Reparer les vivants

KERANGAL, MAYLIS DE

EDITEUR : GALLIMARD
DATE DE PARUTION : 13/05/15
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7,70 €

SYNOPSIS :

"Le coeur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d'autres provinces, ils filaient vers d'autres corps." Réparer les vivants est le roman d'une transplantation cardiaque. Telle une chanson de gestes, il tisse les présences et les espaces, les voix et les actes qui
vont se relayer en vingt-quatre heures exactement. Roman de tension et de patience, d'accélérations paniques et de pauses méditatives, il trace une aventure métaphysique, à la fois collective et intime, où le coeur, au-delà de sa fonction organique, demeure le siège des affects et le symbole de l'amour.
55 personnes en parlent
Ouvrir ce livre c'est plonger en apnée pour 24h. Simon est en état de mort cérébrale , son cœur peut faire l'objet d'un don qui permettra de sauver une autre vie; la décision doit être prise rapidement . On ressent la difficulté des équipes soignantes confrontées à cette situation, on retient son souffle autour de ces destins brisés , de ces vie bouleversées , qui vont se croiser autour du cœur de simon. Le style très particulier de Maylis de kerangal avec ses longues phrases rythmées est tout particulièrement adapté à ce roman époustouflant , poignant, dont on ressort complètement retourné .
clarinette
D'abord l'histoire, d'une lenteur incroyable mais en même temps rythmée comme ce coeur qui bat encore. Une plongée dans un moment que je ne connaissais absolument pas : la mort d'un jeune homme et le récit de la transplantation de son coeur. Puis l'écriture indissociable. Une écriture lente aussi, puissante, musicale comme une mélopée de douleur de ses parents, de ce corps médical concentré sur ses gestes clés mais et qui essaie de ne pas oublier son humanité. Un roman qu'on lit en apnée et que l'on referme en souriant.
domitille Mme
Je referme à l'instant ce magnifique livre et l'émotion est intense ! J'ai déjà envie d'en parler, de le conseiller, de l'offrir.... Ce sera incontestablement une des plus belles découvertes de mon année littéraire et je ne regrette qu'une chose, ne pas l'avoir lu plus tôt ! Le sujet est grave, important, il convient d'y réfléchir, de s'y pencher : La mort cérébrale et la transplantation qu'elle rend possible, le don d'organes. L'auteur suit ainsi le "parcours" d'un coeur, depuis la mort du jeune Simon, surfeur passionné, jusqu'à la transplantation dans la cage thoracique d'une malade en attente de greffe. Tout le talent de Maylis de Kerangal est de faire de cette réflexion sérieuse un vrai roman, passionnant, palpitant, où l'on croise de nombreux protagonistes, liés d'une manière ou d'une autre à cette transplantation. Son écriture est fabuleuse, foisonnante, efficace. Des portraits captivants, des émotions subtiles, des histoires attachantes ou étonnantes... sans perdre de vue le fil conducteur et central. Beaucoup d'humanité.
Christine Mme
Voici un roman qui traite d'un sujet encore tabou : le don d'organes. L'histoire se passe en seulement 24 heures, du moment de l'accident au moment du prélèvement des organes. L'écriture est simple, percutante et criante de vérités. Simon Limbres la vingtaine meurt dans un accident de la route, ses parents vont devoir faire un choix: autoriser les médecins à prélever son cœur, ses reins, son foie et ses poumons afin de permettre à d'autres personnes de vivre. En somme ses parents vont devoir en 24 heures accepter «d'enterrer les morts et de réparer les vivants» (p.129) Ce roman est une claque et en même temps un hymne à la vie!
Serablabla Mlle

À la manière des œuvres de Christian Boltanski, et en particulier de ses «archives du cœur», «Réparer les vivants» témoigne de la fragilité de la vie, et explore la frontière entre présence et disparition.Simon Limbres a vingt ans et un cœur de sportif, il est devenu adepte du surf, prêt à tout pour saisir l’ondulation de la vague, partir dans la nuit, se mesurer au cœur froid de l’hiver. Le titre est un présage, cette nuit finira mal. «Réparer les vivants» entraîne le lecteur, avec une écriture qui avance comme une onde, dans une plongée incroyablement réaliste dans un outremonde, un espace insondable entre la vie et la mort. Cet espace est un lieu et une communauté, autour du service de réanimation de l’hôpital, et il est métaphorique, dans le cœur de parents qui «transpercent la membrane fragile qui sépare les damnés des vivants».« Au sein de l’hôpital, la réa est un territoire à part qui accueille les vies tangentielles, les comas opaques, les morts annoncées, héberge ces corps exactement situés entre la vie et la mort. Un domaine de couloirs, de chambres, de salles, que régit le suspense. Révol évolue là, au revers du monde diurne, celui de la vie continue et stable, celui des jours qui s’enquillent dans la lumière vers des projets futurs, œuvre au creux de ce territoire comme on trafique à l’intérieur d’un grand manteau, dans ses plis sombres, dans ses cavités. »Ce roman ne fait pas partie d’un genre qui m’attire, et ceci pour diverses raisons, mais cette exploration physique et métaphorique des arcanes du cœur, muscle cardiaque et siège des émotions, est impressionnante de maîtrise. Maylis de Kerangal tour à tour amplifie et apaise l’onde de tension qui parcourt le roman, et par les mots nous projette au-delà du langage, dans un lieu où l’espace et le temps changent de poids, de rythme, avec ceux qui viennent pour toujours côtoyer le royaume des ombres.«Sans doute dut-il croire que l’écho de la mer à l’étroit dans la darse brouillait son écoute, sans doute dut-il confondre la friture sur les ondes, et la bave, la morve, les larmes tandis qu’elle se mordait le dos de la main, tétanisée par l’horreur que lui inspirait brusquement cette voix tant aimée, familière comme seule une voix sait l’être mais devenue soudain étrangère, abominablement étrangère, puisque surgie d’un espace-temps où l’accident de Simon n’avait jamais eu lieu, un monde intact situé à des années-lumière de ce café vide ; et elle dissonait maintenant, cette voix, elle désorchestrait le monde, elle lui déchirait le cerveau : c’était la voix de la vie d’avant.»«Réparer les vivants» sortira le 2 Janvier 2014 aux éditions Verticales.

MarianneL
22/12/13
 

Fin juin 2014, difficile d'ajouter quelque chose à toutes ces chroniques positives et les prix reçus et mérités! je joindrai ma voix au choeur pour louer l'écriture de Maylis de Kerangal qui m'avait déjà impressionnée dans la Naissance d'un pont. 24h de la mort de Simon et la vie de sa famille, les médecins et autres personnels médicaux et la receveuse; on est dans l'émotion, la sympathie au sens propre...Le réalisme, la documentation approfondie renforcent l'effet. Un livre extraordinaire mais qu'on n'oses pas recommander sans précaution. Rencontre très intéressante avec l'auteur qui a répondu aux objections d'une blogueuse du Café littéraire de lambersart berthe

afbf
23/06/14
 

Abandonner pour offrir....Accepter l'idée de l'irréversibilité, de l'impossible retour en arrière.... Il y aura un avant et un après. Le temps a suspendu sa course et il est reparti ... sans lui.... ou avec lui autrement ...C'est un livre qui palpite entre les mains, où, comme pour un cœur, parfois le rythme s'emballe, d'autres fois explose, ou traîne...L'auteur a cette force d'adapter la cadence de ses mots à ce qu'elle veut nous faire vivre...Son style est indéfinissable, ses phrases longues, très longues, contiennent autant de ramifications que le réseau veineux dans notre corps.... Ça s'étire, se tortille, se resserre, s'allonge à nouveau... Nos yeux restent accrochés aux points, aux virgules....notre souffle est suspendu....Et puis quatre ou cinq fois, une réplique, fuse, claque dans toute sa brutalité car là, le style redevient direct. A la ligne, un tiret:- Et panC'est court, sec, clair, précis, comme un couperet, c'est la réalité, la cruelle réalité, celle que l'on veut réfuter, repousser loin, très loin. C'est Marianne, la mère qui la reçoit la première en pleine face, puis Sean, le père, lui qui a transmis à leur fils l'amour du surf....et qui se sent coupable.Car c'est au retour d'une série de vagues merveilleuses (dont la description est un régal de poésie ) que l'accident a eu lieu... Comment ne pas s'en vouloir de lui avoir donné le goût de ce sport? Comment ne pas en vouloir à la terre entière, à la vie, à la mort? Mais c'est ainsi, il faut accepter le fait que Simon, le fils, ne soit plus, bien qu'il respire... Alors va se poser le choix du don d'organes alors que le jeune n'a rien exprimé de son souhait de donner ou pas de son vivant... C'est là que Thomas, à la tessiture qui sort de l'ordinaire, amoureux du chardonneret de Baïnem, au nom de famille prédestiné puisqu'il s'appelle Rémige, va entrer dans la vie de cette famille. Un homme humain, simple, qui fait le lien entre les familles de donneurs potentiels et les équipes qui s'occupent des futurs greffés. Il parle peu, occupe l'espace avec délicatesse pour que les parents cheminent, accompagnés jusqu'au bout de leur choix, quel que soit ce que sera la résolution .... Il faut prendre une décision et vite car le temps presse.... C'est avec un vocabulaire ciblé, recherché, documenté sans aucun doute pour la partie médicale que Maylis de Kerangal va au fond des actes liés à la mort clinique pouvant entraîner un don d'organes, fouillant les âmes, plongeant au fond des cœurs aussi.... Tout est dévasté autour de cette famille, Simon les rassemble mais de quelle façon.... Dans la douleur, le chagrin, l'horreur de la situation.... Certains esprits chagrins trouveront que l'auteur a trop décrit, qu'elle en a trop fait sur la partie "hôpital" et que tous les détails n'ont pas lieu d'être, pas plus que ceux donnés sur le quotidien des uns ou des autres qui croiseront la route de Simon ou de ses parents durant ces vingt-quatre heures. Je crois, au contraire, qu'il le fallait pour montrer l'opposition entre la vie qui continue, qui avance, et celle qui s'est figée.... Ce roman sera pour moi un coup de cœur. D'abord pour l'écriture si singulière mais qui m'a parlé au coeur, ensuite pour la façon dont ce douloureux sujet est abordé, sans voyeurisme, sans pathos, et enfin pour l'humanité dont fait preuve l'auteur, posant les phrases, les gestes, comme une délicate évolution vers l'espoir, fil ténu reliant les vivants et les morts, maintenant la vie comme seule réponse à tous les conflits intérieurs face aux questions incessantes qui hantent ceux qui restent....

Cassiopea
01/05/14
 

Simon part le matin faire du surf avec ses amis. Il est debout à 5h du matin pour attraper la bonne vague. Mais sur le chemin du retour, il a un accident. Traumatisme crânien. À l’hopital, les résultats montrent une mort cérébrale. Les parents arrivent. Simon est-il donneur d’organes ? La douleur des parents, le doute, tout est exacerbé par la situation…Sur une simple histoire de don d’organe, Maylis de Kerangal écrit une œuvre littéraire forte. L’écriture est magnifique. Les personnages sont très humains. Les différents acteurs du récit se succèdent en cascade jusqu’au final : la transplantation du cœur de Simon. C’est beau, c’est fort. Bref, ce livre est une vrai claque. Coup de cœur !!!! mini pouce06

minipouce06
26/03/14
 

À quoi reconnait-on un excellent roman ? à son histoire bien ficelée, à l'attachement qui s'opère chez le lecteur vis-à-vis des personnages, à la plume élaborée de son auteur(e), à l'émotion ressentie lorsqu'on le ferme et à sa capacité d'instruire. Il est donc relativement rare de tomber sur une perle littéraire et quand cela arrive, un vrai bonheur nous attend. Réparer les vivants fait partie de ces objets précieux. Christophe Alba, Simon Limbres et Johan Rocher ont décidé que cette soirée serait leur nuit : celle de la vague à maîtriser, celle passée à surfer. Quels que soient les risques encourus, rien ne vaut une bonne virée entre copains. Le retour à la maison dans le van parental va forcément laisser des traces, et pas qu'indélébiles. Réparer les vivants est une vraie ode à la vie. Sous un fond tragique (le décès brutal d'un humain), ce roman questionne intelligemment sur le sens du don d'organes. Présentant la question éthique en premier lieu, il aborde les différentes réactions face à la mort d'un être cher comme, par exemples1) le cas des croyants en la réincarnation refusant le don d'organes sous prétexte que le corps amputé risque d'affaiblir la vie suivante ou bien2) l'acceptation du prélèvement d'organes vitaux d'un mort cérébral compatible revenant à reconnaître le décès physique de ce dernier (sans possibilité de retour en arrière, sans espoir d'un réveil après un long coma)mais aussi cette forme de culpabilité que tout receveur peut ressentir ( « je vais vivre parce que quelqu'un d'autre est mort. »)Présenté sous une forme très scientifique (Maylis de Kerangal, n'a pas voulu commettre d'impair dans la description du parcours contre le temps de ce fameux passage de témoin : quatre heures maximum pour qu'un cœur puisse être réimplanté chez un autre humain), Réparer les vivants informe aussi sur l'existence d'un registre national des refus de don (à renseigner si vous êtes totalement opposé(e) à ce qu'un de vos organes soit prélevé à votre mort : votre non-inscription à ce registre est considéré comme un oui implicite). Nous ne sommes que des êtres ambulants : comme les voitures, certains d'entre nous décèderont brutalement, d'autres connaîtront cette phase de coma cérébral permettant le maintien artificiel de leur cœur, leurs reins, leurs poumons ou leur foie afin de servir à nouveau à d'autres (comme les voitures usagées dans les casses offrent des pièces détachées propres et utiles pour réparer d'autres automobiles en circulation). Mais, Réparer les vivants ne se résume pas à un plaidoyer sur le don d'organes : il offre une galerie de portraits attachants (des scientifiques investis dans la survie humaine, des hommes et femmes meurtris par la vie, bousculés dans leur deuil et offrant une existence plus sereine à d'autres, etc) . C'est un texte profondément optimiste et humain qui rappelle l'importance de ce geste gratuit. Maylis de Kerangal rythme parfaitement son écrit en présentant aussi des anecdotes comiques comme l’atterrissage forcé de pizzas sur le mur d'un salon ou sur une fenêtre le soir d'une rencontre de football opposant la France à l'Italie, par exemple.Cette écrivaine formidable, déjà reconnue avec Naissance d'un pont et Tangente vers l'est donne le meilleur d'elle-même dans le registre du travail (BTP dans Naissance d'un pont, médical dans Réparer les vivants), travaille sur le lexique du corps (ici l'élément finalement principal de son intrigue), manie le vocabulaire avec dextérité (le champ mathématique a le droit à un hommage appuyé à la page 217) et ne laisse absolument rien au hasard (Simon porte un patronyme déterminant qui, sans son R, résume parfaitement sa situation durant tout le livre). Impressionnant.

Cave
21/03/14
 

C’est l’histoire d’une transplantation cardiaque, point par point, personne par personne. Le don, c’est aussi la possibilité du refus, fait dire l’auteur à un de ses personnages à un moment (plus ou moins en ces termes, je ne retrouve plus le passage exact), et elle nous plonge ici dans un texte vraiment précis qui dessine patiemment tous les protagonistes; pas seulement leurs gestes (même si tout est détaillé), mais leur parcours, ce qui les a amenés au moment T qui les place sous le projecteur, qui leur fait tenir un rôle dans l’espèce de ballet ultra coordonné qui amène à ce geste fou, quand on y pense, parce que quelqu’un est mort on peut réparer un vivant. Et parce qu’on rencontre Simon "avant", quand il se réinvente "surfeur planétaire" alors qu’il n’est que "lycéen d’estuaire", on prend la pleine mesure du choc reçu par sa mère (quand elle se regarde et ne se reconnaît pas, le moment précis où la vie se décroche, cette rupture de falaise tellement bien mise en mot, terrible !…), et on comprend aussi, si bien, la fébrilité des équipes qui se mettent en place, les protocoles tellement indispensables, les sentiments très mêlés de la receveuse. Plus qu’un roman juste, c’est un livre exact, qui se tient en équilibre permanent sur un ton tout à fait personnel, qui n’est ni du compte-rendu clinique ni chargé d’affect, sans être neutre pour autant. La langue est belle, elle est nette, elle chante avec des "mêmement" en rafale, des adjectifs rares, parfois un soupçon d’excès; le rythme fluctue, il s’emballe, il s’apaise, ça agrippe (du moins, ça m’a agrippée). Parce qu’il déclenche comme malgré lui l’empathie chez le lecteur, ce provoque une réceptivité totale, et me semble aussi difficile à occulter qu’à oublier. Une réussite ! http://cuneipage.wordpress.com

SagnesSy
11/02/14
 

Il aurait dû avoir la vie devant lui… A tout juste 17 ans, Simon Limbres est un adolescent comme les autres. Il vit pour le surf, les sorties entre amis et pour Juliette, son premier amour. Mais alors qu’il revient d’une session matinale, vanné mais serein, tout comme ses deux acolytes, Chris et Johan, un terrible accident de la route se produit. Pour Simon, le seul à ne pas avoir de ceinture de sécurité, le choc est fatal. Transporté d’urgence à l’hôpital, il est plongé dans un coma dont il ne se réveillera pas… Tout va très vite, tests en série et batterie d’examens s’enchaînent afin de constater l’état de mort cérébrale de Simon. C’est à Pierre Révol, le médecin de service, que revient la responsabilité d’annoncer à Marianne et Sean, les parents de l’adolescent, le décès de leur enfant, mais c’est Thomas Rémige qui leur parle du don d’organes. Un rôle délicat, alors que la douleur de la perte est à vif, mais nécessaire, car de la réponse des parents dépend la vie de plusieurs patients… Foie, reins, poumons et cœur peuvent être récupérés et offrir une seconde existence à ceux qui en ont besoin. Dès l’accord donné, une véritable course contre la montre s’engage dans laquelle il s’agit de déterminer quels sont les patients prioritaires et d’envoyer des équipes récupérer les précieux organes car le cœur, le plus fragile de tous, ne peut vivre plus de cinq heures en dehors de l’organisme…Dans ce roman mené à tambour battant, Maylis de Kerangal nous offre une vision des urgences bien éloignée de celle véhiculée par certaines séries américaines… Des médecins épuisés, tendus, parfois debout depuis plus de quarante heures, qui côtoient la douleur et le malheur au quotidien et qui sont prêts à tout pour la soulager. Des hommes et des femmes qui vivent sous tension en permanence et croulent sous le poids des responsabilités… L’histoire, qu’on jugerait plus longue tant les actions se succèdent à un rythme effréné, se déroule en réalité sur 24h. Les différentes étapes après l’admission aux urgences : de l’annonce de la mort, à l’acceptation du don d’organes puis au prélèvement de ces derniers, sont entrecoupées de tranches de vie sur les différents personnages impactés par le drame (famille, médecins, receveurs…), faisant ainsi ressortir l’individu au sein de l’équipe. Tout est chronométré et s’enchaîne à une vitesse incroyable. Le lecteur est pris dans ce tempo et cette tension jusqu’à ressentir une véritable empathie pour les différents personnages. Les phrases sont longues mais bien rythmées. Le style est précis, travaillé et plein d’élégance.Malgré la rapidité de l’action, l’auteur ne laisse pas de côté l’affect et prend le temps de détailler la psychologie des personnages, leur état d’esprit, leurs appréhensions, mais aussi leur excitation. Le cœur est véritablement au centre du roman, en tant qu’organe vital bien sûr, au centre du fonctionnement de l’être humain, mais aussi dans sa représentation romantique en tant que siège de l’âme et des sentiments. Que ressent-on quand on vit avec le cœur d’un autre ? Un roman passionnant, intense et bouleversant, magnifiquement écrit, qui soulève des questions percutantes et essentielles !A lire également, pour ceux qui auront aimé, « Profanes » de Jeanne Benameur.

Mokona
02/02/14
 

Une bande de jeunes garçons, 20 ans, surfent dans l'aube naissante d'un matin de février. Retour vers la ville les yeux remplis de vagues, la fatigue, l'accident. Simon est dans le coma, hémorragie cérébrale, pronostic vital engagé. Mère affolée, père tétanisée, équipe médicale se préparant au pire. La mort est là, seulement suspendue à une machine qui ne sera débranchée qu'après avoir essayé auprès de la famille de Simon l'autorisation d'obtenir certains organes... La vie, la mort, la vie, tout ça sur une journée, tourbillon d'émotions, de drames, d'hommes et de femmes anéantis ou prêts à aider l'autre. A la télévision cela s'appellerait "24h chrono", en littérature "Réparer les vivants" parce que l'on ne fait pas dans le clinquant ou le tape à l'oeil, mais dans l'humain.Maylis de Kérangal est une styliste du roman. Sur sa trame simple, elle insuffle son regard de grand écrivain, fouille les âmes, les cerveaux, les comportements. Elle donne corps à n'importe quelle situation, éclairant le moindre ressenti intime avec des mots que seul un grand observateur sensible peut écrire. On se retrouve tour à tour accro au surf, mère en souffrance, médecin de réanimation, malade cardiaque, infirmier spécialisé, avec doutes, tourments, désirs. C'est d'une précision redoutable, d'une intelligence époustouflante. Elle arrive à nous faire éprouver des sentiments, des sensations que bien souvent il nous est impossible de mettre en mots. De l'attente énervante d'un SMS à la posture de maîtrise absolue d'un chirurgien face à une transplantation cardiaque, rien n'échappe à son oeil et à sa plume d'écrivain d'aujourd'hui. Car, bien au-delà des personnages, c'est toute une société qui vit, qui bouge, qui souffre, qui aime, qui travaille, qui s'entraide qu'elle nous dépeint, mais aussi son décor, son habitat, sa place dans une histoire collective. C'est toute la dureté de la vie et le formidable élan que la passion de quelques uns apporte à l'humanité qui se trouvent ici réunis pour former un des romans les plus forts de l'année. Sans une once de mièvrerie, mais sans pour autant ériger des statues, l'auteure de "Naissance d'un pont" et " Tangente vers l'Est " nous offre ici un récit captivant et sensible.Cependant, comme j'aime beaucoup, je vais quand même donner un petit, tout petit, ressenti négatif. Ce roman est exigeant, pas facile d'accès. La fin sur le blog

pilyen
04/01/14
 

Ce livre est ancré dans un lieu unique, celui d’un hôpital, lieu de vie et de mort, presqu’un huis clos. Dans les livres précédents, il y avait déjà cette unité de lieu. Un pont (Naissance d’un pont), un train (tangent vers l’Est), un quartier de banlieue (Pierre feuilles ciseaux). Dans ce nouveau décor, Maylis de Kerangal déroule ses phrases, se sert des mots comme d’une couverture qui nous enveloppe pour mieux nous pénétrer et nous épargner. Chaque instant est ancré dans son environnement, dans son temps. Le temps, l’urgence, choses primordiales lorsque l’on accepte le don d’organes de son enfant en état de mort clinique. Le cœur est omniprésent. Que ce soit celui du jeune garçon, celui des parents, celui de l’hôpital, celui de la receveuse, celui des soignants et l’écriture bat au rythme de ces pulsions.Maylis de Kerangal par ses mots, met le doigt sur la douleur de la perte, le cheminement vers l’acceptation du décès puis du don. La tension est palpable, très bien rendue, presque l’impression d’écouter battre les cœurs des chirurgiens, malades, intervenants… Oui, les mots, le rythme des phrases sont importants. Ils donnent de la retenue au texte et ne cherchent pas à faire pleurer dans les chaumières malgré le sujet tragique de la mort du fils. En me relisant, je vois que j’ai souvent écrit « mots » et « cœur ». je ne renie rien car c’est ce qui m’a le plus frappé et ce que j’ai le plus apprécié dans ce livre. Les mots y sont passeurs de la vie et le livre a son propre rythme cardiaque.Un roman extraordinaire puisque de la mort nait une vie. Un coup de cœur.

zazy
19/12/15
 

Maylis de Kerangal aime s’accaparer des sujets peu littéraires comme l’art du plongeon (Corniche Kennedy en 2008), la vie d’un chantier autoroutier (Naissance d’un pont en 2010), la transplantation cardiaque (Réparer les vivants en 2014) pour en faire de grands romans humains. Chaque fois, elle plonge dans cet univers jusqu’à connaître les termes professionnels, les différentes étapes. Elle maîtrise ce langage technique étranger à la littérature pour en restituer un récit rythmé, émouvant et vivant....Réparer les vivants est sans conteste l’un des romans les plus forts de ce début d’année 2014.

jostein
02/12/14
 

J'avais un peu peur d'être déçue par ce livre dont on parle beaucoup.... mais dès les premières pages j'ai été happée par ce récit . Chronique d'une mort annoncée , mais quelle force dans l'écriture qui nous emporte au gré des émotions.... très très noires pour les parents qui perdent un fils et qui hésitent beaucoup avant d'opter pour le don d'organes et retour vers la lumière avec Claire pour être transplantée est une question de vie ou de mort.Maylis de Kérangal réussit la jolie performance de capter, d'accompagner, d'amplifier les émotions sans jamais tomber dans le pathos! Chapeau bas !!!

dvan
11/05/14
 

Ce très émouvant roman débute lorsque 3 jeunes hommes, dont l'auteur nous fait merveilleusement percevoir la vitalité, partent pour une session de surf sur la côte normande. Elle en fait des héros, elle décrit parfaitement leur passion, pour pousser plus encore le mythe elle leur adjoint des sirènes que sont les femmes en bikini peintes sur la carrosserie de leur " van ". Sur le chemin du retour, épuisé, enivré de vagues, le conducteur perd le contrôle du véhicule, Simon assis sur le siège central sans ceinture est projeté contre le par-brise, le choc est violent, rapidement après l'admission en réanimation, l'état de coma dépassé, de mort cérébrale sont diagnostiqués, son cerveau est irrémédiablement détruit, alors que le reste de ses organes sont intacts. Le basculement dans l'urgence du service de réanimation est saisissant et l'arrivée de la mort glace le lecteur. Ensuite avec un chapitre simple, concis, elle revient sur la révélation en 1959 de la notion de " coma dépassé ", par les professeurs M.Coulon et P. Mollaret, " l'arrêt du cœur n'est plus le signe de la mort, c'est désormais l'arrêt des fonctions cérébrales qui l'atteste ", le cerveau devient l'organe de la mort à la place du cœur, notion qui a permis le développement des greffes du cœur, dont elle retrace brièvement l'historique. Puis arrivent les parents, Marianne et Sean, dévastés par l'accident de leur fils, anéantis par son état, leur chagrin, leur angoisse, leur sentiment de culpabilité, notamment celui du père qui a fabriqué le surf, sont parfaitement rendus. C'est dramatique sans être mélo. L'empathie des médecins et de l'infirmier Thomas Rémige est telle que malgré le choc de la demande de don des organes de leur fils, ils sont conduits progressivement à accepter. Commence alors, la chaîne de professionnalisme de tous les intervenants. Maylis de Kerangal nous les montre dans leur mission, sans approfondir l'aspect technique, mais également dans leur vie personnelle, cela donne de l'épaisseur, de l'intimité à ses personnages. Elle rend admirablement leur passion pour leur travail, leur sensation d'approcher le divin en transportant le cœur de Simon qui migre vers le corps de Claire la receveuse compatible. Elle ne consacre que peu de pages à la receveuse du cœur et n'entre pratiquement pas dans le don des autres organes, mais en une seule page elle rend admirablement les interrogations , les scrupules de Claire, sa hantise de ne pas pouvoir remercier son donneur. L'écriture est magnifique, le rythme s'adapte aux événements de ces 24 heures. La construction est d'une grande beauté qui entraîne le lecteur dans des moments extrêmement dramatiques, puis alterne avec des passages de réflexions, notamment en s'attardant sur la vie des intervenants, qui sont autant de métaphores, Thomas le passionné de chant lyrique et d'oiseaux, Cordélia, l'infirmière prise dans une histoire d'amour. Par petites touches l'auteur signale sa présence en employant le " Je ", mais également implique les lecteurs avec des expressions telles que page 25 " Chacun sait, chacun devine " où plus loin page 198 " pour peu que l'on s'approche, pour peu que l'on soit doux et silencieux on entend leurs cœurs ". En révélant les peines, les souffrances, les craintes, les interrogations qui accompagnent les greffes d'organes de la façon dont elle le fait, elle montre bien qu'il faut une chaîne d'amour pour ces performances de techniques médicales, chirurgicales, réussissent. Elle sait également dans ce livre qui traite de la mort, montrer que la vie continue avec le moment ou les parents retrouvent Lou, la petite sœur de Simon, qui, une fois passé le moment d'émotion déclare: " J'ai faim " Réparer les vivants est un roman passionnant, captivant, émouvant, qui m'a bouleversé.

JoelC17
19/04/14
 

Ce n’est pas simplement le récit d’une transplantation cardiaque, c’est le récit de toutes ces humanités qui se mettent en marche à partir de l’accident. Maylis de Kerangala suit tous les personnages qui vont faire partie de cette course folle du voyage d’un cœur. Les sentiments sont décrits dans une langue au couteau, ciselée, travaillée jusqu’à trouver l’émotion la plus juste.

fridom
04/04/14
 

Maylis de Kerangal fait preuve d'une virtuosité telle que je sors éblouie de cette lecture et pleine du regret de l'avoir finie, bien que j'aie fait durer ces trois cent pages pendant cinq jours, un record surtout quand on sait que je suis en vacances. Je ne voulais pas quitter cette écriture, je ne voulais pas non plus avancer trop vite, je ne voulais que Simon nous quitte vraiment, et je savais que j'aurais beau relire le roman (et c'est une certitude, je le relirai et l'offrirai à foison), rien ne serait comparable à cette première lecture. Maylis de Kerangal manie les mots et les phrases avec maestria, maîtrisant parfaitement les lexiques différents qu'elle aborde : celui du surf ou de la médecine.Les phrases sont délicieusement longues, elles se déroulent au rythme de ce temps qui s'écoule, qu'on veut voir s'écouler lentement, au rythme de la douleur de ces parents, très touchants, des médecins qui attendent l'accord de la famille mais ne veulent rien brusquer au risque de tout faire échouer, du receveur aussi. Il n'y a aucun pathos dans ce roman, ce qui ne m'a pas empêché de verser quelques larmes (mais très peu au vu du thème). D'ailleurs, Maylis de Kerangal n'hésite pas à introduire Rose à qui l'on est reconnaissant de nous offrir cette pause fraîcheur et la gravité est toujours proche de moments plus frivoles, si bien incarnés par Cornelia, l'infirmière. http://vallit.canalblog.com/archives/2012/07/25/24675519.html#comments

cocalight
09/03/14
 

Réparer les vivants est un extrait d’une phrase de Tchekhov : "Enterrer les morts et réparer les vivants". C’est l’histoire de Simon et surtout de son corps. L’histoire d’une transplantation cardiaque et de donneurs d’organes.Vu le thème, on pourrait ne pas être emballé, pourtant Maylis de Kerangal nous emporte rapidement dans le récit de ce cœur qui a vécu différentes émotions dans le corps de Simon et on vivra de nouvelles chez une autre personne. De ce point de vue, la transplantation en est presque belle !Avant la transplantation, on découvre la vie de Simon avant son accident de voiture. Sa soirée de surf entre amis dans le pays de Caux (Seine Maritime, Normandie). L’emplacement des lieux m’a permis de me plonger dans ce paysage familier : falaise, mer.L’auteur ne nous décrit que très peu les personnages, ce qui compte c’est l’humain, leur sentiment, leur valeur. Pas leur physique. La mère de Simon est à la dérive, une mère qui ne se remettra jamais de la perte de son enfant ; le père, Sean, est impulsif et perdu, comment le blâmer de réagir ? Un couple, séparé mais uni. Le médecin, Remige, gère les transplantations, il est très compréhensif, attentif.En vingt-quatre heures, les organes de Simon se retrouveront dans d’autres corps, répartis dans les quatre coins de la France. Maylis de Kerangal décrit minutieusement la mécanique des corps et la tension humaine qu’implique une telle opération. Avec ses phrases longues, elle nous emporte (ou nous perd si l’on ne suit plus) dans ce moment émouvant de don de l’autre. LOUISE Novelenn

Novelenn
08/03/14
 

Ce roman de Maylis de Kerangal fait partie des titres en lice pour le Prix Louis Guilloux 2014 et c'est dans ce cadre que je l'ai lu. Ce n'est pas le genre de livre que j'ai pour habitude de lire, préférant nettement les romans à la dimension historique, politique ou social, ces romans qui mettent en scène une histoire individuelle mais sur fond de destinée collective... Bref, j'ai donc ouvert Réparer les vivants, avec méfiance, je l'avoue. Au-delà du sujet, j'avais entendu l'auteur interrogée par Kathleen Evin dans L'humeur vagabonde (France Inter) et je n'étais pas allée au bout de l'émission, agacée par une mise en scène inutile : pourquoi, lors de la lecture de l'opération du prélèvement des organes, faut-il ajouter un bruitage, celui des appareils reliés à Simon et qui continuent de faire battre son coeur ? Absolument superflu, inutile d'en rajouter, le texte étant assez éprouvant comme ça... Revenons-en au livre : bien sûr, le roman n'est que pathos, au sens premier du terme, c'est à dire qu'il y a de l'affect à chaque ligne. Certes, Maylis de Kérangal n'est pas dans l'emphase à outrance ou dans le pathétique (paradoxalement !). D'un autre côté, le choix de son personnage principal n'est pas non plus pour rien dans l'émotion qui nous assaille : Simon Limbre est jeune, beau, athlétique et aurait dû avoir la vie devant lui. La même histoire mais avec un personnage qui a déjà vécu n'aurait pas eu le même impact. De même, le choix de Bashung en arrière plan sonore lorsque Marianne entre dans un bistrot n'a pas le même effet que s'il s'était agi d'Elmer Food Beat (je caricature) mais enfin ce que je veux dire c'est que l'auteur par certains choix (même anecdotiques) ponctue la tragédie. Son grand talent est de parvenir à nous faire ressentir des émotions (la douleur des parents par exemple) en nous décrivant leurs gestes, leurs attitudes, c'est un récit factuel, on pourrait dire, sans mauvais jeu de mots, que c'est un récit clinique tant l'auteur est précise dans ce qu'elle décrit. C'est aussi un texte qui revient sur la notion de mort : à quel moment est-on mort ? Depuis 1959, ce n'est plus au moment où le coeur s'arrête de battre mais bien lorsque l'activité cérébrale s'éteint. Un texte très intime, qui m'a ébranlée, parfois mise mal à l'aise, le corps de Simon m'a semblé déshumanisé lorsqu'il arrive en salle d'opération, notamment entre les mains de Virgilio, le chirurgien qui procèdera à l'extraction du coeur. L'opération pour lui est davantage une démonstration de ses performances qu'une action à visée humaine, l'affectif n'a pas sa place entre ses mains. Le recul des médecins par rapport aux corps et à la mort est sans aucun doute nécessaire mais néanmoins gênant. Heureusement, Thomas Rémige est un beau personnage, c'est l'infirmier coordinateur du don d'organes et malgré sa froideur, il a quelque chose d'apaisant et de terriblement humain. Le roman est donc éprouvant, plusieurs scènes sont à la limite du supportable, dont celle où Thomas Rémige se retrouve seul avec le corps de Simon, après l'ablation : la salle du bloc est une véritable scène de carnage. C'est un roman qui sonne juste (Maylis de Kérangal s'est beaucoup documentée et ça se sent), et cet hyperréalisme m'a parfois amenée à me sentir spectatrice du malheur des autres, voyeuse en quelque sorte : c'est particulièrement gênant... Néanmoins, c'est un roman qui m'a marquée, que je n'oublierai pas mais que je n'offrirai pas ni ne conseillerai : à chacun de choisir d'aller vers lui, il touche tellement à l'intime !

fabula
04/03/14
 

Le récit d'une transplantation cardiaque dont l'auteur a resserré le temps d'exécution en 24 heures. Le lecteur assiste à une aventure métaphysique qui parle de la vie, de l'amour, de la solidarité, de la transmission. C'est l'histoire de personnes qui réparent une blessure , chaque personnage du roman est dans cette réparation à commencer par les parents de Simon puis tous convergent vers le coeur de Simon, chacun dans une fonction bien précise.Au-delà de ces fonctions, tous ces personnages sont des sujets avec un coeur qui palpite à l'unisson de celui de Simon.Dans ce récit, on y apprend beaucoup de choses dans cette course contre la montre.

alexka
03/03/14
 

Enterrer les morts et réparer les vivants : le titre est emprunté au Platonov de Tchékhov.Quelle claque que ce livre ! Le fait de travailler en bibliothèque me permet d'être au plus près de l'engouement des lecteurs et de m'y mêler lorsque je vois un livre très plébiscité. Ce Réparer les vivants campe l'étagère des réservations depuis sa sortie et ne devrait pas regagner les rayons avant un bon moment. Je dois bien me ranger, critiques et lecteurs ont eu du flair, ce titre est excellent.Simon Limbres a 19 ans et part en virée surf avec deux amis un beau matin (aucune indication du jour) quelque part en Seine Maritime. Sur le chemin du retour, il est victime d'un accident de la route et son état, plus préoccupant que ses copains, d'heure en heure se dégrade. Les médecins qui le prennent en charge le jugent rapidement en état de mort cérébrale. Marianne, la mère, est prévenue et le père, Sean, est lui aussi mis dans la boucle de l'urgence désespérée. Appelés au chevet de leur fils, ils constatent un être au cœur qui bat, semblant endormi, alors que tout est espoir de réveil s'envole. Pendant vingt-quatre heures, nous allons suivre ce jeune et surtout ses parents qui, en plus de devoir affronter un drame, se retrouvent à devoir trancher pour leur fils : qu'aurait-il fait de ses organes ? Aurait-il consenti à les donner à d'autres ?C'est le portrait d'une jeune homme insouciant, surfeur et secret, qui nous permet de nous raccrocher à quelqu'un bien en chair, grand frère et qui profitait de chaque instant.Avec ce type de récit, j'avais surtout peur d'une surenchère dans le sensationnel, d'un voyeurisme un peu malsain d'un couple en pleine détresse alors qu'un enfant se meurt. Mais Maylis de Kerangal habille les mots d'une telle intensité et d'une telle pudeur qu'on s'infiltre dans le huis-clos, quelque part aussi accablé que les parents mais sur la touche pour ce qui est des événements plus traumatisants (pas de description de l'accident par exemple). Et c'est ce en quoi je lui dis "bravo" ! Aux toutes premières pages on a le cœur serré face à la gravité de l'accident. A mesure que les protagonistes s'inscrivent peu à peu dans une démarche de don d'organe, on est ensuite taraudé par le déroulement des opérations, inquiet quant à la greffe à venir, quelque part en suspens alors que le temps s'est arrêté et que les parents cèdent leur place à la médecine.Çà parait un peu déplacé de dire ça mais la description de la transplantation est belle et intense. On sent que l'auteur maitrise son sujet et qu'elle tient en retrait grâce au subtil dosage des mots et des images.Le cœur de Simon - un abdomen en boule qui se soulève doucement au fond d'un lit-parapluie ; l'oiseau des terreurs nocturnes affolé dans une poitrine d'enfant ; le tambour staccato calé sur le destin d'Anakin Skywalker ; le rif sous la peau quand se hausse la première vague [...] ; la fonte diastolique quand son regard capte Juliette à l'arrêt de bus [...] ; l'apnée dans le papier bulle au soir de Noël, le surf déballé au milieu du hangar glacé, décacheté avec ce mélange de méticulosité et de fougue, comme on tranche l'enveloppe d'un message d'amour. Le cœur alors. (p. 130)Ce livre est important non seulement dans la rentrée de janvier mais aussi, plus largement, dans le paysage des récits relatifs à la médecine. Une fois fermé le livre, on se sent grandi et humble devant tout ce qui est entrepris pour que la vie étincelle toujours à l'horizon. Et dans un second temps on n'a qu'une envie, se procurer tous les livres de Maylis de Kerangal !

Melopee
01/03/14
 

Coup de coeur Sur un sujet difficile, une magnifique histoire portée par une très belle écriture, très imagée. On palpite comme le coeur de Simon !

L’auteur parle de fragmentation du monde, d’humanité pulvérisée en une divergence infinie des trajectoires, pas mieux pour parler de son livre, de mort, de dons d’organes, de la notion temps.Maylis de Kerangal nous place au cœur de ce cœur et de ce corps, de la douleur des parents de Simon à celle des donneurs, de leurs interrogations. Dès la première page, on guette l’accident puis page 25, l’auteur nous interroge, s’interroge. Ensuite, ensuite, on découvre le monde méconnu de la filière « don d’organes », on assiste au processus, aux prélèvements, on découvre en bout de chaîne une potentielle future greffée, avec ses doutes elle aussi. On reste avec Thomas, l’infirmier relais qui ne cessera d’être le garant des humanités et tout cela à un rythme effréné puisque 24 heures seulement se seront écoulées… Cocotcha

cocotcha
26/01/14
 

Réparer les vivants est "la somme des actions et la somme des mots, la somme des espaces et des sentiments" qui, partie du cœur de Simon Limbres, jeune surfeur de vingt ans, aboutira -ou non -à sauver la vie d'une receveuse en attente de transplantation.Le roman de Maylis de Kerangal n'a rien d'un récit journalistique. Il acquiert une dimension quasi mythologique, brassant l'espace et le temps, replaçant l'organe dans sa dimension à la fois affective et symbolique. Il ne s'agit pas ici de réparer un organe défaillant mais bien de s'interroger sur les mots qui manquent pour exprimer l'émotion, les mots qui devront sonner juste pour convaincre les proches, mots qui parfois se mueront en chant pour mieux saluer le corps qui a encore une apparence de vie même si l'activité cérébrale a signalé sa mort, car il s'agit de creuser "ensemble dans cette zone fragile du langage où se déclare la mort.".Cette trajectoire alterne les points de vue, y compris celui de la receveuse potentielle qui n'est pas sans interrogations, détaille aussi le ballet des intervenants médicaux, ne les réduisant pas à une fonction mais les inscrivant dans une humanité pleine de justesse.Nous ressentons pleinement toutes les sensations , tous les sentiments qui bouleversent de fond en comble les personnages !Le style précis, imagé et élégant,le récit tendu comme un arc et empli d'émotions sans jamais verser dans le pathos, font qu'une fois levés les a priori susceptibles d'entraver notre lecture, on ne peut quitter ce roman qui pulse et fait battre le cœur.Et zou, sur l'étagère des indispensables ! cathulu

cathulu
24/01/14
 

Mort cérébrale, greffes d'organes : un roman fort, évitant le pathos, frôlant le secret de l'humain.Publié en janvier 2014 chez Verticales, ce roman de Maylis de Kerangal s’affirme en presque tous points comme le digne successeur du si réussi « Naissance d’un pont » de 2010.Dans l’univers de la mondialisation économique contemporaine, traitée à travers un grand chantier de BTP, elle était parvenue, dans « Naissance d’un pont », à trouver un langage original et juste, échappant aux approximations comme aux caricatures trop souvent pratiquées dans le domaine, pour raconter une histoire forte et fournir un subtil questionnement.Avec ce « Réparer les vivants », dans l’univers médical pointu de la mort cérébrale et de la greffe d’organes, on pouvait redouter l’invasion du mélodrame compatissant et du larmoiement légèrement dégoulinant : si l’univers de l’hôpital en général et du bloc chirurgical en particulier se prête plutôt bien à la dramatisation émotionnelle à suspense mêlé d’humour qui fait la série TV à succès, il a offert bien des déconvenues en littérature, sans avoir nécessairement besoin de remonter à Frank G. Slaughter ou à Robin Cook (l’Américain des thrillers médicaux puissamment répétitifs, pas le Britannique des subtils polars bien noirs).En racontant l’accident de voiture de ce jeune surfer rentrant d’une session très matinale en pays de Caux, de son hospitalisation d’urgence au Havre, de sa mort cérébrale rapide, des réactions de ses parents et de son amie, de la mécanique technique et humaine aussitôt mise en œuvre par le corps médical pour s’assurer à la fois d’un consentement qui n’aggrave pas le traumatisme et de la réussite d’un processus ultra-rodé - mais pouvant toujours se jouer à un « rien » - conduisant à quatre greffes d’organes salvatrices pour des « vivants », Maylis de Kerangal s’est livrée à un exercice à haut risque, dont elle a brillamment triomphé : elle donne à lire l’émotion de l’insoutenable sans projections incontrôlées de pathos sur les vitres, elle décrit avec minutie les méthodes et les techniques d’un corpus fascinant, aux limites précises de la vie et de la mort, sans abandon de l’humanité réelle de ses actrices et acteurs, elle équilibre avec une rare maîtrise le drame intime, la magie apparente de la résolution des paradoxes éthiques, et le professionnalisme le plus forcené qui n’en reste pas moins qu’une facette, partielle, de chacun ici.Sur des sujets que j’aime à la TV mais aurais plutôt évité « normalement » en littérature (si je n’avais pas à ce point apprécié « Naissance d’un pont » et surmonté la petite déception de « Tangente vers l’Est »), Maylis de Kerangal a réussi un vrai défi d’écriture, un roman plutôt rare qui frôle certains secrets humains en se drapant subtilement dans le faux documentaire.

Charybde2
17/01/14
 

Lire ce roman fut pour moi une lecture très pénible. L'intrigue et le sujet sont servis par une écriture si difficile à lire, avec ces phrases longues, si longues (jusqu'à une page entière tout de même), que j'ai eu la désagréable impression de lire ce roman à bout de souffle, comme si je manquais d'air ; arrivé au point final de la phase, parfois on ne sait plus comment elle a commencé. Et à force de devoir supporter ces longueurs, ces descriptions à n'en plus finir, l'intérêt pour l'intrigue finit par s'effilocher, on s'éloigne du sujet principal. Et c'est bien dommage. On ressent parfois une certaine émotion. Mais le trop plein de descriptions médicales et techniques atténue cette émotivité. Encore un livre dont je ne comprends pas le succès... http://blogaelle.wordpress.com/

GaL7
07/12/15
 

Réparer les vivants Une immersion dans le monde de la transplantation cardiaque. De nombreux détails qui permettent de bien appréhender l'importance du don d'organes et la difficulté des familles à l'accepter.Un roman vraiment réussi.

beraud@archimed.fr
03/11/15
 

Passer après les autres, après que chacun (ou presque) a crié au génie, serait-ce la raison de mon immense déception à la lecture de ce roman encensé par les critiques, professionnels comme "amateurs"/blogueurs? Peut-être. Mais quand on pense, au milieu d'une phrase relatant une transplantation cardiaque, qu'il faut que l'on se préoccupe des horaires d'ouverture d'un service public, reconnaissez que c'est le symptôme d'un certain désintérêt pour l'histoire proposée !Dans ce court roman, Maylis de Kerangal conte 24 heures... de la vie d'un coeur. Celui d'un jeune homme, Simon, victime d'un grave accident de la route après une séance ultra matinale de surf non loin du Havre. Du docteur qui posera le diagnostic de mort cérébrale, à celui qui transplantera l'organe, en passant bien sûr par les parents, la petite amie ou encore la receveuse, l'auteure nous promène d'un personnage à l'autre, d'une pensée à l'autre, d'une procédure médicale à l'autre.Sur un thème aussi tragique que la mort d'un jeune homme, le choix douloureux des proches sur la question du don d'organes et la "renaissance" de ceux qui recevront ses organes, j'étais toute prête à me laisser porter, envahir par l'histoire des personnages. Las! Il n'en a rien été. Est-ce l'écriture de Maylis de Kerangal qui m'a tenue si éloignée des émotions? Ses phrases à rallonge, certaines tenant sur une page ou presque? Voici ce que j'en ai lu dans Télérama "Si les phrases semblent ne pas s'arrêter, si elles s'étirent comme des notes de musique tenues jusqu'à l'impossible, c'est qu'elles sont proférées dans un souffle unique, luttant contre la mort, retardant toujours l'extinction finale. Maylis de Kerangal a inventé la langue du sauvetage, elle pratique l'écriture du massage cardiaque, en vagues énergiques et répétées, jusqu'à l'hyperventilation. Les mots se passent le relais, portés dans des phrases pleines de ramifications comme un circuit veineux, et un roman sanguin trépide sous nos yeux". Intellectuellement je comprends l'objectif de l'auteure. En tant que lectrice de roman, cependant, je ne m'y retrouve pas. Pourtant, certaines formules sont très justes, les métaphores évocatrices et pertinentes. Mais je suis restée totalement étrangère aux personnages. Certains passages m'ont même carrément ennuyée. C'est dire.Un rendez-vous totalement manqué donc.

Choupchoup
17/04/15
 

C'est un euphémisme de dire que j'avais beaucoup entendu parler de Réparer les Vivants de Maylis de Kérangal. Après des mois de recherche infructueuse, j'ai enfin réussi à me procurer ledit ouvrage à la bibliothèque. Je plaçais la barre très haut mais j'ai été agréablement surpris par ce roman qui détaille une greffe cardiaque. Après un accident de la route, le personnage qu'on suit au début est en état de mort encéphalique. C'est une course contre la montre pour les médecins qui doivent convaincre ses parents de permettre le don de ses organes. Ce que j'ai particulièrement apprécié, c'est que l'auteure ne se contente pas de décrire l'horreur des parents dévastés ; elle décrit le quotidien des professionnels de santé hors de l'hôpital - un chirurgien fan de foot, une infirmière et ses déboires amoureux... En outre, Maylis de Kérangal a accumulé une masse de documentation impressionnante et permet au lecteur de se sentir véritablement plongé dans l'action. Le seul "bémol" qui m'a empêché de mettre cinq étoiles à cet excellent roman : j'ai été très gêné par le style de l'auteure, avec ses phrases d'une page qui me faisaient perdre le fil une fois sur deux et qui occasionnaient parfois quelques longueurs, à mon sens. Toutefois, Réparer les Vivants reste un coup-de-coeur et mérite son prix RTL-Lire 2014.

Shirayukihime
15/03/15
 

Coup de coeur accessibilité Ce livre nous fait vivre les 24 premières heures qui s’écoulent dans la chaîne d’une transplantation cardiaque. Il y a longtemps que je n’avais pas lu quelque chose d’aussi palpitant. Un sujet traité avec une belle approche de l’humain, une réflexion sur la vie et la mort, le don d’organes, et sur la notion du temps pour les différents personnages qui sont tous très attachants. Le vocabulaire utilisé est à la portée de tout le monde. L’écriture est rapide sans temps morts. Tous les mots ont une importance. Ils sont utilisés avec une précision extrême aussi bien pour décrire le ressenti des personnages que dans la description des différentes étapes d’une transplantation cardiaque.

L'histoire commence avec Simon qui part surfer au petit matin avec ses amis. Sur le chemin du retour, un accident de voiture les frappe. Simon n'est pas attaché. Traumatisme crânien, hémorragie cérébrale puis mort cérébrale, Simon ne vit plus que grâce aux machines. A ses parents, on leur demande de prendre une décision : est-il donneur d'organes ? Il s'en suit une course contre la montre... Ce roman s'attaque à un sujet sur lequel il n'est pas facile d'écrire et de parler, c'est à dire le don d'organes. On suit toutes les étapes de ce processus : la mort d'un être proche, la décision difficile à prendre, l'administration qui se met en marche, les transplantations, ... Chaque étape est racontée au travers de différents points de vus en lien avec ce qui se passe : Simon, sa mère, le médecin réanimateur, l'infirmier coordinateur, ... J'ai beaucoup aimé de savoir ce qui se passe au cours de ce processus qui permet de sauver des vies chaque année. On est confronté à la douleur de la famille, l'incertitude de la décision, l'enchaînement de la procédure administrative pour mettre en lien le donneur et les receveurs. On ne connait presque rien de celui qui est au centre de cette histoire Simon ou plutôt le corps de Simon. Il est la clé de cette histoire. Ce que j'ai le plus aimé c'est ce changement régulier de point de vue qui nous permet d'appréhender toutes les facettes de cette histoire. Cependant, je n'ai pas trop aimé les allusions poétiques ou les métaphores employées par l'auteur et qui m'ont parfois dérouté car présentes parfois dans des moments où pour moi elles n'avaient pas leur places. C'est un roman sur un sujet pas commun et qui nous permet de réfléchir aussi sur le don d'organe même si son style d'écriture est particulier

Larepubliquedeslivres
04/12/14
 

Je suis Maylis de Kerangal depuis les débuts de sa carrière littéraire et ce roman proclame, selon moi, sa consécration et son entrée indiscutable au Panthéon des auteurs français contemporains incontournables et surtout bourrés de talent ! Du Kerangal, cela se mérite et se déguste comme un excellent millésime ! Son style peut intimider ou répugner : il n’y a aucun dialogue (ou sinon, ils sont tous incrustés dans le texte), les phrases sont des mini-histoires à elles toutes seules (tant par leurs incroyables longueurs que par leurs contenus lexicologiques parfois ardus) mais quelle beauté dans l’usage des mots, quelle écriture, quelle langue, quelle claque ; bref, quelle nana ! Je suis dithyrambique envers les œuvres de cette auteure car je trouve vraiment qu’elle est l’une des meilleures de sa génération et ses récits sont de véritables petits trésors à découvrir vite ! Souvent, pendant ma lecture, je me suis arrêtée pour relire et savourer une phrase, tant j’étais subjuguée par sa plume, exquise et céleste (touchant presque au divin !?!) et cela ne m’arrive quasiment jamais ! Un roman et une auteure que l’on n’oublie pas et qui nous marquent à tout jamais dans notre « parcours de lecteur » !

SophieC
15/11/14
 

Ce dimanche matin d’hiver, Simon Limbres, 19 ans, s’est levé tôt pour aller surfer avec ses amis. Les conditions météos offrent aux trois jeunes hommes un beau moment de surf. Le retour est plus difficile, la fatigue et la chaleur engourdissent les corps dans une torpeur lénifiante. En ce matin glacé, la camionnette dérape, Simon va perdre la vie. Mais son cœur bat toujours et reste une promesse pour des personnes en attente d’une transplantation. Une course contre la montre débute.« Réparer les vivants » déploie son intrigue sur 24 heures, le temps d’une bascule où la mort tragique d’un humain devient promesse d’une vie nouvelle pour un autre. Temps bref du basculement, temps dilaté, diffracté, entre deux aubes où l’obscur le dispute à la promesse d’un jour à venir.Ce roman de Maylis de Kerangal est extrêmement poignant et tire sa force de la justesse de son ton : l’auteur n’est ni dans le pathos, ni dans la distance infinie avec la souffrance humaine. Grâce à un style bien à elle (phrases qui s’étirent, ponctuées çà et là de virgules, qui impriment à la narration une oralité poignante, tour à tour respiration saccadée, accélération du rythme, puis decrescendo et pause salvatrice), elle rend avec tact et pudeur la douleur sans fond de parents qui ont perdu tragiquement leur enfant, la tension, l’impudeur du moment où les soignants explorent la question du don, l’ambivalence que les parents peuvent ressentir à l’instant du consentement, l’humanité des soignants, tiraillés eux aussi par tout ce qu’une mort absurde implique pour ceux qui demeurent et l’urgence du soin pour ceux qui attendent. Et quand la souffrance est infinie, quand l’ambivalence brouille les repères, altère la lucidité des choix, le langage demeure, celui de l’écrivain qui essaie de rendre compte de l’indicible, de l’au-delà des mots, par des métaphores qui enlacent, magnifient et permettent le déploiement du langage :« … et sans doute qu’il se prépare à parler comme il se prépare à chanter, décontracte ses muscles, discipline sa respiration, conscient que la ponctuation est l’anatomie du langage, la structure du sens, si bien qu’il visualise la phrase d’amorce, sa ligne sonore, et apprécie la première syllabe qu’il prononcera, celle qui va fendre le silence, précise, rapide comme une coupure – l’estafilade plutôt que la craquelure sur la coquille de l’œuf, plutôt que la lézarde grimpée sur le mur quand la terre tremble. » (p. 119.)Un récit haletant, poignant, qui conte avec brio une transmutation des cœurs. Seraphita

Seraphita
27/09/14
 

J’ai lu ce livre malgré le sujet qui me semble difficile et que d’habitude je ne préfère pas lire. Mais après avoir lu toutes les critiques et que ce livre a voyagé, je m’y suis attelée. J’avais déjà beaucoup apprécié le livre précédent de cet auteur.J’ai été happée par ce livre. On est à l’intérieur de tout se qui se passe dans ce roman foisonnant, que ce soit dans une vague ou dans une salle d’opération ou dans le salon de parents désespérés. J’ai été captée par ce mouvement incessant et on s’attache à l’ensemble des personnages.Maylis de Kerangal réussit à créer de vrais personnages, avec des sentiments et nous décrit des moments de vie que l’on pourrait vivre.Elle rend aussi un bel hommage au personnel médical, que ce soit Thomas, l’infirmier chargé des familles et des greffes, Cordélia, une jeune infirmière du service réanimation, nouvellement nommée et qui doit changer certaines pratiques professionnelles car elle se retrouve face et avec des morts cérébraux, elle doit aussi gérer une vie amoureuse pas simple, Pierre, chef du service réanimation qui doit décider de la compatibilité pour les dons, Virgilio, le chirurgien chargé de prélever le cœur et qui va prendre un avion pour aller chercher cet organe, tout en surveillant sur son portable le score d’un match de football, Rose, sa maîtresse qui est comédienne, qui a été embauchée à l’université de médecine pour jouer les malades face aux futurs médecins, Marthe, coordinatrice du fichier et qui travaille devant son ordinateur pour croiser les fichiers et qui a ses fenêtres qui donnent sur le stade de France, où se déroule le fameux match de football.Et il y a surtout Simon, qui après une sortie en surf a eu un accident et Claire, le receveur de ce cœur, qui doit se préparer pour recevoir ce don.Un climat digne d’un roman policier, avec du suspense dans les situations, dans les prises de décision à prendre, avec en plus une urgence perpétuelle et haletante.Merci beaucoup de m’avoir permis de lire ce livre.

catherine
26/09/14
 

Réparer les vivants Une immersion dans le monde de la transplantation cardiaque. De nombreux détails qui permettent de bien appréhender l'importance du don d'organes et la difficulté des familles à l'accepter.Un roman vraiment réussi.

90010532
19/09/14
 

A lire sans attendre! Comment parler du deuil d'un enfant ? Comment dire aux parents ? : "votre fils est mort en pleine santé, il va nous permettre de réparer le cœur d'une femme, Merci ! "Maylis de Kerrangal écrit bien et parle de l’innommable avec profondeur. Le lecteur est suspendu au récit,envahi d’empathie pour ses destins croisés . Bref on lit un très beau roman.

90015420
19/09/14
 

Une fois n’est pas coutume, écrire sur un livre qui a eu moultes critiques, c’est pas mon truc mais comme j’ai beaucoup aimé ce bouquin, j’ai envie que vous ayez envie aussi de le lire. Maylis de Kerangal n’en est pas à son premier coup. Et c’est ici, ce qui semble être un coup de maître. Cette dame écrit sur des sujets originaux et qui sortent souvent des sentiers battus. La construction d’un pont, le don d’organe, autant de sujets qui font tilt. Bloggueurs, lecteurs, journalistes et critiques paraissent d’accord; écrire un roman sur le don d’organes et la transplantation, c’était coton pourtant mais l’auteure a été jusqu’au bout avec délicatesse et intelligence. Assez en tous cas pour nous faire ressentir ce que nous ressentirons peut-être jamais. Ou peut-être. Quoi qu’il en soit, elle a réussi à nous faire sentir ce que nous sommes tous les jours, vivant et faillible. C’est au travers de l’histoire de Simon tout d’abord qu’on entre dans ce récit tout particulier. Simon, c’est un fan de surf, du petit matin qui se lève sur la plage et sur les vagues. Il aime le déferlement de l’écume et partager ces moments de pure adrénaline avec ses potes. Quand il prend la mauvaise route au mauvais moment, il devient un jeune homme mort cérébralement dont les organes sont encore viables. Donneur ou pas, il s’agit de savoir vite pour répondre aux besoins vitaux d’autres personnes en attente. Commence alors un parcours épineux pour les proches, les soignants, les malades qui attendent et la vie en suspens tout simplement. De la toute première étape à la dernière qui clôt une émouvante histoire, on entre dedans avec quelque difficulté au début. Le style de l’auteure est parfois compliqué, au début, il ne m’a pas tenu en haleine et a failli me laisser sur le bas côté de la route; trop de métaphores, de comparaisons pour souligner ou mettre en exergue un détail, un lieu, une chose. Mais accrochez-vous, vous ne vous rendrez même pas compte que vous êtes entré dans l’histoire et que vous avez laissé de côté le style et les fioritures. Plus les pages défilent, plus c’est émouvant et même sans l’avoir vécu, l’authenticité est palpable. On se doute que tout ne doit pas être similaire à la vraie vie, à une vraie transplantation avec les caractéristiques de chacun. Réparer les vivants, un titre qui étonne mais qui prend tous son sens au fil de l’histoire. Cependant, ce livre donne du grain à moudre. On s’interroge très vite sur nos envies, nos ressentis et notre capacité à en parler autour de nous. On y apprend beaucoup sur les procédures, le refus, le choix d’une telle décision mais également sur soi. C’est un bon moment passé qui fait relativiser sur sa propre existence. C’est aussi le pari de la littérature ?

deedoux
10/09/14
 

Lorsque j'ai commencé la lecture de ce roman, j'ai vite été subjuguée par la qualité de l'écriture. Maylis de Kerangal nous emmène dans un tourbillon d'émotions qui fait suffoquer, palpiter, qui étourdie et assomme...L'événement, la mort d'un jeune homme et la transplantation de son coeur dans le corps d'une femme malade, se déroule sur 24h.Les protagonistes entrent et sortent du récit au milieu d'un chapitre, d'un paragraphe, d'une phrase.Les mots sont beaux et puissants.Les phrases interminables illustrent et les descriptions magnifiques illustrent l'urgence de la situation, la profusion des émotions, le besoin de réflexion et d'introspection. Tout et tous sont à la frontière.A la frontière du désespoir, de la mort, de la vie .Il y a Simon, fou de surf, en état de mort cérébrale mais dont le coeur bat toujours, et Claire, dont le coeur est fatiguée et qui ne vit pratiquement plus, habitant à côté de la Salpetrière, en attente d'une greffe, économisant le plus possible ses efforts pour maintenir ce coeur en vie.Il y a l'entourage, les parents de Simon et sa petite amie, les enfants de Claire, tous à un moment de leur vie où tout bascule, où rien ne sera plusjjamais comme avant. Il y a les médecins et infirmiers qui gravitent autours d'eux, avec leur vie, leur savoir-faire, leur vision des choses et leur réflexion.C'est un roman qui rend hommage à la vie, hommage au coeur, hommage aux hommes.C'est une lecture magnifique. Agathe

Agathe10000
04/09/14
 

J’ai eu envie de lire Réparer les vivants en raison des nombreuses critiques positives parues sur les blogs à la sortie du livre, mais je ressors de cette lecture avec un avis plutôt mitigé.Le texte se présente comme une succession de blocs de descriptions dans lesquels les dialogues sont intégrés, sans la mise en exergue habituelle, ce qui donne une impression de lourdeur. Suivant le fil des pensées et des souvenirs des protagonistes, le texte se perd régulièrement dans des considérations très éloignées de l’histoire, n’apportant aucune information intéressante.Je n’ai pas réussi à m’adapter au style de l’auteure, à ces phrases à rallonge qui nous éloignent du sujet et tuent le suspense. Alors que le thème aurait pu être à l’origine d’une histoire bouleversante, la douleur des parents et les difficultés du métier de médecin ne passent pas la frontière du papier et n’ont pas réussis à m’atteindre. J’ai vraiment trouvé dommage que l’écriture supplante à ce point l’histoire, faisant disparaitre toute émotion. Carnet de lecture

Carnetdelecture
03/09/14
 

L'accident a eu lieu au petit matin, sur une route du pays de Caux. Les gamins revenaient d'une séance de surf en plein hiver. Chris a perdu le contrôle du véhicule. Sur les trois passagers, Simon était le seul à ne pas avoir sa ceinture. Coma irréversible, mort cérébrale. Le drame va se dérouler en vingt-quatre heures et en trois actes : d'abord prévenir les parents, leur annoncer la nouvelle et les accompagner face à l'horreur de la situation. Puis leur faire comprendre que si leur fils a perdu la vie, son cœur palpite encore. L'infirmier de réanimation demande à ce couple fou de douleur s'il accepte que l'on prélève les organes de Simon. Avec tact, sans jamais leur forcer la main et en leur laissant le temps de réflexion nécessaire. Enfin, après avoir obtenu le consentement parental, mettre en branle la procédure ultra codifiée permettant les prélèvements. Une course contre la montre où chaque acteur du théâtre médical doit connaître son rôle sur le bout des doigts.Ce roman abordant la question du don d'organe est fascinant à bien des égards. Maylis de Kerangal propose une réflexion profonde sur le sens que l'on peut donner à la mort. Et le lecteur de s'interroger à son tour, d'imaginer quelle serait sa réaction dans une situation semblable. Comment par exemple accepte-t-on, en tant que parent venant de perdre son enfant, de voir son corps « profané » pour prolonger la vie d'une autre personne ?Le fond interpelle, bouscule, transcende l'atrocité pour faire jaillir l'espérance. Mais la forme est pour moi plus problématique. L'écriture est ample, sèche, précise, très descriptive, froide. Elle ne laisse à aucun moment l'émotion déborder sur l'aspect purement chirurgical. Je peux comprendre ce choix narratif et constater son efficacité mais il m'a laissé à distance. Finalement, j'ai trouvé ce roman trop écrit, manquant d'une certaine forme de spontanéité.Une belle découverte néanmoins et je ne regrette pas une seconde de m'être lancé dans ce texte qui ne pourra laisser personne indifférent.

jerome60
18/08/14
 

Si le thème de ce livre ne m'attirait pas vraiment, d'avoir lu des articles enthousiastes sur les blogs et d'avoir entendu l’auteure parler de son livre , a fini par me convaincre d'y plonger à mon tour.Plonger est bien le mot, un livre que je n'ai pas beaucoup lâché ente la première et la dernière ligne. C'était ma première lecture d'une œuvre de Maylis De Kerangal et j'ai été séduite par son écriture et par la construction de ce texte.Malgré ce thème si dur : la mort tragique d'un jeune homme, l'annonce de cette disparition aux parents, le choix d’accepter ou de refuser le don d'organes, la transplantation en elle-même ... le livre ne tombe pas dans le pathos. L'alternance des points de vue (famille, médecin...) rythme le récit de ces 24 heures tragiques et livre de beaux portraits de personnages très différents, qui resteront en mémoire. C'est aussi une source de réflexion (très bien documentée) sur le milieu médical et l'occasion de se poser à notre tour ces fameuses questions autour du don d'organes.Une histoire prenante, émouvante, qui en prime est instructive et ouvre la réflexion, que demander de plus? Les carnets d'Eimelle

eimelle
17/08/14
 

Pense-t-on soi-même ne serait-ce que quelques instants à ce que nous pourrions faire de bien après notre disparition, comme cela, simplement sans aucun effort ? Le soldat qui part au combat pour défendre les siens en fait bien plus lui qui en excellente santé envisage de donner sa vie pour son pays !Des vies s’arrêtent tous les jours qui pourraient pourtant se prolonger à travers un autre qui va perdre la sienne faute de cet organe qui existe, qui lui conviendrait pour continuer à voir briller ce soleil tellement beau, tellement merveilleux qui va s’éteindre … Mais voilà, les préoccupations personnelles souvent bien égoïstes, voire ignorantes de ces « choses des autres » restent un obstacle malgré tant d’efforts d’information sur ce qu’est la greffe d’organe sans cesse en manque de donneurs. Donner après être « parti » est pourtant tellement simple et devient tellement humain tout simplement.Mais non. Les cultures, les religions, les espoirs de renaissance dans l’état ou nous sommes « partis » et que sais-je encore d’imaginaire stupide se dressent encore contre ce sacrilège d’une sorte de viol d’un défunt.Sans compter qu’une disposition légale vient amplifier la difficulté : « l’anonymat » de sorte que même la famille d’un donneur ne doit rien en savoir… Pourtant, d’avance, certaines familles donnent humainement et courageusement leur accord pour ce prélèvement d’organe sur l’un d’entre eux qui devient alors un don suprême. Ceux-là ont compris ce qu’est la vie, le sens de la vie la joie de vivre et se refusent à l’impossibilité de sauver celle d’autrui quelle que soit souvent leur détresse devant la disparition d’un des leurs. Ceux-là vont transformer leur douleur en une forme de joie de savoir que celui ou celle qu’ils ont perdu ne l’aura pas été pour rien.Maylis de Kerangal ne s’arrête pour autant pas ici à cet aspect humain qui entoure les donneurs et leur famille même si elle leur rend hommage de façon bouleversante. Elle le fait aussi à tous ces intervenants médicaux qui ont su mettre en place les moyens de parvenir au but suprême « redonner la joie de vivre à un être qui n’y croyait plus ».

isabelleisapure
07/08/14
 

Simon Limbres est un jeune adolescent, fougueux et plein de vie. Au retour d'une belle session de surf au petit matin, il est gravement blessé dans un accident de voiture. A l'hôpital, il est rapidement déclaré en état de mort cérébrale. De la douleur des parents de Simon à la patiente qui attend un cœur, en passant par les nombreux médecins et infirmiers qui jalonnent le roman, Maylis de Kerangal nous fait vivre le roman d'une transplantation cardiaque.Maylis de Kerangal a une belle et puissante écriture, faite de longues phrases qui nous laissent à bout de souffle. Cette écriture se prête à merveille au sujet de son roman, un sujet fort, difficile. Ici la quasi totalité de l'intrigue se déroule dans des hôpitaux aseptisés, dans lesquels vont se croiser plusieurs personnages : les parents de Simon, le personnel médical qui s'occupe de lui, les docteurs venus prélever les organes, la patiente en attente d'un cœur. Du début à la fin, nous suivons le cœur de Simon et le roman semble rythmé par ses battements. Chaque personnage joue son rôle et est traité de façon égale : la douleur des parents de Simon ne l'emporte pas sur les pans de vie des docteurs et infirmiers que Maylis de Kerangal nous donne à voir. L'auteur réussit à traiter son sujet sans tomber dans le pathos ou le sentimentalisme et c'est appréciable. En plus, de nous donner à lire le récit précis d'une transplantation cardiaque, de l'accord des proches à l'acte chirurgical lui-même, c'est toute une galerie de personnages bien vivants et attachants, avec leurs doutes, leurs espoirs, leurs joies, qui peuplent ce roman et font de lui un chef-d’œuvre d'humanité.Ce roman qui aborde la question douloureuse de la mort d'un jeune adolescent et du don d'organes mérite absolument les nombreux prix littéraires qui l'ont récompensé. http://leschroniquesassidues.blogspot.com/

chroniquesassidues
01/08/14
 

Maylis de Kérangal emploie une nouvelle fois un style efficace pour aborder un sujet délicat : le don d’organes et la question de son acceptation en tant que proches du donneur.

Bibhavel
05/07/14
 

Vous êtes un père...une mère...Votre enfant âgé de 19 ans a un grave accident de voiture.Les médecins de l'hôpital vous annoncent que le cerveau de votre enfant est mort ; puis ils vous demandent, juste après, ce que vous pensez du don d'organes. Que faites-vous ? Comment réagir lorsque le pire est arrivé ? En tout cas, il faut réagir vite.Car la vie d'autres personnes en dépend.Ce roman, quoique difficile à lire au départ (écriture hachurée, métaphores nombreuses...) nous fait comprendre que la vie est fragile et qu'il faut dès maintenant s'interroger à propos de ce que l'on ferait, nous, parents, si nous devions faire face à cette demande.

vtourrel
27/06/14
 

Un jeune homme de dix-neuf ans, Simon Limbres, est victime d'un accident de voiture qui le plonge dans un état de coma dépassé. La mère du jeune homme apprend la terrible nouvelle de la bouche d'un médecin, à l'hôpital. Elle doit ensuite l'annoncer au père de Simon. Les deux parents, effondrés, vont devoir admettre dans un premier temps que la situation est irréversible, que leur enfant est mort bien que son coeur batte encore. La notion de mort cérébrale doit leur être expliquée. Très vite va se poser la question du don d'organes. Il faut faire vite, les heures sont comptées. Pour autant, la décision ne doit pas être prise dans la précipitation. La seconde partie du roman concerne l'opération délicate du prélèvement des organes et celle tout aussi délicate du choix des receveurs et de la transplantation sur d'autres corps. Nous suivons le parcours de l'organe le plus emblématique du corps humain, le coeur de Simon, qu'une femme de 50 ans, Claire, va recevoir.Comment parler d'un livre aussi fort, comment lui rendre hommage et donner à d'autres envie de le lire ? Je ne suis pas certaine d'y parvenir.Aux côtés des différents protagonistes de l'histoire, nous vivons intensément les vingt-quatre heures qui s'écoulent entre la mort de Simon et la transplantation cardiaque. L'auteure utilise une écriture vive et précise, très travaillée. Le texte n'est pas dénué d'émotion mais sans pathos. L'auteur évoque le drame qui frappe cette famille endeuillée, puis l'espoir qui nait dans une autre famille, à l'annonce de la greffe tant attendue. Maylis de Kerangal possède une maîtrise de la langue qui force l'admiration et le thème qu'elle a choisi pour ce livre est passionnant. Je devrais plutôt dire qu'elle le rend passionnant. On sent qu'elle s'est beaucoup documentée. J'avais une vague idée de la façon dont les familles pouvaient être confrontées à la question du don d'organe mais je ne savais pas concrètement comment ce délicat sujet était abordé avec les elles par le corps médical. J'ignorais, par exemple, qu'il existe des infirmiers spécialisés dans la prise en charge de ces opérations. "Réparer les vivants" est une oeuvre littéraire remarquable mais c'est aussi, à mon sens, un plaidoyer pour le don d'organes, bien que n'éludant pas les aspects éthiques que pose cette pratique. [http://http://sylire.over-blog.com

sylire
13/06/14
 

Prix du livre ORANGE 2014Un dimanche ordinaire, 24 heures dans la vie d’une famille qui jamais plus ne sera la même, car si les lésions de Simon, 19 ans, en état de mort encéphalique, sont irréversibles, la douleur de ses parents, de sa sœur, de son amante, le sera également. « Naissance d’un pont », « Tangente vers l’Est » et « Réparer les vivants », les textes de Maylis de Kerangal sont beaux et prenants. Ce sont de longues phrases dans un souffle, un rythme haletant qui épuise mais palpite comme le cœur de Simon. « Enterrer les morts, réparer les vivants », le titre est emprunté à Tchekhov. En toile de fond, Miles Davis, le chant du chardonneret et le bruit de la mer, piste 7 du baladeur, la mélodie des vagues que le père offre à son fils en ultime cadeau pour accompagner son cœur vers celle qui va désormais l’héberger. Que donne-t-on quand on donne le cœur de son enfant ? De la vie certainement, de l’amour sans aucun doute, de l’espoir pour un vivant qui ne veut pas mourir. Et l’on suit le cœur de Simon vers Claire, un cœur ne survit que 4 heures, il faut faire vite pour la transplantation. On peut regretter un langage chirurgical et technique trop présent mais peut-être vient-il nous éviter de sombrer dans la douleur, dans ce gouffre de malheur ? Peut-être aussi une forme de pudeur de la part de l’auteur. Il y a un avant et un après l’accident. Des proches qui pleurent et refusent d’accepter le deuil. En parallèle, les médecins, l’infirmière, des corps vivants, abîmés, fatigués. Ceux qui aiment et ceux qui n’aiment plus. Les mots luttent contre la mort mais en vain, ne sommes-nous pas tous mortels ? Le roman de Maylis de Kerangal est porteur de vie mais il a quelque chose d’effrayant, peut-être parce qu’il parle de la mort d’un enfant, c’est toujours un sujet qui fait mal. Ce roman est porteur d’émotion et touche sa cible. Ceux qui l’ont lu en parlent en clignant des yeux affichant ainsi leurs propres craintes. Sacralité d’un corps et transgression, la folie comme seule forme de pensée face au cauchemar de la perte. Le roman de Maylis de Kerangal ne laisse pas indifférent. L’exercice est difficile et malgré ce côté à mon goût trop technique, c’est réussi. On y pense longtemps après avoir tourné la dernière page, le cœur pris d’émotion.

silencieuse1
01/06/14
 

Ce roman est à la frontière du thriller, de l'épopée héroïque, du documentaire d'auteur. C'est l'histoire palpitante et dramatique d'une transplantation du coeur. Drôle de sujet de narration fictive. On est au plus près du réel, L'auteur s'attache à tous les personnages de cette mission, les décrit, perce à jour leurs pensées, leurs sentiments avec empathie et pudeur. Le récit est surprenant, on suit avec beaucoup d'intérêt, beaucoup plus que cela, les étapes de la mission. Cela interroge beaucoup sur le don d'organe, sur le deuil, sur l'espoir, sur le travail formidable de cette chaîne de gens, qui ne sont pas présentés comme des héros infaillibles. La langue est précise, jargonnante parfois, toujours juste. Le point de vue se promène, nous entraîne de l'un à l'autre, sans jamais juger personne. Ce n'est pas un plaidoyer non plus, c'est juste un récit. Et c'est magnifique. laurence

laurence
28/05/14
 

Drame pour une famille, espoir pour d'autres, ainsi va la vie...On passe de l'insouciance de la jeunesse, 3 garçons partis surfer, à l'annonce de l'accident qui fragmente la vie. Et tout se télescope... Maylis de Kérangal, dans son style si particulier, nous entraîne dans un tourbillon où l'on va vivre un fragment de vie des différents protagonistes de ce drame : les 3 garçons, les parents, la copine, les soignants - infirmière, médecins, coordinateur -, les receveurs et leurs proches...Engagée depuis longtemps pour le don d'organe, je me suis laissée happer par ce roman magnifique où toute la chaîne d'événements du don jusqu'à la greffe est racontée d'une manière lumineuse, dans un récit simple, fort et tellement précis. Pas de temps mort, seulement des temps de respiration ménagés dans ces 24 heures douloureuses pour laisser les réflexions et les sentiments s'exprimer. Un roman inoubliable et un vrai coup de cœur ! Iana

Iana
21/05/14
 

Même si les premières pages peuvent être déstabilisantes, tant sur la forme - de longues phrases haletantes - que sur le fond car on ne comprend pas tout à fait de quoi ni de qui il s’agit, une fois passé ce cap, on ne décroche plus de ce roman. Il relate les vingt quatre heures interminables de douleur, de doute, de question, d’angoisse mais d’espoir aussi qui suivent la perte d’un être cher et les décisions qu’il faut, malgré tout, prendre rapidement, pour que la vie reprenne, ailleurs. La famille, l’entourage proche ou pas, les protagonistes, des figurants de passage y sont très justement croqués, analysés, questionnés tour à tour, au rythme des battements d’un cœur autour duquel se joue la tragédie de ce livre. L’écriture y est riche, palpitante, ciselée ; les thèmes ont été fouillés profondément par l’auteure. Un livre profond, qui prend aux tripes, un vrai coup de cœur pour cette rentrée d’hiver !

EnyLIRam
17/05/14
 

24h de la vie d'un cœur. 24h époustouflantes au cours desquelles Maylis de Kerangal décrit avec brio le processus qui entoure une transplantation cardiaque.Du moment fatal qui marquera la mort cérébrale de Simon à l'instant vital qui marque la renaissance de Claire grâce au cœur de Simon, 24h se sont écoulées au cours desquelles des dizaines de personnes souffrent, pleurent, espèrent, se mobilisent, agissent, opèrent. Maylis de Kerangal ne se concentre pas seulement sur l'action de ces personnages mais aussi sur leurs états d'âme, leur histoire, leur vécu.De la détresse des uns à l'espoir des autres, de la concentration à la jubilation, de l'attente à la panique, de l'indécision à l'action trépidante, tout est décortiqué sous les yeux du lecteur haletant qui suit une quête quasi métaphysique dont l'objet n'est autre qu'un cœur, un organe vital qui passera d'un corps à un autre, mystère et merveille de la science…Maylis de Kerangal a une écriture qui ne ressemble à personne d'autre. J'avais adoré « Naissance d'un pont » , « Réparer les vivants » m'a subjuguée !

viwa
09/04/14
 

Simon, 19 ans, un dimanche matin en revenant d'une session de surf avec ses amis, est victime d'un grave accident de voiture. Pris en charge par le samu, il est conduit à l'hôpital dans un état critique : il souffre d'un traumatisme cranien important, tombé dans un coma profond. Les parents sont prévenus, la terrible nouvelle tombe : le cerveau de Simon est mort, le jeune homme est en état de mort cérébral. Très vite se pose alors la question du don d'organe....Un roman qui se déroule sur 24h, l'acccident a lieu le dimanche matin, le récit se termine le lundi matin,. En 24h nous assistons à l'accident, à la prise en charge du patient, à la réaction des parents et à leur choix concernant l'éventuel don d'organe, aux prélèvements et à la « réparation » des vivants par la transplantation du cœur notamment. Un très beau roman, l'histoire en elle même n'est pas extraordinaire mais l'écriture est d'une telle beauté. Maylis de Kerangal a une plume de maître, le roman est structuré, très bien écrit, chaque phrase, chaque mot s'enchaîne à merveille, rien n'est écrit au hasard. Un récit bouleversant, émouvant, dur et à la fois plein d'espoir. La difficile question du don d'organe est bien posée, l'auteur maitrise son sujet. En refermant ce livre, certes nous avons besoin/envie de sortir et de respirer un bon coup tant la lecture est forte et prenante, mais que c'est beau... Un petit bijou, au succès bien mérité, qui je pense fera battre votre coeur....

dibou
05/04/14
 

Tout a été écrit sur ce livre, tous les superlatifs ont été employés, toutes les émotions ont été décrites, difficile donc d'en rajouter, juste dire que grâce à l'auteur et à son incroyable écriture, Simon a fait un bout de chemin avec nous, lui, sa famille, tous ceux qui l'ont entouré avec amour, avec professionnalisme et on n'est pas près de les oublier ! Patricia Le Gall

Un roman à ne pas manquer Nous retrouvons dans ce magnifique roman l'écriture précise et envoûtante de Maylis de Kerangal. L'empathie de l'auteur pour ses personnages dont elle décrit si bien les émotions, la tension dramatique de l'histoire en font un roman très émouvant qui pose à tout à chacun la question du don d'organes.

Format

  • Hauteur : 17.80 cm
  • Largeur : 10.80 cm
  • Poids : 0.17 kg