Les livres de ma vie

MILLER, HENRY

livre les livres de ma vie
EDITEUR : GALLIMARD
DATE DE PARUTION : 18/05/06
LES NOTES :

à partir de
11,50 €

SYNOPSIS :

Qu'un écrivain aussi original, aussi peu suspect d'avoir subi des influences que Henry Miller établisse une liste des livres qui, à quelque titre, ont aidé à la formation de son esprit, il y a là, déjà, de quoi surprendre. On verra d'ailleurs que cette liste est curieuse : D. H. Lawrence voisine avec Rider Haggard (entre ce dernier et l'auteur de Nadja, Miller établit un curieux parallèle), Lao-tseu avec G. A. Henry, auteur de romans historiques, le Gallois John Cowper Powys avec Dostoïevski. Le lecteur français
ne manquera pas d'être flatté par la place importante donnée aux écrivains de son pays. On trouvera dans ce livre les éloges les plus émouvants et les plus justes de Céline, de Jean Giono, de Blaise Cendrars et de beaucoup d'autres. Mais ce livre n'est, en aucune façon, un ouvrage de critique littéraire. Le recensement de ses lectures est aussi, pour Miller, un prétexte à rechercher le temps perdu, à faire revivre ses années d'enfance et de jeunesse, la vie théâtrale à New York au cours des années 1900.
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La vie, la vie avant tout !Lisons de moins en moins, écrivons davantage de livres ! Voilà le cri qui résume le mieux Les livres de ma vie d'Henry Miller chez qui la primauté de la vie et de l'expérience prévalent sur tout. Quelques semaines après la lecture de cet essai, un mois après ma dernière critique, malgré ma boulimie de livres chronique, je vous avoue que je me range à ce conseil de Miller : prenez le temps de méditer sur ce que l'auteur vous dit, laissez flotter vos pensées, prenez un an pour lire un livre, méditez sur ce que l'auteur vous dit, construisez votre réflexion plutôt que de tout ingurgiter en voulant sauter l'étape de la digestion. Cherchez chez l'autre la sincérité, la pensée qui va vous nourrir et vous éveiller, apprenez à être touchés. Et puis écrivez ! Si Miller se pose en lecteur, c'est surtout en tant qu'auteur dont l'imaginaire et la pensée ont été nourris par des rencontres tant réelles qu'imaginaires avec des écrivains qui ont traversé sa vie. Evoquant la modification de ses lectures au fil des ans, de la lecture compulsive de la jeunesse à la quête de « l'élément fécondant » lorsqu'il devient écrivain, il nous parle beaucoup de l'écriture et de la force créatrice, avoue lire souvent « pour chercher une confirmation » de sa propre réflexion, et prône une lecture éveillée, dont le but est l'émancipation de l'être humain. Nous parlant ici de ses influences, curieux de ceux qui ont inspiré à d'autres ses livres préférés, Miller s'adresse finalement peut être autant aux écrivains qu'aux lecteurs, et en cela est à la fois fascinant et passionnant. « Un livre vit grâce à la recommandation passionnée qu'en fait un lecteur à un autre. »Il est de ces livres foisonnants qui, longtemps après les avoir lus, continuent à émailler nos pensées : Les Livres de ma vie est de ceux-là. Je vous parlais déjà dans mon article sur le Viva de Patrick Deville de mon intérêt pour les auteurs qui parlent de livres, pour la constitution pierre après pierre d'une bibliothèque idéale aux fondations toujours changeantes. Certaines phrases de nos livres nous percutent tellement que nous les recopions, les relisons, nous les remémorons à tel point qu'elles deviennent presque nôtres. Henry Miller met en lumière l'émotion que nous avons, parfois, à retrouver ces citations chez des auteurs que nous aimons. C'est cette émotion que je ressens quand il fait l'hommage de Giono, de Lawrence, de Whitman, de Dostoïevski, quand il évoque ces passages que j'ai lus moi aussi, lus et retenus avec soin. Je trouve toujours intéressant et enrichissant de savoir ce qu'un auteur pense d'un autre, et si certains des écrivains qui ont enrichi l'univers de lecteur de Miller me sont étrangers, ceux-là me parlent plus particulièrement. Leur hommage me touche autant qu'il leur apporte un éclairage nouveau, qui me révèle certains aspects de leur œuvre qui m'étaient jusqu'alors inconnus, et que pourtant par la voix de Miller, je trouve déjà familiers.Une partie différemment fascinante des Livres de ma vie est cette culture littéraire anglo-saxonne de la fin du 19e siècle qui ne parle pas à la lectrice du 21e siècle que je suis. Nombre d'écrivains anglais de l'époque me sont inconnus, et me semblent rares par le peu (ou l'absence) de traductions et d'éditions récentes de leurs œuvres. Pour en citer quelques-uns dans le désordre, très éloignés les uns des autres, je pense aux essayistes et romanciers Richard Jefferies, John Cowper Powys, ou bien l'auteur de roman d'aventures Rider Haggard. Ces auteurs, majeurs d'une façon ou d'une autre pour Miller, m'apparaissent comme un pan culturel lointain, à la fois important et presque inaccessible, et pourtant partie intégrante d'un foisonnement intellectuel riche et prolifique.L'homme exalté.« Quoi qu'il en fût, chaque fois que cela arrive, chaque fois qu'un livre s'acquiert immédiatement une audience universelle, on est je ne sais pourquoi convaincu qu'il reflète fidèlement la personnalité de l'auteur. C'est à croire que jusqu'à ce moment-là, l'homme n'existait pas. Ou peut-être convient-on que l'homme existait, mais pas l'écrivain. Et pourtant, si paradoxal que cela puisse sembler, l'écrivain existe avant l'homme. L'homme ne serait jamais devenu ce qu'il est s'il n'avait pas eu en lui le germe créateur. Il mène la vie qu'il rapporte en mots. Il rêve sa vie avant de la vivre ; il la rêve pour la vivre. »Au-delà du livre qu'il a entre les mains, attentif au mouvement, au changement, Miller cherche l'homme, indissociable de l'écrivain. Son amour de Cendrars – « de tous les auteurs modernes celui qui a été le plus près de nous révéler la source commune du verbe et de l'action » – est révélateur de cette quête : « Oui Cendrars est plein d'excroissances. Il y a des passages qui jaillissent du corps de son texte comme des tumeurs grandioses. Il y a des détours, des parenthèses, des digressions, qui sont l'embryon, la substance future de livres à venir. » Tant de matière, tant de vie, voilà qui séduit l'écrivain sulfureux dont la réputation que lui a faite la censure dissimule parfois la grande mystique. L'exaltation des sens et de la vie par Miller n'est pas sans rappeler celle qu'il admire chez Giono, la vision d'une vie cosmique qui relie la nature, les personnages, la pensée.Cette sorte de religiosité s'exprime par son intérêt parfois surprenant pour la pensée orientale, pour le surnaturel, pour l'ésotérisme, pour la fin du monde connu et la conquête de l'espace, la science-fiction, la littérature de l'imaginaire, le romanesque, à travers des lectures extrêmement diverses allant de Krishnamurti à Madame Blavatsky en passant par Maria Corelli et les romans populaires. Il y a chez Miller une fascination cultivée pour les aventuriers, les héros de l'Histoire et les créations littéraires de « figures sublimes » qui touche le jeune lecteur dans tout son être, alors que l'écrivain futur sera stimulé par-dessus tout par la vie et ne cherchera plus dans ses lectures qu'à extraire ce qui est vital.« Tout garçon digne de ce nom est un rebelle et un anarchiste »Prétexte à un nouvel exercice autobiographique et à une évocation parfois nostalgique de la jeunesse new-yorkaise de Miller, de ses livres d'aventures et de ses sorties au théâtre, Les livres de ma vie, loin d'un décevant culte de la jeunesse qui serait « désastreux », est plutôt un encouragement à se construire soi-même, une harangue contre les mauvais éducateurs, les mauvais pédagogues, les prescripteurs de tout poil dont l'enseignement est dépourvu de vision globale. Une plaisante et enthousiasmante anarchie, au sens philosophique du terme, proche de la démocratie selon Whitman (« J'espère qu'on comprend que par “démocratie” je veux dire un type d'individu indépendant et dont aucun gouvernement n'a pu encore éveiller suffisamment la loyauté pour faire de lui un citoyen. ») s'immisce entre les pages d'un texte qui n'a de cesse de nous exhorter à aller à délaisser la littérature caduque qui prolifère dans les cabinets d'aisance des lecteurs, à concentrer sur l'essentiel, et à vivre !Mais je m'arrête ici, et vous laisse découvrir la suite par vous-mêmes...« Dès l'instant que vous recommandez trop chaleureusement un livre, vous éveillez chez votre interlocuteur une certaine résistance. Il faut savoir administrer les éloges et les doser, calculer la durée du traitement. »

Loudev
15/05/15
 

Format

  • Hauteur : 20.50 cm
  • Largeur : 12.70 cm
  • Poids : 0.49 kg