à lire-écrire : pourquoi consentir à un tel effort quand ce savoir viendrait éloigner de l’autre, parce qu’il vient révéler un secret originel qui pourrait détruire ?« Les demeurées » est un chant d’espoir, tant pour l’apprenant que pour le pédagogue. Ne jamais forcer le désir d’apprendre, c’est ce qu’un des professeurs de Mlle Solange lui avait appris. En acceptant, bien malgré elle, cette résistance, le désir de Luce peut s’éveiller, autrement. Un désir dont la petite accepte les risques, mais un désir risqué pour l’autre… Seraphita

Seraphita
12/04/12
 

Un conte, une fable, entre roman et poésie, ce petit livre est un choc. Avec son écriture épurée Jeanne Benameur entraîne le lecteur dans un village, ou une femme, l'idiote du village, une des demeurées, vit avec sa fille, enfant d'un viol perpétré par un ivrogne. Lorsque l'enfant doit aller à l'école, l'équilibre est rompu. L'institutrice veut absolument apprendre à l'enfant à écrire son nom, elle provoque un blocage chez l'enfant, qui s'enfuit et se mure dans sa maison. Devant son échec l'institutrice, tombe malade. Entretemps l'enfant se met à écrire et découvrir les mots à travers des travaux de broderie, dans lesquels elle excelle, elle écrit le prénom de la maîtresse sur un mouchoir. Lorsqu'elle le découvre l'institutrice se rue pour aller voir l'enfant c'est alors qu'elle est renversée et tuée par le camion du laitier. L'enfant se rend tous les jours sur la tombe de Mademoiselle Solange pour réciter les mots. Ce livre est la démonstration que l'enseignement ne passe pas toujours par les obligations, mais qu'il faut savoir provoquer l'envie.

JoelC17
09/04/12
 

Les demeurés de Jeanne BenameurLes Demeurées est le premier roman pour adultes que signe Jeanne Benameur. Auparavant, elle a publié de la poésie (Naissance de l'oubli), des pièces de théâtre (Fille d'Ulysse) et des nouvelles (Une bouffée de lilas), mais surtout de nombreux ouvrages pour la jeunesse (...Ça t'apprendra à vivre), tous profondément ancrés dans l'humain. Les demeurées, ce sont une idiote du village et sa fille. Entre ces deux êtres d'infortune, nulle parole. Leur amour est silencieux, bâti sur leur seule présence l'une à l'autre. Leur vie recluse, solitaire, doit cependant prendre fin lorsque la petite Luce prend le chemin de l'école. Là, le monde l'attend et mademoiselle Solange, l'institutrice, est décidée à rompre l'ignorance, à faire jaillir les mots. La Varienne et sa fille vivent cette intrusion de l'extérieur comme une menace. Ensemble, elles renforceront leur lien qui les unit : un amour quasi mystique, indéfectible, originel. Beaucoup d'émotions dans ce livre Nena

nena1
09/03/11
 

La mère, c’est La Varienne, c'est l'idiote du village, la demeurée. Il y a sa fille Luce et le lien qui les unit est fort, de cet amour que rien ne peut détruire. Mais leur monde où les mots n’ont pas leur place est menacé quand Luce doit aller à l’école. L'institutrice, Mademoiselle Solange, veut faire son devoir et inculquer à la petite la connaissance. Ce livre est une grande claque ! Je l’ai lu en apnée, je l’ai refermé abasourdie…. On parle souvent de la puissance des mots mais ici la relation fusionnelle entre La Varienne et Luce se passe de mots. Elles se comprennent, s’aiment à travers les gestes, les comportements, les regards et les silences : « les mots n’ont pas lieu d’être. Ils sont ». Elles vivent de ce bonheur silencieux d’être toutes les deux. Quand Luce va aller pour la première fois à l’école, sa mère sera déstabilisée de cette coupure de quelques heures. Luce va entrer en résistance contre les mots, les fuir, les oublier. Elle est Luce et non pas Luce M. comme l’a écrit Mademoiselle Solange au tableau. Combat de l’instruction et celui d’un bonheur à préserver à tout prix. Est-ce que Luce accèdera aux mots et si oui à quel prix ? Je n’en dirai pas plus sur cette histoire très belle sauf qu’elle fait partie de ces textes dont la force est dans l’écriture. Des phrases très courtes, une écriture épurée où les mots sonnent par leur justesse et se font précieux.Tout simplement magnifique… http://fibromaman.blogspot.com/

clarac
14/10/10
 

Ce court roman est comme une plongée en apnée dans un autre monde, un vrai livre coup de poing qui oblige à changer son regard sur l'autre. Ici, les autres c'est ce couple fusionnel mère "demeurée", l'idiote du village - fille qui refuse le savoir obligatoire. Et après ? Qui sommes nous pour juger, nous immiscer dans leurs vies ? Melle Solange, l'institutrice, en paiera le prix fort...A petites touches, dans un style très personnel, épuré, Jeanne Benameur esquisse avec tendresse et retenue le portrait de ces femmes hors normes.

Iana
06/11/09
 

A force de lire vos billets enthousiastes sur l'auteure, j'ai eu envie de la découvrir. Mais je ne suis pas sûre d'avoir choisi le roman qu'il me fallait. Bien sûr, il y a le nombre de pages, à peine plus de quatre-vingt, c'est trop peu pour moi mais surtout, il y a cette mise à distance entre les personnages et le lecteur, ou en tout cas moi. J'ai eu l'impression d'être dans un conte où je ne pouvais ressentir d'empathie envers les personnages: la mère un peu étrange, la petite fille repliée sur elle-même et même Solange, l'institutrice qui ne se remet pas de son échec. Jeanne Benameur veut montrer la peur de certains apprenants et l'impuissance des enseignants et on ne peut qu'adhérer à son message. Malgré mes réticences, je ne peux qu'être d'accord avec vous: cette écriture est poétique mais je ne crois pas qu'elle me convienne.

cocalight
04/06/12
 

D'habitude les livres courts ne me plaisent pas. J'ai besoin d'avoir de la matière, des mots pour entrer dans l'histoire. Mais là Jeanne Benameur a réussi à me faire adhérer à cette intrigue en peu de pages. Quelle émotion à la fin ! C'est la gorge nouée que j'ai refermé ce roman.

leiloona
23/03/11
 

Format

  • Hauteur : 18.00 cm
  • Largeur : 11.00 cm
  • Poids : 0.07 kg