Un peuple en petit

ROHE OLIVER

EDITEUR : GALLIMARD
DATE DE PARUTION : 08/01/09
LES NOTES :

à partir de
17,15 €

SYNOPSIS :

" soyons sérieux. il n'y a pas trente-six mille raisons de se réveiller tôt le matin. sauf à vouloir faire le malin (kéké). sauf en théorie. de manière exhaustive, une fois le problème appréhendé dans tous les sens, j'ai pu identifier quatre catégories d'êtres humains : 1) ceux qui se lèvent tôt pour se rendre à leur lieu de travail (les gens
pauvres, les gens issus de l'immigration) ; 2) ceux qui se lèvent tôt pour aller courir (les hommes politiques, les serge) ; 3) ceux qui se lèvent tôt pour uriner sans pouvoir se rendormir (les buveurs de bière, les gens très vieux, très malades) ; 4) ceux qui se lèvent tôt après un rapport sexuel avec leur femme (les gens très jeunes, très amoureux). ".
3 personnes en parlent

Ce peuple en petit (Gallimard, 2009) se présente en une trinité, trois voix juxtaposées aux points de convergences trompeurs mais qui crée une image durable du chaos fragile et tragicomique de la vie humaine.Le premier personnage, dominant le récit, est celui de Karl, un acteur de théâtre allemand revenu dans sa ville natale de Bochum, pour y interpréter le rôle principal de la «Mort d’un Commis voyageur». Cet acteur au sommet de sa gloire, mais au corps vieillissant gagné par des dysfonctionnements de plus en plus nombreux, est rattrapé dans ce lieu – Bochum - par tous ses souvenirs, et en particulier ceux de son père haineux, lui aussi malade et cloué dans un fauteuil roulant à la fin de sa vie, et ceux de son beau-père, un notable viennois exécré de sa fille, lignée paternelle haïssable qu’il reproduit lui-même vis-à-vis de son beau-fils et peinture monstrueuse de la famille comme lieu d’étouffement gangrené par les heures les plus sombres de l’Histoire allemande et autrichienne, qui résonne de l’écho des textes de Thomas Bernhard. «En sortant de la gare en début de matinée, sous la bruine, la tête chargée des bribes de conversations entendues tout au long du trajet, dans la fraîcheur, les muscles encore engourdis complètement froissés, le corps en réalité tout entier dans le cul, j’ai été lourdement frappé, comme étourdi en même temps que fasciné, par la laideur chaque fois plus surprenante de la ville. Le mot ville me semble d’ailleurs largement usurpé tant l’architecture du lieu, les plans qui ont présidé à sa fondation, l’espèce de haine du goût dont il s’imprègne, me font davantage penser à une benne à ordures. Une benne à ordures en brique rouge, en métal, en verre fumé – et remplie à ras bord d’ouvriers au chômage. Dans nulle autre région d’Allemagne, dans nulle autre ville de la Ruhr, les crimes de nos parents, et la reconstruction précipitée qui les a suivis, se font autant sentir – avec autant de preuves, autant d’éclat. Dans cette ceinture industrielle en décrépitude, autrefois poumon minier du pays, se sont joués à deux reprises, avec un scénario identique, un aboutissement identique, tous les drames de l’Allemagne moderne : l’armement massif, la destruction massive, la reconstruction, le chômage massif. Au milieu de la scène, comme rescapée d’une catastrophe naturelle, le visage ahuri après tant d’humiliations, après tant de ferveur fanatique, survit chichement une population de petites gens hagards, voûtés et depuis toujours piétinés au nom de la grandeur de l’Allemagne ; grandeur qui a tour à tour et sans véritable transition porté le nom de nazisme puis celui de miracle économique.»Puis il y a la voix d’un fils, avec une narration centrée autour des dates : du 3 janvier 1979 au 5 février 1989, il grandit tant bien que mal pendant ces dix années au milieu des horreurs d’une guerre, dans un pays qui ne sera pas nommé, où les activités et loisirs quotidiens sont interrompus, inévitablement, par le chaos imprévisible et incompréhensible, les déménagements forcés et la violence inique.«Réveil une fois de plus tonique bombardements drus font tanguer les bagnoles. Vingt trente quarante obus de divers calibres pour planter le décor rappeler leur quotidien à tous. Le quotidien de tous c’est le bruit qui avance par paliers par sauts quantitatifs du lointain monstrueux à l’immédiat inaudible. L’attente l’effroi la panique. Le quotidien c’est le vacillement des structures la pierre qui se soumet les éclatements de verre la distribution aveugle des débris. Le quotidien c’est la certitude informulée que le plafond lui-même est une menace.»Entre les deux est un esprit insane, un homme anonyme à Paris – appelé simplement le Personnage Deux - en proie à des histoires de voisinage étranges, obnubilé par les araignées qui peuplent son plafond et surtout par le langage et ce que veulent dire les mots - un homme qui doute du sens de chaque mot, et du réel lui-même.L’exercice formel est un peu trop visible, mais la force de la langue d’Oliver Rohe fait naître une vision d’un monde où tout peut s’écrouler, une vision d’une clarté aveuglante sur ce que les rapports humains peuvent comporter d’abjection, de solitude mais aussi de drôlerie, et sur toutes les ressources qui jaillissent du langage.«Il est très facile de passer – certains diront tuer – une journée en se contentant d’observer le plafond. Le plafond déploie une vie mondaine très riche […] Ce sont des moments privilégiés où il est possible de vérifier l’étendue de son vocabulaire, de mettre en relation les mots et les objets, voire d’interroger l’arbitraire de leur union.»

MarianneL
01/09/14
 

Un peuple en petit, dernier roman d'Oliver Rohe, est un livre d'une grande originalité d'écriture qui développe une narration sur trois fils distincts, parallèles, quoique comportant de multiples résonances. Trois voix auxquelles correspondent trois styles différents. C'est un beau roman traitant du thème des limites, des frontières et de leur porosité, de la liberté, de la prédestination et de la contingence, de la nouveauté et de la permanence,  de l'identité et du dédoublement, de la singularité et de la pluralité... Mais c'est, avant tout, un livre qui s'attache à la construction et à la langue, au style. Et si la composition est parfaitement maîtrisée, jusque dans son dérèglement final, il manque à cette partition brillante et jubilatoire un peu d'émotion. Critique complète sur :http://l-or-des-livres-blog-de-critique-litteraire.over-blog.com/

ECaminade
06/12/09
 

Un roman qui se partage en trois voix, celle d'un acteur sur le retour en Allemagne, d'un locataire en France et d'un enfant aux prises avec la guerre civile, à Beyrouth. Ces trois narrateurs, dont on se demande s'ils ne font pas qu'un, dont le récit entre en résonance, font état de leurs difficultés quotidiennes. Un premier rôle à assumer face aux jeunes éphèbes aux dents longues, un voisinage encombrant, voire disparu, un pays en proie aux chaos et à la violence... Alors que l'acteur, au tournant de sa carrière comme de son existence, fait le bilan de son parcours, l'occupant de l'immeuble, lui, semble dégagé de toute contingence extérieure à son environnement immédiat, et se focalise sur la disparition de l'un ou le physique de l'autre ; ces deux récits viennent s'écraser contre le témoignage de l'enfant, contre la tension permanente qu'il subit, son quotidien troué de balles et son avenir d'ores et déjà anéanti.Un grand roman, dans lequel Oliver Rohe jongle avec trois lieux, trois époques, trois génération, pour mieux en dégager la synergie. Un texte tout en contraste, à la langue affutée et à l'humour mordant.

sovane
29/04/15
 

Format

  • Hauteur : 20.50 cm
  • Largeur : 14.00 cm
  • Poids : 0.28 kg

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