Oedipe sur la route

BAUCHAU, HENRY

livre oedipe sur la route
EDITEUR : J'AI LU
DATE DE PARUTION : 04/04/00
LES NOTES :

à partir de
6,80 €

SYNOPSIS :

Roman d'aventures et roman initiatique qui conte l'errance d'Oedipe, le héros mythologique qui tua son père et épousa
sa mère. Ayant affronté les ténèbres qu'il porte en lui, il pourra atteindre la connaissance de soi.
4 personnes en parlent

J’avoue, ce livre, je ne me suis pas plongée dedans avec grand enthousiasme. En effet, après La machine infernale, Œdipe Roi et Œdipe roi, je commençais à saturer avec les Œdipe. Mais c’était pour les cours, et c’était le dernier de la liste, alors, je me suis lancée. Je craignais des redites, et donc un ennui total. Mais, en fin de compte, même s’il ne s’agit pas, selon moi, du livre-le-plus-génial-de-ma-vie-et-même-de-la-terre-entière, j’ai été plutôt agréablement surprise. Explications.Trois personnages dominent l’histoire. Bien évidemment, il y a Œdipe. On le retrouve ici après son départ de Thèbes, aveugle, bien plus mature, sage et intéressant. Il est en revanche très lunatique : Poursuivi par les démons de son passé, son esprit ne semble jamais en paix. Le lecteur vit avec lui sa douleur, ses tourments, ainsi que la guérison de son âme. Sa fille, Antigone, est également très différente. Elle grandit tout au long du livre, évolue énormément : Petit à petit, elle devient plus réfléchie, mûre, mais, par la même occasion, de plus en plus déchirée par sa terrible situation. On perçoit ici le passage de l’enfance à l’âge adulte, avec les prises de conscience, les échecs, les désillusions. J’ai cependant eu du mal à accrocher avec elle, la trouvant parfois trop « possédée » pour la comprendre. Le personnage de Clios m’a en revanche beaucoup plu. Lui apportait au récit beaucoup de charme, de force. La relation père-fille est riche, mais elle serait rapidement retombée si le duo ne s’était pas transformé en trio. Ce jeune brigand, qui traîne péniblement les chaînes de son passé, s’avère très touchant, et permet aux autres personnages de se dévoiler. Son comportement est marqué par de nombreux chamboulements : On le voit fier et fort, on le voit détruit et battu, on le voit transi et amoureux. C’est un homme aux mille et une facettes, qui ne cesse jamais de surprendre le lecteur.Le style de l’auteur est loin d’être banal. Les figures de style sont conséquentes, il faut être bien accroché pour tout saisir. Parfois, on part dans des délires qui, aux premiers abords, semblent être totalement fantasques, mais qui, avec du recul, sont époustouflants. Je pense ici notamment au long passage sur la Vague, qui est, au fond, bien plus qu’une simple sculpture. C’est loin d’être facile, mais ça en vaut clairement le détour. On apprend beaucoup, avec ce livre. Il peut être compris à différentes échelles, en fonction de ce qu’on a envie de comprendre. C’est très étrange, mais les mots paraissent soigneusement choisis, de manière à parler à tous, à correspondre à l’état d’esprit du lecteur. C’est beau, tout simplement.Ce qui m’a le plus emballée, c’est l’intrigue. Elle est située entre deux célèbres pièces : Œdipe Roi et Antigone, entre le départ d’Œdipe et le duel entre Etéocle et Polynice. Nous suivons donc, de long en large, le houleux parcours des personnages. Sur la route, ils sont à la fois mendiants, voyageurs, soigneurs, philosophes, bandits. Le récit alterne période de tensions et de rapprochements, (J’ai l’impression de réciter mon cours sur la Guerre Froide là. Mais en même temps, n’est-ce-ce pas une Guerre Froide, ce livre ? Un affrontement entre deux modèles, l’un à Thèbes, l’autre sur la route. Sans violence apparente, simplement deux façons de penser que tout oppose. OK, j’arrête.) et parfois, il faut l’admettre, ce n’est pas folichon. On a certains passages qui se répètent, qui sont plus lents, qu’on lit en diagonale. Mais juste après, d’un seul coup, tout éclate, ça part en tous les sens, on ne sait plus où donner de la tête. Les péripéties s’enchaînent, presque sans trêve, comme une spirale infernale. Et puis, tout retombe, le calme après la tempête. Cette façon de raconter, assez déséquilibrée, est au premier abord, surprenante. Et puis, on s’y fait, on en saisit les sens et les sous-entendus. Ce principe de ralentir, puis d’accélérer, puis de nouveau de ralentir l’intrigue apporte au bouquin un certain mystère, mais également une certaine authenticité. En effet, quel voyage est totalement parsemé d’embûches, ou au contraire, totalement monotone ? Aucun. Et c’est cet aspect qui ressort ici : Le hasard d’un périple. De nombreuses rencontres agrémentent cette longue marche à travers la Grèce, qu’on pourrait qualifier de pèlerinage. Des hommes et des femmes, tous plus différents les uns que les autres, apportent, chacun à leur façon, leur pierre à l’édifice. C’est également l’occasion pour l’auteur de mettre en place le principe de mise en abyme : Des récits de vie sont intégrés au roman de base. Moult procédés peuvent être ainsi retrouvés tout au long de la lecture, lui donnant du relief et du sens. Que vous dire de plus ? Ce livre est, de toute évidence, une remarquable leçon de vie. Il invite à aller au-delà des limites de la lecture, au-delà de ses propres limites. Il vous apporte deux principales choses : D'abord, davantage de connaissances sur le mythe d’Œdipe, sur un possible entre-deux. Mais aussi de la réflexion, sur la condition de l’Homme, sur la vie, tout simplement. Un voyage est bien souvent propice à la remise en question, aux songes, notamment par la solitude. Mais vous allez me dire qu’ici, ils sont trois, pour cette aventure. Et je vais vous répondre que c’est précisément ce qui fait de cet ouvrage une réussite : Ce tour si bien orchestré, de manière à rendre ces personnages seuls, seuls dans leur combat, dans leurs pensées. Mais bon, je m’emballe là, je crois qu’il est temps de passer à la suite afin de partir trop loin !Mon avis est cependant plus mitigé en ce qui concerne la fin. Effectivement, certains éléments sont très bien trouvés et porteurs de beaucoup de choses, mais certains sont moins notables. Quelques pages avant la fin, (Non non, rassurez-vous, je ne vais PAS vous spoiler, juré.) Œdipe fait un rêve bien particulier. On ne s’y attend pas, mais c’est génial. Franchement, c’est tout simple, à côté du reste de l’ouvrage. Ici, pas de grand vocabulaire, ou trucs ultra-recherchés. Je ne vous en dis pas plus, histoire d’en avoir dit juste assez pour vous donner envie sans pour autant tout vous balancer. Sauf qu’à part ça, la chute ne m’a pas paru être des plus incroyables. Je vous ai dit plus haut que l’écriture alternait lenteur et accélération, pour un très beau rendu. Mais on termine sur un passage accéléré. Et ça donne un petit côté bâclé qui laisse un goût amer dans la bouche. J’avais l’impression qu’il me manquait beaucoup de choses, ce qui est fort dommage pour un tel ouvrage. On a besoin, envie de détails, on les attend, mais ils ne viennent pas, alors on reste sur sa faim. J’avoue que ça m’a un peu gâché l’image de ce livre…Le titre est évidemment très symbolique, et tout à fait en harmonie avec le récit. Il donne un très bon aperçu de ce qu’on va trouver. La couverture est bien moins à mon goût. On ne peut pas dire qu’elle ne correspond pas au livre, au contraire, mais le trait de dessin n’est pas des plus séduisants, de mon point de vue. D'autres collections proposent des couvertures bien plus agréables, comme celle d’Actes Sud par exemple, qui, en plus, reflète directement le passage le plus fort du livre.En conclusion, ce livre est une belle découverte, très instructive. Il fait partie de ces bouquins qu’on lit pour apprendre, pour se construire et mûrir, pas pour se détendre. Il permet de découvrir Œdipe et Antigone d’un nouvel œil, et de contribuer un peu à leur long voyage. Je vous le recommande vivement en complément de la lecture d’un ouvrage sur le mythe en lui-même, car il apporte beaucoup d’idées riches très développées. Dommage que la fin soit si simple, à côté d’un tel monstre de littérature...

MaMalleauxLivres
22/01/16
 

Voilà encore un ouvrage que je pourrais classer dans la série des livres difficiles à résumer…Oedipe sur la route est une réécriture moderne du mythe rédigé par Sophocle qui s’inscrit entre l’Oedipe roi et l’Oedipe à Colone de ce dernier.Un an après avoir découvert l’ampleur de ses crimes (il a tué son père, épouser sa mère et eu quatre enfants avec cette dernière) et s’être crevé les yeux après le suicide de Jocaste, Oedipe décide de quitter Thèbes. Ses filles, Ismène et Antigone, l’accompagnent derrière les remparts, désespérées de le voir partir. Etéocle et Polynice, ses fils, referment les portes de la ville derrière lui, sans chercher à le retenir. Mais Antigone ne peut se résoudre à laisser son père aveugle s’en aller seul sur la route. Elle quitte Thèbes à sa suite.Au début de son voyage, Oedipe n’a pas de destination précise. Il erre, refusant l’aide que lui propose Antigone. Le père et la fille tentent de survivre en mendiant mais ne sont pas forcément bien accueillis dans les villages alentours de Thèbes où les paysans en veulent toujours au roi déchu d’avoir fait bâtir toujours plus hauts les remparts autour de la cité tout en appauvrissant son peuple.[...]Au cours de son errance, Oedipe va peu à peu se délivrer de lui-même. S’il ne peut effacer ses erreurs au moins en a-t-il désormais pleinement conscience : "Fier de ma réussite et de mon savoir, je me suis pris pour un homme accompli. Pire pour un sage. C’est ainsi qu’ont commencé mes malheurs". Après avoir tant péché par hybris, le roi éclatant devenu mendiant aveugle pourra enfin espérer devenir un homme comme les autres à l’issue de sa quête.Finalement, Bauchau, le psychanalyste, trace, grâce à une écriture lumineuse, débordante d’images, la route d’Oedipe de Thèbes, cité royale de l’aveuglement, symbole de ses crimes, à Colone, lieu de la clairvoyance qui marquera à la fois la gloire et la mort du "divin mendiant". Le chemin, l’errance qu’entreprend Oedipe, peut symboliser la quête intérieure de ceux qui se lancent dans une analyse. Bauchau le confirme d’ailleurs dans cet extrait de L’Ecriture ou la circonstance : "Les malades psychiques, comme Oedipe, ne voient pas ce qui leur crève les yeux et c’est en travaillant leur aveuglement par l’analyse qu’ils entreprennent d’aller vers plus de clairvoyance".En résumé, une belle lecture qui fait réfléchir sur soi.

Naurile
21/09/13
 

J'ai retrouvé avec beaucoup de plaisir l'écriture si belle d'Henry Bauchau.L'histoire est encore une fois des plus connue et pourtant Henry Bauchau réussi là encore à la renouveler. Au début du roman nous sommes dans le palais où Œdipe ,aveugle, effondré se cache depuis près d'un an. Son départ se fera au petit matin dans une ville déserté par la peur qu'inspire le Roi désormais maudit. C'est au tout dernier moment qu' Antigone décidera de le suivre...Je ne vous raconterai pas la suite, connaître les péripéties gâcheraient je pense le plaisir de lecture. Elles sont nombreuses, se succèdent, chacune à leurs manières formant une étape sur le chemin physique de l' exil et sur celui plus spirituel qui l'accompagne. C'est un très beau roman qui propose à son lecteur de très nombreuses piste de réflexion.Et même si j'ai été moins absorbé par l'histoire que pour son livre « Antigone », c'est un roman qui m'a cependant beaucoup plu.

Lacazavent
27/07/12
 

Œdipe. Celui qui, jouet des dieux, a tué son père et épousé sa mère. Aveugle après s'être lui-même crevé les yeux et accablé par le poids de sa faute, il quitte Thèbes pour une longue errance qui le mènera jusqu'à Colone, jusqu'à sa mort. Sa fille Antigone le suit, d'abord de loin, puis l'accompagne, le guide, et mendie pour assurer leur survie. Et bientôt Clios le bandit se joint à eux...Si Henry Bauchau a pris pour référence le récit mythique transmis par Sophocle, l'originalité de sa démarche tient au fait qu'il ne se contente pas de simplement revisiter cette histoire antique ; son interprétation est à la fois respectueuse de la tradition et constructive. Bauchau s'intéresse ainsi à un épisode délaissé par la légende : de quoi ont été constituées les années d'errance d'Œdipe?Semblant ignorer vers où et pourquoi, Œdipe avance, aveugle et trébuchant, guidé, poussé par une nécessité intérieure qu'il ne connaît pas. Sa route est parsemée d'embûches (la difficulté de la marche, la faim, le froid, la maladie) et de rencontres, certaines dangereuses, d'autres fraternelles. Son cheminement est ainsi illustré par les nombreux "épisodes" qui, à des degrés divers, lui permettent de progresser. Tel est aussi le cas des nombreux récits mis en abîme (l'histoire de Clios et Alcyon, le long récit de Constance sur l'histoire du peuple des Hautes Collines) : le vécu, voire l'évolution des personnes rencontrées par Œdipe et Antigone (tel Clios) participent à éclairer leur propre devenir. De la sorte, la structure inhabituellement polymorphe du récit, qui pourrait sembler gratuite, et ses "digressions", qui pourraient paraître trop complaisamment développées, prennent sens, permettent d'éclairer la progression d'Œdipe par un jeu de correspondance.L'originalité du récit d'Henry Bauchau tient également en grande part à ses personnages, tous lumineux, certes mythologiques, mais aussi profondément humains : ils sont plein de failles, d'aspérités et de contradictions, ils commettent des erreurs, doutent, souffrent, rient, aiment... Enfin, l'évolution de la très belle relation entre Œdipe et Antigone est décrite avec une grande subtilité : de père à fille, elle bascule parfois de frère à sœur, et même de mère à fils, mais est toujours empreinte de retenue, de tendresse et d'un amour infini.Récit d'errance, récit d'une quête en rédemption, récit initiatique : c'est donc le cheminement d'Œdipe qui sert de fil conducteur au roman d'Henry Bauchau. Tant le cheminement physique (la marche cahotante de Thèbes à Colone, marquée par les soucis du quotidien, la faim, la soif, le froid...) que le cheminement intime d'un homme qui se sent irrémédiablement coupable, qui doit affronter les ténèbres qu'il porte en lui, jusqu'à atteindre la clairvoyance, la connaissance et l'acceptation de son être, de son identité et de sa destinée. Une quête initiatique où l'Art (la poésie, la sculpture, la musique, le chant, la danse), omniprésent, sert de catharsis, permet l'apaisement, le dépassement de soi, la transcendance.Œdipe sur la route est une somptueuse interrogation sur l'individu et son destin.

Kara
02/06/10
 

Format

  • Hauteur : 17.80 cm
  • Largeur : 11.00 cm
  • Poids : 0.14 kg

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