Par-dela le bien et le mal

NIETZSCHE, FRIEDRICH

livre par-dela le bien et le mal
EDITEUR : FLAMMARION
DATE DE PARUTION : 16/02/00
LES NOTES :

à partir de
8,00 €

SYNOPSIS :

En quoi la philosophie est-elle demeurée jusqu'à présent prisonnière de préjugés ? Pourquoi le projet même de recherche du vrai est-il suspect ? C'est l'examen de ces deux questions qui conduit Nietzsche, dans Par-delà bien et mal, à récuser la problématique de la vérité pour lui substituer celle, plus radicale, de la valeur. Et c'est pourquoi ce texte de 1886 - <> ainsi que le présente
Nietzsche - constitue sans doute l'ouvrage le plus propre à faire saisir la logique spécifique, déroutante autant que rigoureuse, de la réflexion nietzschéenne, tout comme il est celui qui en détaille le plus clairement les aboutissements : la définition nouvelle du philosophe, du <>, comme créateur de valeurs, et l'interprétation de la réalité comme volonté de puissance.
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Caché derrière sa myriade de masques, Nietzsche ne livre avec Par-delà bien et mal pas grand-chose d’évident. Tout est dans la supposition, dans la suspicion, dans l’enchaînement étrange des aphorismes presque davantage que dans le contenu de ceux-là. A la limite, ce que Nietzsche voulait montrer (non transmettre ?) c’est le flux de sa pensée plus que les îlots de jugement qu’il est obligé de déposer dans les fameux aphorismes. Il finit tout de même par retirer un masque à la toute fin du parcours : « hélas, mes pensées, qu’êtes-vous devenues, maintenant que vous voilà écrites et peintes ! Il n’y a pas longtemps vous étiez si diaprées, si jeunes, si malignes, pleines de piquants et de secrètes épices qui me faisaient éternuer et rire » (§296). On aura bien assez tôt solidement attaché Nietzsche derrière ses étonnantes dénonciations des morales (une religion d’amour qui voudrait la mort ?), derrière son flair de psychologue (la critique des idées modernes) ou encore de le placer en amont de la morale aristocratique à laquelle il s’identifierait dans un délire syphilitique. On a de bonnes raisons, celles du moustachu, de douter qu’un philosophe de son époque ou de la nôtre puisse être un aristocrate-philosophe c’est-à-dire - si on l’ose - un philosophe de l’avenir.Malgré tout, les aphorismes sont bien là et, s’il faut les ruminer, c’est bien qu’ils sont capables de laisser quelque chose en nous ; ne serait-ce qu’une haine pour les propos qui y sont tenus. On y trouvera alors selon moi un scepticisme monstrueux qui pointe la flamme de son doute sur l’indubitable (il aurait fallu s’y attendre) mais qui ne rechigne pas à la politesse, à la pitié (oui oui) pour celui dont le savoir est celui d’un souffrant de la connaissance (dernières lignes du §270). Nietzsche se fait également penseur des races, des peuples – penseur prudent et penseur expérimentateur, même si le danger n’est jamais loin il demeure extrêmement loin d’un penseur dogmatique au sens plat du terme. Les premiers commentateurs ont voulu y voir le résultat d’un darwinisme social sinon d’un eugénisme nazi. Cette lecture est possible, tout comme le rapatriement du sens la volonté de puissance sur celui de la pulsion de mort mais elles ne tiennent pas longtemps une fois que le crépitement des formules chocs de Nietzsche cesse de se faire entendre.Par-delà bien et mal brille donc de manière un peu vulgaire par la profondeur de ses analyses, que ce soit sur l’esprit - dont le moteur pourrait bien être la cruauté : connaître, ignorer et ne pas se décider sont trois formes de souffrance masochistes – sur la philosophie morale, sur l’utilité de la morale, sur la typologie des morales, sur les législateurs et maîtres du passé, sur la prétention d’indépendance des esprits objectifs, sur les philosophies de la vie quotidienne (« Hédonisme, pessimisme, utilitarisme, eudémonisme, toutes ces philosophies qui mesurent la valeur des choses d’après le plaisir et la douleur, c’est-à-dire d’après des phénomènes accessoires, sont des philosophies superficielles et des naïvetés » §225 – au revoir messieurs Ferry, Onfray et Comte-Sponville), sur les philosophes passés (cette fois-ci ce sont les Anglais qui se sont faits tirer dessus les premiers), sur le féminisme, sur les cultures allemandes et françaises ou encore sur la vie d’un « véritable » philosophe.On peut alors facilement être fasciné par le personnage Nietzsche quitte à s’obséder avec des biographies et des anecdotes (sa non-liaison avec Lou Salomé, le petit prof de philologie qui est l’ami de Wagner, le philosophe « à l’originalité millénaire » qui finit fou, la manière dont on l’a « pelaudé à toutes mains » pour en extraire ce que l’on voulait). Nietzsche devait certainement l’avoir pressenti car à plusieurs endroits il demande non pas de ne pas se laisser fasciner (même si ça serait rendre encore plus efficace la puissance de persuasion de ses analyses) mais de ne pas chercher à savoir qui il est au fond, qui se cache derrière tous ces jugements s’enchevêtrant et formant une cathédrale percée de part en part par le perspectivisme. C’est ce qui rend ce livre encore plus étrange et charmant : à la fois sceptique et d’un parti-pris flagrant à certains moments, Nietzsche offre au lecteur la clé de sortie de son œuvre, les armes pour l’abattre ou du moins pour marcher sur ses ruines et continuer la promenade de santé. Non content de porter ses mille oreilles au cœur des phénomènes, il ajoute immédiatement après avec un rire étouffé qu’il faudrait surtout ne pas prendre ce qu’il écrit pour des « vérités ».Faut-il conclure que Par-delà bien et mal est seulement un livre étrange et racée ? Qu’à l’image du Tractatus de Wittgenstein, c’est une échelle qu’il faut jeter à terre une fois arrivé en haut ? On voit mal comment ça pourrait « être le cas » puisqu’il n’y a pas de haut qui tienne : le haut est renversé selon la perspective prise voire selon le « fatum spirituel », le noyau de l’individu qui connaît (§231). Nietzsche prêcherait-il alors un déterminisme de la connaissance ? N’importe quel socialiste sera nécessairement un idolâtre imbécile des idées modernes et des idioties du féminisme ? N’importe quel Versaillais catholique aura cinq ou six enfants aux scouts ? C’est loin d’être indubitable … mais rien n’est plus probable semble finir par écrire Nietzsche. Il coud ainsi ensemble son attitude de moraliste (le vrai et le faux sont des questions d’amour et de haine), d’esprit libre (l’indépendance du solitaire, le chercheur de la connaissance), de sceptique ultime (le texte est truffé d’expressions pyrrhoniennes) avec sa nouvelle religion dionysiaque et sa philosophie niçoise. Une fois arrivé à la fin de Par-delà bien et mal, on est férocement tentés de se moquer un peu du Nietzsche unilatéral qui nous est souvent vendu, un Nietzsche démasqué et donc lourd de ses « vérités » (volonté de puissance et éternel retour en tête) comme il l’avait craint à juste titre. Quand prend alors fin l’ouvrage si son propos est labyrinthique ? Naturellement pas avant sa conclusion. Par-delà bien et mal, écrit comme un cahier de brouillon ou de commentaires du Zarathoustra, ne fait pourtant qu’une fois mention du prophète (et jamais de l’éternel retour) : dans le chant final qui célèbre secrètement la joie du gai savoir et sonne comme l’achèvement de toutes ces pensées peintes, comme la récompense de l’esprit libre heureux de ses oreilles et réchauffant son cœur par la vision de son état de voyageur bientôt lié à la totalité du monde.

kzfkz
07/06/13
 

Format

  • Hauteur : 17.80 cm
  • Largeur : 10.80 cm
  • Poids : 0.27 kg

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