Les intellos precaires

RAMBACH, MARINE

livre les intellos precaires
EDITEUR : FAYARD
DATE DE PARUTION : 05/09/01
LES NOTES :

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SYNOPSIS :

Les intellos précaires n'existent pas dans le classement officiel des catégories sociales. ils occupent plusieurs emplois à la fois ou pas du tout, leur statut change sans cesse, ils ne savent souvent pas eux-mêmes quelle est leur situation légale et où ils doivent cotiser. la situation des intellos précaires n'est prise en compte nulle part. les assedic n'ont rien à leur proposer, ni les caisses de retraite, ni la sécurité sociale. sur le long terme, leurs droits sont inexistants, partiels ou dérisoires. contrairement aux intermittents du spectacle, les intermittents de l'intellect ne bénéficient souvent d'aucune protection. Le mode de vie des intellos précaires est celui d'enfants des classes aisées ou moyennes, habitués à un certain confort, à une consommation importante de produits culturels et de loisirs. mais leurs revenus ne sont pas à la hauteur. et on ne leur fait pas crédit. ils jouissent cependant d'un niveau de vie apparemment identique à celui qui était le leur lorsqu'ils dépendaient de leurs parents. Ils vivent en centre-ville, mais dans des studios minuscules où les livres s'entassent jusqu'au plafond. ils vont au cinéma, a chètent des livres , vont au restaurant. mais ils font leurs courses chez leader price, sautent le petit-déjeuner, dînent d'un plat de pâtes au beurre, trichent dans les transports en commun. ils n'ont pas de machine à laver, pas de baignoire, et surtout pas de voiture. mais ils sont peut-être abonnées au câble. ils ont internet. Dans
certains secteurs, les intellos précaires sont partout: l'enseignement privé et public, les collectivités locales, les associations, les ministères, la presse, l'édition, les entreprises de communication et de publicité, les entreprises culturelles. ils sont les petites mains indispensables du monde culturel français. ils hantent les rédactions, les couloirs des maisons d'édition, les salles des profs. mais ils ne restent pas. ils n'ont pas de bureau, changent de lycée. on les joint généralement sur leur portable. En fait, les intellos précaires sont très forts : ils sont diplômés, souvent très pointus, mais aussi incroyablement polyvalents. ils savent tout faire et, d'ailleurs, ils font tout. ils sont entreprenants, créatifs, ils sont super-doués, sauf pour se trouver une place de salarié. Les intellos précaires sont des hyperactifs et leur contribution est considérable dans les domaines des arts et des lettres, de la communication, du militantisme et de l'associatif, et récemment d'internet. ils fondent des médias, créent des spectacles, dirigent des groupes politiques. d'ailleurs, les intellos précaires sont reconnus. Parfois même connus. Et, pour cette raison même, ils ne sont jamais considérés comme des précaires. A la croisée de l' enquête et de la chronique, voici le portrait d'une génération. Anne rousseau et marie rambach sont deux intellos précaires. sous la signature d'anne rambach, il leur arrive d'écrire des romans policiers.
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Cet essai publié en 2001, eut une suite, publiée en 2009, « Les nouveaux intellos précaires ». Anne et Marine Rambach ont voulu montrer ici le grand écart qui existe entre la reconnaissance sociale, le statut auréolé du prestige des institutions ou des entreprises pour lesquelles ces « intellectuels précaires » travaillent (entreprises de l’audiovisuel ou de la presse, instituts de recherche, universités…), et leurs réelles conditions de vie matérielles. Faisant alors elles-mêmes partie de ce groupe, elles construisent un essai vivant et teinté d’humour, à partir de témoignages.En 2001, ce livre avait le mérite de mettre l’accent sur cette « catégorie », en réalité très hétéroclite, avant la médiatisation des conflits liés au statut des intermittents du spectacle, de pointer du doigt l’ampleur d’un phénomène qui concerne la culture, les medias, mais aussi le secteur public – universités par exemple, ou encore de montrer qu’un des effets pervers de la précarité est de produire des contenus intellectuels standardisés – ici en particulier dans la presse avec l’omniprésence des pigistes.Malheureusement cet essai manque d’une analyse rigoureuse de la catégorie qu’il prétend étudier, et donne ainsi à lire un contenu hétéroclite, et de plus très délayé. Il met en lumière les dégâts de la libéralisation mais sans perspective sur la marchandisation et la paupérisation de la culture, dont il est lui-même une sorte de produit … car il faut bien vivre, comme Anne et Marine Rambach l’expliquent avec franchise en introduction.

MarianneL
25/08/13
 

Sous ces deux termes en apparence antinomiques se cache une réalité sociale et économique. La précarité de l’intellectuel est le résultat d’une politique orientée vers la rentabilité à tout prix, au profit de l’actionnariat et au détriment de la dimension humaine et sociale de l’entreprise (sauf lorsqu’il s’agit d’une jeune structure ou d’une association, elle-même précaire, qui induit celle de ses intellos). À défaut d’avoir fait une analyse sociologique en bonne et due forme, Anne et Marine Rambach ont sorti du placard l’une des conséquences du régime capitaliste que nous absorbons chaque jour à petite dose : l’externalisation des compétences. Au même titre que la délocalisation, la baisse de la qualité au mépris de la sécurité et de la santé du travailleur et du consommateur, la recherche impérative de la croissance économique (par l’obsolescence programmée ou l’injection de dépendance), la précarité est une réponse économique pour être rentable et conquérir toujours plus de place sur les « marchés » ultra-concurrentiels.Ceux qui investissent sur les biens, les services et les êtres humains pour bâtir leur fortune l’appellent flexibilité et mobilité. Pour ceux qui la subissent – et ils sont certainement majoritaires – c’est la précarité. Les CDI, s’ils ne sont pas raflés par un plan social, sont progressivement remplacés par des travailleurs à domicile, des free lance (ou des auto-entrepreneurs) dont les charges sociales et les contraintes sont inexistantes ; les journalistes sont plus compétents lorsqu’ils sont pigistes, car moins sédentaires ; même les CDD sont remplacés par des stagiaires qui occupent à tour de rôle un poste à l’année. Dans cette logique ultra libérale, ce sont évidemment les entreprises qui tiennent d’une main de fer le rapport de force avec les nombreux candidats à la précarité (à défaut d’avoir pu mettre les deux pieds dans l’entreprise avec un CDI utopique, ou au moins un CDD).Grâce à la précarité, les entreprises suppriment leur devoir de nourrir, de protéger et d’assurer la retraite de leurs salariés. Désormais, on dispose et on impose selon les besoins immédiats de l’activité. Désormais, les salariés, tout comme leurs outils de travail et leurs locaux (bref, leurs conditions de travail), ne représentent plus un investissement mais seulement une charge ; on investit plus que dans les actions et les fonds financiers.Et parmi les employeurs visés, Anne et Marine Rambach s’en prennent violemment au premier d’entre eux : l’État, qui abuse des CDD consécutifs, des postes vacataires et se permet des retards de paiement.La précarité induit une concurrence extrême entre les précaires qui se battent pour une pige ou une traduction payée au lance pierres ; la précarité tue les droits sociaux et la sécurité de l’emploi que chacun mérite en échange de sa force de travail (qu’elle soit physique ou intellectuelle). La précarité tue la solidarité, muselle les travailleurs qui n’existent pas sur les plans social, économique, politique et médiatique. Ces travailleurs n’existent même pas pour les organismes publics, comme la Sécurité sociale et le Pôle emploi, ce qui entraîne des flous plus ou moins artistiques en termes de rémunération. Cette non-représentation permet aux entreprises de continuer, en toute impunité, à piocher dans le tas de précaires pour remplir les tâches sous-investies ; les précaires eux-mêmes ne se reconnaissaient pas en tant que tels, avant cette enquête, et ne se sont jamais syndiqués (mais par qui ?). Et la concurrence entraîne le nivellement par le bas des tarifs des piges, des feuillets, des heures d’enseignement qui rémunèrent les intellos précaires : « Le précaire précarise le précaire. »Qui sont les intellos précaires ? Auteurs, journalistes, traducteurs, rewriteurs, éditeurs, illustrateurs, photographes, scénaristes mais aussi chercheurs et enseignants, ils ont fait de longues études (de bac + à bac + 8) mais n’ont pas trouvé d’emploi fixe. Ils sont passionnés par leur métier et ont choisi de l’exercer sans considération des difficultés économiques à venir.Le mode de vie précaire engendre une succession de comportements plus ou moins volontaires : ils sont polyvalents et hyper-travailleurs, ils effectuent tantôt des travaux dits « alimentaires », tantôt des travaux qui les passionnent, parfois dans des secteurs radicalement opposés, ce qui permet difficilement de les comptabiliser. Bernard Lahire, dans La Condition littéraire, évoque cette « schizophrénie sociale » (que Bernard Lahire appelle « double vie »), puisque les auteurs sont en première ligne de la précarité des diplômés. Rares sont ceux qui vivent de leur écriture (Marc Lévy, malheureusement...) et la grande majorité exerce des métiers sans rapport direct avec leur passion de l’écriture.Ils vivent dans l’instant présent (selon les contrats qui se présentent) et cumulent un fort capital symbolique et des activités culturelles chronophages, au croisement entre les obligations du métier et la passion. L’intellectuel précaire se doit d’entretenir son réseau, car sans lui il n’est rien, puisqu’il lui permet de décrocher les contrats – et c’est probablement la plus grande difficulté des nouveaux intellos précaires. La précarité est bien souvent financière (d’où le développement du système D et de pratiques illégales) mais aussi statutaire : comment se projeter dans l’avenir si, à chaque instant, on est menacé de perdre des contrats ? Vivre avec quel argent en cas d’« accidents de la vie » ? Et comment avoir une retraite, quand l’activité professionnelle n’ouvre aucun droit ?Mais la précarité n’est pas forcément subie ; elle peut être un choix et présente des avantages, surtout quand le CDI en entreprise n’est plus le modèle économique qui séduit les jeunes générations. « Le modèle du travail salarié ne veut plus de nous ? Ça tombe bien : nous ne voulons plus de lui ! » L’entreprise est une désillusion : elle engendre le stress, le mal-être, le harcèlement moral, la sédentarité. Il faut respecter les codes sociaux et vestimentaires, veiller à éviter les conflits relationnels, et travailler dans des conditions de travail souvent mal vécues et qui ne laissent pas de place à la créativité et à l’originalité. L’entreprise est perçue comme une micro-société violente psychologiquement, où la guerre pour le pouvoir est perpétuelle ; le mode de fonctionnement est perçu comme rigide et sclérosé.Les intellos précaires ont des beaux métiers : être auteur pour donner à voir au-delà des apparences, être journaliste pour défendre la cause des opprimés ; être traducteur pour donner le texte à l’universalité ; être rewriteur pour permettre au texte de rencontrer le plus grand nombre de lecteurs ; être éditeur pour incarner le lien indispensable entre l’auteur et son lectorat. Nobles métiers, ô combien prestigieux ! « Surtout dans l’édition où tout le monde se la pète un peu parce qu’on fait des livres, pas de la pâtée pour chiens. »Oui, mais ! Anne et Marine Rambach pointent du doigt ce qu’elles appellent le grand écart social : les métiers sont valorisés socialement mais pas du tout financièrement. Et souvent, le prestige social fait office de rémunération ; comme si l’on ne se nourrissait exclusivement que des honneurs.Lisez la suite de la critique sur mon blog :http://www.bibliolingus.fr/les-intellos-precaires-anne-et-marine-rambach-a80136680

Lybertaire
12/03/13
 

Format

  • Hauteur : 23.50 cm
  • Largeur : 15.30 cm
  • Poids : 0.47 kg

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