Les revoltes de villefranche ; mutinerie d'un bataillon de waffen-ss septembre 1943

GRMEK, MIRKO D ; LAMBRICHS, LOUISE L.

livre les revoltes de villefranche ; mutinerie d'un bataillon de waffen-ss septembre 1943
EDITEUR : SEUIL
DATE DE PARUTION : 06/02/98
LES NOTES :

à partir de
22,10 €

SYNOPSIS :

Le 17 septembre 1943, une mutinerie a lieu dans une division SS à Villefranche-de-Rouergue (sud-ouest de la France). Suivant un projet de Himmler, cette division est composée en majorité de Croates musulmans recrutés de force. Les révoltés tuent cinq officiers allemands, se rendent pendant quelques heures maîtres de la ville, puis sont victimes d'une répression massive. Une vingtaine d'entre eux seront exécutés sur place, les autres seront déportés dans les camps de la mort. Cette affaire, gênante pour toutes les parties impliquées (l'Allemagne, la Yougoslavie, la France, mais aussi l'Angleterre), a rapidement été étouffée. Après
une longue enquête, les deux auteurs en proposent, à la lumière des documents issus des archives françaises, allemandes, croates, bosniaques, serbes et américaines, une reconstruction surprenante. En effet, loin d'être un événement local, cette mutinerie apporte de nouveaux éclairages sur les enjeux politiques de la Seconde Guerre mondiale, dont certains connaissent, depuis la dernière guerre en ex-Yougoslavie, un regain d'actualité. A travers l'étude de cet épisode particulier, le livre montre comment s'élabore, à partir de vérités diverses et contradictoires, le récit historique, toujours remaniable.
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Je connaissais avant ma lecture l’essentiel des faits s’étant déroulés sur place. En revanche, j’ignorais tout le reste, à savoir le contexte historique et politique. C’est ainsi qu’après avoir étudié « Le point de vue français », les auteurs prennent du recul et s’intéressent « [au] côté croato-bosniaque et allemand » avant d’effectuer un « Retour en France » pour essayer de faire le lien et affiner les circonstances de la révolte puis se projeter dans le futur. Mirko Grmek et Louise Lambrichs essaient de dénouer les fils de cette histoire dont les tenants et les aboutissants sont très flous (il reste d’ailleurs des zones d’ombre aujourd’hui encore : même en se basant sur des documents historiques, les auteurs se heurtent à des paradoxes, des contradictions, etc. Il est dommage que personne n’ait mené une enquête de cette ampleur depuis la parution de ce livre, notamment parce que les archives anglaises n’étaient pas entièrement accessibles et celles de Belgrade pas du tout – je ne sais pas si ces dernières le sont à ce jour). C’est en cherchant à comprendre que les auteurs prennent conscience de la complexité de cet événement. Outre son caractère unique, cette mutinerie et la façon dont elle va être étouffée révèlent à la fois les craintes de l’Allemagne nazie mais aussi le jeu des forces en présence qu’il s’agisse des différents Etats engagés dans la guerre ou encore des organisations de résistance/collaboration. Cette affaire est donc gênante pour beaucoup de monde au point qu’aujourd’hui encore les cérémonies de commémoration bien que globalement consensuelles sont marquées par des prises de position datant d’un autre siècle.Qui étaient ces recrues ? D’où venaient-elles ? Pourquoi ces jeunes se sont-ils révoltés et qu’espéraient-ils ? Ces interrogations nous plongent dans la Yougoslavie de l’époque où chaque entité bénéficiait d’une certaine autonomie mais insuffisamment. On découvre ainsi que la volonté de se libérer des Serbes ne date pas des années 90 mais aussi qu’identité et nationalité sont deux choses différentes sur ces territoires. Les deux auteurs reviennent sur la guerre qui fit éclater la Yougoslavie et sur l’incompréhension totale de cet événement majeur par le reste du monde, à commencer par la France, toujours à la pointe en matière d’aveuglement et de jugements imbéciles (ils rappellent notamment une déclaration de Mitterrand qui m’avait donné envie de vomir à l’époque – c’est toujours le cas). Ainsi, les Serbes passaient pour de gentils communistes ayant combattu les nazis quand les Croates étaient de vilains nationalistes ayant collaboré. Si ce livre ne devait avoir qu’une seule qualité, ce serait celle consistant à rappeler que l’Histoire et les faits ne sont jamais aussi simples que l’on voudrait bien nous le faire croire (et que l’on croit souvent par paresse intellectuelle). Grmek et Lambrichs font d’ailleurs preuve d’humilité et n’hésitent pas à reconnaître leurs limites quand ils sont confrontés à des contradictions qu’ils ne peuvent pas démêler. Au mieux, peuvent-ils parfois avancer des hypothèses tout en les justifiant.Pourquoi les révoltés font-ils référence à des contacts sur place quand l’embryon de résistance existant dément avoir quoi que ce soit à voir avec la mutinerie ?Pourquoi, question essentielle, ce fait et ses protagonistes furent-il enterrés dans tous les sens du terme après la guerre ? Une des réponses est relative à la constitution de la Yougoslavie titiste. En effet, il y eut deux tendances : l’une consistant à ignorer purement et simplement cette affaire et l’autre en faisant passer les révoltés pour des communistes, le politiquement correct de l’époque. Or, manque de chance, les mutinés n’étaient pas communistes et voulaient libérer leur pays, c’est-à-dire qu’ils militaient pour l’indépendance, pas pour une fédération où tout le pouvoir serait entre les mains de Belgrade. Cela eut des répercussions diplomatiques au cours desquelles la France s’écrasa et laissa faire. Ainsi, le monument provisoire édifié sur le lieu où furent exécutés une vingtaine de mutins (les autres ont été déportés) glorifiait-il les courageux Yougoslaves, étoile rouge en prime, ce que la population ne comprit pas puisqu’elle n’avait jamais entendu parler de « Yougoslaves » mais uniquement de Croates. Et pour cause, la treizième division n’a jamais été une représentation globale de ce qui était alors la Yougoslavie (il n’y avait ni Serbes, ni Monténégrins). La Bosnie fit également entendre sa voix une fois sa liberté retrouvée puisque le bataillon était constitué d’une majorité de personnes nées sur le territoire bosniaque. Le livre s’achève avec des pistes sur ce qu’il serait souhaitable de faire afin de respecter la vérité historique. A cette occasion, les auteurs démontrent une fois encore leur bon sens. Depuis 2006 un mémorial définitif a enfin été mis en place. Les statues en bronzes réalisées par un artiste croate et jamais livrées à la France ont été dupliquées. Les appellations ont été revues : le nom officiel du lieu est « Parc Mémorial des Croates », les drapeaux accompagnant ceux de la France et de l’Europe sont ceux de la Croatie et de la Bosnie-Herzégovine, enfin les mutins sont identifiés comme étant Croates et Bosniaques. Une seule chose manque : les noms de ceux dont nous sommes certains de l’identité, qu’ils soient enterrés là ou ailleurs. Si je devais mentionner une seule réserve quant à cet excellent ouvrage, ce serait la croyance un peu trop optimiste des auteurs concernant la conscience des Villefranchois. Si je ne doute pas que lors des événements puis des années qui suivirent, les habitants eurent à cœur de fleurir ce lieu de mémoire, je n’ai jamais connu cette ferveur alors que j’ai vécu là à plein temps jusqu’à mes 14 ans. J’ai entendu parler de cette mutinerie pour la première fois en 2005 ( !) suite à une recherche personnelle concernant la bibliographie de Louise Lambrichs. Aucun professeur n’a jugé utile de nous parler de ce fait local majeur. Je ne connais personne qui aille régulièrement se recueillir au mémorial (je ne juge pas mais tempère l’enthousiasme des auteurs). Enfin, les auteurs débutent leur ouvrage en considérant que la guerre en ex-Yougoslavie a eu une signification particulière pour les locaux : je ne demande qu’à rencontrer ces (rares) personnes…

mycupoftea
17/09/14
 

Format

  • Hauteur : 24.00 cm
  • Largeur : 15.30 cm
  • Poids : 0.48 kg