Le marechal absolu

JOURDE, PIERRE

EDITEUR : GALLIMARD
DATE DE PARUTION : 30/06/08
LES NOTES :

à partir de
19,99 €
EXISTE EN
Ebook

SYNOPSIS :

Ogre sanguinaire et rabelaisien, le Maréchal règne en despote sur la république d'Hyrcasie. Tout le monde veut sa peau, amis ou ennemis. Mais personne ne sait qui il est en réalité, sauf, peut-être, son vieux confident, qui est aussi son secrétaire particulier, son masseur, son homme à tout faire. Des rebelles tentent de renverser le tyran et l'assiègent dans sa capitale. Il n'envisage pas d'autre solution, pour en finir, que de déclencher
l'apocalypse. Pierre Jourde propose ici une synthèse politique des dictatures issues de la décolonisation, et amplifie jusqu'aux limites du fantastique le processus de déréalisation inhérent à l'exercice du pouvoir. Les intrigues, les complots, les personnages prolifèrent et s'entrecroisent, dans un jeu vertigineux. Ce récit polyphonique est à l'image de son personnage principal : cruel, truculent, excessif, comique.
3 personnes en parlent

Pierre Jourde quand tu nous tiens ! Je trépignais d'impatience à l'idée de lire ce nouvel opus, après avoir été refroidie une première fois par une libraire du dimanche (de chez Decitre pour ne pas les nommer) qui affirmait que le livre n'existait pas, je suis parvenue à obtenir l'ouvrage convoité, qui m'a tenue en haleine plus d'une semaine. Pierre Jourde propose ici au lecteur un roman à tiroirs, aux nombreux récits enchâssés, un roman en forme de poupée russe. Ce texte s'inspire des œuvres de Rabelais d'une part et des romans d'anticipation de l'autre (je pense notamment aux œuvres d'Orwell) : à partir de l'histoire, du passé l'auteur imagine un monde totalitaire plus vrai que nature, dans lequel "l'excès d'illusion rejoint le réel" (p. 70)Sous ses faux airs de roman fleuve, avec ses titres de chapitres à rallonge, cet ouvrage propose un condensé de l'histoire politique moderne. La dictature que l'auteur met en scène est à l'image du personnage principal. "il n'y a que cela qui ne m'a jamais consolé, les histoires, l’entrelacs d'histoires qui m'a fait et me défait Maréchale, je suis un sac à fiction." (p. 160)Tyran d'un royaume imaginaire aux frontière du réel, personnage cynique, machiavélique, despote sanguinaire et paranoïaque, l'ouvrage commence par dérouler son effrayant monologue, qui verse peu à peu dans l'absurde. Dictateur en fin de règne, assiégé par les révolutionnaires, il tente en vain de préserver la "fiction de l'unité nationale" (p. 340) ; ses confessions, oscillant entre génie et grotesque, forment une sorte de profession de foi du tyran. L'homme sur lequel courent les rumeurs les plus folles semble n'être plus que l'ombre de lui-même : les soupçons qu'il entretient à l'égard de son entourage et les manœuvres alambiquées qu'il imagine pour déjouer un éventuel complot ou attentat contre sa personne occupent son quotidien. L'homme expert dans la manipulation des masses, livre ses secrets, dont il semble que l'auteur lui-même tire la leçon"Les fasciner. Pour fasciner, il importe de dérouter. Qu'on ne sache pas si on est dans le grotesque ou l'horrible" (p. 40)Pierre Jourde démontre dans ce roman que, par l'illusion du pouvoir, on parvient à créer le pouvoir. Une épopée politique et humaine de grande ampleur et réalisée de main de maître, dans lequel le lecteur lui-même se demande s'il n'est pas l'objet des manipulations du rusé et retors animal politique mis en scène, un texte vertigineux, étrange et envoutant, fascinant... Oui, n'en déplaise à certains libraires, ce livre existe, Pierre Jourde existe !

sovane
10/10/12
 

http://www.marcbordier.com Je suis enfin venu à bout du Maréchal absolu, le roman somme que Pierre Jourde a publié à la rentrée. Je l'avoue, cette lecture a été longue et laborieuse. Comme vous l'aurez constaté si vous avez suivi ce blog, il m'aura fallu plus d'un mois pour l'achever. A ma décharge, il faut dire que ce pavé se lit difficilement, pas tellement à cause de sa longueur (un peu plus de 750 pages), mais plutôt de son contenu, qui déroutera plus d'un lecteur par son ambition et sa démesure. L'auteur lui-même s'en inquiète dans une interview donnée au Salon littéraire début septembre. Plus récemment, il a reconnu à demi-mot sur son blog que le roman n'a pas rencontré son public. C'est bien dommage, car malgré ces difficultés, l'ouvrage mérite qu'on lui accorde un peu d'attention. Construit sous la forme d'une tétralogie, le livre raconte la fin d'une dictature post-coloniale dans un pays imaginaire. Le premier chapitre s'ouvre sur un monologue dans lequel le tyran assiégé par les rebelles dans la capitale s'adresse à son fidèle secrétaire particulier avant de finir les vertèbres brisées dans une scène de pendaison qui rappelle fortement celle de Saddam Hussein. Dans le deuxième chapitre, le lecteur apprend avec stupeur que l'homme qui a été pendu n'était qu'un des innombrables sosies du Maréchal. Le vrai, lui (mais peut-être ne s'agit-il là encore que d'un double...), commente la chute du régime depuis l'une de ses innombrables abris secrets. Dans le troisième, c'est un personnage jusqu'alors secondaire qui prend la parole : cinquante ans après la chute du régime, l'agent des services spéciaux Schlangenfeld raconte à un journaliste les évènements auxquels elle a assisté et met en scène le rôle trouble joué par les services secrets dans l'ascension et la chute du despote. Enfin, dans le quatrième et dernier chapitre, c'est le secrétaire particulier lui-même qui, encore bien des années plus tard, se remémore depuis son lit d'hôpital les derniers jours du Maréchal et sa tentative désespérée pour reconquérir le pouvoir. Vous l'aurez deviné à la lecture de ce résumé : Le Maréchal absolu est un récit complexe, polyphonique et multiple. Il fait se croiser une série de points de vue différents sur des événements par nature confus, navigue entre le passé, le présent et l'avenir dans un tourbillon vertigineux qui laisse le lecteur étourdi. Cette narration sophistiquée pousse jusqu'à son paroxysme un jeu de reflets dans lequel nous venons à douter de la réalité et de la fiction. Qui parle ? Qui est le vrai Maréchal parmi tous ces sosies ? Qui se cache derrière ce "tu" destinataire ? Comment se retrouver dans ce délire égotiste ? L'ouvrage porte le nom de roman, mais, à y regarder de plus près, il appartient en fait à une multiplicité de genres littéraires : l'épopée, le récit fantastique, le manuel de sciences politiques, le roman d'apprentissage, le roman historique, le récit picaresque, le roman d'espionnage, la farce rabelaisienne, le roman burlesque et même le théâtre comique entrent dans sa composition. Il y a du Machiavel dans ce récit, par la manière dont il met à nu les rouages de la mécanique du pouvoir, mais aussi une réflexion philosophique sur les rapports entre la réalité et la fiction, une synthèse historique des régimes dictatoriaux issus de la décolonisation et de la guerre froide, une farce burlesque à la Ubu roi, un plaidoyer humaniste pour la libération de la femme dans les régimes soumis à la loi islamique…. Ce roman touche à tout est un objet à l'ambition démesurée. Pas étonnant qu'il ait dérouté les lecteurs et la critique. Pour ma part, je l'avoue, j'ai dû me faire un peu violence pour l'apprécier véritablement. Dans un premier temps, j'ai été rebuté par la trivialité et la truculence dont il se réclame. Il est vrai que le corps y est omniprésent, de préférence laid, obscène, obèse, difforme, gangréné, répugnant, déliquescent et putréfié. Mais une fois parvenu à rentrer dans l'univers de l'écrivain, je me suis pris au jeu, et au moment de refermer le livre, je n'ai pas regretté mes efforts. Marc Bordier

marcbordier
07/01/13
 

Un étonnant récit multi-enchâssé, ambitieux et touffu. À l'issue, un régal.Publiée en septembre 2012, la douzième œuvre de fiction de Pierre Jourde semble d'abord imposante avec ses 730 pages toutes en densité, et sa quatrième de couverture certes intelligente, mais pouvant aisément induire le lecteur en erreur...En effet, si le personnage du « Maréchal absolu », tel qu’il apparaît dès le début du récit, a bien toutes les caractéristiques d’un « ogre sanguinaire et rabelaisien » (et si ce clin d’œil immédiat à Bakhtine et à sa polyphonie est pleinement justifié), le roman N’EST PAS (comme je l’avais craint un instant) - ou plutôt ne se réduit absolument pas à - la fresque déjantée des délires et méfaits d’un synthétique dictateur africain, qui aurait alors nécessairement pâli de l’inévitable comparaison avec l’Ahmadou Kourouma de « En attendant le vote des bêtes sauvages » et le Sonny Labou Tansi de « La vie et demie », chefs d’œuvre de verve et de truculence bien difficiles à égaler.Ainsi, même si Pierre Jourde nous régale de descriptions savoureuses et cruelles, ce n’est pas sur ce terrain du grotesque atomisant qu’il a principalement établi son projet. Dès la deuxième partie du roman, soit au bout de 170 pages haletantes mais légèrement « déjà lues », sa véritable ambition se dévoile : il s’agit ici de construire un enchâssement sauvage dans lequel les récits, de narrateurs peu fiables en laborieux souvenirs déjà partiellement dissous dans l’acide métaphorique, de miroirs déformants en éventuels contes pour grands enfants ou en « histoires à dormir debout » pourtant racontées avec sérieux (l’énorme quête conquérante, mondiale et sans fin du flamboyant généralissime Ghor en étant certainement le plus bel exemple), vont pouvoir se dissoudre allègrement, pour finir dans les limbes incertains et largement hallucinés de villages abandonnés aux restes des guerres civiles, de camps de regroupement retournés à l’état sauvage, ou enfin, de faubourgs inondés dans lesquels pourront disparaître les barques du maréchal et du lecteur...Allant encore plus loin que le sémillant et troublant « Reality Show » de Larry Beinhart, Pierre Jourde nous donne à voir, dans toute son ampleur, la vaine tentative du réel pour être autre chose qu’un récit… Aux emboîtements des narrations répondent ainsi, tour à tour, les empilements des sosies du maréchal, les intrications des complots à l’intérieur des complots, ourdis par les dignitaires médiocres et dépravés comme par les spécialistes éminents et gris des « Services », ou encore les bribes de mémoire arrachées aux derniers fidèles du dictateur déchu, disparus ou retraités…Demandant sans doute un peu d’élan initial, cette lecture est une expérience précieuse.

Charybde2
30/05/13
 

Format

  • Hauteur : 20.50 cm
  • Largeur : 14.00 cm
  • Poids : 0.40 kg

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