Un barrage contre le pacifique

DURAS, MARGUERITE

EDITEUR : GALLIMARD
DATE DE PARUTION : 08/09/05
LES NOTES :

à partir de
8,80 €

SYNOPSIS :

« Les barrages de la mère dans la plaine, c'était le grand malheur et la grande rigolade à la fois, ça dépendait des jours. C'était la grande rigolade du grand malheur. C'était terrible et c'était marrant. Ça dépendait de quel côté on se plaçait, du côté de la mer qui les avait fichus en l'air, ces barrages, d'un seul
coup d'un seul, du côté des crabes qui en avaient fait des passoires, ou au contraire, du côté de ceux qui avaient mis six mois à les construire dans l'oubli total des méfaits pourtant certains de la mer et des crabes. Ce qui était étonnant c'était qu'ils avaient été deux cents à oublier ça en se mettant au travail. »
7 personnes en parlent

C'est un roman de douleur, de colère, de folie. La mère, et ses 2 enfants, sont les victimes d'un système qui les mènent à la misère, aux gestes désespérés, chacun dans sa façon de lutter. Le système, c'est le colonialisme en Indochine, sa corruption, l'enrichissement des uns contre le travail sans compensation des autres, indigènes comme "petits blancs". Un texte court, fort, une écriture caractéristique, un personnage perdu d'avance contre un adversaire magistral : un océan. Métaphore ou tout ce qu'on voudra, il y a ici de très beaux moments. laurence

laurence
11/12/13
 

La mer de Chine est trop petite. Trop étroite. Il faut bien un océan pour contenir la colère et le désespoir de la mère. Un océan dont le nom n'est en rien ce qu'il contient. Pacifique, rien chez cette femme n'est plus pacifique.Un barrage contre le Pacifique voilà ce que chaque nuit elle construit dans sa tête. Avec entêtement, avec folie.Gagner sa terre contre un océan de misère. Reprendre cette terre qu'ils disent lui concéder.Cet océan inlassablement prend et emporte tout ce que les hommes construisent. Océan destructeur, affameur.L'Indochine. 1930. Une concession entre Kam et Ram. Un peuple qui crève de faim. Des colons mangeurs de terre et d'hommes.Ils crèvent comme des mouches, les annamites.Ils enterrent leurs gosses sous leurs cases dans la boue. Ils ne les comptent plus. Les terres sont pleines d'enfants morts. «les îles mouraient de la faim, des maladies de la faim et des aventures de la faim» Malaria, choléra, famine, vers, rien de vient remplir leur ventre, la vermine emplit les bouches. Description terrifiante des temps de nos anciennes colonies.«l'impatience des enfants affamés devant les mangues vertes est éternelle»La bourgeoisie coloniale danse, boit, baise, négocie, traite, engraisse.L'administration coloniale gère le crime.Quant à la mère et ses deux enfants adolescents,Joseph et Suzanne , ils sont tous trois face à cet océan au côté des paysans, démunis mais lucides devant le pillage autoritaire et réglementé de leurs terres.La mère est folle. Folle de rage, de colère , d'injustice. Elle hurle, elle convulse, elle frappe, elle compte et recompte ce que chaque jour elle n'a déjà plus.Elle sait la misère, elle l'a secourue.Et puis elle s'est rompue, impossible, impossible d'arrêter le flot continu de la misère.Joseph, lui, tue, il abat les bêtes, tire, chasse, traque. Suzanne flotte, subit, suit et attend.Lorsque que le barrage cède, tout cède. La retenue n'est plus.La mère perd l'impossible combat, les enfants quittent la terre qui, souhaitons leur, deviendra peut être leur enfer perdu.L'adieu à la terre pour Joseph sera une adresse faite au peuple au côté duquel il aura survécu. Ce sera un appel à la révolte, à la prise des armes contre ce pouvoir injuste, discriminatoire, exterminateur. Pour Joseph il faut abattare avant de construire. C'est le seul sens qu'il faut donner au combat. C'est ce qu' il aura tenu de l'histoire de la mère, de ce peuple, de cette terre.Duras avait visé l'harmonie de l'écriture dans ce roman initiatique, épique et autobiographique elle y aura surtout déposé le visage de tous les combats qu'elle ne cessera jamais de mener : combat contre le plus fort qui « s'autorise » sur le plus faible, contre l'hypocrisie sociale, le mensonge, l'absurdité des systèmes établis par les prêcheurs blancs de sainte civilisation, contre tous les crimes contre notre humanité.Les enfers perdus sont plus lourds à porter dans les mémoires que certains paradis. Surtout, si comme Duras on y a vécu. Astrid SHRIQUI GARAIN

atos
29/05/13
 

Ce livre, j'ai bien dû mettre des années à le sortir de ma PAL ! Enfin, ça y est, je l'ai lu ! Et j'ai bien fait...Ce récit tragique évoque le destin tristement cruel d'une famille en Indochine qui lutte jour après jour pour se sortir de la misère. Cette famille, c'est d'abord la mère appelée ainsi tout au long du livre, une ancienne institutrice devenue veuve, et qui, dans les années vingt, a acquis une petite concession dans la plaine de Ram située dans le sud de l'Indochine. Spoliée par le gouvernement colonialiste et l'appât du gain qui est l'unique motivation des fonctionnaires de l'état, elle se retrouve avec une terre stérile, inondée par les marées du Pacifique, gorgée de sel le restant du temps et inapte à produire les précieuses cultures. S'étant dangereusement endettée pour ce bout de terrain et sans possibilité de recours, elle et ses deux enfants sombrent peu à peu dans la misère et la pauvreté. Entourée des indigènes du village, paysans aussi pauvres qu'eux trois, elle est déterminée à trouver des solutions et décide d'ériger des barrages contre l'océan, de manière à protéger ses cultures. Mais ce projet utopique sombre en une nuit face aux assauts de la première marée, et les constructions s'effondrent les unes après les autres.C'est à ce point de l'histoire que s'ouvre le roman de Marguerite Duras. Affligés par leur déveine, la mère, Suzanne et Joseph tentent de survivre comme ils le peuvent. Ils ont chacun leurs rêves, leurs espoirs, leur rancune contre la vie, mais au final, ils ne désespèrent pas encore de parvenir à obtenir ce qu'ils souhaitent. Et ce qu'ils souhaitent, c'est avant tout la liberté : pouvoir enfin quitter la plaine, synonyme de défaite et d'indigence, cette concession tant souhaitée qui se révèle un gouffre de malheurs et qui les prive d'une vie dont ils s'imaginent sans peine les bonheurs, loin de Ram. Jusqu'à ce qu'ils rencontrent M. Jo, un jeune homme natif de la région dont le père a su s'enrichir en construisant des bungalows pour les indigènes. Formidablement riche, mais aussi terriblement naïf, il tombe éperdument amoureux de Suzanne. Malgré leur pauvreté, Joseph et sa mère ne le voient que comme un indigène parvenu auquel ils ne témoignent aucun signe de sympathie. C'est pourtant l'occasion pour la mère de chercher à le fiancer à sa fille et d'en tirer le maximum de profit afin de se sortir d'une situation dangereusement proche du néant. Malheureusement pour eux, c'est un mariage qui ne peut se faire puisque M. Jo est bien trop riche pour épouser une fille qui ne possède en tout et pour tout que sa beauté...L'auteur opère de nombreux retours en arrière dans on récit, qui nous permettent de mieux appréhender la déchéance de la mère, une femme ruinée par ses espoirs de réussite. Et par la même occasion, elle évoque la grandeur presque sublime de ce coin de terre balayé par les éléments, la famine et les maladies qui fauchent les enfants comme les adultes, et cette évocation âpre de la réalité du colonialisme en Asie est terriblement bien retranscrite. Les quelques brusques lueurs d'espoir qui éclairent leur vie s'éteignent presque aussitôt face à la pauvreté de leur condition, et malgré cela, je les ai tous trouvé tour à tour magnifiques dans leur volonté et leur acharnement.La mère d'abord, avec sa fragilité, sa méchanceté parfois, sa tendresse étrange pour ses deux enfants qui sombre parfois dans l'excès avec Joseph, ce fils qu'elle adore, et puis ses brusques regains d'énergie qui la poussent à batailler pour extraire de la terre le peu qu'elle peut fournir, qui ne perd jamais de vue ses objectifs et qui est capable de rallier des dizaines de paysans à sa cause pour parvenir à rendre ce coin de terre fertile. Peu à peu, on prend conscience d'une vraie générosité en elle, que ce soit lorsqu'elle s'occupe des enfants du village à qui elle rend visite, au début de son installation dans la région, puis plus tard lorsqu'elle décide de conserver son dernier domestique - le Caporal qui lui restera fidèle jusqu'au bout - pour lui éviter de mourir de faim.Suzanne, sa fille, si jeune et si pleine de rêves pour l'avenir, est décidée par tous les moyens à quitter la plaine de Ram, quitte à se vendre pour cela. Et que dire de Joseph, le fils, fier, féroce, colérique et capable de passion au-delà des mots, qui va aller jusqu'à tout quitter pour une femme, même cette mère dont le départ peut la faire mourir de chagrin...L'atmosphère de ce roman de Duras est extrêmement lourde. D'une part, le climat brûlant de la plaine agit sur le lecteur et l'entraîne à souffrir des mêmes maux que les personnages. On suffoque sous la chaleur et la moiteur du littoral, on sent le goût du sel sur nos lèvres, on voit les plantations de bananiers pousser maladivement, on repère l'échassier qui se pose près du bungalow et on arrive presque à s'en imaginer le goût si détestable. La déchéance et les humiliations rencontrées ensuite dans la ville sont autant d'impressions fortes qui heurtent le lecteur en plein visage, et ne lui épargnent aucun des expédients auxquels en sont réduits les personnages. De l'autre, l'ambiance qui règne entre les membres de cette famille est pleine de non-dits et de rancoeurs qui sont parfois si oppressantes qu'elles pèsent sur le récit et donnent envie de hurler. C'est là toute la beauté du style de Marguerite Duras qui a puisé dans ses souvenirs de jeunesse pour en extraire cette histoire dure et aussi inéluctable que le soleil implacable d'Indochine.J'ai particulièrement apprécié la seconde partie du livre - plus légère - qui traite de leur existence provisoire en ville entre un hôtel de seconde zone, les va-et-vient des piétons dans les rues et les séances obscures à l'Eden, qui symbolise à lui seul l'unique havre de paix offert à Joseph et Suzanne. Pour lui, ce sera l'occasion d'une rencontre qui va marquer sa vie, pour elle, c'est le lieu qui abrite ses espoirs et sa honte.La suite ici :

un flyer
08/10/11

La mère de Suzanne et Joseph a offert toutes ses économies pour avoir le droit d’exploiter son lopin de terre dans cette Indochine colonisée des années 20. Mais la crue du « Pacifique », chaque année, réduit chaque année ses espoirs à néant. Elle a bien cru pouvoir la défier en édifiant un barrage… qui s’écroulera, dévoré par les crabes. Tous trois depuis vivotent misérablement dans un bungalow sur cette terre marécageuse, et voient en le riche Mr. Jo, amoureux de Suzanne, une aubaine, voire un gogo à plumer…

CarnetsdeSeL
04/04/11
 

Sublime, forcement sublime ? Désolé pour ceux qui aiment Duras : pour ma part, j'ai eu beaucoup de mal à rentrer dans l'intrigue. Est-ce le style, l'auteur, le contexte historique ou autre chose ? Bref, pour moi, ça ne passe pas... Yann

Yann1977
04/02/10
 

Pour qui s'intéresse à Duras, ce livre est un incontournable car il permet de comprendre l'enfance de l'auteur mais aussi ses relations très difficiles avec sa mère.Cette dernière avait acheté une concession sans savoir qu'elle était inondable. Le combat de sa vie sera un combat contre le pacifique : l'empêcher d'inonder son terrain. La mère de Duras a eu beau accumuler les tentatives ratées, jamais elle ne lâchera, au point de sombrer dans une certaine folie.

Artsouilleurs
29/11/09
 

En Indochine Française, Marguerite Duras - l'auteur - va faire la rencontre d'un riche planteur, qui n'est pas encore qualifié comme étant Chinois (à cause du racisme notamment, il le sera dans l'Amant). La mère de l'auteure tente tant bien que mal de sortir sa famille de la misère, avec l'aide de ses deux autres enfants, Joseph et Suzanne. Je ne suis pas vraiment fan de Duras, je préfère la réécriture de ce livre, mais il faut néanmoins avouer que son écriture et son style sont vraiment très travaillés ! Ils correspondent tous les deux aux événements qui surviennent : quand le personnage est tourmenté, le rendu des pensées sont confuses, etc.Marguerite Duras parvient habilement à nous immerger dans son récit autobiographique. Cependant, il faut bien retenir que Duras n'écrit pas pour les autres, mais pour elle. Clementh

Clementh
27/07/12
 

Format

  • Hauteur : 17.80 cm
  • Largeur : 10.80 cm
  • Poids : 0.23 kg

Mes garanties furet.com

5% sur tous les livres, Paiement Sécurisé, Réservation gratuite, Satisfait ou remboursé, Débit carte bancaire à l'expédition

Dans la même catégorie